Emmanuelle Cordoliani nous raconte son Enlèvement au sérail…

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Emmanuelle Cordoliani, vous avez l’expérience du théâtre et celle de l’opéra également, est-ce un atout pour diriger solistes et chœur d’un opéra ?

 Il me semble que c’en est un en effet car au théâtre il n’y a pas l’idée de groupe avec lequel travailler mais plutôt celle de l’individualité que je transpose à l’opéra où le chœur devient donc une personne à laquelle s’en ajoute une autre et ainsi de suite. De plus, dans ce projet où il y a un acteur sur scène, la théâtralité s’invite plus fortement, il faut donc trouver un jeu entre cet acteur et les chanteurs. Cependant, à la différence de la liberté d’expression au théâtre où l’on peut couper les textes, les monter, les agencer selon l’intention de mise en scène, le conservatisme est plus marqué à l’opéra, non seulement par l’érudition mais encore par la tradition, ainsi ce qui est intéressant, c’est d’évoluer dans ce milieu avec ce que l’on peut apporter du monde du théâtre. Depuis 2002, je monte des opéras en gardant à l’esprit que je le fais pour aujourd’hui et non pour rendre compte de ce qu’ils pouvaient être hier. Je sais également que les deux genres diffèrent, les relais de l’émotion, par exemple, sont plus nombreux à l’opéra ; un sentiment pourra ainsi être pris en charge par l’orchestre ou par le chœur, il est impératif d’être attentif à ces variations par rapport au théâtre. Enfin, le chanteur a davantage de fragilité que l’acteur, sans une voix préservée, il ne peut jouer alors que dans une situation analogue, le comédien pourra compenser malgré tout. Donc, il y a un va et vient entre théâtre et opéra qui permet, pour ce dernier, la rencontre de la parole, du chant, de la musique, de ses histoires, et c’est bien cela qui m’intéresse.

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L’enlèvement au sérail, l’opéra du jeune Mozart, dans toute sa force dramatique…

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Johannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus Mozart…

Mozart ! Que ce nom paraît familier à tout un chacun ! Tant d’images sont attachées au compositeur prodige que l’on en retient au moins une, pour certains il demeure cet ange blond béni des dieux, séduisant d’une cour à l’autre de nobles oreilles, pour d’autres, il restera ce démon aux plaisanteries scatologiques doublé d’un joueur invétéré.

Que n’a-t-on, par ailleurs, écrit sur l’homme, tentant sans doute par là de comprendre cette musique inégalée à ce jour ; dit d’une personnalité trouble, le musicien est confirmé dans une névrose d’angoisse, dominé par un caractère obsessionnel, qualifié d’éternel adolescent narcissique et paranoïaque, et j’en passe…Les études psychiatriques trouvent ici matière à noircir quelques pages qui ne sauraient suffire pourtant à comprendre l’artiste génial qui auraient balayé d’un revers de main ces quelques tentatives psychanalytiques insupportables ! Sans compter nombre de maladies dont la littérature médicale n’a pas manqué de diagnostiquer à titre posthume le malheureux Mozart, lequel aurait de ce fait subi à peu près tout ce qui peut se trouver comme maux et non des moindres, alternant le choléra, la syphilis, l’ulcère, la myopie, la surdité et tant d’autres alterations qu’une seule personne ne pourrait en souffrir ! Quant à sa mort, plus d’une centaine de causes l’expliquerait ! Les plus passionnantes restant bien entendu celles d’un possible empoisonnement et là encore, les auteurs du crime seraient légion !

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Dialogues des Carmélites, une histoire d’amour entre Dieu et les âmes…

