Peter Grimes, du poème de George Crabbe à l’opéra de Benjamin Britten, une oeuvre puissante et poignante…

Dans la lignée des grands personnages tragiques, celui de Peter Grimes dont l’opéra éponyme de son compositeur Benjamin Britten aura, dès la première en juin 1945, un retentissement notable sur le public londonien d’abord et à l’ensemble du monde opératique ensuite.

Qui est ce Peter Grimes que la rumeur tient pour coupable ? De prime abord, pêcheur de son état et plutôt abrupt, ce misanthrope des mers ne traine pas après soi la sympathie des habitants du petit village du comté du Suffolk, loin s’en faut puisque chacun est convaincu que le triste bougre a fait un sort funeste à son mousse disparu de manière étrange. Passant outre les explications maladroites du présumé coupable et forts de leur opinion, les villageois ne retiennent pas la cause accidentelle du mousse disparu. Pourtant Peter rêve d’épouser la tendre Ellen, institutrice du village qui semble prendre fait et cause pour le marginal. C’est grâce à elle que Peter prendra un nouveau mousse, mais l’inéluctable destin conduit sa marche aveugle et pousse le malheur un peu plus avant, Peter se montre brutal, l’apprenti tombe du haut de la falaise, il n’en faut pas davantage pour voir en Grimes un assassin récidiviste et lancer une chasse à l’homme. Grimes est acculé contre la tragédie qui le rejoint, il lui reste à prendre la mer pour y faire volontairement naufrage. Les rumeurs les plus folles, enflées par l’imagination collective et soutenues par une haine de la différence ont eu raison de celui qui ne savait ou ne pouvait s’inscrire dans la normalité attendue des villageois.

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Entretien avec Frédéric Roels, directeur de l’Opéra Grand Avignon.

Bonjour Frédéric Roëls, la dernière fois que nous avons eu un entretien, vous étiez à la direction des opérations artistiques de l’Opéra Royal de Mascate à Oman, vous voilà à nouveau près de vos pénates si je puis dire, comment avez-vous vécu ce retour ?

Pour commencer, je dirais que le soleil leur est commun ! Mais bien entendu, les différences sont notables, du point de vue des moyens d’abord puisqu’entre ceux de l’Opéra Royal de Mascate et de l’Opéra Grand Avignon il y a un écart certain, néanmoins je retrouve à Avignon une vraie maison de production avec des spectacles qui s’y créent. De plus, c’est un endroit avec un chœur et un ballet permanents ainsi qu’une maîtrise qui travaille toute l’année, un orchestre y est associé, ce sont donc des forces vives artistiques bien présentes pour mettre en œuvre des créations. A l’inverse, l’Opéra de Mascate était essentiellement un lieu de passage de productions créées dans d’autres maisons d’Opéra, mises à part quelques exceptions.

L’expérience a été assez courte somme toute et très certainement des plus enrichissantes mais n’avez-vous pas connu le trouble de l’exil parfois ?

Il est certain que cette « expatriation » qui a duré quelque deux années n’a pas manqué d’intérêt, non seulement parce que le pays diffère totalement du nôtre mais encore parce qu’il y a cette culture autre que l’on découvre et qui nous charme, il faut apprendre des valeurs qui nous sont d’abord inconnues par la force des choses, on sent bien que l’on vient d’ailleurs alors qu’ici, ça peut paraître plus simple et plus immédiat…quoique cette année…je ne dirais pas que c’était si évident ! Quelque part, nous sommes tous comme des étrangers dans notre propre culture, immergés que nous sommes dans cette crise sanitaire ! Quant aux codes culturels, tout a dû être nécessairement réappris.

Vous voilà à la direction de l’Opéra Grand Avignon, ce qui n’est pas une première puisque vous avez dirigé, je le rappelle, celui de Rouen de 2009 à 2017, vous arrivez également au terme de quatre années de travaux de restauration du théâtre centre-ville, une prise de fonction plutôt chargée il me semble !

