Mois: février 2018

Le pays du sourire de Franz Lehár sous le regard éclairé de Pierre-Emmanuel Rousseau.

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Pierre-Emmanuel Rousseau, après de solides études universitaires, vous avez rapidement assuré la mise en scène d’ouvrages lyriques, vous étiez un très jeune homme lorsque vous avez assuré celle de l’Amant jaloux de Gretry, avec succès du reste.

 D’une formation de musicien, j’ai en effet commencé très jeune en assistant, parallèlement à une préparation de maîtrise de théâtre à Paris III, Jérôme Deschamps ainsi que Macha Makeieff avec lesquels j’ai eu un compagnonnage assez long, notamment avec Jérôme Deschamps qui m’a proposé alors de faire l’ouverture de l’Opéra Royal de Versailles avec l’Amant jaloux de Gretry dès qu’il a pris la direction de l’Opéra-Comique.

Vous avez assisté de même, à l’époque, Stéphane Braunschweig, actuel directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, n’avez-vous pas été tenté également par la mise en scène d’une pièce de théâtre ?

 Si, je l’ai été, cependant je suis d’abord musicien et du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu mettre en scène des ouvrages lyriques que je vais voir depuis l’âge de cinq ans. Avec des parents très mélomanes, j’ai pu découvrir nombre de festivals et d’opéras, donc très vite ce désir de mettre en scène des opéras a fixé mon devenir en quelque sorte. Toutefois, le théâtre a été présent puisque Stéphane Braunschweig m’a offert de collaborer avec lui au Théâtre de Strasbourg dont il avait alors la direction. Ensuite, je dirais qu’il s’agit d’un autre métier, la dimension musicale me manquait, cependant je serais assez tenté à présent d’y revenir avec des textes qui ont d’ailleurs un rapport étroit avec la musique.

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Opérette romantique en trois actes, « Le pays du sourire » de Franz Lehár.

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Le musicien, l’époux, l’ami fidèle…

 Franz Lehár est né le 30 avril 1870 en Hongrie, il commence très tôt la musique, étudiant d’abord le piano et composant sa première chanson à dix ans. Entré au conservatoire de Prague, il apprend le violon, étudie la théorie musicale et la composition. Progressivement, chef d’orchestre militaire puis compositeur à Vienne qui devient sa patrie d’adoption, il est rapidement considéré comme le maestro de l’opérette, le succès mondial que rencontre La veuve joyeuse en 1905 le confirmera.

Avec le régime nazi, les rapports sont plutôt difficiles, Lehár fait appel à des librettistes juifs et, bien que catholique, il épouse Sophie Paschkis d’origine juive qui se convertira finalement au catholicisme avant leur mariage. Mais Hitler lui-même apprécie sa musique (sic !), laquelle est utilisée à des fins de propagande. Une protection qui ne s’étend hélas pas jusqu’à l’un de ses librettistes ; Fritz Löhner-Beda déporté et assassiné avec sa femme à Auschwitz. Lehár part en Suisse en 1943. Après la fin de la guerre, il désavoue tout rapport avec le régime nazi.

Sophie Lehár, meurt en 1947, Franz Lehár, très affecté, rentre en Autriche l’année suivante où il est déclaré citoyen d’honneur, il s’éteint quelques mois après son retour à l’âge de 78 ans. Il avait « donné son cœur » à la musique d’abord, à sa chère Sophie ensuite et à ses amis enfin, ainsi repose-t-il près de ceux qu’il aimait et non loin de son ténor favori ; Richard Tauber et d’Oscar Strauss, le compositeur de Rêve de valses.

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L’Enlèvement au Sérail ou Mozart au cabaret !

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Mozart jeune et amoureux veut épouser sa Constance, il n’a que vingt-cinq ans, quelle meilleure façon que de créer cet opéra contre l’opposition des deux familles ? L’Enlèvement au Sérail y répond au mieux et d’une Constance à l’autre, la symbolique est claire, l’occasion également de mettre en avant les idées toute féministes du jeune compositeur que reprend avec bonheur Emmanuelle Cordoliani. Blonde, entraîneuse alerte, rappelle ainsi avec force à Osmin que Pedrillo ne l’emmène pas, c’est elle « qui part » ! La nuance est subtile mais le sens assuré, les femmes ne sont plus ces petits êtres éternellement mineurs et fragiles sous la tutelle d’un homme, et l’italienne Elisa Cenni qui incarne avec force et sensualité une Blonde des plus déterminées le rappelle dans des vocales amples et vibrantes.

