La Traviata mise en scène par de fervents ambassadeurs de l’opéra italien !

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Bonjour Gianni Santucci, vous vivez à Arezzo, en Toscane et vous travaillez à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège en Belgique, pourquoi ce choix ?

Disons que le travail qui m’est proposé est mon guide, il est difficile dans mon métier de rester chez moi ou dans un point fixe et je travaille donc partout ! Et à la traditionnelle question de savoir où je vis, je réponds invariablement « dans ma valise ! » Je suis donc souvent à Liège mais pas seulement puisque dans nombreux endroits du monde en fait.

 Vous venez donc à Avignon pour les représentations prochaines de La Traviata de Giuseppe Verdi, une production de l’Opéra Royal de Wallonie à Liège en Belgique.

 Oui, il s’agit d’une production faite plusieurs fois dans le Théâtre Royal depuis 2015, puis dans un chapiteau pendant la période de restauration du théâtre pour enfin revenir dans les lieux restaurés. Depuis l’an passé, nous menons cet opéra en coproduction avec l’Opéra Grand Avignon, d’où ma présence parmi vous en ce moment pour en reprendre la mise en scène !

 Si le metteur en scène en est Stephano Mazzonis di Pralafera, vous êtes vous-même chorégraphe mais également pour cet opéra, assistant metteur en scène n’est-ce pas ?

 Je suis chorégraphe et metteur en scène mais ici, en effet, je m’appuie sur la mise en scène de Stephano Mazzonis di Pralafera dont j’étais l’assistant à Liège pour ce spectacle. Nous travaillons ensemble depuis quelques années déjà et nous avons donc fait plusieurs productions, non seulement à Liège mais également plusieurs fois en Israël.

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Stefano Mazzonis de Pralafera

Stefano Mazzonis de Pralafera, originaire de Rome, a quitté le Teatro Communale de Bologne en pleine gloire ainsi qu’un public enthousiaste après avoir remporté la place de directeur général et artistique de l’Opéra Royal de Wallonie à Liège en Belgique, pouvez-vous me parler un peu de cela ?

 Oui, Stephano est très curieux et véritablement ouvert au monde, avec ce désir permanent d’apprendre et de montrer l’opéra italien qu’il connait parfaitement, tout comme il s’y entend dans cet art en général, ce qui est favorable à sa place de directeur d’opéra bien sûr. Très apprécié de tous, il s’intéresse à tous les intervenants de la production d’un opéra et favorise de même les relations avec un jeune public qui peut ainsi découvrir cet art. Ses choix ne sont pas toujours faciles mais ils ont le mérite d’être toujours justes.

con Stefano Mazzonis di Pralafera e M° Paolo Arrivabeni

Avez-vous donc suivi cet homme infatigable depuis les douceurs de l’Italie jusqu’au climat plus rude de la Belgique ?

 Oui, absolument, bien que nous nous soyons connus à Liège où je travaillais sur un opéra- comique : La fille de madame Angot, puis je suis revenu en tant que chorégraphe sur Roméo et Juliette, il m’a alors demandé de l’aide pour commencer la mise en scène de La Bohème de Puccini à Tel-Aviv en Israël puisqu’il n’était pas encore disponible, il m’y a ensuite rejoint pour que nous puissions poursuivre ensemble cette mise en scène dont la production a été également portée sur la scène de l’Opéra de Liège.

Stephano est en effet un homme infatigable mais surtout très attentif aux moindres détails de la mise en scène. Il reste à l’écoute des chanteurs et leur laisse éventuellement la possibilité de quelques propositions, donc loin de poser une autorité sans appel, il prend en considération les besoins de chacun.

Verdi, Puccini, Rossini, Donizetti etc. affectionnez-vous plus particulièrement des compositeurs compatriotes ?

 Rires ! Oui, bien sûr ! En Italie, hélas, nous rencontrons nombreux problèmes, notamment d’ordre financiers, pour mener à bien des productions d’opéras aujourd’hui. Ainsi, lorsque l’on travaille ailleurs, c’est aussi pour défendre l’opéra italien, ses origines et la manière de l’envisager en respectant ses compositeurs et l’époque dans laquelle leur action se situe.

Dans quelques jours, les Avignonnais vont découvrir votre Traviata que vous mettez en scène ici, l’un des opéras les plus joués au monde, rencontrez-vous quelques difficultés ?

 Disons que nous n’avons pas les mêmes chanteurs, hormis les deux personnages principaux, donc il faut saisir rapidement les personnalités de chacun afin de permettre les adaptations nécessaires aussi bien morales que physiques. Le seul fait de se déplacer dans l’espace doit convenir à chacun tout en respectant la partition initiale.

Les danseurs ne danseront pas mais resteront des figurants avec une gestuelle naturellement en harmonie suivant les intentions de leurs personnages, une sensualité par exemple plus symbolique que concrète quand nécessaire par exemple !