Ce n’est pas tant dans le présent que nous nous ancrons mais plutôt loin devant, dans la projection de l’ouverture du théâtre, des retrouvailles avec le public en pleine capacité, ce qui n’exclut pas la joie de l’avoir accueilli en jauge réduite depuis quelques semaines, ça permet de retrouver le sens de ce que nous faisons bien sûr, cependant nous sommes impatients de nous retrouver avec le public dans le théâtre en pleine jauge et sans masque lorsque cela sera possible. Concevoir les projets tels qu’on les a rêvés jusqu’à leur aboutissement sans la frustration de devoir y renoncer comme cela a été le cas cette saison. Certains ont eu lieu mais de façon partielle ou filmés. 

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Jean Lacornerie revient sur la scène d’Avignon avec une sémillante et festive Chauve-Souris, Die Fledermaus !

Die Fledermaus de Johann Strauss fils, ou l’incontournable Chauve-Souris, l’emblème du bonheur en extrême Orient (sic !), va faire celui des Viennois en ce printemps 1874 ou presque puisque la critique se montre tout d’abord assez froide.

Pour en revenir à l’origine, l’opérette est une adaptation de Richard Génée du Réveillon, une comédie en trois actes écrite par deux associés à l’abondante production théâtrale ; Henry Meilhac et Ludovic Halévy, et créée au théâtre du Palais-Royal le 10 septembre 1872. 

Afin de charpenter cette satire gaie et légère, Johann Strauss composera une musique dans le temps accéléré de quelque six semaines. Néanmoins, lors de sa création, le cinq avril 1874, la critique viennoise se montre plutôt réservée pour ne pas dire aigre, il est vrai que Vienne sort à peine d’une épidémie de choléra et d’une banqueroute terrible et soudaine. Qu’importe, puisque très vite le monde entier se laisse griser par cette œuvre aussi pétillante que les bulles de champagne de son final, et certes, le spectacle tout à la fois musical et théâtral ne cesse d’égayer son public depuis lors.

C’est à L’Opéra Confluence que Jean Larcornerie nous proposera, les Samedi 19 juin et dimanche 20 juin, une nouvelle version de cette éclatante opérette si festive dans laquelle la musique y est si joyeusement jouée.

Au cœur du jeu fascinant de la farce, un réseau thématique intemporel tissé de jalousie et de vengeance, d’amour frôlant le désir et l’humour, bien entendu, qui met à distance raisonnable l’insupportable.

Quant aux ingrédients essentiels à l’histoire ébouriffante, prenons une espiègle soubrette, laquelle tente d’échapper à un destin médiocre, comptons sur la solidarité toute féminine entre une Caroline outragée par l’époux volage (Nihil novi sub sole !) et sa femme de chambre qui pointe un féminisme à venir, suivons les quiproquos nécessaires à toute histoire rocambolesque avec les amis Gaillardin et Duparquet et invitons-nous enfin, à notre tour, le temps d’une folle nuit dans le salon du prince Orlofsky parmi ses invités, au rythme ensorcelant de ses valses…

Jean Lacornerie, photographie de Louis Barsiat.

Jean Lacornerie, lorsque nous avons eu notre premier entretien, il y a presque trois ans, vous dirigiez alors le théâtre de la Croix Rousse à Lyon, conjuguez-vous toujours cette fonction à celle de metteur en scène ?

Non, j’ai quitté le théâtre La Croix Rousse en décembre dernier, pour des raisons personnelles d’abord puis professionnelles ensuite, ainsi j’ai pu prendre davantage de liberté par rapport à un planning de directeur chargé et laisser de ce fait plus de place à des projets liés à l’opéra. 

Je pense également que dix années dans un théâtre est un temps raisonnable pour exploiter ses différents aspects et que d’autres entreprises sont salutaires afin qu’il y ait ce nécessaire renouvellement dans les deux parties, ce qui n’exclut pas la prise d’une autre direction par la suite du reste. Cependant changer de lieu permet aussi de se réinventer.

