Orphée mis en scène par Fanny Gioria ouvre la saison lyrique avec une virtuosité artistique manifeste !

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Orphée à « l’obscure clarté des étoiles » de Fanny Gioria

 Si Berlioz dépoussière subtilement la partition de Gluck, Fanny Gioria n’est pas en reste pour faire le ménage (osons la métaphore quelque peu triviale) nécessaire dans une mise en scène débarrassée ainsi des encombrants que seraient des décors chargés et des costumes plus ou moins symboliques d’une époque propre à une transposition souhaitée.

De fait, Fanny Gioria place idéalement son Orphée dans une intemporalité qui sied parfaitement à l’œuvre elle-même, car de quoi parlons-nous exactement, si ce n’est de l’expression de la sensibilité qui emmène le public vers « une tragédie en musique écoutée d’un bout à l’autre avec une attention continue et un intérêt toujours croissant, faisant verser des larmes jusque dans les coulisses, et excitant dans toute la salle des cris d’admiration » ! (Revue de Paris, 1836)

Sobriété de circonstance ici car, s’agite-t-on dans la souffrance, qui plus est lorsque l’on est dans les Enfers ?!

Côté jardin, une structure métallique sur laquelle Amour semble se livrer à un jeu machiavélique. Interprété finement par Dima Bawad, Amour guide les jeunes amants pour les perdre davantage entre son chant et sa perfidie semble-t-il, manipulation, jeu de dupes et de miroirs auquel ne peuvent échapper les deux amoureux.

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A l’amour, à la mort…Deux entités si parfaitement liées…

La scénographie de Hervé Cherblanc porte l’univers du poète de manière évidente, Fanny Gioria est une visuelle et cela se sent dans cette volonté de donner à voir jusqu’à l’intériorité. Les modules de miroirs hauts de cinq mètres, avec ou sans tain selon l’éclairage, permettent non seulement le passage d’un monde à l’autre mais encore un système d’oppositions constantes entre celui qui voit et celui qui est vu, le miroir comme l’infini dont on ne sort pas et où Eurydice se perd. Côté cour, un petit îlot que surmonte l’arbre effeuillé, lambeaux d’objets comme un rappel de l’avant chaos, un tissu, rouge, couleur évocatrice, portée par Eurydice et donnée çà et là en quelques touches symboliques. Les lumières, parfois crues voire cruelles, sombres de fait, parachèvent cette idée de souffrance et cette tentative de dépasser en vain les frontières.

Et quelle belle place laissée à la musique ! Roberto Forés Veses, véritable enfant d’Apollon, rayonne au pupitre, attentif à mener des arts qui se répondent pour chanter la souffrance d’Orphée : musique, voix, danses et une expressivité théâtrale sobre dans une gestuelle retenue comme si la douleur se suffisait à elle-même.

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Trois solistes contre la masse du chœur et du ballet, l’idée est également intéressante, l’armée des ombres sans distinction de genres, une uniformité déclinée dans des teintes sombres, les chants et les mouvements se fondent dans une respiration semblable. C’est portés par ce groupe qu’Eurydice et Orphée tentent la ré-union. Olivia Doray a le timbre chaleureux et la présence dramatique attendus dans le rôle et près de cette Eurydice captivante, Julie Robard-Gendre nous offre un Orphée puissant, ardent, tout geste inutile disparaît, elle contraint le corps à l’économie, donnant ici pleine présence à l’émotion quasi palpable.

Une belle première dans ces nouveaux lieux de l’Opéra Confluence, transition d’un opéra à l’autre, transition d’un monde à l’autre, le public passe avec bonheur dans ces différentes ouvertures !

                                                                                                           Marianne Millet

Photographies : Cédric Delestrade/ACM-STUDIO


Prochaine représentation : mardi 5 décembre à 20h30 à l’Opéra Confluence

Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Tarif à partir de 12 euros

 

 

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