En quittant ici une Turquie imaginée par le tout jeune musicien, nous nous installons tout naturellement sur les terrasses d’un cabaret viennois de la fin des années vingt. Emmanuelle Cordoliani place ainsi tout son petit monde dans une de ces soirées très privées du « Sérail Cabaret » où l’on vient s’encanailler à loisir.

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Emmanuelle Cordoliani nous raconte son Enlèvement au sérail…

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Emmanuelle Cordoliani, vous avez l’expérience du théâtre et celle de l’opéra également, est-ce un atout pour diriger solistes et chœur d’un opéra ?

 Il me semble que c’en est un en effet car au théâtre il n’y a pas l’idée de groupe avec lequel travailler mais plutôt celle de l’individualité que je transpose à l’opéra où le chœur devient donc une personne à laquelle s’en ajoute une autre et ainsi de suite. De plus, dans ce projet où il y a un acteur sur scène, la théâtralité s’invite plus fortement, il faut donc trouver un jeu entre cet acteur et les chanteurs. Cependant, à la différence de la liberté d’expression au théâtre où l’on peut couper les textes, les monter, les agencer selon l’intention de mise en scène, le conservatisme est plus marqué à l’opéra, non seulement par l’érudition mais encore par la tradition, ainsi ce qui est intéressant, c’est d’évoluer dans ce milieu avec ce que l’on peut apporter du monde du théâtre. Depuis 2002, je monte des opéras en gardant à l’esprit que je le fais pour aujourd’hui et non pour rendre compte de ce qu’ils pouvaient être hier. Je sais également que les deux genres diffèrent, les relais de l’émotion, par exemple, sont plus nombreux à l’opéra ; un sentiment pourra ainsi être pris en charge par l’orchestre ou par le chœur, il est impératif d’être attentif à ces variations par rapport au théâtre. Enfin, le chanteur a davantage de fragilité que l’acteur, sans une voix préservée, il ne peut jouer alors que dans une situation analogue, le comédien pourra compenser malgré tout. Donc, il y a un va et vient entre théâtre et opéra qui permet, pour ce dernier, la rencontre de la parole, du chant, de la musique, de ses histoires, et c’est bien cela qui m’intéresse.

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L’enlèvement au sérail, l’opéra du jeune Mozart, dans toute sa force dramatique…

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Johannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus Mozart…

Mozart ! Que ce nom paraît familier à tout un chacun ! Tant d’images sont attachées au compositeur prodige que l’on en retient au moins une, pour certains il demeure cet ange blond béni des dieux, séduisant d’une cour à l’autre de nobles oreilles, pour d’autres, il restera ce démon aux plaisanteries scatologiques doublé d’un joueur invétéré.

Que n’a-t-on, par ailleurs, écrit sur l’homme, tentant sans doute par là de comprendre cette musique inégalée à ce jour ; dit d’une personnalité trouble, le musicien est confirmé dans une névrose d’angoisse, dominé par un caractère obsessionnel, qualifié d’éternel adolescent narcissique et paranoïaque, et j’en passe…Les études psychiatriques trouvent ici matière à noircir quelques pages qui ne sauraient suffire pourtant à comprendre l’artiste génial qui auraient balayé d’un revers de main ces quelques tentatives psychanalytiques insupportables ! Sans compter nombre de maladies dont la littérature médicale n’a pas manqué de diagnostiquer à titre posthume le malheureux Mozart, lequel aurait de ce fait subi à peu près tout ce qui peut se trouver comme maux et non des moindres, alternant le choléra, la syphilis, l’ulcère, la myopie, la surdité et tant d’autres alterations qu’une seule personne ne pourrait en souffrir ! Quant à sa mort, plus d’une centaine de causes l’expliquerait ! Les plus passionnantes restant bien entendu celles d’un possible empoisonnement et là encore, les auteurs du crime seraient légion !

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