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A l’occasion du tournage du film Don Giovanni à l’Opéra Grand Avignon, une rencontre avec le réalisateur Sébastien Cotterot…

Photographie : Barbara Buchmann-Cotterot

Bonjour Sébastien Cotterot, vous allez très bientôt réaliser la captation de l’opéra Don Giovanni de Mozart pour l’Opéra d’Avignon mais on vous connait davantage dans les rôles d’acteur, comment vous est venu ce désir, depuis quelques années maintenant, de passer derrière l’objectif d’une caméra ?

En effet, c’est d’abord par le métier d’acteur que je suis entré dans le monde de l’audiovisuel, un métier qui m’a finalement un peu frustré dans la mesure où l’on ne choisit pas forcément ce que l’on veut faire ni ce que l’on va tourner. Je faisais alors un peu de cinéma et davantage de télévision mais cela ne correspondait pas vraiment à la formation de comédien que j’avais pu suivre à l’école Périmony à Paris laquelle, assez classique, préparait davantage au jeu théâtral. Sans doute, une certaine lassitude est-elle née de cette permanence sur les plateaux de télévision, un essoufflement qui est ressenti et qui fait que l’on travaille moins parce que, par voie de conséquence, moins demandé. Parallèlement, j’avais acheté une caméra dans le désir que j’avais déjà de filmer çà et là les choses. Du reste, mes premiers films sont ceux de spectacles, d’abord des pièces jouées par des amis puis d’autres au théâtre des Variétés, ainsi tout cela s’est fait graduellement avec, insensiblement, une passion pour filmer les pièces de théâtre.

Quelle est la juste appellation de ce métier qui est le vôtre à présent ? Il reste peu connu en fait du grand public. Réalisateur audiovisuel ? Réalisateur indépendant ? Réalisateur de captation ?

L’appellation réalisateur est juste avec néanmoins, des variantes. Si l’on fait des documentaires, on parlera par exemple de réalisateur de documentaire etc. sans un complément, le nom de réalisateur évoque plutôt celui de film de fiction. Dès le début de mon aventure dans la réalisation, j’ai tenu à choisir ce que j’allais filmer et non accepter des propositions qui ne me conviendraient pas comme j’ai pu le faire dans mon passé d’acteur. C’est avec cet élan artistique qui me poussait vers certains spectacles que j’ai mené mes premières réalisations. Mon parcours de comédien m’offrait tout de même des avantages non négligeables en ce sens que je comprenais les œuvres et les jeux des comédiens sur scène, capter la bonne émotion avec le cadrage adéquat m’était peut-être plus simple, ou était-ce une sensibilité particulière qui était en moi ? Sans doute la conjugaison des deux. Moi-même, lors des films de concerts réalisés avec un ami musicien, je ne pouvais voir ce que lui-même percevait pour saisir au mieux ce qu’il y avait à capter comme le début et la fin d’un solo de guitare par exemple, n’étant pas musicien moi-même, il m’était impossible de pressentir ces instants, or, avec le théâtre, je sentais les mouvements du comédien et autre élément pour capter la juste émotion. Au final, on peut parler de réalisateur de captation parce que je ne pense pas qu’il y ait un terme plus approprié, il ne s’agit pas d’une recréation mais du suivi de l’œuvre déjà créée. La créativité, je peux la vivre cependant dans la réalisation des teasers (écrit également teaseur : bande-annonce courte d’un spectacle percutante et énigmatique). Je retranscris alors ce que j’ai vu moi-même de la pièce avec mon ressenti que je propose ensuite au metteur en scène.

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Portrait d’une sylphide ; Béryl de Saint-Sauveur, danseuse du ballet de l’Opéra Grand Avignon.

Bonjour Béryl de Saint-Sauveur, vous êtes danseuse et faites partie du ballet de l’Opéra Grand Avignon depuis 2008, mais revenons sur votre parcours, lequel commence à Paris avec la chorégraphe Corinne Devaux.