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Dans le rêve de Blanche

C’est un public subjugué qui a suivi la première des Dialogues des Carmélites sur la scène d’Avignon ce dimanche 28 janvier. En effet, Alain Timàr, directeur du théâtre des Halles, nous offre dans cette nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon une version épurée et sublimée de cette pièce déjà si forte en émotions. Une mise en scène au service exclusif de l’œuvre semble-t-il, tout geste paraît traduire le sentiment de chacun des personnages, l’aspect matériel a disparu au profit du drame qui progresse avec intensité jusqu’à la tragédie finale. Sur scène, les trois murs sont des écrans blancs où sont projetées des couleurs et des formes propres au « rêve » de Blanche de la Force, et l’alternance du bien et du mal s’y donne dans une esthétique saisissante. Pour seul mobilier, un fauteuil qui grandit à vue, se métamorphose en lit mortuaire puis bientôt en tombeau. Le travail d’Alain Timàr est précis et extrêmement symbolique, on retrouve l’homme de théâtre auquel rien n’échappe, il n’est pas un seul déplacement ni aucun regard inutiles, la fluidité traverse comme une évidence la pièce d’un bout à l’autre de son avancée. On peut évoquer l’aspect très contemporain de cette mise en scène mais difficilement celui d’une transposition car Alain Timàr semble plutôt donner un caractère intemporel à l’histoire de ces carmélites martyres et les costumes d’Elza Briand portent avec justesse ce point de vue.

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Du dialogue avec Alain Timàr aux Dialogues des Carmélites…

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Alain Timàr, depuis 1983 vous dirigez le théâtre des Halles à Avignon, n’êtes-vous jamais lassé de ces mêmes lieux ?

 Non, je ne ressens pas de lassitude, car quand je suis à Avignon, j’éprouve souvent le sentiment de vivre un peu sur un bateau, Avignon et le Théâtre des Halles endossant le poste de vaisseau amiral ! Et que connote le bateau si ce n’est l’idée du voyage ! Je suis invité dans de nombreux pays et cela depuis plusieurs années déjà : ainsi La Corée du Sud, Hong Kong, Shanghai, Singapour… J’ai actuellement à nouveau des propositions pour la Chine et la Corée. Convié au Festival de Bucarest récemment, on m’a également sollicité pour une mise en scène en Roumanie. Si j’ajoute les créations réalisées dans la ville papale, la programmation du Théâtre des Halles et mon travail d’atelier en tant que plasticien, pas le temps en effet de s’ennuyer, ni à Avignon, ni ailleurs !

Le théâtre des Halles travaille également avec des établissements scolaires, vous paraissez sensible, semble-t-il, à « l’éducation du jeune spectateur ».

 La position de l’artiste, selon moi, est plurielle : nécessité du recueillement, de la solitude propices à l’inspiration, à l’imagination. Cet isolement, ce retrait volontaires permettent d’être en phase ensuite avec les autres. Vous comprendrez qu’être en permanence à la conquête ou en séduction d’un public potentiel ne me paraît pas essentiel. Cependant, lorsque l’on se trouve en responsabilité d’un théâtre, d’une équipe et d’un public, aller vers l’autre constitue une donnée fondamentale et paradoxalement, doit devenir une quasi tendance naturelle. Dans ce cadre-là, sensibilisation, transmission, élargissement des publics prennent tout leur sens et constituent des temps véritablement très importants dans le parcours d’un artiste. Quand je parle de sensibilisation, c’est dans le sens d’éducation, d’éveil, de curiosité et de découverte.

Dans la solitude des champs de coton de Bernard -Marie Koltès

Dans la solitude des champs de coton  de Bernard-Marie Koltès. Festival d’Avignon, théâtre des Halles, 2017.

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Le scénographe, ou le créateur d’univers scéniques…Rencontre avec Hervé Cherblanc.

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Hervé Cherblanc, qu’est-ce qu’un scénographe ? Est-il si différent du décorateur dont le terme peut paraître plus familier au grand public ?

 Il y a plusieurs appellations qui se rapportent au scénographe, celui d’exposition, de bâtiment et de spectacle. Le terme de décorateur de théâtre a glissé vers celui plus moderne de scénographe qui tend à signifier un peu la même chose. Cependant, la scénographie est employée car elle correspond davantage aux techniques relatives à la graphie de la scène, qui peut comprendre la vidéo, l’ambiance, l’univers du spectacle. On a là une idée d’espace plus que décor. Le mot est utilisé depuis peu dans le métier en fait et a remplacé en effet celui plus ancien de décorateur, ce qui marque bien l’évolution de la gestion de l’espace sur une scène au fond. Le scénographe peut néanmoins ne travailler uniquement sur le décor. Donc scénographie littéralement comme graphie de la scène.

 Comment devenir scénographe ?

