Sandrine Dégioanni, une chef perruquière qui décoiffe !

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Une perruquière ou un perruquier réalisent, entretiennent et posent des chevelures artificielles ou des postiches de têtes ou de visages sur mesure. L’origine de la perruque date du début du XVIème siècle en Italie où le point de Milan a été inventé ; la soie, le crin ou la filasse étaient cousus sur un bonnet tissé…

Comment devient-on coiffeuse perruquière pour les spectacles Sandrine Dégioanni ?

En ce qui me concerne, il s’agit d’un parcours atypique, je dirais que j’ai appris de manière autodidacte, j’étais en faculté de maths, en licence (rires partagés !), et après un problème important, j’ai décidé de changer de région et de métier, enfin d’orientation, et puisque ma maman était coiffeuse, j’ai opté pour la coiffure car c’est un métier dans lequel j’ai été élevée. Arrivée sur Avignon, j’ai donc passé un CAP de coiffure en neuf mois et j’ai eu cette proposition, un jour, de venir aider la perruquière de l’Opéra durant des fêtes de fin d’année.

Ensuite, c’est bénévolement que je suis venue pendant toute la saison 92/93 pour me former, puis je suis devenue intermittente pour l’Opéra tout en travaillant dans un salon de coiffure, fonction que j’ai rapidement cessée d’ailleurs pour être ici à temps plein après le départ à la retraite de Christiane qui remplissait la tâche de perruquière. Aujourd’hui encore, je remercie Monsieur Duffaut de m’avoir accordé sa confiance et donné ainsi ma chance.

Bien sûr, à présent il existe des bacs professionnels qui préparent à ce métier mais ces formations sont assez récentes, il y avait bien des écoles privées certainement, mais davantage pour l’implantation de perruque. Parfois, j’ai des stagiaires, je suis également appelée pour être jury d’examen de fin d’année, par exemple celui de l’Atelier du Griffon à Lyon il y a deux ans, où il fallait évaluer perruques et maquillages.

Est-ce que les perruques s’associent à des effets spéciaux de maquillage avec des postiches, des moustaches ?

 Pour les maquillages, une maquilleuse intermittente vient parce qu’il s’agit de deux métiers différents au fond, bien que les nouvelles et nouveaux conjuguent les deux fonctions en effet. C’est la maquilleuse qui exécute les effets spéciaux comme les cicatrices et autre. Pour les moustaches et la barbe, je les travaille également ainsi que les postiches qui sont une partie de la chevelure que l’on ajoute à ceux de l’actrice ou de l’acteur.

 Ce ne sont pas les appellations qui manquent en la circonstance, implanteuse-perruquière spectacle, posticheuse spectacle, perruquière-maquilleuse, chef perruquière, conceptrice coiffure spectacle et j’en passe, la liste est trop longue ! Quelles sont les différences entre ces appellations ?

 L’implanteuse fabrique les perruques en implantant cheveu par cheveu sur un tulle un peu comme on fait du crochet, cela pour le devant de la tête ainsi l’effet de vraisemblance est saisissant. C’est très long, ce n’est pas mon métier cependant, car je les coiffe, teinte et réalise tout ce que l’on peut faire d’une chevelure selon les besoins du personnage à interpréter.

 Nous sommes dans un métier lié aux arts de la scène et j’imagine, quand on parle d’une perruque à réaliser ou à coiffer, que cela exige du temps et de la minutie ?

 Oui, à la différence d’un travail dans un salon de coiffure, ici il est nécessaire d’avoir un côté artistique développé. Par exemple, pour préparer Le Pays du Sourire, opérette qui sera donnée en mars 2018, le metteur en scène ; Pierre-Emmanuel Rousseau qui est également costumier pour ce spectacle, me montre des images de chinoises traditionnelles d’époque, c’est à partir de cela que j’ai à imaginer des perruques qui peuvent aller dans le sens de ce qu’il voit pour son spectacle, l’inventivité a donc largement sa place ici. Tenter différentes approches jusqu’à trouver ce qui correspond aux attentes du metteur en scène est habituel.

Outre ce travail méticuleux, c’est aussi l’immobilité pendant des temps assez longs et la solitude, on est loin de l’agitation de certains salons de coiffures ! Et paradoxalement, c’est la fébrilité et l’effervescence au moment du spectacle. Le temps d’un entracte, je pose, aidée d’une intermittente, Delphine, toutes les perruques, ou j’arrange les cheveux quand on ne porte pas de perruque.. Je m’occupe d’abord des solistes puis vient le chœur et le ballet.

Quelle est la matière appropriée pour fabriquer une perruque qui réponde à un besoin d’authenticité ?

 J’utilise que très peu de synthétique. Je travaille surtout sur du vrai cheveu qui peut être lavé, traité et coiffé comme je le désire. Le prix varie de trois cents à trois mille euros selon la perruque, la longueur de la chevelure, sa nature. Le devant est toujours sur tulle, l’arrière sur bande mais on est sur des vrais cheveux !

Perruquière mais également chargée de procéder à la pose de la perruque lors des spectacles apparemment ? Comment s’y prendre lorsque le nombre d’intervenants est important et le temps limité ?

