Opérette romantique en trois actes, « Le pays du sourire » de Franz Lehár.

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Le musicien, l’époux, l’ami fidèle…

 Franz Lehár est né le 30 avril 1870 en Hongrie, il commence très tôt la musique, étudiant d’abord le piano et composant sa première chanson à dix ans. Entré au conservatoire de Prague, il apprend le violon, étudie la théorie musicale et la composition. Progressivement, chef d’orchestre militaire puis compositeur à Vienne qui devient sa patrie d’adoption, il est rapidement considéré comme le maestro de l’opérette, le succès mondial que rencontre La veuve joyeuse en 1905 le confirmera.

Avec le régime nazi, les rapports sont plutôt difficiles, Lehár fait appel à des librettistes juifs et, bien que catholique, il épouse Sophie Paschkis d’origine juive qui se convertira finalement au catholicisme avant leur mariage. Mais Hitler lui-même apprécie sa musique (sic !), laquelle est utilisée à des fins de propagande. Une protection qui ne s’étend hélas pas jusqu’à l’un de ses librettistes ; Fritz Löhner-Beda déporté et assassiné avec sa femme à Auschwitz. Lehár part en Suisse en 1943. Après la fin de la guerre, il désavoue tout rapport avec le régime nazi.

Sophie Lehár, meurt en 1947, Franz Lehár, très affecté, rentre en Autriche l’année suivante où il est déclaré citoyen d’honneur, il s’éteint quelques mois après son retour à l’âge de 78 ans. Il avait « donné son cœur » à la musique d’abord, à sa chère Sophie ensuite et à ses amis enfin, ainsi repose-t-il près de ceux qu’il aimait et non loin de son ténor favori ; Richard Tauber et d’Oscar Strauss, le compositeur de Rêve de valses.

 

Le pays du sourire, dans une tasse de thé…

C’est vers les origines de l’œuvre qu’il nous faut revenir, c’est-à-dire le 9 février 1923 précisément, Franz Lehár et son librettiste Victor Léon créent alors à Vienne l’opérette La tunique jaune dont l’insuccès est d’ailleurs dû en partie au triste dénouement des amours impossibles entre une comtesse européenne et un prince asiatique. Six ans plus tard, nostalgique de sa Tunique jaune et soucieux de faire remonter sur scène son interprète favori, le ténor Richard Taubert alors souffrant de problèmes articulatoires, Franz Lehár décide de la reprendre et le livret est cette fois confié à Ludwig Herzer et Fritz Löhner-Beda, de nouveaux airs voient ainsi le jour tel que « Dein ist mein ganzes Herz », le célèbre « Je t’ai donné mon cœur » !

Le pays du sourire est un triomphe, les amours de Sou-Chong et de Lisa, portées par une musique harmonieuse, bouleversent le public berlinois puis celui de Londres, de New-York, et bientôt de Paris, la veine romantique est exploitée avec force, on y retrouve les accents mélancoliques propres au mouvement. Lehár s’est émancipé avec brio des opérettes viennoises bien que sa Veuve joyeuse, qui en est imprégnée, reste dans toutes les mémoires ! Le compositeur se délivre également d’une fin heureuse attendue dans le genre, sans risque cette fois de déplaire.

Qui dit opérette romantique pense d’emblée à cette opposition entre le sentiment et la raison, à une course libre vers l’imagination et bien éloignée de ce fait d’une critique éclairée, bref à un genre futile et léger. Pourtant le contenu lyrique de l’oeuvre souligne les amours sublimées des deux jeunes gens, métaphore de l’impossible union entre l’Europe et la Chine et du déclin de deux empires, le sujet est bien plus sérieux qu’il n’y paraît tout d’abord. Le pays du sourire, créé d’abord  à Berlin en 1929, plus tard en France en 1932, est l’un des rares ouvrages de Lehàr maintenu au répertoire des scènes françaises avec l’inoubliable Veuve joyeuse « Die lustige Witwe » créée en 1905 à Vienne, bien entendu. Ainsi, l’émotion prend le pas sur l’analyse !