C’est dans un cours de quartier que l’aventure commence avec une initiation à la danse, j’emboîte les pas de mes grandes sœurs, j’ai alors trois ans et demi, une activité qui permettait d’occuper l’après-midi du mercredi. C’est ainsi que j’apprends à danser avec Corinne Devaux qui, au fil du temps, s’appuie sur mes capacités pour proposer à mes parents de passer l’examen de danse d’entrée à l’Opéra de Paris, une idée qui les étonne à l’époque car ils voyaient dans ces cours du mercredi une activité comme une autre sans plus penser avant à d’autres possibles. En fin d’année de CE2, j’invite mon institutrice à venir voir le spectacle qui clôture l’année, laquelle confie à mes parents que la petite fille qu’elle voit alors sur scène n’est en rien comparable à celle de sa classe ! « Elle est à sa place là, sur scène ! » ajoute-t-elle à mes parents que cette remarque décide à me laisser passer le concours que, contrairement à toute attente, je réussis !

Aviez-vous déjà un modèle familial de référence qui pouvait éventuellement vous amener à considérer la danse autrement que comme un simple passe-temps ?

Non pas vraiment, outre une tante qui était chanteuse lyrique ce qui n’était pas véritablement bien perçu dans la famille au point que mon grand-père lui-même répétait fermement de son vivant que son nom ne serait jamais sur une affiche !

La variété de programmation de l’Opéra Grand Avignon vous a-t-elle conduite à repenser votre métier de danseuse ?

La diversité du métier est une notion que j’ai complètement découverte en arrivant à Avignon car ce que je connaissais du métier de danseuse venait de l’Opéra de Paris ou de la Scala de Milan, j’étais ainsi formée pour les ballets, corps de ballet et éventuellement pour des rôles de soliste mais je n’avais aucune idée du monde lyrique et de la participation des danseurs dans ses ouvrages. Je dois dire que ce fut une belle découverte, ce sont d’autres rencontres, celles avec les chanteurs, les metteurs en scène par exemple. Le travail diffère en effet, je pense à L’Enlèvement au sérail pour citer un opéra (février 2018, mise en scène d’Emmanuelle Cordoliani, voir aussi https://parolesdopera.com/2018/02/19/lenlevement-au-serail-ou-mozart-au-cabaret/#more-591) où la danse se faisait plutôt danse-théâtre avec Victor Duclos ainsi qu’avec la metteure en scène (Emmanuelle Cordioliani), un vrai travail était mené dans l’élaboration des personnages-danseurs, l’exigence ne se plaçait pas tant dans la danse elle-même que dans la construction assez poussée des personnages justement et en cela c’était très intéressant.

Vous êtes néanmoins certainement plus à l’aise dans un ballet que vous ne l’êtes dans une œuvre lyrique ?

Je dirais que c’est davantage confortable puisqu’il s’agit d’une longue pratique avec laquelle je suis nécessairement familière, cependant le temps passant, ce travail de recherche, d’une approche plus « vraie » m’intéresse et me motive également. 

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A la direction du service de communication, Arnaud Lanez, l’un des contreforts de l’Opéra Grand Avignon !

Bonjour Arnaud Lanez, vous êtes le directeur de communication de l’Opéra Grand Avignon, j’aimerais en définir les différentes facettes avec vous car je crois que la fonction est à géométrie variable !

En effet, avec cette première mission du service communication de l’Opéra, ce sont déjà plusieurs pôles à gérer ; celui des éditions, de la billetterie, l’axe médiation-culturelle, également celui de la presse et enfin, il s’agit de veiller à la gestion de la salle.

Outre ces différents points, la question du développement a toute son importance, j’ai également la responsabilité du mécénat à l’Opéra tout en étant dans la recherche de fonds privés pour la création artistique, sans oublier d’autres projets plus particuliers comme ceux qui ont concerné l’action « Un Fauteuil à l’Opéra ». Une action placée sous le signe de la réussite avec 155 mécènes et près de 300 fauteuils financés.

