Le Nozze Di Figaro ouvrent la saison lyrique de l’Opéra Grand Avignon dans une allégresse partagée…

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Une agitation de circonstance…

C’est bien d’une folle journée dont il s’agit au château du comte Almaviva, les noces de Figaro et de Suzanne doivent y être données mais c’est sans compter la double lutte des classes et des sexes qui va ajouter à la préparation du mariage un rythme trépidant et ponctué d’un brouillamini incessant dans les jeux de l’amour et des tentations à la débauche. Figaro, figure centrale, a la gaité constante de l’homme heureux : « J’aime ta joie parce qu’elle est folle, elle annonce que tu es heureux » lui dit sa malicieuse promise. Le bonheur chez un valet est-il possible en ce XVIII siècle marqué bientôt par la Révolution ? En aura-t-on bientôt fini avec ces Don Juan abusifs, forts de leur titre nobiliaire ? Sur les traces de Beaumarchais, Da Ponte et Mozart apportent quelques éléments de réponse en donnant une intelligence assez vive aux domestiques pour tourner en ridicule le séducteur, tout noble qu’il est. Et c’est bien la musique de Mozart qui nous fait entendre que rien n’est perdu mais qu’au contraire, tout est à atteindre.

Ainsi, en quatre actes, cet opéra bouffe, inspiré de la comédie de Beaumarchais et revisité par le librettiste Lorenzo da Ponte et par l’étourdissante musique de Mozart nous emmène dans un tourbillon d’intrigues amoureuses aux enchevêtrement inextricables, jeux de dupes s’il en est ; les femmes s’allient pour ranger le volage à ses devoirs de mari et le valet, hissé au rang du rival, intrigue plutôt que de servir. Les relations entre serviteurs et maîtres évoluent, les premiers veulent être reconnus et s’insurgent contre l’autorité des seconds. Cette confrontation entre les deux classes sociales, ces amours jalousement conquises ou convoitées, ce petit peuple d’agités, c’est sur la scène de l’Opéra du Grand Avignon que l’on pouvait en découvrir les résonnances lors de l’ouverture de sa saison lyrique, dimanche 21 octobre, un moment de pur bonheur reconduit le mardi 23 octobre à 20h30.

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Des lieux et des gens sens dessus dessous !

Au pupitre, Le chef Carlos Aragon plutôt sage face à l’effervescente musique de cet opéra. Àla mise en scène, Stephan Grögler qui offrait un plateau surchargé d’objets disparates, désireux de s’adapter à la situation éphémère de l’opéra comme entre deux déménagements mais également au relogement de Figaro et de Suzanne. Le château semble cependant singulièrement bouleversé et si la chambre que mesure Figaro est usuellement dégarnie, celle-ci paraît au contraire tenir davantage du grenier tant son encombrement y est visible. Est-ce pour mieux comprendre la fin d’une époque ? Stephan Grögler nous laisse imaginer les sens à apporter sur la question, d’aucuns verront ici un décor parfaitement inutile à la compréhension de l’oeuvre, d’autres jugeront qu’il correspond à l’imbroglio des âmes et à la profusion des sentiments qui agitent tous les personnages. Les époques elles-mêmes se confondent, la petite robe noire, genre femme de ménage de Sofitel, côtoie la robe à paniers surmontée de perruque poudrée. De fait, costumes contemporains et habits d’époque s’effleurent, s’enlacent, se frottent d’importance sans doute pour diffuser le caractère intemporel du harcèlement sexuel sur lequel Stephan Grögler semble mettre l’accent. Faut-il comprendre ainsi ces trophées de chasse dont l’ombre d’un cerf couvre le mur du fond de scène ? On s’y perd un peu comme on se perd dans le grenier de nos aïeux qui assemblent tout à la fois les époques et les objets inusités voire absurdes.

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Une interprétation énergique !