Avez-vous une approche classique de cet ouvrage ou plutôt résolument contemporaine ?

 On ne peut pas à proprement parler d’approche classique mais il est vrai que nous restons, Stephano et moi-même, au plus près des intentions premières du compositeur. On peut par exemple monter La Bohème en ignorant les mansardes du quartier latin au profit d’une station sur la lune, comme cela a été fait il y a peu mais, à mon sens, il faut en changer le titre, ce n’est plus La Bohème ! Les transpositions sont possibles mais selon une dramaturgie pensée et respectueuse de la musique, on ne peut que suivre la partition de laquelle on ne peut s’écarter au fond, tout est là !

Qu’apportez-vous donc de nouveau à cette Traviata aujourd’hui ?

 Je ne pense pas qu’il y ait « quelque chose de nouveau » mais on peut encore trouver dans l’intérieur même de la partition de nouvelles directions ainsi cet après-midi, lors de la répétition, pour traduire un changement d’atmosphère nécessaire, je me suis appuyé sur une pause à un certain moment, une respiration musicale dont je peux me saisir pour un changement d’ambiance, avec l’accord du chef d’orchestre bien entendu. L’opéra est un théâtre total, tout est là pour moi, donc il faut entendre jusqu’au changements de rythme et d’humeur des personnages. Au cinéma, les changements dans la dramaturgie sont plus simples, à l’opéra c’est plus complexe et c’est dans la musique que l’on peut trouver ces transitions. Stephano Mazzonis et moi-même travaillons d’abord avec la partition, très près du compositeur donc de Verdi ici. Lui, travaille avec la partition orchestre, ce qui est un plus pour la mise en scène de pouvoir lire la partition dans son ensemble et moi-même je travaille avec celle du piano chant.

 Si je lis vos intentions, de La Dame aux camélias du jeune Dumas à la Violetta de Verdi, vous êtes assez fidèle au fond à l’origine même du personnage, c’est-à-dire la célèbre courtisane Marie Duplessis.

 Le fil conducteur reste le camélia jusqu’à la fin, des camélias qui vont tomber au sol avant la mort de Violetta, donc une imprégnation toute littéraire mais aussi assez réaliste en effet puisque la vente aux enchères du premier acte reprend, il est vrai, la véritable histoire de Marie Duplessis dont les biens furent vendus sur saisie après sa mort et achetés par de nombreux Parisiens de tout poil. Une vente qui ouvre de même l’œuvre de Dumas, donc nous suivons cette introduction afin de raconter de façon rétrospective l’histoire de Violetta dans le souvenir qu’en conserve Alfredo bien sûr. C’est en assistant à cette vente aux enchères que le jeune homme peut laisser la mémoire faire œuvre.

 En quoi ce personnage du milieu d’un XIXème siècle romanesque peut-il encore nous toucher aujourd’hui selon vous ?

 Je crois que c’est dans l’évolution même du personnage que l’on peut être touché, Dumas a déjà fait ce travail de réhabilitation de la femme entretenue de l’époque romantique mais pensons qu’elle est une femme jeune, pleine d’énergie et même si plusieurs metteurs en scène ont vu en elle une prostituée, c’est être oublieux de la condition des courtisanes de cette époque qui pouvaient tenir salon, soutenir les arts etc. D’ailleurs Marie Duplessis s’était rapidement cultivée et tenait conversation quelle qu’en soit la matière. Cette Violetta est du reste appréciée de tous, également des bourgeois qui affectionnaient le libertinage et l’esprit festif, elle est cependant touchée par l’amour véritable, celui qui est partagé, ce qui est un premier changement pour elle puis, une autre transformation va avoir lieu, lorsqu’elle va se sacrifier, on entre alors dans le drame.

Dans le rôle de Violetta ; Maria Teresa Leva, s’agit-il d’un choix récent ?

 Relativement, puisqu’elle faisait déjà partie de la dernière production ainsi que le ténor Davide Giusti, ce qui est une grande chance ! Maria Teresa Leva est une jeune soprano superbe avec une voix qui ne l’est pas moins et avec ce côté italien ! Elle est brune comme l’était Marie Duplessis qui a inspiré Dumas et Verdi, Maria incarne parfaitement cette belle jeune femme romantique. Elle sait reprendre les différentes personnalités du personnage de la Traviata.

3° generale

 Gianni Santucci, quels sont les opéras qui vont ont le plus touché ?

Il y en a un certain nombre ! Disons d’abord La Bohème qui est un opéra léger et profond à la fois, les personnages sont désargentés et quand ils sont un peu plus riches, c’est dans la joie et le partage qu’ils dépensent jusqu’au dernier sou et c’est sans importance ! C’est ça la vie ! mais tout cela se mêle aussi au drame personnel.

