Entretien avec Xavier Durringer à propos de sa pièce « Acting », très bientôt sur Avignon…

vz-44f86ac3-3e25-4597-b12d-f6f919787b6a      XAVIER DURRINGER PHOTO 2

Xavier Durringer, il me semble que votre théâtre est le résultat d’une observation de notre société plus qu’il n’est celui de l’imaginaire, comment vous situez-vous par rapport à cela ?

 Oui, en effet, j’ai plutôt un théâtre qui puise ses sources dans la réalité sociale et politique, une sorte de néo-réalisme poétique je dirais !

 Vous sentez-vous proche de certains auteurs de théâtre contemporain ?

 Je me démarque un peu du théâtre français qui me semble très poétique et depuis le début, j’ai plutôt un théâtre de situations nourries d’enjeux dramatiques et émotionnels. Olivier Py par exemple, est davantage dans une forme poétique de l’écriture, ce qui est le genre d’écriture nombreux auteurs contemporains. Je me situerais plutôt proche des auteurs américains comme Sam Shepard, décédé cet été. J’ai d’ailleurs traduit ses pièces pendant un moment. Proche du théâtre allemand ou russe aussi, des pièces avec des personnages face à des enjeux et des confrontations, j’écris un théâtre pour dire mais également pour jouer, pour sortir de la forme sérieuse pour mêler la comédie à la politique.

 Depuis quelques années, 2001, vous n’aviez plus fait de théâtre au profit de différentes réalisations cinématographiques, vous y revenez à présent, à quoi correspond ce retour à la source ?

 Effectivement, les deux dernières pièces étaient à Avignon, dans le cadre du Festival IN où j’avais joué Surfeurs en 1998 dans la cour du lycée Saint-Joseph et en 2001 La Promise avec Clovis Cornillac à l’Opéra Grand Avignon. Ensuite, j’avais monté une petite pièce ; Les Déplacés, en 2001/2002, sur les jeunes d’origine maghrébine qui avait fait une tournée. J’ai continué à écrire des pièces mais sans mettre en scène aucune d’elles. J’étais davantage axé sur la télévision et le cinéma.

Avec Acting, il s’agissait avant tout d’un thème fait pour le théâtre, c’est à la fois une pièce avec les trois personnages dans une cellule de prison mais c’est aussi un cours d’art dramatique en fait. Une pièce sur la transmission et le jeu d’acteur. J’avais le désir d’écrire sur ces deux sujets.

 Vous êtes un artiste assez éclectique, j’irais jusqu’à dire polymathe dans l’art du spectacle ; dramaturge, scénariste, réalisateur, directeur de compagnie, metteur en scène, vous avez également créé les EAT (écrivains associés du théâtre), qu’est-ce qui pousse Xavier Durringer à ne pas se laisser enfermer dans une seule forme artistique ?

 Je pense que tout commence par l’écriture, qu’il s’agisse de théâtre, de télévision ou de cinéma, c’est d’abord le rapport à l’écriture, donc l’envie de raconter des histoires. J’ai eu envie de quitter à un moment donné le théâtre pour diverses raisons, je me suis soustrait aux différentes propositions de direction de théâtres préférant entrer dans la famille du cinéma, cependant le désir de revenir au théâtre était toujours là. J’aime être enfermé dans un théâtre avec des acteurs mais c’est la première fois que je revenais au théâtre dans celui privé parce que j’ai fait pratiquement toutes mes pièces dans le théâtre public. C’est une nouvelle forme pour moi qui n’ai pas cette envie d’être enfermé comme directeur de théâtre pendant quelques années, de devoir dire non à des projets d’amis parce que c’est compliqué à monter, j’ai besoin de cette nécessaire liberté, de passions et de désirs, de projets qui m’endorment le soir, qui me réveillent la nuit, qui me lèvent le matin, surtout ne pas rester figé dans une seule chose, tout reste histoire de rencontres quelle que soit l’approche artistique.

 Avez-vous adapté le texte original à cette nouvelle mise en scène ?