Côté distribution, elle est à l’image de l’ouvrage ; pétillante ! Norma Nahoun donne à Suzanna l’espièglerie de la jolie camériste qui instruit Figaro des intentions salaces du comte, et l’air des marroniers « Deh vieni, non tardar, o gioia bella », où elle entend punir Figaro, est un moment d’une douceur parfaitement maîtrisée par la jeune soprano. Yoann Dubruque saisit au mieux un Figaro des plus déterminé, excellent en la matière tant vocalement que scéniquement. C’est à Albane Carrère qu’est dévolu le rôle de Chérubin, le page du comte. Et la mezzo-soprano campe à merveille le jeune adolescent qui découvre l’amour, un travestissement qu’elle tient superbement, sa romance chantée à la comtesse en fait un joli moment d’émotion.

Interprété par le baryton David Lagares, le comte Almaviva ne démérite pas non plus, physiquement imposant, il l’est également par un chant tour à tour puissant ou plus tendre selon les troubles qui l’agitent. Et quelle folle gaité dans le personnage de Marcellina à laquelle Jeanne-Marie Lévy sait donner de la voix et du pied !

Enfin, dans cette allègre ambiance, Maria Mìro, incarne bien la comtesse délaissée aux accents vocaliques plus profonds teintés de mélancolie et d’amertume « O mi rendi il moi tesoro, O mi lasci almen morir ».

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Finalement, c’est un public conquis qui a salué ici cette nouvelle interprétation d’un ouvrage parmi les plus joués du répertoire, sans doute sa force réside-telle un peu dans ce qu’elle parvient à mêler les thèmes complexes d’une réalité tragique à une musique follement gaie où Mozart, malgré la crise qui s’annonce, nous fait entendre ces notes enlevées et bienfaisantes à l’âme comme à l’oreille ! Une belle énergie rendue par tous et dont le feu a saisi assurément tous les spectateurs !

                                                                                                                 Marianne Millet

Photographies : Cédric Delestrade/ACM-STUDIO



  • INFOS PRATIQUES
    • DATES
    Dimanche 21 octobre 2018 à 14h30
    Mardi 23 octobre 2018 à 20h30
    A l’Opéra Confluence – Avignon
  • Tarifs : A partir de 15 euros
  • Durée : 3h30CONFÉRENCE
    « Les noces de Figaro »
    par Michel Barruol
    > Samedi 20 octobre à 17h
    Maison Jean Vilar – Avignon
    Entrée libre

Opéra-bouffe en quatre actes
de Wolfgang Amadeus Mozart
Livret de Lorenzo da Ponte
d’après la comédie de Beaumarchais
La Folle journée ou Le Mariage de Figaro

Direction musicale et piano forte
Carlos Aragon
Mise en scène et décors Stephan Grögler
Assistante à la mise en scène
Bénédicte Debilly
Costumes Véronique Seymat
Création lumières Gaëtan Seurre

Contessa Almaviva Maria Miro
Suzanna Norma Nahoun
Cherubino Albane Carrère
Marcellina Jeanne-Marie Lévy
Barbarina Sara Gouzy
Conte Almaviva David Lagares
Figaro Yoann Dubruque
Dottore Bartolo / Antonio Yuri Kissin
Don Basilio / Don Curzio Eric Vignau
Le contadine Runpu Wang, Ségolène Bolard

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur de l’Opéra Grand Avignon

Au château du comte Almaviva, une folle journée s’annonce. Son valet Figaro et la servante Suzanne préparent leurs noces. Leur bonheur est de courte durée et ternit par l’insolence du comte qui défie Figaro en imposant son « droit de cuissage ». À force d’imagination, et de pièges ingénieux, les deux amoureux, aidés de la comtesse agacée par son mari volage, vont faire tomber les masques et mettre les cœurs à nu.
L’opéra fut créé à Vienne en 1786. Divisé en 4 actes, il représente également la première collaboration entre Mozart et le poète Lorenzo Da Ponte.

En co-réalisation avec l’Opéra de Rouen Normandie



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 3h30

Tarif à partir de 15 euros

 

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