 Aujourd’hui, il y a des écoles spécialisées qui préparent au métier de scénographe, en ce qui me concerne, je suis ingénieur de mécanique de formation et, si j’ai commencé la scénographie, c’est à l’occasion d’une rencontre avec une compagnie théâtrale qui a suscité chez moi une passion pour le théâtre, j’ai donc commencé à réaliser des décors, je faisais par ailleurs déjà de la peinture et des illustrations. Peu à peu, j’ai travaillé de plus en plus pour des compagnies et des grandes maisons. Le « coup de crayon » me semble indispensable bien que de très bons scénographes aujourd’hui travaillent uniquement sur l’espace numérique, toutefois avec un dessin, on peut davantage et rapidement exprimer une idée. Certains, également, ne passent pas par la maquette en carton, ce que je trouve regrettable, j’ai l’impression que parfois ces maquettes numériques très séduisantes trichent avec la réalité.

 Travaillez-vous indifféremment pour le théâtre et l’opéra, l’approche de ces deux expressions vous semble-t-elle semblable ?

 J’ai travaillé à l’Opéra du Rhin pendant cinq ans, au TNS pendant dix ans que j’ai quitté l’an passé, donc Orphée mis en scène par Fanny Gioria à Avignon est ma première scénographie pour l’opéra. Avant c’était plutôt le théâtre, l’approche est en effet différente, le temps de répétition y est plus large, moins d’équipements et de lumières rendent la tâche plus facile. Le temps pour un opéra est plus compressé, il faut faire des images très rapidement, davantage de préparations en amont donc, c’est d’ailleurs ce travail préalable qui permet de gagner du temps. Sur Les Mousquetaires au couvent mis en scène par Valérie Marestin, je n’avais pas mesuré à quel point il faut d’éclairage pour une opérette, c’est un peu la surprise et donc on s’adapte très rapidement.

Peut-il arriver de travailler sur des projets qui ne sont finalement pas retenus  ?

Il y a des projets de construction qui n’arriveront pas jusqu’à la scène, par exemple sur Tous des oiseaux, on a construit avec les ateliers de La Colline un chien mécanique qui ne joue pas dans le spectacle finalement, voilà un exemple typique des modifications qui peuvent avoir lieu dans le théâtre. Au fond, ce n’est pas tout ce que l’on a construit qui compte mais le spectacle lui-même et je reste toujours très heureux d’avoir travaillé sur ce genre de projet malgré ce genre de modification.

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Chien construit dans les ateliers du théâtre de la Colline.

Utilisez-vous l’image numérique sur scène comme expérience nouvelle du spectacle ?

Je ne l’utilise pas mais j’ai déjà travaillé l’année dernière sur une création théâtre où il y avait un vidéaste, un éclairagiste et je faisais bien sûr la scénographie. Je n’ai pas tenté de faire ce que je ne maîtrise pas encore, à savoir la vidéo. Je trouve agréable cependant de faire la lumière d’un spectacle que j’ai conçu, scénographie et lumière m’intéressent vraiment et semblent aller de pair. Créer des espaces plutôt que de la décoration reste l’attrait principal de ce métier pour moi.

 Quelles en sont les différentes étapes, les relations avec le metteur en scène et autre ?

 Une première rencontre est basée sur un échange à propos de l’œuvre elle-même, comment chacun la perçoit en quelque sorte, ensuite, selon les metteurs en scène, des documents, des photos, des éléments d’inspiration comme de la peinture par exemple sont partagés. C’est à partir de ces échanges que je peux faire, un montage photoshop, tel que je l’ai fait au départ de la scénographie de Orphée pour Fanny Gioria, ce qui a tout de suite été une évidence pour nous deux. La maquette a été réalisée ensuite en s’adaptant bien sûr à la réalité, donc l’adaptation vient très vite. C’est justement la plus grande qualité à avoir dans ce genre de projet je dirais, celle de s’adapter en permanence aux exigences de tous et à celles dues à la technique. Donc deux visuels mis en commun entre le metteur en scène et le scénographe qui parfois doit néanmoins suivre la seule vision du metteur en scène.

 Quels sont les projets qui vous ont le plus marqué ?

 Je crois que c’est Orphée finalement qui m’a le plus marqué jusqu’à présent en tant que scénographe et éclairagiste. J’ai également travaillé en tant que chef constructeur du Tartuffe de Stéphane Braunschweig qui est un ami, aujourd’hui directeur de l’Odéon. Ce Tartuffe était un immense décor qui s’élevait dans les cintres, un de mes souvenirs marquants.