 Oui, Acting a été éditée sur une version longue, la pièce faisait à peu près deux heures et demi puis il y a eu un rééquilibrage sur la demande de mes acteurs Niels Arestrup et Kad Merad, la pièce est ainsi beaucoup plus courte, elle doit faire une heure quarante environ, donc une réadaptation du texte avec les acteurs. Elle reste bien sûr une tragi-comédie puisque les registres comique et tragique y sont parfaitement mêlés.

 Cette pièce est, semble-t-il, un hommage à votre ancien professeur d’art dramatique Robert Cordier, également homme de spectacle protéiforme, faut-il voir dans le titre Acting une référence directe à son Association : Acting International ?

 Je dirais plutôt un clin d’œil, surtout avec le personnage que j’ai appelé Robert comme Robert Cordier. J’ai commencé le théâtre avec lui alors que j’avais dix-huit, dix-neuf ans et c’était une école qui travaillait vraiment à l’américaine car Robert Cordier avait beaucoup travaillé aux Etats-Unis et quand il a fait son Acting International, il est vrai que nous étions réellement sur les techniques américaines, je me suis donc servi par la suite de beaucoup de choses ajoutant mon expérience à celle de Robert. Je trouvais amusant d’avoir cette passation de pouvoir après trente ans de direction d’acteurs et cette transmission dans une cellule de prison mais on est bien au fond dans un clin d’œil à Robert Cordier.

 Je crois que Stanislavski et Grotowski restent pour vous des maîtres du théâtre encore aujourd’hui, dans quelle mesure vous guident-ils encore dans Acting par exemple ?

 En fait, on se nourrit de ces techniques mais on finit par trouver les siennes dans la direction d’acteurs au fil des années. Aujourd’hui, apprendre à diriger des acteurs, c’est le faire de différentes façons selon les acteurs et leurs besoins, certains ont besoin d’un travail important en amont, d’autres sont plus instinctifs. Il n’en demeure pas moins que le travail sur le corps reste très important.

 Acting, selon vous, est une pièce sur la transmission, sur l’art de l’acteur, que pensez-vous de la façon d’aborder l’univers du théâtre pour un jeune comédien aujourd’hui ?

 Aujourd’hui, j’ai par exemple mon fils qui est dans une école de théâtre, et ce que je lui dis comme à d’autres, c’est que devenir acteur c’est comme devenir médecin ou avocat, ce sont des années d’étude. Non seulement des années d’apprentissage sur l’espace classique et contemporain mais encore un travail devant la caméra qui exige une approche différente, avoir un minimum de « tekhnè » dans le sens technique grecque pour pouvoir faire ce métier qu’il faut envisager comme tel. Beaucoup aujourd’hui cherchent d’abord à être connus plutôt qu’à être acteurs. Cultiver son « moi » intérieur, c’est ce que je recommande dans mes stages, travailler ses richesses mais aussi ses défauts, ne pas vouloir être beau absolument mais se servir de ses défauts comme de grandes qualités.

Dans cette pièce, la prison devient métaphore du théâtre, pourquoi ce choix assez curieux somme toute ?

 C’est une métaphore du théâtre et une cellule où ils vont rester pendant un ou deux ans ensemble sans pouvoir en sortir, c’est donc le rapport du maître à l’élève dont on ne sort pas non plus. Je voulais un grand metteur en scène, comme un grand maître qui débarque dans une cellule pour meurtre et qui va se confronter à l’homme le plus petit, le plus gris, sans culture personnelle, hormis celle télévisuelle. Prendre ainsi le plus simple d’entre tous, le faire travailler avec une « tekhnè » pour qu’il devienne un acteur. Pour moi, c’était la forme la plus simple pour mettre cela sur un plateau et c’est vrai aussi que c’est une métaphore du théâtre.

 C’est sur une pièce de Shakespeare que travaille l’apprenti comédien, Shakespeare est-il l’incontournable auteur dans la formation du comédien selon vous ?

 Oui, j’ai commencé sur Shakespeare moi aussi, à travailler sur ce monologue « Ah !  Si cette chair trop solide pouvait se fondre, se dissoudre et se perdre en rosée ! Encore un hommage à Robert Cordier et je voulais que la transmission se fasse par le texte classique, texte qu’au début on ne comprend pas puis, peu à peu, qui est saisi. L’immersion dans ce genre de texte pour quelqu’un qui n’avait aucune culture générale me paraissait plus drôle, surtout dans une cellule de prison avec Hamlet !

