Il Mondo alla roversa, un bijou d’orfèvres dans un écrin !

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Il Mondo alla roversa a été donné ce week-end pour la première fois en France, depuis sa création en 1750 au Teatro San Cassiano de Venise, et c’est la scène d’Avignon qui a reçu ce trésor baroque sur un livret en trois actes de Carlo Goldoni porté par la musique du compositeur Baldassare Galuppi. Une perle dénichée par Françoise Lasserre qui dirige son orchestre Akadêmia et que le metteur en scène Vincent Tavernier va placer dans un écrin tout à l’italienne.

Pour la fable, elle installe son drame burlesque dans une « île des Antipodes », le lieu évoquant d’emblée la contradiction d’un monde renversé, les femmes en effet y dominent des hommes alanguis et obéissants. Trois d’entre elles incarnant des caractères naturellement opposés ; Tullia la raisonnable, Cintia l’ambitieuse et Aurora l’amoureuse, c’est assez pour développer une compétition vers le pouvoir absolu. Les amants respectifs des trois furies ; Rinaldino, Giacinto et Graziozinio conduisent comme ils le peuvent et leurs amours et leurs intérêts. Enfin, le débarquement inopiné de marins sur l’île, Ferramonte à leur tête, farouche gardien de la liberté, conduira le conflit des trois femmes jusqu’à sa résolution « Les femmes qui commandent, c’est un monde à l’envers, qui ne durera jamais » conclut l’ouvrage.

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Pour envisager tout ce petit monde inversé, Vincent Tavernier signe ici une mise en scène avec une rare intelligence, retrouvant l’essence même du théâtre italien dans ses multiples facettes et l’adaptant subtilement aux goûts actuels. Elle est d’abord conçue comme un rêve, doublant de fait « l’illusion », puisque les deux personnages du départ s’endorment dans un lit présent dans quasiment l’intégralité de la pièce. Couche bientôt muée en bateau, c’est dans celle-ci que l’épilogue retrouvera nos deux personnages changés par le rêve… ou pas… Entre l’endormissement et le réveil, si ce n’est l’éveil vers autre chose, un décor sobre sur fond de scène aux couleurs bleu-gris variables que les lumières de Carlos Perez soulignent idéalement.  La scénographie de Claire Niquet tient tour à tour de l’ambiance typiquement vénitienne avec ses pontons entourés d’eau, des tréteaux de la commedia dell’arte où les personnages types s’agitent jusqu’à la pantomine des « amoureux », ou bien du théâtre de Guignol pour une mise en abyme des plus savoureuses. L’évolution du comique à travers le temps et les lieux semble ainsi naître sous les yeux d’un public joyeusement embarqué.

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Les costumes de Erick Plaza-Cochet participent non moins gaiement à la réussite du spectacle, ils ont les couleurs et les formes disparates propres au genre carnavalesque de Venise et ancrent davantage l’image de ses divertissements inscrits dans la tradition populaire de la Sérénissime. Tout y est permis, ainsi, les plumes et boas rouges du casque antique de Cintia côtoient la robe à tournure coquine du XVII d’Aurora ! Tout paraît fête et farce dans l’esprit de l’opera buffa de Goldoni que Vincent Tavernier travaille avec une précision d’orfèvre.

Naturellement, cette fantaisie onirique ne pourrait être sans la musique allègrement dirigée par Françoise Lasserre, son orchestre instrumental et vocal fait merveille ici et établit une belle complicité avec le plateau dans des échanges savoureusement cocasses. Le nombre plus réduit d’un ensemble baroque crée aussitôt une impression d’intimité entre la fosse et la scène mais également avec le public qui y est plus finement convié. Le clavecin accompagnant les récitatifs offre une parfaite correspondance entre la voix et la musique qui confine parfois, dans une délicatesse extrême, jusqu’au fil arachnéen du son.

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Les voix ne sont pas en reste dans ces réjouissances vibrantes, celle au timbre profond et envoûtant de Alice Habellion convient bien au personnage autoritaire de Cintia, belle présence vocale de même pour Dagmar Saskova dans le rôle de Aurora. Marie Perbost, quant à elle, fait montre d’une parfaite vocalise, la voix de la soprano est claire, le style parfait. Près d’elles, les rôles masculins sont conduits de façon irréprochable également, citons Olivier Bergeron dans un Graziosino Pierrot-lunaire des plus convaincants, David Witczak, lui, campe avec énergie un Giacinto-Arlequin facétieux, Armelle Mars donne au personnage de Rinaldino la délicatesse de l’emploi  et João Pedro Coelho Cabral  offre un Ferramonte-corsaire impérieux ! Le chœur de l’Opéra Grand Avignon, dirigé par Aurore Marchand, s’est admirablement bien coulé dans cette chimérique comédie, donnant non seulement un bel ensemble vocal nécessaire à la pièce, mais également un entrain scénique des plus marqués !

Un beau et grand moment lyrique cette fois encore sur la scène d’Avignon qui n’a pas craint d’aller vers un ouvrage plus rare mais n’est-ce pas le propre d’une perle après tout ! La réponse du public enthousiaste a été des plus éloquentes…

                                                                                                        Marianne Millet

Photographies : Cédric Delestrade/ACM-STUDIO



Il mondo alla roversa

  • DATES

Samedi 2 février 2019 à 20h30
Dimanche 3 février 2019 à 14h30
A l’Opéra Confluence – Avignon

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : A partir de 13 euros
  • Durée : 2h30CONFÉRENCE
    « Le monde à l’envers »
    par Marielle Khouri
    > Samedi 2 février à 17h
    Maison Jean Vilar

Opéra-bouffe en trois actes
de Baldassare Galuppi
Livret de Carlo Goldoni
Direction musicale Françoise Lasserre
Mise en scène Vincent Tavernier
Scénographie Claire Niquet
Costumes Erick Plaza-Cochet
Lumières Carlos Perez

Tullia Marie Perbost
Rinaldino Armelle Marq
Aurora Dagmar Saskova
Cintia Alice Habellion
Graziosino Olivier Bergeron
Giacinto David Witczak
Ferramonte João Pedro Coelho Cabral

Orchestre Akadêmia
Chœur de l’Opéra Grand Avignon

Avec son opéra-bouffe, Goldoni se propose d’abord de déclencher le fou-rire des spectateurs, et surtout d’offrir à Galuppi un scénario plein « d’effets ». C’est précisément à l’écoute de la partition que se manifeste le caractère allègre, loufoque et truculent de l’œuvre. Surtout, surtout, donc, ne nous hâtons pas trop d’extraire une forte morale de la farce – ce qui ne veut pas dire que cette « extravagance » ne contienne pas quelques saines leçons pour chacun des deux sexes… Puisque la fantaisie semble le maître mot du « Mondo alla roversa », renversons à notre tour la réalité du monde, et donnons-nous les moyens de parcourir «cul par-dessus tête» cette mystérieuse île des antipodes où Goldoni et Galuppi placent leur action.
Rêvons. Que toute cette histoire invraisemblable (?…) soit le rêve (ou le cauchemar !) d’un des personnages de l’intrigue, qu’on verra dès l’ouverture, après s’être endormi tranquillement auprès de son conjoint, prendre le large sur un lit devenu bateau, pour aborder aux rivages de l’empire des Femmes… Un point reste cependant à résoudre : sera-ce le songe de l’épouse – ou de l’époux ? Et au réveil, que décidera-t-elle (ou il) de faire ?
Vincent Tavernier

En co-production avec l’Opéra de Reims et Akadêmia



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 3h30

Tarif à partir de 13 euros

 

 

 

 

 

 

 

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