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Décors du Tartuffe mis en scène par Stéphane Braunschweig.

Où trouvez-vous les différents éléments qui composent le décor d’une pièce ou d’un opéra ?

 On fait les stocks, on fait également faire des éléments dans des ateliers de construction comme récemment pour Les Mousquetaires au couvent. Encore une fois, il faut s’avoir s’adapter, on chine dans les Puces parfois, on fait de la récupération, on va voir de même sur eBay. Après le spectacle, ça reste dans le stock du théâtre ou de l’opéra ou ça rejoint celui de la compagnie, ou encore c’est rendu si c’était emprunté.

 Où puisez-vous votre inspiration pour concevoir vos décors ?

 Elles sont dans les images collectées après lecture de l’œuvre. Mais plus généralement, c’est bien dans sa culture personnelle que l’on puise tout ce qui est nécessaire à la scénographie d’un spectacle ; sculpture, architecture, peinture, tellement d’éléments…et qui ne vont pas forcément ensemble du reste, comme on peut le faire plus volontiers au théâtre. Ce qui se produit quand on les entrechoque devient intéressant le plus souvent, parfois ce qui n’est pas maîtrisé devient les plus belles images du spectacle comme ça a pu être le cas pour Orphée qui sont apparues sur scène, on se doutait de leur visuel sans en avoir tout à fait mesuré le résultat, donc une part qui reste à créer, c’est tout l’intérêt du spectacle vivant. Le processus de création reste important avec toutes ses étapes, il est indispensable et ensuite il y a l’imprévu dont il faut pouvoir se saisir car souvent vient de là un évènement intéressant.

 A quel moment pensez-vous la lumière du spectacle ?

 Quand je fais la scénographie et les lumières, je pense les deux simultanément. Sur Orphée par exemple, la première image est remplie de lumière. Tout se fait en fonction des solistes, on place ses sources en fonction des répétitions donc.

 Lorsque vous travaillez dans le cadre d’une coproduction, devez-vous prévoir un décor adaptable à plusieurs scènes ?

 Oui, quand on connaît la coproduction, on pense déjà à toutes les salles dans lesquelles on va jouer et parfois il arrive que l’on aille dans d’autres salles où une adaptation est nécessaire. D’autres fois, on est obligé de refuser de venir parce que la salle ne peut recevoir le projet. Concernant les productions actuelles de l’Opéra Grand Avignon, rien n’est suspendu puisque l’Opéra Confluence n’a pas de cintres, ce qui permet d’aller jouer quasiment partout, les éléments sur roulettes permettent un espace mobile et adaptable.

 Quel est votre prochain projet ?

 En janvier, je reprends un spectacle que l’on a créé l’année dernière d’un auteur russe quasiment inconnu ; Sigismund krzyzanowski et d’un auteur de bande dessinée ; Marc-Antoine Mathieu :  Fkrzictions, un évènement théâtral et chorégraphique inspiré du nouvelliste russe et du dessinateur français.

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Décors de Fkrzictions, créé en 2017 à Belfort.

Ensuite, j’ai également d’autres reprises mais surtout la création d’une scénographie et des lumières d’un Avare.

Enfin, je réponds souvent à des projets un peu lourds, un peu complexes d’un point de vue technique, par exemple je suis parti l’an passé en Chine pour Thomas Jolly afin de lancer la reconstruction d’une de ses créations.

 

Marianne M.

 

Propos recueillis par Marianne Millet le 27 décembre 2017 à l’Opéra Confluence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Trois hommes et une cellule…Acting…

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Un huis clos parfait pour l’intrigue, celle-ci place en effet trois hommes dans une même cellule avec pour seule perspective…du temps ! L’idée est intéressante et Xavier Durringer s’y entend pour mener à bien l’histoire d’une rencontre improbable entre un pauvre bougre échoué là pour escroquerie, Gepetto, interprété par Kad Merad, et un metteur en scène condamné pour meurtre, Robert, saisi par Niels Arestrup. Avec eux, Patrick Bosso campe le personnage énigmatique d’Horace, le tueur marseillais enfermé dans un mutisme tenace, tout à la fois observateur, arbitre, conciliateur, toujours complice. Loin de l’enfer sartrien, les compères réinventent l’espace et leur quotidien. Gepetto rêve d’être acteur, Robert, d’abord réticent devant l’incongruité d’une telle demande, finit par tenir le pari, Horace suit avec intérêt la formation théâtrale de son compagnon d’infortune.