Je pense que Shakespeare et Tchekhov sont en effet incontournables, ils donnent une assise solide. Mais au fond tous les auteurs classiques sont intéressants mais il est vrai que ma formation a été faite sur Shakespeare.

Le choix des comédiens dans cette nouvelle mise en scène s’est-il imposé avec une certaine évidence ?

 Non, c’était assez difficile, il me fallait trouver ce maître de théâtre pour la pièce avec un charisme certain puis Niels Arestrup s’est imposé assez facilement, il a une école de théâtre, il correspond tout à fait au personnage. Dès qu’il entre dans la cellule, on est comme hypnotisé et je voulais mettre en face de lui une sorte de « clown », quelqu’un qui vient de la comédie et Kad Merad est ce maître de la comédie dont j’avais besoin, il n’avait d’ailleurs jamais mis les pieds sur un plateau de théâtre hormis sur les planches lointaines de l’école. Un beau challenge donc pour lui. Niels Arestrup et lui avaient travaillé dans la série Baron noir et Niels avait parlé de ce rôle dans Acting à Kad Merad. N’oublions pas Patrick Bosso dont le rôle du muet est mené d’une façon magistrale, c’est aussi une leçon de théâtre car on peut être presque deux heures sur un plateau sans rien dire et exister d’une façon incroyable.

 Que diriez-vous à une personne en formation d’acteur aujourd’hui car il semble qu’il y ait un appauvrissement culturel qui se généralise jusque dans les théâtres ?

 C’est justement un peu le drame aujourd’hui qui touche même des acteurs très connus, il y a manifestement un manque de culture générale tant au niveau du cinéma que du théâtre. Je suis un classique de par ma formation et je la transmets ainsi. La plupart des jeunes ont l’impression d’être acteurs après une formation de trois années, les surprises vont être à la hauteur des difficultés du métier. Vivre de sa passion, c’est nécessairement se cultiver pour cette passion, il y a des auteurs que l’on ne peut ignorer. Il faut se confronter à des langues différentes, à des discours différents sur le théâtre. Comprendre le discours de l’autre réalisateur, metteur en scène, auteur…Et surtout être soi-même, dans sa propre nature. Je ne travaille pas en effet sur l’imaginaire mais sur le vécu, ne pas se poser la question de « qu’est-ce que Hamlet ferait ? » mais « qu’est-ce que je ferais moi-même dans cette situation ? Pour revenir à soi-même finalement.

 

Un grand merci à Xavier Durringer pour cette disposition à échanger autour du théâtre, de ses ramifications infinies et qui garde sur le monde du spectacle un oeil curieux et pénétré d’une culture étendue. 

                                                                                                         Marianne M.

Propos recueillis par Marianne Millet le 4 janvier 2018



Mercredi 10 janvier 2018 à 20h30 Opéra Confluence

Pièce de Xavier Durringer
Avec Niels Arestrup
Kad Mérad
Patrick Bosso
Edouard Montoute

Mise en scène Xavier Durringer
Décors Eric Durringer
Costumes Nathalie Bérard-Benoin
Lumières Orazio Trotta

Dans une cellule de prison, Robert, un metteur en scène condamné pour meurtre, rejoint Gepetto, un petit expert-comptable minable et Horace, un tueur muet. Gepetto a toujours rêvé d’être un acteur. Mais voilà, il n’a aucune qualité pour l’être. Robert tenté par un pari fou, et voulant tuer le temps, décide de faire de lui le plus grand acteur de tous les temps.

Un petit bijou France Inter

Xavier Durringer frappe un grand coup en réunissant Niels Arestrup, Kad Mérad et Patrick Bosso ! Une leçon de théâtre ? Oui ! Le Figaroscope

Si vous voulez comprendre simplement ce que sont vraiment l’art théâtral et le métier d’acteur, allez voir « Acting », pièce remarquable, formidablement bien interprétée Atlantico

Arts Live Entertainment



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 1h45

Tarif à partir de 12 euros

 

 

 

 

 

 

 

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