Jacques Offenbach, du musicien au compositeur de l’opéra-bouffe français…

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Compositeur et violoncelliste français d’origine allemande, c’est à Cologne, en 1819, que naît Jakob Offenbach, il est le septième enfant des dix que comptera cette famille de musiciens. Le père, Isaac Eberst, originaire d’Offenbach-sur-le-Main, a pris bien avant la naissance de ce deuxième fils, le nom de ce premier lieu. Jakob, lui, préfèrera plus tard, une fois arrivé à Paris, le prénom de Jacques. Enfant, il se révèle exceptionnellement doué pour la musique qu’il travaille sur « toutes sortes d’instruments, un peu, du violoncelle beaucoup » confie-t-il à un journaliste en 1864. Conscient des capacités peu communes de son fils, Isaac Offenbach l’emmène avec son frère à Paris où le jeune musicien alors âgé de treize ans entre au Conservatoire, il n’y restera guère qu’une année, ses maître l’ennuient et il lui est difficile de répondre au mieux à leur autorité, indiscipliné qu’il est ! D’abord violoncelliste à l’Ambigu-Théâtre, ensuite à l’Opéra-Comique de Paris, Offenbach rêve de composer des opéras. Esprit libre et farceur, il ne se plie guère davantage à la discipline de l’Opéra-Comique.

Amoureux mais peu fortuné encore pour prétendre au mariage, il fait une tournée en France et en Allemagne qui assoit sa renommée et remplit sa bourse. Converti au catholicisme, il peut enfin épouser à l’âge de 25 ans Hérminie D’Alcain, compagne de toute une vie et soutien indéfectible du compositeur.

Les premières compositions d’Offenbach ne remportent pas le franc succès escompté, personne ne veut monter ses opéras. Chef d’orchestre de la Comédie française entre 1850 et 1855, Offenbach nourrit le projet de monter ses pièces dans son propre théâtre en abandonnant définitivement l’idée de se voir jouer à l’Opéra-Comique.

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Et c’est finalement en 1855 que le musicien obtient la jouissance d’un petit théâtre sur les Champs-Elysées ; les Bouffes-Parisiens qui va enchanter le public parisien. Néanmoins, la salle est petite, à peine 300 personnes peuvent y tenir, Offenbach déménage pour le passage Choiseul dont les conditions restrictives l’obligent à y présenter des œuvres d’un seul acte avec un nombre de personnages réduit à 4 !

Peu à peu, les œuvres d’Offenbach donnent naissance à un genre nouveau, celui de l’opérette avec lequel le compositeur va connaître enfin le succès et la reconnaissance de tous, notamment en 1858 avec la création de Orphée aux enfers.

Si Offenbach tente d’autres approches, c’est bien dans l’opérette que son public l’attend, ainsi Les fées du Rhin, opéra romantique créé en 1864 est-il dédaigné. C’est avec La belle Hélène qui reprend la matière antique et la veine comique de l’opéra-bouffe qu’Offenbach renoue avec le triomphe jusqu’en 1869. Le retentissement de ses compositions est éclatant, on se presse d’aller voir et entendre : Barbe-Bleue (1866), La vie parisienne (1866), La Grande-duchesse de Gérolstein (1867), La Périchole (1868) et Les brigands (1869) qu’Offenbach monte avec ses librettistes Henri Meilhac et Ludovic Halévy.

Suite à cette période bénie des dieux de la musique, la guerre franco-prussienne de 1870 le pousse à s’installer avec les siens en Espagne, devenu suspect pour une France anti-allemande, c’est en Angleterre qu’il devient populaire.

Offenbach revient à Paris en 1871 où il dirige bientôt le théâtre de la Gaïté, si ses nouvelles compositions essuient quelques revers, la reprise des succès anciens, notamment celui d’Orphée aux enfers lui assure à nouveau la réussite, cependant le compositeur, selon son habituelle prodigalité, dépense sans compter et c’est la perte de ses parts du théâtre et les dettes à honorer. Le compositeur donnera plus de 40 concerts aux Etats-Unis en 1876, une tournée qui lui permettra de se refaire.

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Offenbach va consacrer les dernières années de sa vie, entre autres créations, à un projet d’opéra sérieux qui lui tient véritablement à cœur : Les contes d’Hoffmann.  Le compositeur est cependant malade et mourra le 5 octobre 1880 sans pouvoir achever cette œuvre que son fils complètera selon les coupes exigées par l’Opéra-Comique où la première aura lieu 4 mois plus tard dans un triomphe absolu.

D’Offenbach, on retiendra plus d’une centaine d’œuvres lyriques qu’il a données comme opérettes ou opéras-bouffes lorsque l’œuvre allait au-delà d’un acte, voire opéra-comique, le terme d’opérette sera ensuite utilisé pour les ouvrages plus longs. On se souviendra également de ses jeux de mots pour obtenir des effets comiques ainsi dans La belle Hélène : « Je suis l’époux de la reine, pou de la reine » ! Flaubert écrivait à propos d’Offenbach dans son Dictionnaire des idées reçues : « Dès qu’on entend son nom, il faut fermer deux doigts de la main droite pour préserver du mauvais œil ». Peu fréquentable disait-on, adepte des bordels et des cabarets parisiens, donnant dans la légèreté, il n’en critique pas moins des années de trouble, cet homme qui a connu trois révolutions (1830, 1848, 1870) !

