Le scénographe, ou le créateur d’univers scéniques…Rencontre avec Hervé Cherblanc.

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Hervé Cherblanc, qu’est-ce qu’un scénographe ? Est-il si différent du décorateur dont le terme peut paraître plus familier au grand public ?

 Il y a plusieurs appellations qui se rapportent au scénographe, celui d’exposition, de bâtiment et de spectacle. Le terme de décorateur de théâtre a glissé vers celui plus moderne de scénographe qui tend à signifier un peu la même chose. Cependant, la scénographie est employée car elle correspond davantage aux techniques relatives à la graphie de la scène, qui peut comprendre la vidéo, l’ambiance, l’univers du spectacle. On a là une idée d’espace plus que décor. Le mot est utilisé depuis peu dans le métier en fait et a remplacé en effet celui plus ancien de décorateur, ce qui marque bien l’évolution de la gestion de l’espace sur une scène au fond. Le scénographe peut néanmoins ne travailler uniquement sur le décor. Donc scénographie littéralement comme graphie de la scène.

 Comment devenir scénographe ?

 Aujourd’hui, il y a des écoles spécialisées qui préparent au métier de scénographe, en ce qui me concerne, je suis ingénieur de mécanique de formation et, si j’ai commencé la scénographie, c’est à l’occasion d’une rencontre avec une compagnie théâtrale qui a suscité chez moi une passion pour le théâtre, j’ai donc commencé à réaliser des décors, je faisais par ailleurs déjà de la peinture et des illustrations. Peu à peu, j’ai travaillé de plus en plus pour des compagnies et des grandes maisons. Le « coup de crayon » me semble indispensable bien que de très bons scénographes aujourd’hui travaillent uniquement sur l’espace numérique, toutefois avec un dessin, on peut davantage et rapidement exprimer une idée. Certains, également, ne passent pas par la maquette en carton, ce que je trouve regrettable, j’ai l’impression que parfois ces maquettes numériques très séduisantes trichent avec la réalité.

 Travaillez-vous indifféremment pour le théâtre et l’opéra, l’approche de ces deux expressions vous semble-t-elle semblable ?

 J’ai travaillé à l’Opéra du Rhin pendant cinq ans, au TNS pendant dix ans que j’ai quitté l’an passé, donc Orphée mis en scène par Fanny Gioria à Avignon est ma première scénographie pour l’opéra. Avant c’était plutôt le théâtre, l’approche est en effet différente, le temps de répétition y est plus large, moins d’équipements et de lumières rendent la tâche plus facile. Le temps pour un opéra est plus compressé, il faut faire des images très rapidement, davantage de préparations en amont donc, c’est d’ailleurs ce travail préalable qui permet de gagner du temps. Sur Les Mousquetaires au couvent mis en scène par Valérie Marestin, je n’avais pas mesuré à quel point il faut d’éclairage pour une opérette, c’est un peu la surprise et donc on s’adapte très rapidement.

Peut-il arriver de travailler sur des projets qui ne sont finalement pas retenus  ?

Il y a des projets de construction qui n’arriveront pas jusqu’à la scène, par exemple sur Tous des oiseaux, on a construit avec les ateliers de La Colline un chien mécanique qui ne joue pas dans le spectacle finalement, voilà un exemple typique des modifications qui peuvent avoir lieu dans le théâtre. Au fond, ce n’est pas tout ce que l’on a construit qui compte mais le spectacle lui-même et je reste toujours très heureux d’avoir travaillé sur ce genre de projet malgré ce genre de modification.

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Chien construit dans les ateliers du théâtre de la Colline.

Utilisez-vous l’image numérique sur scène comme expérience nouvelle du spectacle ?

Je ne l’utilise pas mais j’ai déjà travaillé l’année dernière sur une création théâtre où il y avait un vidéaste, un éclairagiste et je faisais bien sûr la scénographie. Je n’ai pas tenté de faire ce que je ne maîtrise pas encore, à savoir la vidéo. Je trouve agréable cependant de faire la lumière d’un spectacle que j’ai conçu, scénographie et lumière m’intéressent vraiment et semblent aller de pair. Créer des espaces plutôt que de la décoration reste l’attrait principal de ce métier pour moi.

 Quelles en sont les différentes étapes, les relations avec le metteur en scène et autre ?