ACTING

Si les ingrédients sont solides, avec notamment une critique acerbe des programmes ineptes du petit écran auxquels Robert va opposer le texte shakespearien et également cette mise en abyme du travail de l’acteur, le service reste modeste cependant. La leçon de théâtre semble manquer de rythme et Kad Merad se montre peu audible par endroit, est-ce dû à sa plus grande familiarité avec la caméra ? toujours est-il qu’on le sent en sous régime vocal bien que sa métamorphose permette de bons moments franchement drôles. Niels Arestrup, moins magnétique qu’habituellement, marque néanmoins les différentes humeurs du rôle, il évolue ainsi assez aisément entre comédie et tragédie, impatient et tendre, doux et rude, il emmène de sa voix profonde son apprenti comédien jusqu’aux accents dramatiques souhaités.

Peut-être faut-il chercher cette fois une leçon de théâtre du côté d’Horace, personnage muet auquel Patrick Bosso donne ici une présence prodigieuse, car il n’a pas son pareil pour exprimer d’un regard, d’un mouvement, parfois quasi imperceptible, les sentiments et les émotions qui l’agitent. Et malgré le double enfermement d’Horace, Patrick Bosso, qui l’incarne avec une puissance certaine, parvient finalement à nous communiquer cette idée de liberté offerte par les voies du théâtre.

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Photographies Pascale Gely

Entretien avec Xavier Durringer à propos de sa pièce « Acting », très bientôt sur Avignon…

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Xavier Durringer, il me semble que votre théâtre est le résultat d’une observation de notre société plus qu’il n’est celui de l’imaginaire, comment vous situez-vous par rapport à cela ?

 Oui, en effet, j’ai plutôt un théâtre qui puise ses sources dans la réalité sociale et politique, une sorte de néo-réalisme poétique je dirais !

 Vous sentez-vous proche de certains auteurs de théâtre contemporain ?

 Je me démarque un peu du théâtre français qui me semble très poétique et depuis le début, j’ai plutôt un théâtre de situations nourries d’enjeux dramatiques et émotionnels. Olivier Py par exemple, est davantage dans une forme poétique de l’écriture, ce qui est le genre d’écriture nombreux auteurs contemporains. Je me situerais plutôt proche des auteurs américains comme Sam Shepard, décédé cet été. J’ai d’ailleurs traduit ses pièces pendant un moment. Proche du théâtre allemand ou russe aussi, des pièces avec des personnages face à des enjeux et des confrontations, j’écris un théâtre pour dire mais également pour jouer, pour sortir de la forme sérieuse pour mêler la comédie à la politique.

 Depuis quelques années, 2001, vous n’aviez plus fait de théâtre au profit de différentes réalisations cinématographiques, vous y revenez à présent, à quoi correspond ce retour à la source ?

 Effectivement, les deux dernières pièces étaient à Avignon, dans le cadre du Festival IN où j’avais joué Surfeurs en 1998 dans la cour du lycée Saint-Joseph et en 2001 La Promise avec Clovis Cornillac à l’Opéra Grand Avignon. Ensuite, j’avais monté une petite pièce ; Les Déplacés, en 2001/2002, sur les jeunes d’origine maghrébine qui avait fait une tournée. J’ai continué à écrire des pièces mais sans mettre en scène aucune d’elles. J’étais davantage axé sur la télévision et le cinéma.

Avec Acting, il s’agissait avant tout d’un thème fait pour le théâtre, c’est à la fois une pièce avec les trois personnages dans une cellule de prison mais c’est aussi un cours d’art dramatique en fait. Une pièce sur la transmission et le jeu d’acteur. J’avais le désir d’écrire sur ces deux sujets.

