Mois: novembre 2017

Rencontre avec Fanny Gioria, metteure en scène d’Orphée de Berlioz.

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Si l’on s’intéresse à votre parcours artistique, Fanny Gioria, celui-ci semble d’abord orienté vers le théâtre, comment vous êtes-vous dirigée, assez rapidement du reste, vers la mise en scène d’opéra ?

 J’ai toujours aimé l’opéra, la musique, et les rencontres ont renforcé ce lien avec la musique jusqu’à ce que l’on me propose la mise en scène de La Servante Maîtresse de Pergolèse. Je suis donc venue avec une formation de théâtre plus que de chant et je me suis bien vite rendu compte qu’il y avait un dialogue à créer entre les chanteurs et leurs personnages, ils ont ce désir de jouer, de trouver leurs personnages. Finalement, du théâtre à l’opéra, c’est une continuité, un vrai défi et un dialogue qui se crée.

Avez-vous l’impression que l’opéra ajoute une dimension qui ne se retrouve pas forcément au théâtre ?

 En effet, pour moi, l’opéra représente une totalité, on peut être à la fois dans le théâtre, dans le personnage, dans la dramaturgie, dans l’expression des sentiments, dans la musique qui parfois dépasse les sentiments lorsque l’on ne peut plus dire avec les mots. Il y a les costumes, les décors, la danse dont j’adore le travail sur le corps et la respiration. C’est un art complet, bien que ce ne soit pas nouveau de le dire, je crois que c’est l’espace d’une expression plurielle et illimitée et lorsque l’un parvient à sa limite, un autre prend le relais et l’on est ainsi vraiment dans une transversalité. Nous sommes là dans une approche très moderne au fond, tout à fait contemporaine, en ce sens que l’on peut passer de l’un à l’autre, que l’on puisse travailler en équipe, avec cinquante ou soixante personnes, ce qui permet d’œuvrer sur la notion d’équipe et c’est cela qui m’intéresse beaucoup dans l’opéra.

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Orphée Gluck-Berlioz

« le mythe d’Orphée », Marc Chagall, 1977chagall_orpheeOrphée, version de  Christoph Willibald Gluck, révisée par Hector Berlioz, mise en scène de Fanny Gioria et donnée sur la scène de l’Opéra Confluence dimanche 3 décembre et mardi 5 décembre 2017. Une des oeuvres les plus envoûtantes du répertoire. Se laisser charmer par ce spectacle est plus que conseillé !

Orphée l’enchanteur…

Fils de la muse Calliope, Orphée devient à son tour source d’inspiration inépuisable. De la lyre offerte par d’Apollon, Orphée compose une musique qui fascine et ravit jusqu’aux dieux des Enfers. Quel est-il ce mortel, quintessence même du lyrisme ? Comment parvient-il à émouvoir la roche insensible par nature ? Orphée est le poète suprême qui charme les dieux et les hommes, le végétal et le minéral, par une expression musicale envoûtante. Mais c’est également l’association douloureuse et fatale de Eros et Thanatos. Amour éternel consacré à sa bien-aimée Eurydice dont il ne cessera de chanter le nom jusqu’à sa mort. La musique se fait magie et, lorsque son Eurydice perd la vie, le charme du poète-musicien opère encore dans le monde des ténèbres. Il peut y descendre, séduisant Cerbère lui-même, écouté d’Hadès et de Perséphone qui accordent le retour d’Eurydice à la condition de ne pas la regarder avant d’être parvenus tous deux dans le monde des vivants.

Si l’entreprise paraît simple, les dieux savent qu’il n’en est rien ! Comment ne pas se retourner ? Barrière infranchissable entre le monde des morts et celui des vivants, ne pas regarder derrière, renoncer à son passé et continuer de marcher malgré la perte de l’autre.

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Opéra Grand Avignon. La dernière bande. Vu à l’Autre-Scène à Vedène le 11.11.2017.

