Vanda, d’après Le testament de Vanda de Jean-Pierre Siméon ou l’ultime verbe dans un souffle…de vent.

Lionel Opeěra Reims9_mini(ŠJimmyVallentin)

Pure merveille que cette perle rare, trop rare du reste, dans un écrin d’éternité ; Le testament de Vanda version opéra dans l’ancien réfectoire des Chartreux à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon.

La poésie pour dénoncer l’insoutenable lourdeur de l’être…

 Comment ne pas être captivé, une fois de plus, par le poème de Jean-Pierre Siméon. Écrit sans ponctuation, comme dans un unique et dernier souffle d’agonie, le poème déroule la parole de Vanda, femme sans doute originaire des Balkans, femme immigrée, femme seule avec son bébé « Belette », dans un centre de rétention, en France. À sa « Belette », elle ne laissera pas de nom, perte d’identité nécessaire pour se « fondre dans la masse d’ici », Vanda livre ses souvenirs à l’enfant endormie, la tragédie d’une jeune vie que les hommes seuls savent salir. Et c’est le cri prolongé de la Mater Stabat Furiosa (du même auteur) qui « se tient debout et ne veut pas comprendre » la violence des hommes, leur soif de guerre, leur intolérance infinie. C’est le cri Nawal qui livre à ses jumeaux un autre testament dans les Incendies de Wajdi Mouawad (Le Sang des promesses/2).  Des textes pour la scène, parmi tant d’autres aujourd’hui, qui soulèvent les questions d’actualité, celles de la guerre qui anéantit l’individu, de l’identité perdue, de la fuite, de l’impossible intégration, du refus de cette violence faite à celles et à ceux qui n’ont pas choisi de combattre l’Autre.

L’opéra pour transmettre le monde sensible…

C’est par les mots de Vanda que l’on voyage à travers l’horreur jusque dans la fin d’une histoire d’amour au bout d’une corde. Des mots contre le viol, des mots puissants qui invectivent à la face du divin « Je crois en Dieu mais je hais Dieu / d’avoir créé le monde et avec le monde/le lieu les moyens et les raisons de la guerre » (Amen…sic !).

Faire de cet ouvrage poétique, déjà donné sur la scène théâtrale, un opéra, devient une évidence pour le compositeur Lionel Ginoux. Sensible déjà aux harmonies du poème lui-même, il choisit de nous les faire entendre davantage avec cette palette musicale qui s’accorde parfaitement à l’œuvre de Siméon, ce sont des musiques actuelles enregistrées et la viole de gambe dont nous charme, au sens littéral du terme, Marie-Suzanne de Loye qui se tient sur un bord de la scène. Une scène dépouillée ; haut rideau de fils, néons bleutés délimitant l’espace au sol, lampe nue tombant du plafond, couffin à terre, nous sommes dans un lieu de rétention, la scénographe Emmanuelle Fabre saisit au mieux l’espace vide entre deux mondes.

Derrière les fils du voilage, les projections défilent, les images proviennent de la jungle de Calais, thème d’actualité, on pense à la Syrie, à la Palestine, au Liban, à toutes les régions confrontées à l’impensable.

C’est la mezzo-soprano Ambroisine Bré qui vient peupler l’espace et chanter les maux de Vanda, chant du cygne d’une femme oiseau, légère dans le mouvement, profonde dans des variations puissantes et chaudes, graves et lyriques selon qu’elle livre et délivre son verbe vers sa « Belette ». Ambroisine Bré incarne avec une exceptionnelle intensité le chant testamentaire de Vanda, elle a ce timbre particulier qui vient épouser tous les contours de ce poème tragico-lyrique.