 L’organisation est rigoureuse, chacun passe à son tour. Pour un opéra, on commence généralement deux heures avant le lever du rideau. Delphine s’occupe du chœur et du ballet, je la rejoins lorsque j’en ai terminé avec les solistes.

 En France, il existe près d’une dizaine d’ateliers de perruquiers privés. Chaque atelier possède sa spécialité et une esthétique artistique différente. On recense en plus six ateliers de fabrication de perruques dans les institutions artistiques. L’Opéra fait appel à ces ateliers parfois ?

 Oui, il nous arrive de louer des perruques si on n’est pas en création mais cette année je crée les perruques de quatre spectacles. Je me souviens d’ailleurs d’une de mes créations complètes, c’était pour Belle Hélène d’Offenbach en 2014 dans la version de Jérôme Savary, où il a fallu faire toutes les perruques, on est ensuite partis à Vichy avec costumes, perruques etc. Lorsque nous avons fait Tancrède la même année, c’était avec des perruques de location tant elles étaient particulières puisque marquées XVIIème, je suis donc partie à l’Opéra de Versailles, dans le château pour rejoindre l’équipe sur place et préparer, poser les perruques lors du spectacle, dans l’Opéra royal !

Récemment, je suis allée sur Paris pour la création de : Un Barbier de Séville, version enfants, qui sera joué au mois de mai ici. Les costumes et les perruques sont des créations de l’Opéra Grand Avignon, il a donc fallu réaliser des perruques d’hommes, de femmes, des lunettes avec des sourcils au-dessus, des moustaches sur un casque militaire et des accessoires comme une barbe en macramé ou une perruque en laine !

Donc, je suis mes perruques parfois, pour les poser dans d’autres régions de France, dans d’autres opéras, à la rencontre d’autres équipes et j’avoue adorer cela ! On découvre de nouvelles façons de travailler, d’autre personnes, les rencontres sont importantes en ce sens qu’elles nous apportent cet indispensable renouvellement dans ce genre de métier où l’on est seul devant sa perruque pendant de longs moments. J’aime beaucoup ce rythme toujours différent.

 Quelles sont les qualités attendues, selon vous, pour exercer ce métier dans l’espace artistique ?

 Avoir une bonne connaissance de la coiffure d’un point de vue historique est nécessaire. Avoir cet élan artistique dont j’ai parlé précédemment. Savoir se concentrer, être très minutieux, inventif, aimer la solitude tout en sachant respecter les exigences du metteur en scène et du costumier. C’est d’ailleurs plutôt le costumier, avec lequel le metteur en scène s’est entendu, que je vois. Mais bien sûr, tout dépend de la personnalité de chacun, il peut arriver qu’un metteur en scène assiste à tous les essayages. La patience à tout égard est de mise dans ce métier. De même, l’esprit d’organisation est impératif, de la création jusqu’au transport des perruques dans les flight (boîtes de transport sur roulettes) d’un opéra à un autre. Si j’envoie mes perruques pour qu’elles soient prises en charge par d’autres ailleurs, un dossier de production va suivre où j’indique comment coiffer, qui, dans quel tableau, le temps nécessaire à la pose, etc., ici la précision et la rigueur sont indispensables car à chaque création, un dossier doit être fait avec photos et textes explicatifs.

 Enfin, faire preuve de dynamisme lors de la pose des perruques avant et pendant le spectacle car tout est minuté ! Oublier la fièvre, si elle vous saisit le jour de la représentation, vous êtes en forme le jour J parce que nombreuses et nombreux sont ceux qui comptent sur vous !

 Quel est le parcours avant de faire une perruque ? Après la rencontre du metteur en scène pour connaître ses intentions, on étudie l’œuvre dans son ensemble ? Il y a un visuel ?

 Pour Amadis de Lully, monté ici en 2010, ma toute première création du reste, le costumier avait dessiné de vraies maquettes coiffures. J’avais un visuel très précis et c’est intéressant de comparer le dessin avec le résultat final.

Mais je plonge dans l’œuvre et tente d’assister à de nombreuses répétitions pour voir l’univers du spectacle. Ainsi avec Les Mousquetaires au couvent en ce moment, j’assiste à tous les essayages costumes pour voir ce qu’il faut adapter en matière de coiffure, comprendre au mieux les orientations propres à Valérie Marestin, la metteure en scène de cette opérette.

Finalement ; au-delà de faire et de poser des perruques, c’est une palette d’activités qui  donnent à ce métier tout son intérêt.

Il me semble que ce métier est à géométrie variable, ce qui rapproche un peu Sandrine Dégioanni de ses premières amours plus matheuses ! Merci à Sandrine pour ce beau moment passé ensemble, on aura bien saisi qu’entre douceur et détermination, solitude et collaboration, calme et excitation, elle naviguait avec aisance dans ces contrastes nécessaires au métier de perruquière !

                                                                                            Marianne M.

Propos recueillis par Marianne Millet le 13 décembre 2017 dans les ateliers de l’Opéra Grand Avignon en Courtine.

 



 

 

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