Pour en revenir à la mission du service communication, il faut y voir plusieurs destinations, en premier lieu il s’agit naturellement de promouvoir les spectacles de l’Opéra, partie majeure de mon travail je dirais, puisqu’il s’agit d’amener le public vers le spectacle en développant une communication plurielle avec des moyens différents qui vont des supports virtuels jusqu’à la rencontre avec les metteurs en scène en amont du spectacle, mais également avec des chefs d’orchestre et des artistes à l’affiche.

Quelles sont, d’après vous, les qualités nécessaires pour tenir la direction du service de communication d’une maison d’Opéra ?

La question n’est pas si simple ! Je dirais tout d’abord qu’il faut se montrer réactif, il faut ajouter une solide connaissance de ce que l’on défend. Diriger la communication d’un institut de service culturel exige des savoirs aussi bien musicaux que littéraires puisque l’on entend faire valoir un ouvrage. Il me semble qu’il faut tout à la fois un esprit critique et éclairé en quelque sorte. Et comme dans tous métiers, maîtriser son sujet est indispensable, au-delà des connaissances directes avec le contenu des œuvres, il y a des aspects plus techniques qui déterminent les stratégies de communication. Un accord entre les connaissances des formes et contenus me paraît, de ce fait, impératif, d’où cette idée de réactivité pour évoluer constamment entre ces différentes activités.

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La Veuve joyeuse nous promet d’exquises heures dans la valse d’une année à l’autre…

Quelques éléments pour une brève biographie de Franz Lehár ont déjà été publiés lors des représentations de Le Pays du sourire en mars 2018 à L’Opéra Grand Avignon, la mise en scène était assurée par Pierre-Emmanuel Rousseau, la direction musicale par Benjamin Pionnier.

https://parolesdopera.com/2018/02/23/operette-romantique-en-trois-actes-le-pays-du-sourire-de-franz-lehar/

Légère et pétillante à souhait, La Veuve joyeuse conclut une « drôle d’année ».

Terminer une année complexe voire sombre par La veuve joyeuse nous semble de bon augure ! Voilà un titre oxymorique qui pourrait traduire les deux tendances d’une période plus qu’agitée dans le musellement de nos élans culturels et artistiques (sic !). La touche finale l’emporte néanmoins et c’est avec une œuvre particulièrement gaie que le passage d’une année à l’autre se fera le jeudi 31 décembre. Dans un french cancan attendu, les « Femmes, femmes, femmes » soulèveront leurs jupons de concert pour montrer leur joli postérieur à des mois d’inquiétude et de restriction. 

C’est cependant loin des fauteuils d’une salle remplie d’un public vibrant que nous devrons suivre la captation de cette opérette qui a conquis les cœurs d’un bout à l’autre de la planète depuis sa création en 1905 à Vienne pour le Theater an der Wien. Libre à nous de nous installer dans un siège confortable pour suivre cette nouvelle mise en scène de Fanny Gioria mais nul doute que nous nous en levions bien souvent soudain emportés par le rythme d’une valse ou d’un cancan, entonnant allègrement les airs connus de tous.

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Eric Pérez, chanteur, comédien et metteur en scène, un artiste aussi passionné que passionnant !

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Comédien et chanteur puis metteur en scène ; vous êtes également, Eric Perez, l’un des conseillers du Festival de Saint-Céré dans le lot, un festival créé par Olivier Desbordes.

 Egalement de la Compagnie Opéra Eclaté dont je suis l’un des directeurs artistiques (La Compagnie Opéra Éclaté a été créée en 1986, suite à un appel de la région Midi-Pyrénées, avec pour mission d’amener le grand répertoire d’opéra en milieu rural et de s’adresser à un public peu familier de la forme lyrique (…) Olivier Desbordes, qui a volontairement ancré Opéra Eclaté en milieu rural à Saint-Céré, symbole de son attention à tous les publics, a fait appel à Éric Perez, comédien- chanteur et metteur en scène et à Gaspard Brécourt, chef d’orchestre, pour poursuivre l’aventure d’Opéra Eclaté.)

