Goldoni et Galuppi…pour le meilleur et pour le rire…

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Carlo Goldoni, le « Molière italien »

 « On ne peut nier que je sois né sous l’influence d’une étoile comique, puisque ma vie même a été une comédie » Mémoires de M. Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre.1787

 Quelle aventure en effet que celle de la vie de Carlo Goldoni ; trépidante à souhait, mouvementée de voyages incessants, tiraillée entre l’avocat et le dramaturge, agitée entre les cours de Louis XV puis de Louis XVI, l’homme n’a de cesse de courir les théâtres, les salons de musique ou de littérature. Il observe, écoute, prend ici et là la matière de ses tableaux qu’il arrange avec finesse et drôlerie dans une œuvre théâtrale foisonnante. Exilé dans la maturité en France, il écrira, dans la langue de Molière qu’il admire tant, ses Mémoires qui relatent une enfance et une jeunesse bien animées ! De nature essentiellement optimiste, c’est dans la Venise éclairée de tous les arts de ce début du XVIIIème siècle que le petit Carlo Goldoni grandit entre un grand-père qui fait donner les spectacles d’opéra à la maison et un père qui le distrait avec un petit théâtre de marionnettes. Dans ces conditions, comment ne pas entendre l’irrésistible appel des Muses ? Il écrit donc sa première pièce à neuf ans et malgré des efforts répétés pour suivre les directives familiales puisqu’il devient tout de même juriste, (à noter également qu’il est tenté à un moment de l’adolescence par les ordres !) son amour du théâtre et de la vie le pousse à abandonner la carrière d’avocat pour lui préférer celle de dramaturge.

« Le monde est un beau livre, mais il sert peu à qui ne le sait lire » Carlo Goldoni

Carlo Goldoni est né à Venise en 1707, et l’on peut dire sans peine qu’il a créé la comédie italienne moderne mais avant cela, il faut bien en passer par la volonté de des parents puisque son père entend qu’il fasse du droit et sa mère qu’il devienne avocat. Il suit donc son médecin de père dans ses différents déplacements en étudiant mais sans quitter pour autant sa passion pour le monde du théâtre qu’il entretient un moment (il a alors quatorze ans !) avant de revenir dans le chemin ennuyeux du droit pour lequel il semble si peu fait. C’est de fait dans l’écriture du théâtre qu’il se réalise vraiment, toutefois il exerce tant bien que mal une carrière d’avocat qu’il quitte très tôt finalement, et, après la mort de son père en 1732, aussi bien pour échapper à un mariage dont il ne veut pas qu’à une carrière qu’il ne prise pas davantage, il file à Milan puis à Vérone, il y écrit des comédies, se marie et revient à Venise en 1743 pour se consacrer uniquement au théâtre.

D’abord attiré par l’écriture de tragédies, Goldoni se rend vite compte qu’il est fait pour la comédie, influencé par la commedia dell’arte et par Molière dont il admirait le génie incontestable et dont il connaissait bien l’oeuvre, il ne cessera d’écrire en voyageant à travers toute l’Italie et collabore le temps de deux opéras avec Antonio Vivaldi. Néanmoins, c’est avec le compositeur Baldassare Galuppi qu’il écrira davantage de livrets d’opéras et de leur fructueuse collaboration naitront ses plus belles œuvres, ensemble ils offrent à l’opera buffa la dimension comique qui lui manquait.

Goldoni travaille sur commande, il peut aussi bien s’atteler à une comédie qu’à la poésie ou à des livrets (quatre-vingt au total !), on retient de lui des cantates, des sérénades, un oratorio et plus de trente opéras-bouffes. Galuppi est celui qui aura mis en musique le plus grand nombre de ses textes (22 livrets).

L’artiste écrira quelque deux cents pièces en vingt ans, plus ou moins importantes, mais ses comédies après 1744 assoient véritablement sa renommée. S’il a conservé les jeux de masques et la vitalité de la commedia dell’arte, il y mêle néanmoins des intrigues assez réalistes, parfois proche du théâtre de Marivaux. Opposé très fortement à ses confrères qui lui reprochent un manque de traditionalisme, il accepte l’invitation en 1761 des Comédiens-Italiens installés en France. Nommé directeur du Théâtre-Italien l’année suivante, il écrit la plus grande partie de ses pièces en français.