« Toujours sourire, le cœur douloureux, et sembler rire du sort malheureux« , chante d’un air mélancolique le prince Sou-Chong.

Pour l’histoire, Lisa suit son prince dans un pays qui se révèle bientôt décevant, le joug millénaire des traditions la pousse à fuir et, malgré l’insupportable chagrin, le prince finit par lui rendre sa liberté. A l’intrigue principale, s’en ajoute une autre tout aussi pathétique des amours improbables entre la princesse chinoise et le beau lieutenant européen. Il reste le sourire indéfectible derrière lequel l’on tait la douleur et l’agitation des sentiments.

 

Lorsque la France reçoit ce chef-d’œuvre, Franz Lehár est déjà un compositeur largement apprécié et c’est dans le Paris occupé de 1941 que le compositeur autrichien dirigera la mille-trente-huitième représentation du Pays du sourire de la capitale à la Gaieté Lyrique ! Bien sûr, l’occupant forme une partie non négligeable du public, mais Lehár, parfaitement éloigné du parti nazi, agite une baguette au service de l’art exclusivement. Un art qui traverse le temps pour venir nous émouvoir encore aujourd’hui.

 

                                                                                                                  Marianne M.

 



Opérette romantique en trois actes
de Franz Lehár
Livret de Ludwig Herzer et Fritz Löhner
d’après Victor Léon
Adaptation française d’André Mauprey
et Jean Marietti

Samedi 10 mars 2018 à 20h30
Dimanche 11 mars 2018 à 14h30
Opéra Confluence
Direction Benjamin Pionnier
Direction du Chœur Aurore Marchand
Études musicales : Kira Parfeevets

Mise en scène, décors et costumes
Pierre-Emmanuel Rousseau
Chorégraphie Elodie Vella
Lumières Gilles Gentner

Princesse Lisa Amélie Robins
Princesse Mi Norma Nahoun
Prince Sou-Chong Sébastien Droy
Gustave de Pottenstein Marc Scoffoni
Tchang Francis Dudziak
Le Comte de Lichtenfels Raphaël Marbaud

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur de l’Opéra Grand Avignon
Ballet de l’Opéra Grand Avignon

Le Pays du Sourire, c’est l’histoire d’amour impossible entre Lisa, l’Autrichienne et Sou-Chong, le Chinois ; Mal aimer et ne pas chercher à comprendre l’autre. Lisa, héritière autrichienne, danse et s’enivre sur la poudrière de l’Europe des années 1910. Dans une fuite en avant sans frein, elle revendique, en femme moderne, sa liberté ; libre de refuser un mariage de convenance, libre d’aimer un étranger et de tout quitter. Superbe et lâche, mélancolique et grandiose, Sou-Chong est comme un double du dernier empereur Pu-Yi. Héritier d’un empire, qui s’effondre, muré dans ses traditions, et sourd au fracas de la rue.

Je veux raconter l’histoire de ces deux solitudes qui jamais ne semblent se rencontrer. Je veux donner à voir deux êtres enfermés dans les carcans de leurs héritages respectifs, qui tentent de s’aimer. Ils s’aiment mal, maladroitement, dans une grande tension. Les corps se cherchent, s’effleurent, se cabrent, se retirent. Ils s’effacent dans un renoncement, incapables de s’affranchir de leurs barrières culturelles. Ainsi, cette histoire n’est pas que la chronique de l’échec de cet amour fou, et venimeux. C’est aussi une peinture forte, saisissante, de l’exil, et de la souffrance que l’on a à se sentir loin de son pays, en terre étrangère. Exil de Sou-Chong en Autriche dans le premier acte, et, en miroir, exil de Lisa en Chine dans la seconde partie. Ces exils, cette incapacité à comprendre l’autre vont avoir raison de cet amour hors norme pour l’époque.

Pierre-Emmanuel Rousseau

Nouvelle Production
En co-production avec l’Opéra de Tours



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 2h30

Tarif à partir de 12 euros

 

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