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Les limites d’un monde languissant…

Sur un bureau, dans l’immobilité du sommeil, au milieu d’une sphère blanche qui délimite ainsi le monde rétréci de la fin d’une vie, Krapp est déjà là lorsque nous nous installons dans nos fauteuils confortables. Sur le plateau, un éclairage vertical blanc bleuté ; une douche froide dont nous n’allons pas tarder à en ressentir les effets ! Très vite, la salle est suspendue au souffle même du vieux Krapp qui va s’animer progressivement. Il a le geste lent du poids des ans et d’une solitude écrasante le clown triste et échevelé. Il a vite fait le tour de sa piste sans étoile dont il bat difficilement le sol au rythme de ses chaussures démesurément grandes.

Image du cercle sur terre qui traduit si justement un enfermement définitif auquel le vieil homme ne peut plus échapper ou encore, celle du circuit des bandes du vieux magnétophone qui convient le passé comme elles tentent de capter le présent.

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La dernière bande de Samuel Beckett.

 Samedi 11 novembre 2017 à 20h30 à l’Autre Scène – Vedène avec Jacques Weber.

Un grand moment de théâtre à vivre absolument !

Quelques mots sur l’auteur

Auteur irlandais d’expression française (1906-1989), Beckett ignore les frontières, celles de la langue d’abord, maniant ainsi le verbe allemand, anglais et français mais également celles des genres, passant ainsi de la poésie au roman, du théâtre aux grands et petits écrans avec cette relation très forte à la peinture, certains tableaux seront d’ailleurs souvent à l’origine de ses œuvres. Le psychanalyste Didier Anzieu écrit à ce sujet : « Le lecteur reçoit les textes de Beckett de la manière dont le visiteur reçoit les toiles de Francis Bacon (…) : comme un coup porté au creux de son âme. » (Didier Anzieu, Beckett, Folio, Essais, 1998.)

À propos de la pièce

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Jacques Weber raconte…La dernière bande…

Jacques Weber, vous êtes un familier du seul-en-scène, qu’il s’agisse de raconter Monsieur Molière, de mêler des textes classiques et contemporains avec une certaine gourmandise (d’ailleurs bien goûtée par le public !), d’interpréter un truculent Gustave Flaubert, je pense aux lectures sur scène également. Autant de moments que vous partagez avec un public complice sur lequel vous pouvez vous appuyer, vous êtes alors, en quelque sorte, porté par ses rires, par son émotion voire son approbation mais ici, avec le personnage de Krapp qui incarne la solitude, le rapport au public est tout autre. Comment percevez-vous cette nouvelle approche ?

En effet, dans les pièces précédentes, bien que seul en scène ou presque avec Gustave, le rapport avec le public est direct. Ici, il s’agit d’une incarnation, je dirais même d’une pièce de composition car lorsque j’arrive sur scène, on ne me reconnaît pas, je suis ce vieux clown et ce qui caractérise Beckett, c’est bien que tout commence dans un registre burlesque puis, peu à peu, l’homme se dévoile et la pièce bascule d’un mouvement identique jusqu’à la tragédie. Il y a un paradoxe chez Beckett, celui de conjuguer la renommée et la peur tout à la fois, pourtant, Molière et Tchekhov peuvent être tout autant tragiques parfois.

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Du côté des costumes, avec Elza Briand…

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Entrons dans l’univers d’Elza Briand, chef costumière de l’Opéra Grand Avignon pour y découvrir un monde des plus fascinants. J’arrive d’abord dans l’atelier où Théo fait son apprentissage pour préparer un CAP tailleur une semaine sur deux ici, il vient de Paris. Gaëlle, Michelle et Christiane sont les couturières qui s’activent sur les costumes d’Orphée prévu à Avignon au début du mois de décembre. Je poursuis dans le bureau d’Elza. Pierre Guiral lui a proposé d’être à la conception des costumes de deux spectacles cette année, un désir de faire vivre davantage les forces vives de la maison dans son ensemble.

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