Son théâtre défend les valeurs de l’humanisme et met sur scène un petit peuple de gens ordinaires ou de bourgeois, il y dénonce l’intolérance et le pouvoir abusif, ses personnages sont ardents, enthousiastes, traduisant volontiers cette joie de vivre des Vénitiens qu’il connait si bien.

En dépit d’un travail assidu, Carlo Goldoni ne peut plus compter sur l’appui d’une monarchie déchue et il meurt dans le dénuement à Paris le 6 février 1793. Il demeure néanmoins une source d’inspiration pour de nombreux artistes de son siècle tels Haydn, Mozart entre autres mais également aux périodes suivantes avec un Richard Strauss véritablement charmé par ses livrets par exemple.

Remises à l’honneur depuis quelques années, les pièces de Goldoni se jouent régulièrement, pensons à Arlequin serviteur de deux maîtres, La servante amoureuse, Les Amants, Le Bourru bienfaisant une pièce créée à la Comédie-Française en 1771, inspirée par Le Misanthrope de Molière.

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Baldassare Galuppi, « le père de l’opéra bouffe ».

 Surnommé Il Buranello pour être né sur la petite île de Burano très proche de Venise en 1706, Galuppi apprend très jeune la musique avec son père violoniste amateur, et naturellement doué, le futur compositeur vit de sa musique d’organiste dans plusieurs églises dès l’âge de 16 ans. Il étudie ensuite la composition et donne son premier opéra au même âge, lequel sera un échec. Sept ans plus tard, celui de Dorinda remportera un franc succès auprès du public vénitien, il n’a que vingt-trois ans.

De 1740 à 1751, le musicien est en poste à l’Ospedale dei Mendicanti, institution de bienfaisance réservée aux jeunes filles orphelines et souffrantes ; il doit enseigner, composer et diriger la musique liturgique de même que les oratorios. Il se rend dans le même temps plusieurs fois à Londres pour y diriger plusieurs opéras, le succès est au rendez-vous outre-Manche comme il l’est à Milan, Rome ou Vienne où son opéra Demetrio remporte un triomphe. Vice-maestro également à la basilique San Marco en 1748, il en devient quatorze ans plus tard le directeur musical (maestro di coro de la basilique), la charge la plus convoitée de Venise et, quelques mois plus tard, il y ajoute celle identique à l’Ospedale degli Incurabili.

Dans les années 1740, sa collaboration avec Goldoni va consolider notablement sa célébrité. Les deux compères s’entendent idéalement pour composer quelques grands succès qui font ainsi entrer la veine comique dans l’univers opératique.

Une production intense qui ne l’empêche pourtant pas d’écrire en même temps une centaine de sonates pour clavier, il compose un nombre égal d’opéras entre 1740 et 1760 !

Cependant, au XVIII siècle, la mode est au voyage et les artistes comme les gens « bien nés » se doivent aux déplacements incontournables de l’époque.

En 1764, la cour de Saint-Pétersbourg où plusieurs opéras de Galuppi ont déjà été donnés, le réclame. Le compositeur y restera trois années durant lesquelles il crée des œuvres nouvelles et prend la fonction de directeur musical de la chapelle de Catherine II où il fait représenter en 1768 un dramma per musica, Ifigenia in Tauride, et c’est couvert de gloire qu’il fait son retour à Venise la même année où il reprend ses fonctions à San Marco et aux Incurabili.

Baldassare Galuppi meurt dans la cité vénitienne, le 3 janvier 1785, quelques semaines seulement après avoir composé et livré une dernière messe de Noël à la basilique San Marco.

 Il fut assurément l’un des compositeurs d’opéra les plus productifs et les plus joués de son temps : il signera plus d’une centaine d’ouvrages lyriques entre 1722 et 1773, aussi bien comiques « dramma comico », « dramma giocoso » que sérieux « dramma per musica ».

Aussi célèbre que Vivaldi si ce n’est davantage de son vivant, il fut un modèle pour nombre de ses contemporains dont Haydn, Bach et fort admiré par Rousseau par exemple, ce dernier qui a vécu entre 1743 et 1744 près de l’Ambassade de France à Venise, rappelle dans ses Confessions combien la musique est omniprésente dans la capitale des arts, des salles d’Opéra jusqu’aux barcarolles des gondoliers.

