L’Enlèvement au Sérail ou Mozart au cabaret !

SERAIL-163

Mozart jeune et amoureux veut épouser sa Constance, il n’a que vingt-cinq ans, quelle meilleure façon que de créer cet opéra contre l’opposition des deux familles ? L’Enlèvement au Sérail y répond au mieux et d’une Constance à l’autre, la symbolique est claire, l’occasion également de mettre en avant les idées toute féministes du jeune compositeur que reprend avec bonheur Emmanuelle Cordoliani. Blonde, entraîneuse alerte, rappelle ainsi avec force à Osmin que Pedrillo ne l’emmène pas, c’est elle « qui part » ! La nuance est subtile mais le sens assuré, les femmes ne sont plus ces petits êtres éternellement mineurs et fragiles sous la tutelle d’un homme, et l’italienne Elisa Cenni qui incarne avec force et sensualité une Blonde des plus déterminées le rappelle dans des vocales amples et vibrantes.

En quittant ici une Turquie imaginée par le tout jeune musicien, nous nous installons tout naturellement sur les terrasses d’un cabaret viennois de la fin des années vingt. Emmanuelle Cordoliani place ainsi tout son petit monde dans une de ces soirées très privées du « Sérail Cabaret » où l’on vient s’encanailler à loisir.

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Quelle idée géniale ! Mozart s’y serait de lui-même invité ! Un lieu qui permet d’y alterner les plaisirs et les drames, un espace où le rire se noie dans une ivresse abrutissante. Les amours contrariées s’y inscrivent dans un texte multilingue ; à l’allemand se joignent l’espagnol, le français, l’anglais, l’italien et…le persan, l’histoire du sérail devient universelle !

La scénographie de Emilie Roy participe activement à cette transposition réussie, le jeu des lumières savamment pensé aménage les différentes heures plus ou moins dramatiques de l’œuvre. On y retrouve sans peine la dimension complexe tant les éléments de cette nouvelle proposition sont diversifiés, et c’est toutes les facéties mozartiennes qu’Emmanuelle repense ; depuis le dialogue entre le plateau et la fosse dirigée par l’énergique Roberto Fores Veses, les spectacles propres à ceux d’un cabaret, entre magie et marionnettes, ressorts clownesques, accessoires à histoires, et tout cela dans des allers retours continus entre la comédie et le drame lyrique.

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Côté interprètes, nous ne sommes pas en reste, le ténor Blaise Rantoanina, révélation classique Adami 2016, passionné par la musique de Mozart, a ce charme naturel des plus grands, le rôle de Belmonte, revu ici en crooner séducteur, lui sied à merveille  et il sait s’y glisser avec une élégance vocale certaine.

Katharine Dain, soprano américaine au lyrisme clair et pur, passe des tons les plus chauds aux notes les plus aigües avec une belle aisance, elle offre au personnage de Konstance toute la sincérité du rôle.

Près de sa pétillante servante Blonde, un Pedrillo campé par César Arrieta qui donne au personnage une théâtralité divertissante à laquelle s’ajoute une voix nette et lumineuse.

Dans le personnage odieux de Osmin, gardien intransigeant du sérail, videur de cabaret pour l’occasion, Nils Gustén, déploie des basses parfaitement maîtrisées jouant de férocité et de travestissement surprenant.

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Enfin, C’est une belle place que celle réservée à Sélim, Pacha malheureux d’aimer sa Konstance sans espoir de retour, il décline sa douleur en quatre langues comme pour prendre à témoin le monde lui-même. Le comédien Stéphane Mercoyrol apporte au seul rôle non chanté une présence puissante, maître incontesté des lieux, il traduit son amertume dans les vers du Turc Omar Khayyam : « Que personne ne soit dépaysé, ne souffre du feu d’amour/ Que personne ne soit, Seigneur, aussi étranger que moi… » (merci au surtitrage !). La voix est grave et chaude, l’émotion progresse au rythme du vers persan, la figure de Sélim rejoint celle du héros tragique.

Il est certain qu’Emmanuelle a su nous emmener dans son univers où le conte n’est jamais loin mais elle a su également conserver celui de Mozart qu’elle connaît si bien et qu’elle peut déplacer à l’envi sans pour autant en perdre l’essence même. Il y a là assurément un regard moderne qui ne se départ cependant pas des exigences de l’œuvre mozartienne.

                                                                                                 Marianne M.

Photographies : Cédric Delestrade/ACM-STUDIO



L’enlèvement au sérail

    
Mardi 20 février à 20h30
Opéra Confluence

Opéra en trois actes
de Wolfgang Amadeus Mozart
Livret de Gottlieb Stephanie
d’après la pièce de Christoph Friedrich Bretzner

Direction Roberto Forés Veses
Direction du Chœur Aurore Marchand
Études musicales Thomas Palmer

Mise en scène Emmanuelle Cordoliani
Chorégraphie Victor Duclos
Scénographie et accessoires Emilie Roy
Costumes Julie Scobeltzine
Lumières Pierre Daubigny

Konstanze Katharine Dain
Blondchen Elisa Cenni

Belmonte Blaise Rantoanina
Pedrillo Cesar Arrieta
Osmin Bastian Nils Gustén
Selim Bassa Stéphane Mercoyrol

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur de l’Opéra Grand Avignon
Ballet de l’Opéra Grand Avignon

1930, le Tout-Vienne se damne pour une invitation au très select Serail Cabaret. La réputation sulfureuse, de son propriétaire, Selim le mystérieux, l’apatride, le nabab, le Pacha, expliquerait à elle seule ce furieux engouement. Que n’a-t-on pas dit sur le Sérail ? Le Pacha y séquestrerait la Konstanze, se meneuse de revue. Les invités ne pourraient en repartir qu’après s’être acquittés d’une rançon somptuaire…

Tout le monde sait que depuis les débuts au cinéma de son chanteur de charme, Belmonte, tout est sens dessus-dessous au Sérail. Il paraît même que le célèbre duo comique Osmin & Pedrillo est sur le point de se séparer… Mais ce soir, pour une représentation unique, Belmonte revient auréolé de son succès hollywoodiens. Une soirée très privée aux airs de 1001 nuits, sur le toit du Sérail. Bien chanceux sont ceux qui pourront entendre la troupe reconstituée dans le chef d’oeuvre de Mozart… plus heureux encore ceux qui seront aux premières loges pour les retrouvailles de la belle Konstanze et de son premier amour. Ils verront de leurs yeux jusqu’où la passion peut mener le Pacha. Emmanuelle Cordoliani

Nouvelle Production du Centre Lyrique Clermont-Auvergne
En co-production avec l’Opéra de Massy, l’Opéra de Reims
et l’Opéra de Rouen Haute-Normandie



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 3h00

Tarif à partir de 12 euros

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