Mois: février 2019

Une question d’Art…et d’Amitié.

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Créée le 28 octobre 1994 à la Comédie des Champs-Elysées, la pièce Art emmène aussitôt son auteure Yasmina Reza vers les sommets du succès, la pièce est alors traduite dans pas moins de trente-cinq langues et reprise jusqu’à Brodway. Aujourd’hui encore, quelque vingt-cinq ans plus tard, l’effet sur le lecteur et le public est intact. On sort bien souvent du théâtre avec le désir de retrouver au plus vite le texte d’un peu plus d’une cinquantaine de pages que l’on redécouvre avec un plaisir toujours renouvelé. Art fait partie de ces oeuvres intemporelles parce qu’elle y livre une réflexion sur un thème non moins éternel qui est celui de l’amitié.

Ils sont trois ; Serge le dermatologue amateur d’art, un tantinet affété, Marc l’ingénieur rationnel, volontiers tyrannique et terriblement anxieux, Yvan enfin, plus plébéien, pusillanime et qui vit dans l’ombre de ses deux amis. Le comique de caractère est déjà en place dans cette improbable amitié qui les lie pourtant depuis « longtemps ».

La crise est admirablement amenée par l’acquisition d’une grande toile d’art contemporain parfaitement blanche à quelques liserés transversaux près, également blancs, signée Antrios et dont Serge devient le propriétaire pour la somme de « deux cents mille », réadaptés à présent en trente mille euros ! Marc est renversé, méprisant, le tableau ne représente rien à ses yeux et plus dangereux, il l’a remplacé auprès de Serge qui paraît prendre ici son indépendance, de fait sa peur de l’abandon est manifeste et bascule le personnage entre le rire et l’émotion. Serge, l’offensé, durcit sa position d’esthète renvoyant Marc à son inaptitude à saisir la forme artistique. Au milieu des deux antagonistes, Yvan qui n’a aucune opinion quant au tableau mais que l’approche de son prochain mariage rend particulièrement nerveux. Catalyseurs d’une confrontation entre les trois acolytes, le tableau en particulier et l’art en général ne sont qu’un prétexte à sonder les profondeurs de l’amitié tapissées des meilleures intentions comme des pires.

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Il Mondo alla roversa, un bijou d’orfèvres dans un écrin !

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Il Mondo alla roversa a été donné ce week-end pour la première fois en France, depuis sa création en 1750 au Teatro San Cassiano de Venise, et c’est la scène d’Avignon qui a reçu ce trésor baroque sur un livret en trois actes de Carlo Goldoni porté par la musique du compositeur Baldassare Galuppi. Une perle dénichée par Françoise Lasserre qui dirige son orchestre Akadêmia et que le metteur en scène Vincent Tavernier va placer dans un écrin tout à l’italienne.

Pour la fable, elle installe son drame burlesque dans une « île des Antipodes », le lieu évoquant d’emblée la contradiction d’un monde renversé, les femmes en effet y dominent des hommes alanguis et obéissants. Trois d’entre elles incarnant des caractères naturellement opposés ; Tullia la raisonnable, Cintia l’ambitieuse et Aurora l’amoureuse, c’est assez pour développer une compétition vers le pouvoir absolu. Les amants respectifs des trois furies ; Rinaldino, Giacinto et Graziozinio conduisent comme ils le peuvent et leurs amours et leurs intérêts. Enfin, le débarquement inopiné de marins sur l’île, Ferramonte à leur tête, farouche gardien de la liberté, conduira le conflit des trois femmes jusqu’à sa résolution « Les femmes qui commandent, c’est un monde à l’envers, qui ne durera jamais » conclut l’ouvrage.

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