 Une première rencontre est basée sur un échange à propos de l’œuvre elle-même, comment chacun la perçoit en quelque sorte, ensuite, selon les metteurs en scène, des documents, des photos, des éléments d’inspiration comme de la peinture par exemple sont partagés. C’est à partir de ces échanges que je peux faire, un montage photoshop, tel que je l’ai fait au départ de la scénographie de Orphée pour Fanny Gioria, ce qui a tout de suite été une évidence pour nous deux. La maquette a été réalisée ensuite en s’adaptant bien sûr à la réalité, donc l’adaptation vient très vite. C’est justement la plus grande qualité à avoir dans ce genre de projet je dirais, celle de s’adapter en permanence aux exigences de tous et à celles dues à la technique. Donc deux visuels mis en commun entre le metteur en scène et le scénographe qui parfois doit néanmoins suivre la seule vision du metteur en scène.

 Quels sont les projets qui vous ont le plus marqué ?

 Je crois que c’est Orphée finalement qui m’a le plus marqué jusqu’à présent en tant que scénographe et éclairagiste. J’ai également travaillé en tant que chef constructeur du Tartuffe de Stéphane Braunschweig qui est un ami, aujourd’hui directeur de l’Odéon. Ce Tartuffe était un immense décor qui s’élevait dans les cintres, un de mes souvenirs marquants.

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Décors du Tartuffe mis en scène par Stéphane Braunschweig.

Où trouvez-vous les différents éléments qui composent le décor d’une pièce ou d’un opéra ?

 On fait les stocks, on fait également faire des éléments dans des ateliers de construction comme récemment pour Les Mousquetaires au couvent. Encore une fois, il faut s’avoir s’adapter, on chine dans les Puces parfois, on fait de la récupération, on va voir de même sur eBay. Après le spectacle, ça reste dans le stock du théâtre ou de l’opéra ou ça rejoint celui de la compagnie, ou encore c’est rendu si c’était emprunté.

 Où puisez-vous votre inspiration pour concevoir vos décors ?

 Elles sont dans les images collectées après lecture de l’œuvre. Mais plus généralement, c’est bien dans sa culture personnelle que l’on puise tout ce qui est nécessaire à la scénographie d’un spectacle ; sculpture, architecture, peinture, tellement d’éléments…et qui ne vont pas forcément ensemble du reste, comme on peut le faire plus volontiers au théâtre. Ce qui se produit quand on les entrechoque devient intéressant le plus souvent, parfois ce qui n’est pas maîtrisé devient les plus belles images du spectacle comme ça a pu être le cas pour Orphée qui sont apparues sur scène, on se doutait de leur visuel sans en avoir tout à fait mesuré le résultat, donc une part qui reste à créer, c’est tout l’intérêt du spectacle vivant. Le processus de création reste important avec toutes ses étapes, il est indispensable et ensuite il y a l’imprévu dont il faut pouvoir se saisir car souvent vient de là un évènement intéressant.

 A quel moment pensez-vous la lumière du spectacle ?

 Quand je fais la scénographie et les lumières, je pense les deux simultanément. Sur Orphée par exemple, la première image est remplie de lumière. Tout se fait en fonction des solistes, on place ses sources en fonction des répétitions donc.

 Lorsque vous travaillez dans le cadre d’une coproduction, devez-vous prévoir un décor adaptable à plusieurs scènes ?

 Oui, quand on connaît la coproduction, on pense déjà à toutes les salles dans lesquelles on va jouer et parfois il arrive que l’on aille dans d’autres salles où une adaptation est nécessaire. D’autres fois, on est obligé de refuser de venir parce que la salle ne peut recevoir le projet. Concernant les productions actuelles de l’Opéra Grand Avignon, rien n’est suspendu puisque l’Opéra Confluence n’a pas de cintres, ce qui permet d’aller jouer quasiment partout, les éléments sur roulettes permettent un espace mobile et adaptable.

 Quel est votre prochain projet ?

 En janvier, je reprends un spectacle que l’on a créé l’année dernière d’un auteur russe quasiment inconnu ; Sigismund krzyzanowski et d’un auteur de bande dessinée ; Marc-Antoine Mathieu :  Fkrzictions, un évènement théâtral et chorégraphique inspiré du nouvelliste russe et du dessinateur français.

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Décors de Fkrzictions, créé en 2017 à Belfort.

Ensuite, j’ai également d’autres reprises mais surtout la création d’une scénographie et des lumières d’un Avare.

Enfin, je réponds souvent à des projets un peu lourds, un peu complexes d’un point de vue technique, par exemple je suis parti l’an passé en Chine pour Thomas Jolly afin de lancer la reconstruction d’une de ses créations.

 

Marianne M.

 

Propos recueillis par Marianne Millet le 27 décembre 2017 à l’Opéra Confluence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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