Lionel Opeěra Reims24_mini(ŠJimmyVallentin)

La mise en scène pour donner à voir le cœur de l’œuvre…

 Mettre en scène ce texte pour en faire un opéra, de chambre, de l’intime au fond, c’était devoir lui donner une force alliée à une nécessaire intensité tout en évitant un pathos manifeste, garder les accents dramatiques de Vanda jusqu’à l’acmé du sentiment qui la pousse au suicide. Nadine Duffaut y parvient remarquablement avec cette intuition du texte et de la musique qui est la sienne. On lui connaît sa force d’engagement dans des œuvres opératiques plus vastes mais ici, elle semble avoir trouvé l’essence même de son expression profonde. Le genre, plus modeste qu’un opéra classique, n’en est pas moins, dans le choix d’une mise en scène sobre et puissante, un moment d’une beauté incomparable. On réécoute le texte lu, parfois à travers des larmes de dépit et d’impuissance, les mots sont portés par une musique plurielle qui vient superposer les époques, le poème s’anime au rythme des images de Calais et la parole de Vanda devient celle de toutes ces femmes qui quittent leur pays, un enfant dans les bras, un cœur qui saigne devant ce « Dieu endormi ». Déposer ses chaussures, ses « semelles de vent » qui ne serviront plus, poser le « petit caillou » près de « Petit Poucet rêveur » que deviendra peut-être « Belette », l’enfant sans identité, sans nom mais qui tient « deux soleils dans ses (tes) mains ».

                                                                                                         Marianne M.

Pour revenir au texte : Le Testament de Vanda, Jean-Pierre Siméon, Les Solitaires Intempestifs, 2009

Photographies : Lionel Opeëra Reims9_mini



Opéra de chambre de Lionel Ginoux      
D’après Le testament de Vanda
de Jean-Pierre Siméon

Mise en scène Nadine Duffaut
Scénographie Emmanuelle Favre
Costume Danièle Barraud
Lumières Philippe Grosperrin
Vidéo Arthur Colignon

Ambroisine Bré mezzo-soprano
Marie-Suzanne de Loye viole de gambe

Le Testament de Vanda est une histoire banale de notre temps : une femme avec son bébé dans un centre de rétention. Elle a tout traversé : la guerre, l’amour perdu, le viol, les frontières interdites, l’errance, la misère, le rejet. Elle ne peut plus rien, ni le pas en arrière ni le pas en avant. Elle a décidé d’en finir puisqu’elle n’a plus lieu d’être. L’histoire de Vanda c’est l’histoire de tous ces hommes sans patrie, sans papiers, sans logis, sans droits, sans avenir, ce peuple d’ombres effarées dont nos sociétés ne savent que faire. Intériorité et expressivité sont le cœur de la partition. Par le choix du dénuement de l’instrumentation le compositeur a voulu traduire l’intimité de cette femme et mettre à nu son émotion vibrante lorsqu’elle nous raconte sa vie. Trouver du sens, parler de l’humain, parler de notre époque avec simplicité, avec force tout en renouant avec la vocalité et la mélodie, voici le travail du compositeur.
Lionel Ginoux

« La vie de Vanda est âpre et sans espoir d’un avenir meilleur. Ne laisser aucun héritage, aucune trace de son passage, c’est la douleur ultime, l’effacement de soi. Voilà le message de cette mère pour éviter ce fardeau trop lourd à son enfant. Héritage, succession, comment éviter cette charge à sa descendance ?
Peut-être comme Vanda le choisit en s’effaçant de la vie de son enfant. Et ce drame accompagné par la viole de gambe et des sons venus d’une « machine » infernale vous transporte au-delà du malheur vers une réflexion sur le passage sur terre. Cadeau absolu pour un metteur en scène !» Nadine Duffaut

Vendredi 6 avril 2018 à 20h30
Samedi 7 avril 2018 à 20h30
La Chartreuse

Villeneuve lez Avignon

Production Act’tempo
Co-production Opéra de Reims, Césaré CNCM/Reims et l’Abbaye Royale de Fontevraud
Avec le soutien de la Région Provence Alpes Côte d’Azur
Avec l’aide de l’ARCAL

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