La Bohème de Giacomo Puccini, un rêve à plusieurs voix…

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« Pour ce qui est des rêves, des chimères et des châteaux en Espagne, j’ai une âme de millionnaire. », (acte I, air de Rodololfo « Che gelida manina »)

 Des scènes charmantes de Henri Mürger à La Bohème de Puccini, l’essentiel est conservé avec l’évocation d’une jeunesse estudiantine nichant dans une mansarde du quartier latin et remettant au lendemain les espoirs déçus du jour. L’argent s’y fait rare, le froid et la faim mordent les corps mais les âmes d’artistes restent légères pour nos quatre joyeux drilles ; un peintre, un musicien, un écrivain et un philosophe. Un propriétaire éconduit faute d’argent, un réveillon au café de Momus où grisettes et artistes se retrouvent, une rencontre entre le poète Rodolfo et sa jolie voisine Mimi, la petite brodeuse phtisique, une chandelle qui s’éteint et le couple principal se forme. En contrepoint, Marcello le peintre et Musetta la volage forment un couple plus volcanique. Le bonheur est là, fragile, fugace, menaçant de s’éteindre à chaque moment. C’est un Paris du XIXème siècle épris de poésie et de passion, un lyrisme musical débordant à chaque mesure, un pathos final qui nous étreint encore et toujours au fil des productions.

Cette fois, c’est à Samuel Jean, premier Chef invité de l’Orchestre régional d’Avignon-Provence, qu’il revient de diriger la fosse des musiciens, il s’y livre avec la belle énergie qui est la sienne, soulignant puissamment ou plus tendrement la musique de Puccini selon les émotions des personnages.

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Côté décor, réalisé par Lionel Lesire, il traduit assez bien le dénuement des quatre compères sans le sou ; sol incliné à plusieurs niveaux, panneaux en transparence à l’arrière, dominante de bois, l’ensemble volontairement brechtien, évoque plus qu’il ne figure la mansarde, le café Momus et ses extérieurs. Les lumières, non moins significatives, de Roberto Venturi, soulignent les lieux et les émotions avec un réel souci d’harmonie à laquelle on adhère pleinement. Les costumes annulent tout effet de transposition, ainsi la mise en scène de Frédéric Roels et Claire Servais laissent le drame Puccinien dans le Paris de Henri Mürger et dans celui du compositeur lui-même qui a si bien rendu la ville de cette époque.

Côté distribution, des voix que l’on retrouve avec bonheur, celle de Davide Giusti entendu dans La Traviata de Verdi en juin dernier. Moins en forme le jour de la première car il était alors souffrant, le jeune ténor n’en a pas moins offert à son public la sensibilité du rôle de Rodolfo qu’il incarne à merveille. Près de lui, Ludivine Gombert interprète la jolie et fragile Mimi. Depuis son rôle bouleversant de Blanche de la Force dans Le Dialogue des Carmélites en janvier 2018, on attendait le retour de la jeune soprano qui réapparaît avec une chaleur vocale justement appropriée au rôle mais aussi avec cette présence scénique et expressive qui lui est propre, et l’on se surprend à penser que Mimi…c’est elle ! l’impétueuse Musetta est matérialisée par Olivia Doray dans une robe d’un rouge flamboyant, seule couleur vive du plateau pour cette lionne puccinienne, Avignon la retrouve après sa captivante Eurydice en décembre 2017, elle donne ici à Musetta la fougue et l’éclat du personnage à la faveur d’une ligne vocale tout aussi brillante. Philippe-Nicolas Martin, Boris Grappe et David Ireland, respectivement dans les rôles de Marcello, Schaunard et Colline (auquel l’on rend son éternel manteau à poches-bibliothèque couleur noisette !), ne déméritent pas non plus au point que l’on a cette curieuse impression de retrouver des intimes avec lesquels on partage une soirée tant ils ont l’art de personnifier leurs personnages de papier mais également de nous prendre à parti dans ce décor épuré. Enfin, Grégoire Fohet-Duminil joue et chante joliment les malheureux éconduits que sont Benoît et Alcindoro ! Sur le plateau, le chœur et la maîtrise de l’Opéra Grand Avignon crée la foule animée et les enfants qui se pressent autour du vendeur de jouets Parpignol (Gentil Ngjela), des tableaux absolument délicieux qui figurent parfaitement ces instants joyeux du quartier latin à la veille de Noël.

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C’est donc avec un enthousiasme manifeste que le public a suivi les différents tableaux de cet opéra éclatant d’arts musical, lyrique et théâtral. La mise en scène de Frédéric Roels et Claire Servais restitue de façon sobre et juste la bohème romanesque de la fin du XIXème siècle. Dans des couleurs plutôt neutres dans l’ensemble, hormis la robe sang de Musetta, les panneaux en fond de scène jouent sur la transparence et la fragilité de ce petit monde épris de liberté et d’amour qui nous offre encore une émotion quasi palpable et toujours intacte.

                                                                                                             Marianne Millet

Photographies : Cédric Delestrade/ACM-STUDIO



La bohème

  • DATES

Vendredi 18 janvier 2019 à 20h30
Dimanche 20 janvier 2019 à 14h30
A l’Opéra Confluence – Avignon

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : A partir de 15 euros
  • Durée : 2h20CONFÉRENCE « La bohème »
    par Marc Andrieu
    > Samedi 12 janvier à 17h
    Maison Jean Vilar

 

Opéra en quatre actes de Giacomo Puccini
Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica
d’après les Scènes de la Vie de Bohème
d’Henry Murger

Direction Samuel Jean
Mise en scène Frédéric Roels
et Claire Servais
Décors et costumes Lionel Lesire
Lumières Roberto Venturi

Mimi Ludivine Gombert
Musetta Olivia Doray

Rodolfo Davide Giusti
Marcello Philippe-Nicolas Martin
Schaunard Boris Grappe
Colline David Ireland
Benoît / Alcindoro Joseph Shovelton
Parpignol Gentin Ngjela
Un venditore ambulante Julien Desplantes
Un sergente di doganieri Pascal Canitrot
Un Doganieri Saeid Alkhouri

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur de l’Opéra Grand Avignon

C’est dans un Paris à la fois légendaire et bien réel, au temps éternel de la bohème, que se situe l’opéra de Giacomo Puccini. Rien de plus simple que cette histoire : un jeune homme et une jeune fille se rencontrent et s’aiment, sont séparés par la vie, se retrouvent avant de se perdre irrémédiablement. La Bohème évoque ce qui hante l’homme tout au long de son existence : l’amour qui flamboie et qui emmène au ciel, la jeunesse qui s’enfuit et le temps qui détruit tout. En 1896, Puccini a encore de nombreux chefs d’œuvre devant lui, mais plus jamais peut-être, il ne retrouvera cette évidence et cette splendeur de la mélodie où chaque phrase va droit au cœur et s’inscrit au plus profond de l’âme.
Composée entre 1892 et 1895, La Bohème fut créée le 1er février 1896 au Teatro Regio de Turin, sous la direction d’Arturo Toscanini.

Nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 2h20

Tarif à partir de 15 euros

 

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