Pour en revenir aux origines de ma carrière, il y a ce désir de chanter et de jouer qui me pousse vers le Conservatoire de Toulouse dans lequel je ne suis resté que très peu au fond puisqu’il ne correspondait pas à ce que j’attendais, de même pour celui de Cergy Pontoise lorsque je suis monté à Paris tout en faisant de la musique contemporaine, puis je suis arrivé assez rapidement dans la Compagnie de l’Opéra Eclaté où j’ai véritablement appris mon métier de chanteur et de comédien. Ensuite, c’est très vite l’orientation vers des rôles comiques de comédien-chanteur en dépit d’une formation initialement lyrique mais l’aptitude à faire faire rire, un talent je me suis découvert en montant sur scène, m’a amené vers ce registre comique dans les opéras ou dans les opérettes. Après cela, je me suis dirigé vers le théâtre musical en interprétant Mackie dans L’Opéra de Quat’sous ou Séverin dans Le Lac d’argent de Georg Kaiser et, de façon moins ambitieuse sans doute, je me suis dirigé vers les chansons du répertoire français, notamment avec les poètes repris dans le champ musical, ce qui est toujours d’actualité du reste puisque je continue d’interpréter ces chansons.

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Cavalleria Rusticana et Pagliacci, deux oeuvres distinctes, un sentiment unique, celui du « vrai »…

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Un mouvement tout italien aux ascendances françaises.

Aux origines du Vérisme (verismo en Italie, 1877 « vero : vrai »), il y a ce refus de l’idéalisation au profit d’une réalité tangible, celle notamment des plus pauvres dans les provinces et les villages italiens au sortir des luttes vers l’unification du pays. C’est cependant en France qu’il faut revenir plus avant, à la suite de Balzac qui observe, au milieu de ce XIXème siècle La Comédie humaine, avec un regard nouveau, sans complaisance, embrassant tout à la fois, et de manière dite objective, les bourgeois comme les plus démunis. Les « bohèmes » ne sont pas loin bien entendu, avec ce petit peuple estudiantin du Quartier Latin parisien peint par Murger dans ses Scènes de la vie de Bohème (cf : article en lien : https://parolesdopera.com/2019/01/03/giacomo-puccini-entre-realisme-et-romantisme-une-intensite-dramatique/) qui marquent le point final aux illusions romantiques. Le recueil de nouvelles traduit plus tard en Italie vient faire écho à la Scapigliatura, un mouvement artistique qui s’est développé dans la partie nord du pays et qui rejette, dans une rébellion commune à plusieurs jeunes artistes, le conformisme bourgeois.

Mais c’est avec le Naturalisme que «Le romancier est fait d’un observateur et d’un expérimentateur» écrit Emile Zola en 1880 dans Le Roman expérimental.

Ainsi, vérisme et naturalisme peuvent sembler assez proches mais ce sont également des mouvements volontiers contestés en leur temps, au reproche fait à ce dernier de «coller» à la réalité une littérature pleine de « curiosités médicales », on aura bien entendu les critiques italiennes adressées au grand Zola dont c’est là ignorer l’immense poète, il suffit de relire quelques pages des inimitables descriptions dans n’importe lequel des volumes des Rougon Macquart pour s’en convaincre par exemple. Le naturalisme glisserait ainsi son écriture vers la science pendant qu’en Italie, les tenants du vérisme ne sont guère mieux accueillis, sachant également qu’en dehors du pays qui l’a vu naître, le mouvement reste quasiment inconnu, exception faite pour l’initiateur du mouvement, Giorvanni Verga (1840-1922), considéré comme l’un des plus grands romanciers italiens du XIXème siècle. Zola lui doit d’ailleurs d’être lu dans les milieux de la gauche italienne, Verga qui a découvert en même temps Flaubert, apprécie cet écrivain français qui traduit les luttes sociales de son temps car lui-même pense à une écriture au service des classes sociales en souffrance. C’est en 1878 qu’il commence sa fresque romanesque : I Vinti qui met en avant les plus humbles et le courage qui est le leur pour surmonter les obstacles de la vie. Mais si Zola a la certitude que l’écrivain contribue à faire progresser la société en en dénonçant les travers, Verga, à l’inverse ne pense pas qu’elle puisse changer, pour lui, l’écrivain ne peut qu’en montrer la réalité et c’est sans doute la profonde différence entre les deux mouvements qui s’opposent entre optimisme constant et pessimisme profond.