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Il mondo alla roversa 

 « Ossia Le donne che comandano »   (Ce sont les femmes qui commandent)

 Il Mondo alla roversa(le monde à l’envers) se présente comme un drame burlesque (drama bernesco), sur le livret de Carlo Goldoni, sous le pseudonyme de Polisseno Fegeio, représenté au Teatro San Cassiano de Venise, le 14 novembre 1750.

Pour l’intrigue, elle est placée dans « une île aux antipodes » où les femmes victorieuses ont chargé les hommes enchaînés à des « tâches serviles ». C’est le monde inversé, celui où « la superbe orgueilleuse du sexe masculin » est tenue et « enchaînée au trône. » Les trois couples forment les personnages principaux de cette pièce où les femmes évoquent « le sexe ennemi » qu’il faut soumettre avec fermeté chante Tulia, mais déjà la discorde partage les esprits dans cette île gouvernée par les femmes qui finissent par abandonner le pouvoir à leurs fiancés respectifs. On pense ici à La Nouvelle Colonie ou la Ligue des femmes de Marivaux, lequel, adepte des mondes inversés également, donne aux femmes la force de revendiquer un statut au moins égal à ceux des hommes dans l’île fantaisiste de la Grèce ancienne où ils ont échoué et dans laquelle il s’agit de faire des lois. De fait, le monde à l’envers, dans la tradition du carnaval, moment où les rôles s’inversent, suscite un rire libérateur face au comportement des uns hissés au pouvoir comme aux autres déchus au rang de la soumission. Mais si le propos soulève les injustices et les combats contre celles-ci chez Marivaux, il demeure plus cocasse dans le petit monde de Carlo Goldoni, chacun des deux sexes y lit ses défauts certes, mais dans un rire continu propre au joyeux Franco-Vénitien qui s’accorde à merveille à la musique vive et exubérante ici de Baldassare Galuppi.

                                                                                         Marianne M.



Il mondo alla roversa

  • DATES

Samedi 2 février 2019 à 20h30
Dimanche 3 février 2019 à 14h30
A l’Opéra Confluence – Avignon

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : A partir de 13 euros
  • Durée : 2h30

    CONFÉRENCE
    « Le monde à l’envers »
    par Marielle Khouri
    > Samedi 2 février à 17h
    Maison Jean Vilar

Opéra-bouffe en trois actes
de Baldassare Galuppi
Livret de Carlo Goldoni

Direction musicale Françoise Lasserre
Mise en scène Vincent Tavernier
Scénographie Claire Niquet
Costumes Erick Plaza-Cochet
Lumières Carlos Perez

Tullia Marie Perbost
Rinaldino Armelle Marq
Aurora Dagmar Saskova
Cintia Alice Habellion
Graziosino Olivier Bergeron
Giacinto David Witczak
Ferramonte João Pedro Coelho Cabral

Orchestre Akadêmia
Chœur de l’Opéra Grand Avignon

Avec son opéra-bouffe, Goldoni se propose d’abord de déclencher le fou-rire des spectateurs, et surtout d’offrir à Galuppi un scénario plein « d’effets ». C’est précisément à l’écoute de la partition que se manifeste le caractère allègre, loufoque et truculent de l’œuvre. Surtout, surtout, donc, ne nous hâtons pas trop d’extraire une forte morale de la farce – ce qui ne veut pas dire que cette « extravagance » ne contienne pas quelques saines leçons pour chacun des deux sexes… Puisque la fantaisie semble le maître mot du « Mondo alla roversa », renversons à notre tour la réalité du monde, et donnons-nous les moyens de parcourir «cul par-dessus tête» cette mystérieuse île des antipodes où Goldoni et Galuppi placent leur action.
Rêvons. Que toute cette histoire invraisemblable (?…) soit le rêve (ou le cauchemar !) d’un des personnages de l’intrigue, qu’on verra dès l’ouverture, après s’être endormi tranquillement auprès de son conjoint, prendre le large sur un lit devenu bateau, pour aborder aux rivages de l’empire des Femmes… Un point reste cependant à résoudre : sera-ce le songe de l’épouse – ou de l’époux ? Et au réveil, que décidera-t-elle (ou il) de faire ?
Vincent Tavernier

En co-production avec l’Opéra de Reims et Akadêmia



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 2h30

Tarif à partir de 13 euros

 

 

 

 

 

 

 

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