Du côté des costumes, avec Elza Briand…

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Entrons dans l’univers d’Elza Briand, chef costumière de l’Opéra Grand Avignon pour y découvrir un monde des plus fascinants. J’arrive d’abord dans l’atelier où Théo fait son apprentissage pour préparer un CAP tailleur une semaine sur deux ici, il vient de Paris. Gaëlle, Michelle et Christiane sont les couturières qui s’activent sur les costumes d’Orphée prévu à Avignon au début du mois de décembre. Je poursuis dans le bureau d’Elza. Pierre Guiral lui a proposé d’être à la conception des costumes de deux spectacles cette année, un désir de faire vivre davantage les forces vives de la maison dans son ensemble.

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Céline Alba et Elsa Briand

Comment êtes-vous devenue costumière, puis chef costumière pour l’Opéra Grand Avignon ?

 Je voulais travailler dans le spectacle et j’ai d’abord cherché une activité en lien avec le spectacle qui pourrait me plaire, un parcours assez atypique en somme. Désir de faire des costumes. BEP donc de couture et brevet de technicien, disparu aujourd’hui, c’était pourtant un bon diplôme. Donc apprentissage de base comme mes collègues qui ont chacune un CAP, lequel permettait auparavant de travailler en haute couture.

Me voilà donc couturière dans le monde du spectacle, tel que je l’envisageais d’abord, la suite est affaire de rencontres comme bien souvent. Ainsi, c’est par hasard que j’ai commencé à « couper » pour une costumière dont j’étais l’assistante et dont j’avais la confiance. Faire des patrons m’a beaucoup plu, la suite a dépendu du hasard puisque l’opéra d’Avignon cherchait une costumière, j’étais disponible et, peu à peu, de rappel en rappel, je suis devenue permanente, depuis onze ans maintenant.

Habilleuse, costumière, décorateur costumier ou costumier réalisateur, concepteur, on s’y perd un peu non ?

 Entre théâtre et monde lyrique, il y a des appellations différentes ! Le costumier concepteur fait les maquettes, par exemple celles d’Irène Bernaud, basée à Paris et avec laquelle nous travaillons pour la première fois. Elle fait les dessins que j’interprète en réalisant des toiles (prototypes de costumes), les toiles sont ces maquettes en 3D que l’on peut coudre également pour servir d’outil de répétition, la toile devient alors vêtement de répétition mais leur fonction première est d’éviter de gâcher des tissus. Une fois la toile faite, on ne peut se tromper dans la réalisation finale du costume.

Comment organisez-vous la gestion des différentes personnes de votre atelier autour du même projet ?

 La complexité vient surtout de la gestion des différents projets simultanés, les acteurs d’un projet sont très différents et organiser des essayages peut être compliqué, le concepteur et moi-même devons être libres, les costumes prêts, il faut que les artistes soient disponibles, donc se retrouver à un moment précis pour un premier ou un deuxième essayage exige une organisation rigoureuse avant le début des répétitions. Je suis au départ du processus, je fais la coupe puis celle du tissu également et ensuite les couturières sont au montage. Il arrive, comme à présent pour Orphée, que je leur donne des patrons de base prêts et qu’elles coupent dans les tissus, elles sont donc à la fois à la coupe et au montage dans ce cas. Quand elles ont fini le montage du costume, elles attendent le premier essayage pour le terminer ; retouches et finitions, viendra l’ultime essayage qui permettra des derniers réajustements, si nécessaire. La magie de ces costumes vient de ce qu’ils prennent leur véritable dimension sur la scène alors qu’ils peuvent être peu remarquables sur cintre, on sent ici leur véritable vocation scénique.

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Comment parvenez-vous à répondre tout à la fois aux attentes du metteur en scène et à celles du comédien ?

 Il peut arriver que ces attentes soient contradictoires mais l’essentiel pour le metteur en scène est que l’artiste soit bien. Il est vrai qu’en cas de conflit, celui-ci a plutôt lieu entre l’artiste et le costumier, en effet, le metteur en scène, bien qu’avec une idée précise et en parfait accord avec son costumier concepteur, privilégie l’artiste pour que celui-ci soit vraiment bien sur scène dans son costume. Il y a cependant échange entre le concepteur costumier et l’artiste pour trouver une issue favorable en cas de problème.