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De la littérature à la musique…

Cavalleria Rusticana, que l’on peut traduire en français par la chevalerie campagnarde, c’est d’abord une nouvelle parmi celles publiées en 1880 dans un recueil titré Vita dei campi (Vie des champs). Une nouvelle que l’auteur adaptera, quatre ans plus tard, pour la scène théâtrale. C’est en 1890, que le jeune compositeur Pietro Mascagni et ses amis librettistes Guido Menasci et le poète Giovanni Targioni-Tozzetti choisissent cette pièce au succès retentissant pour l’adapter à la scène lyrique. Mascagni veut participer au concours d’opéras en un acte que l’éditeur Sanzogno a institué en 1883 afin de trouver de jeunes talents. Cavalleria rusticana est composé en un temps record de trois semaines, non seulement l’ouvrage remporte le premier prix sur plus de soixante-dix concurrents mais encore, cet opéra d’un acte créé le 17 mai 1890 au Théâtre de Costanzi à Rome connaît un accueil triomphal, le vérisme musical est né et l’œuvre va bientôt être reprise en Europe comme en Amérique trois ans plus tard, le succès est total.

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Une allègre Fille du régiment réinventée par Shirley et Dino…

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Gilles et Corinne Benizio ou…Shirley et Dino selon les circonstances, en presque quatre décennies, vous avez conquis un très large public d’ici et d’ailleurs et on a envie de vous demander ce que vous êtes tentés d’explorer encore dans le monde du spectacle tant vos « emplois » y sont déjà nombreux ! (Humoristes, comédiens, acteurs, chanteurs, scénographes, costumiers, metteurs en scène…)

 Gilles : Disons que nous nous laissons porter par l’Aventure ! Les projets naissent au gré des rencontres et se forment lorsque nous sommes assez séduits pour cela. Naturellement, nous avons également nos propres aspirations comme le dernier spectacle où nous avions cette envie de faire danser les gens, nous avons donc créé Le Bal (Création en 2018) avec cinq musiciens. Nous jouons là des chansons du répertoire français dont les musiques invitent à la danse. Une forme de spectacle qui nous divertit et qui répond tout à fait à l’esprit festif qui est le nôtre.

 Si le rire est le propre de l’homme selon Rabelais, il est surtout celui de votre duo tant vous en utilisez tous les ressorts : comique, ironie, satire, moquerie, humour, autodérision et toutes ses formes aussi bien verbales, gestuelles, de situation, de caractère etc. Une volonté de dépasser notre « misérable » condition humaine ?

 Gilles : C’est juste… C’est tout ?!! (Rires partagés !) Gilles : La réponse est dans la question en fait !

J’ai l’impression qu’il n’y a pas eu le choix d’un genre comique défini mais une libre promenade parmi toutes ses formes.

Corinne : alors là, ce n’est pas ma faute !  C’est sa faute à lui parce que moi je voulais jouer Shakespeare, Molière, Marivaux, Tchekhov et lui, il n’y avait que le désir de faire rire les gens qui l’intéressait et vu que je ne voulais ni le quitter ni qu’une autre prenne ma place, j’ai été obligée de… ! (Rires)

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 Le rire a une utilité sociale, le voyez-vous de fait comme un moyen de communication ?

 Gilles : non, pas vraiment, c’est tissé d’une trame plus complexe et plus simple à la fois. Faire rire les gens a toujours été une source de plaisir. J’ai l’impression d’ailleurs que ça a toujours été naturel avec cette envie de faire rire d’abord les copains puis que l’on prenne du plaisir d’être avec moi qui en avais également à faire des blagues, des surprises. J’ai l’impression que ce n’est pas vraiment réfléchi mais de l’ordre du spontané plutôt. Comme un état d’être en fait.

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