Je pense aussi à Pagliacci de Ruggero Leoncavallo avec le personnage de Ciano qui mêle théâtre et vie réelle, toute sa vie se noie à travers son maquillage qui coule dans ses larmes en voyant partir celle qu’il aime puis c’est le meurtre d’amour, un drame terrible et très beau !

En bon Italien, ce sont donc les histoires d’amour qui vous émeuvent !

 Rires ! Ah oui…Et les histoires d’amour contrariées ! Tosca par exemple dont j’ai fait quatre versions différentes et sept, huit dans le monde. C’est véritablement notre opéra italien ! Et j’ai joué La Traviata dans l’Académie de France à Rome (dans la villa Médicis) dans le palais de Farnèse. Nous avons joué dans la salle d’Hercule jouxtant le bureau de Scarpia !

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Vous dites que Stephano Mazzonis est toujours en mouvement, infatigable, mais vous-même, vous arrive-t-il de prendre des vacances pour revenir en Italie ?

Disons que ce sont de trop courtes vacances pour les appeler ainsi ! Il y a toujours un opéra ou un ballet à mettre en scène ! Heureusement d’ailleurs que j’ai plusieurs activités car l’opéra n’y suffirait pas, je travaille aussi pour le cinéma avec les grands cinéastes américains lorsque ceux-ci ont besoin de parties dansées. Donc toujours parti ailleurs au rythme des œuvres musicales !

Grazie mille a Gianni Santucci per la sua accoglienza amichevole e il suo sorriso caloroso, un po’ d’Italia che ti riscalda l’anima !

propos recueillis par Marianne Millet le 29 mai 2018



La Traviata

Vendredi 8 juin 2018 à 20h30
Dimanche 10 juin 2018 à 14h30
Opéra Confluence

  • Conférence « La Traviata »
    par Marc Andrieu
    > Samedi 2 juin à 17h
    Maison Jean Vilar

Opéra en trois actes de Giuseppe Verdi
Livret de Francesco Maria Piave
d’après La Dame aux camélias
d’Alexandre Dumas fil

Direction Samuel Jean
Direction du Chœur Aurore Marchand
Études musicales Hélène Blanic

Mise en scène
Stefano Mazzonis di Pralafera
Décors Edoardo Sanchi
Costumes Kaat Tilley
Lumières Franco Marri

Violetta Valéry Maria Teresa Leva
Flora Bervoix Sophie Pondjiclis
Annina Aline Martin
Alfredo Germont Davide Giusti
Giorgio Germont Ernesto Petti
Gastone de Letorieres Eric Vignau
Il Barone Douphol Jean-Marie Delpas
Il Marchese d’Obigny Hugo Rabec
Il Dottore Grenvil Georgios Iatrou
Giuseppe Olivier Trommenschlager

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur de l’Opéra Grand Avignon

La Traviata fait partie de ce que l’on appelle désormais la trilogie populaire de Giuseppe Verdi (les deux autres opéras étant Rigoletto et Il Trovatore). Elle permettra au compositeur italien de connaître, une gloire non seulement internationale, mais de son vivant. Il considéra par ailleurs que La Traviata était l’opéra le plus en phase avec l’époque fabuleuse qu’il traversait alors.

Dans sa mise en scène, Stephano Mazzonis di Pralafera a voulu débuter l’opéra par la vente aux enchères des biens de l’héroïne après sa mort, comme dans l’œuvre originale de Dumas fils et conformément à ce qui s’est passé à la fin de la vie de Marie Duplessis. De là, sa vision tient compte des intentions de Verdi en transmettant les sentiments douloureux d’une femme aimée et méprisée dans le même temps par une société bourgeoise irrespectueuse des bons et vrais sentiments.
Les camélias, les fleurs préférées de La Dame aux Camélias, sont aussi le fil rouge qui lie toute l’histoire et sont omniprésents pendant tout l’opéra. Ils sont le symbole de la disponibilité de l’héroïne : quand Violetta est disponible, elle porte un camélia blanc et, cinq jours par mois, elle porte un camélia rouge.

Production de l’Opéra Royal de Wallonie


 

Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 3h00

Tarif à partir de 15 euros

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3 commentaires

  1. A reblogué ceci sur L'italien au Collège Alpilles Duranceet a ajouté:
    Mercredi prochain, 22 élèves du Collège Alpilles Durance accompagnés de leurs professeurs assisteront à une représentation de « La Traviata » à l’Opéra Avignon Confluence. Italianistes ou non, les jeunes de 4ème et 3ème découvriront l’oeuvre lyrique incontournable de Giuseppe Verdi.

    Pour savoir à quoi s’attendre, lisez dès maintenant cette passionnante interview du metteur en scène!

    NR

    Aimé par 1 personne

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