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Dialogues des Carmélites ou le chemin vers la grâce…

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Aux origines des Dialogues…

Au fondement même de cet opéra ; un auteur qui explore dans ses œuvres le combat spirituel entre le bien et le mal, il s’agit bien entendu de Georges Bernanos, fervent catholique et monarchiste passionné. On le retient notamment avec Sous le soleil de Satan (1926) et son Journal d’un curé de campagne (1936). C’est en 1947, sur l’idée du père Bruckberger, qu’il rédige le scénario d’un film du récit de La Dernière à l’échafaud de Gertrud Von Le Fort, lui-même inspiré de l’histoire véridique des carmélites de Compiègne guillotinées à Paris sur la place du Trône, le 17 juillet 1794, auquel la romancière avait ajouté le personnage fictif de Blanche de la Force  à la foi hésitante.

Dialogues des Carmélites peut être considéré comme le testament spirituel de Bernanos, en effet, il est publié en 1949 après la mort de celui-ci. D’abord adapté au théâtre par Jacques Hébertot et créé dans son théâtre en 1952, il devient ensuite le livret d’un opéra du compositeur Francis Poulenc, enthousiasmé par le projet après lecture du texte de Bernanos et sera représenté à la Scala de Milan en 1957. Le sujet touche Poulenc si profondément qu’il va en faire une œuvre remarquable.

Ce n’est qu’en 1960 que le scénario original servira de base au film Le Dialogue des carmélites réalisé par Philippe Agostini et le père Bruckberger, enfin, Pierre Cardinal concevra avec talent un téléfilm en 1984.

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Les Mousquetaires au couvent, une opérette pétillante à souhait en ces fêtes de fin d’année !

 

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Encore une fois, c’est d’une main de maître que Dominique Trottein emmène tout son petit monde orchestral vers la bonne humeur et un entrain des plus communicatifs. En effet, dès l’ouverture, le ton d’une soirée festive est donné, soutenu d’emblée en cela par le non moins sémillant ballet de l’Opéra Grand Avignon dirigé par Eric Belaud.

Mise en scène par Valérie Marestin, l’œuvre est convertie à une époque plus proche de la nôtre dans des décors simples et naïfs conçus par Hervé Cherblanc tout comme l’est ce petit peuple de pensionnaires joyeuses et espiègles d’un pensionnat. Ici, le noviciat est réformé dans la contrainte d’un mariage arrangé et les mousquetaires mutent en chasseurs alpins. Et si moines, abbé et religieuses restent vêtus de costumes plus représentatifs des exigences d’une époque reculée, ils n’en ont pas moins la vivacité et la drôlerie propres au genre léger de l’opérette.

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Sandrine Dégioanni, une chef perruquière qui décoiffe !

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Une perruquière ou un perruquier réalisent, entretiennent et posent des chevelures artificielles ou des postiches de têtes ou de visages sur mesure. L’origine de la perruque date du début du XVIème siècle en Italie où le point de Milan a été inventé ; la soie, le crin ou la filasse étaient cousus sur un bonnet tissé…

Comment devient-on coiffeuse perruquière pour les spectacles Sandrine Dégioanni ?

En ce qui me concerne, il s’agit d’un parcours atypique, je dirais que j’ai appris de manière autodidacte, j’étais en faculté de maths, en licence (rires partagés !), et après un problème important, j’ai décidé de changer de région et de métier, enfin d’orientation, et puisque ma maman était coiffeuse, j’ai opté pour la coiffure car c’est un métier dans lequel j’ai été élevée. Arrivée sur Avignon, j’ai donc passé un CAP de coiffure en neuf mois et j’ai eu cette proposition, un jour, de venir aider la perruquière de l’Opéra durant des fêtes de fin d’année.

Ensuite, c’est bénévolement que je suis venue pendant toute la saison 92/93 pour me former, puis je suis devenue intermittente pour l’Opéra tout en travaillant dans un salon de coiffure, fonction que j’ai rapidement cessée d’ailleurs pour être ici à temps plein après le départ à la retraite de Christiane qui remplissait la tâche de perruquière. Aujourd’hui encore, je remercie Monsieur Duffaut de m’avoir accordé sa confiance et donné ainsi ma chance.

Bien sûr, à présent il existe des bacs professionnels qui préparent à ce métier mais ces formations sont assez récentes, il y avait bien des écoles privées certainement, mais davantage pour l’implantation de perruque. Parfois, j’ai des stagiaires, je suis également appelée pour être jury d’examen de fin d’année, par exemple celui de l’Atelier du Griffon à Lyon il y a deux ans, où il fallait évaluer perruques et maquillages.

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