Comprendre l’œuvre pour laquelle vous réalisez des costumes, est-ce une étape essentielle ?

 Quand je fabrique des costumes, je vais bien sûr vers l’histoire, je vais la connaître, écouter sa musique, cependant l’essentiel pour moi reste les maquettes faites. Cela n’exclut pourtant pas mon désir de saisir au mieux quelques éléments de l’œuvre pour appréhender le cheminement du costume. Je ne transgresse par exemple pas ce que le concepteur costumier propose dans ses maquettes. Le concepteur est choisi, soit par le directeur du théâtre, soit par le metteur en scène qui a été lui-même choisi par le directeur du théâtre et qui a son équipe d’artistes concepteurs ; éclairagiste, scénographe… Par exemple, pour le Barbier donné au mois de mai, les concepteurs sont une jeune équipe retenue à l’occasion d’un concours. S’agissant d’Orphée, je suis la conceptrice comme je le serai pour Le dialogue des carmélites, ce qui est une première pour moi !

Donc, dans ce cas précis l’échange commence avec le metteur en scène qui me donne des indications diverses qui correspondent à ce qu’il imagine déjà, et là bien sûr, pour faire mes maquettes, il me faut m’appuyer sur ses désirs, sur l’ouvrage dans son entier. La partie créatrice existe aussi dans l’interprétation du dessin comme je le disais plus haut. Création encore avec mes collègues couturières, il s’agit d’un échange constant, ainsi lorsque je ne sais pas comment finir une partie d’un costume, elles apportent leurs propositions, elles aussi ont leur part de création.

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Avec Fanny Gioria, metteure en scène d’Orphée, vous avez donc connu vos premiers pas de conceptrice costumière, aviez-vous des craintes ou étiez-vous confiante ?

 L’entente entre Fanny et moi a été évidente, ma crainte était que nous ne nous comprenions pas, ce qui peut arriver mais elle m’a exposé son projet et lors d’une deuxième entrevue je lui ai présenté des images correspondant, à mon sens, à ce qu’elle m’avait livré de ses intentions. Les images correspondaient à l’esprit du spectacle tel que le pensait Fanny, j’ai donc pu me mettre à la réalisation des maquettes.

Quelle est la création la plus excitante que vous ayez réalisée ?

 Je dirais que c’est celle que l’on fait pour la première fois, je parle aussi au nom de mes collègues. Par exemple, la première fois que nous avons travaillé sur le plastazote, nous étions littéralement emballées ! Nous l’utilisons pour faire les épaulettes des costumes d’Orphée.

Outre Orphée, quels sont les spectacles sur lesquels vous travaillez en ce moment ?

 Jusqu’à fin janvier, nous travaillons sur cinq opéras ; Un barbier, L’enlèvement au sérail, Dialogue des carmélites, Les mousquetaires au couvent et Orphée. Et ensuite, nous commençons la saison prochaine avec une création maison Orphée aux enfers.

Que conseilleriez-vous à une jeune personne envisageant de se lancer dans la profession ?

 Je l’inviterais à être performante en technique, qu’elle sache parfaitement coudre,  qu’elle ait un désir certain de faire ce métier-là car il y a de moins en moins de postes et de moyens. Je pense également que si cette profession l’attire, c’est qu’elle est déjà sensible à l’esthétique, à plusieurs domaines culturels. Il me semble qu’il faut être curieux, qu’il faut avoir ce désir de se cultiver, des caractéristiques plus importantes à mon sens que la partie technique, car cette dernière peut s’acquérir avec le temps.

Merci à Elza Briand pour cet agréable entretien, que son équipe soit également remerciée pour son accueil sympathique.

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Propos recueillis par Marianne Millet le 30 octobre 2017 dans les ateliers de l’Opéra Grand Avignon en Courtine.



 

Prochaine rencontre : début décembre avec Sandrine Degioanni, coiffeuse perruquière de l’Opéra Grand Avignon, à suivre dans « côté coulisses » ! 

 

 

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