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« De Jacques Offenbach on a dit qu’il était le roi du Second Empire, ce « sabbat épileptique », et que sa renommée finirait avec lui. On l’a traité d’«amuseur vénal », de « youpin néfaste » et, plus aimablement, d’« oiseau railleur ». Richard Wagner sentait dans sa musique la chaleur du fumier ; Hector Berlioz la qualifiait de « non-musique ». On lui a reproché le « cancan ignoble  » qu’il n’a jamais créé et on a sous-estimé, sinon méprisé, l’opéra-bouffe à la française, sa vraie invention : des opéras satiriques, politiques, où la musique se déguise et se moque, où le livret dérape en explosions de rire. Pour Siegfried Kracauer, dans son précieux Offenbach ou le Secret du Second Empire (Grasset, 1937), il a « démasqué les puissants de la terre et le grand opéra ». Claude Debussy reconnaîtra sa transcendantale ironie ; Friedrich Nietzsche, son esprit voltairien ; et Jean Cocteau, son génie. » Le Monde diplomatique, août 2018, Page 27.

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Orphée aux enfers

 En 1858, Jacques Offenbach compose cet opéra bouffe de deux actes et quatre tableaux, lequel sera remanié plus tard en 1874 en quatre actes et douze tableaux dans un opéra-féérie. Le livret est signé d’Hector Crémieux et de Ludovic Halévy. L’œuvre est créée au théâtre des Bouffes-Parisiens le 21 octobre. Il s’agit ici d’une parodie du mythe d’Orphée et Eurydice que le compositeur revisite avec une belle insolence et une joyeuse approche tout à fait personnelle. Sa relecture inédite du mythe grec est un triomphe, volontiers libertine sa version du plus célèbre couple de l’antiquité conquiert le public. Orphée n’y soupire plus après une Eurydice perdue mais se réjouit à l’idée qu’il ne la reverra plus, lassé d’elle comme elle l’est également d’un mari qu’elle « déteste ». Chez Offenbach, les valeurs s’inversent, Orphée et Eurydice ne sont pas amoureux l’un de l’autre et chacun va chercher ailleurs ce qu’il ne peut trouver chez lui. Eurydice est éprise d’un berger et ne peut souffrir la musique d’Orphée ! Lui-même courtise les nymphes et ne va qu’à contrecoeur, et sur l’injonction de l’Opinion Publique, chercher Eurydice aux Enfers. Provocation et rire sont les ingrédients du compositeur qui se moque de ces figures habituellement intouchables, on rit de ce que l’on admirait autrefois et dans sa satire de l’Olympe, la critique de la société de son époque n’est pas loin. Le pouvoir représenté par Napoléon III, dit Napoléon le Petit par un Hugo exilé depuis 7 ans déjà, n’a-t-il pas donné ses traits à Jupiter et à Pluton ?

Pour le public, c’est tout à fait nouveau cet écart par rapport à la norme en vigueur et au sacré classique à respecter, le héros, prêt à tout pour sauver l’être aimé, disparaît et entend jouir sans retenue des plaisirs de l’adultère !

L’œuvre est scandaleuse et Jupiter s’écrie : « L’Olympe fout le camp ! », les musiques sont enlevées et incroyablement modernes et le public, hormis quelques conservateurs chagrins, est prêt à s’amuser, notamment celui de la classe moyenne, la rencontre entre Offenbach et lui est idéale dans cette France qui rejette peu à peu le modèle classique.

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Enfin, la danse du cancan ; le quadrille naturaliste des lavandières rebelles de Montmartre de 1848, est repris et pérennisé par Offenbach dans son très attendu Galop infernal par exemple :

Ce bal est original

d’un galop infernal,

donnons tous le signal !

Vive le galop infernal !

Donnons le signal

d’un galop infernal !

Amis, vive le bal ! La la la la la la

(Pluton, Jupiter, Vénus et Eurydice, en chœur)

Quoi de mieux pour Offenbach que cette danse qui se veut un pied-de-nez aussi bien à la bourgeoisie et la noblesse qu’au clergé ! Un rythme dynamique pour ne pas dire endiablé qui convient parfaitement aux transgressions des tabous qu’affectionne le compositeur ! « L’un des plus grands créateurs satiriques de tous les temps et de toutes les cultures », selon le mot de Karl Kraus.

Aujourd’hui, Orphée aux Enfers subit encore des critiques. Cependant,  » Orphée aux Enfers, a fait son tour du monde ; (…) on l’a traduit dans toutes les langues, on l’a transposé dans tous les tons. Les gouvernements sont tombés, les trônes se sont écroulés et le règne d’Orphée dure toujours. » Jean-Claude Yon, Orphée aux enfers, L’Avant-scène OPERA, N°185 p.87.

                                                                                          Marianne M.



Orphée aux enfers

  • DATES

Vendredi 28 décembre 2018 à 20h30
Dimanche 30 décembre 2018 à 14h30
Lundi 31 décembre 2018 à 20h30
A l’Opéra Confluence – Avignon

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : A partir de 13 euros
  • Durée : 3h
Opéra-bouffe en deux actes et quatre tableaux