De Louis Ganne aux saltimbanques, une mouvance artistique…

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Le musicien plébéien

Buxières-les-Mines, petite commune française dans le département de l’Allier, actuellement un peu plus de 1000 habitants, plus du double dans cette fin du XIXème siècle qui nous intéresse car en effet, c’est précisément dans ce qui était alors une vaste exploitation de mines de charbon qu’allait naître le petit Gustave Louis Ganne. Nommé pour l’instant Buxières-la-Grue jusqu’en 1880, ce petit bourg d’Auvergne compte donc, en ce jour du 5 avril 1862 non seulement un habitant supplémentaire mais encore un compositeur français en devenir dont l’inoubliable opérette Les Saltimbanques, créée en 1899 ou encore La Marche Lorraine sept ans plus tôt qui allaient faire du musicien un compositeur reconnu.

Louis a sept ans lorsque son père meurt au fond de la mine, sa mère part pour Paris où il sera plus aisé de subvenir à leurs besoins à présent. C’est dans une école chrétienne de Issy-les-Moulineaux dans laquelle il a été confié que l’on s’aperçoit bien vite de son talent que les pères encouragent. Louis leur compose toute une messe à la fin de ses études lycéennes, il entre peu après au Conservatoire national de Paris où il remportera le premier prix en classe d’harmonie et le second d’orgue avec César Franck en 1881. Il a tout juste 19 ans et semble promis à un avenir brillant et dans un répertoire « sérieux », pourtant c’est vers une musique qualifiée de plus « légère » qu’il préfère se diriger. Il va donc composer tour à tour des chansons, des marches militaires, des musiques pour danser et des opérettes qui vont le rendre célèbre dès le siècle finissant et c’est avec Les Saltimbanques, opérette en trois actes, qu’il triomphe en ouvrant le XXème siècle sur des mélodies tendres et romanesques le 30 décembre 1899 au théâtre de la Gaîté à Paris.

Il avait débuté aux Folies-Bergères en dirigeant et composant des pantomimes et des ballets, poursuivi au Casino de Paris avec des œuvres comiques. Plus tard, il crée La marche Lorraine à l’Eldorado à Paris pour célébrer la venue à Nancy du président Sadi Carnot. Les paroles sont de Jules Jouy et d’Octave Pradels. Avec « Le Père la Victoire »(1888), ce seront des piliers du chant national patriotique. De La Marche Lorraine, le Général de Gaulle dira qu’elle est un second hymne national, une « marche » souvent reprise dans les défilés militaires encore aujourd’hui.

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Il faut dire que c’était une époque favorable à ce type de musique du reste, la France comptait alors une centaine de régiments qui disposaient tous d’une formation musicale composée d’instruments à vent. Dans toutes les petites villes, il y avait, dans les jardins publics, ces charmants kiosques à musique où les Harmonies militaires interprétaient des ouvrages connus et que le peuple venait écouter gratuitement, un formidable moyen de diffuser et de faire connaître les œuvres de louis Ganne dans l’ensemble du pays.

En 1900, Louis est nommé à la direction du Casino de Royan, en 1905 à l’Opéra de Monte-Carlo où il fondera son orchestre. Depuis 1895 il dirigeait chaque année les bals de l’Opéra à Paris et en 1910 il est nommé chef d’orchestre à l’Apollo. Il sera également l’un des premiers présidents de la SACEM en 1907. Sept ans plus tard, il reçoit la Légion d’honneur puis s’éteindra à Paris le 13 juillet 1923. Outre les opérettes et opéras-comiques, les ballets et les pantomimes, les marches, ce sont également cent cinquante petites pièces pour piano que le musicien aura composées.

C’est avec Hans, le joueur de flûte, que Louis Ganne a élevé l’art de l’opérette, tout y est sensible, poétique et beauté semble-t-il. Ce conte lyrique inspiré d’une légende allemande et traduit par les frères Grimm devient, dans les notes du compositeur, un triomphe dès sa création sur la scène du Casino de Monte-Carlo où Ganne dirige lui-même l’orchestre. Son ouvrage parcourra le monde avec un succès chaque fois répété. A Paris, l’œuvre atteint plus d’une centaine de représentations.

 Reynaldo Hahn (compositeur, chef d’orchestre, chanteur et critique musical français, (ami d’une vie pour Marcel Proust !)) écrivait à propos de la musique de Ganne : « Quant à la musique de Monsieur Ganne, elle est comme toujours allègre, éclatante, lumineuse, gracieuse, bien charpentée, robuste et pimpante, avec mille dessous délicats, toutes sortes de fines touches orchestrales où se reconnaît le musicien accompli, sûr de lui -même, savant, sans pédantisme ».

Pourtant, ce n’est pas cette opérette que l’on retient aujourd’hui du compositeur mais plutôt celle des Saltimbanques sur un livret de Maurice Ordonneau créée quelque sept ans plus tôt, soit en 1899 et dont l’air le plus notoire, « C’est l’amour », reste fixé dans les mémoires mélomanes.

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Les Saltimbanques ; origine et évolution

 Il est intéressant de s’arrêter un moment sur l’origine même du mot de Saltimbanque car il est lié à la naissance du théâtre et de la scène au fond. Remontons pour cela quelque huit siècles avant notre ère et plaçons-nous, bien entendu, en Grèce. Sur la place des villages, on célèbre le culte du dieu Dionysos, dieu de l’ivresse et de la fête ! Voilà une divinité très populaire que l’on honore en formant cercle autour d’un autel en pierre sur lequel sera sacrifié le bouc, « tragos » en grec, d’où tragédie. Le cercle évolue au fil du temps et, s’en détache à l’intérieur, un autre de danseurs-chanteurs que le premier cercle de villageois regarde. Un siècle encore et voilà qu’un des danseurs-chanteurs sort du groupe des « choreutes », est-il plus inspiré ? davantage pris de vin ? toujours est-il qu’il se hisse sur l’autel de pierre et se met à improviser des chants que les choreutes reprennent. L’espace de l’autel est étroit, une sorte de banc sera placé devant, le coryphée (chef de chœur) y grimpe, il peut y sauter à l’aise pour dialoguer avec le chœur qu’entoure toujours le cercle de villageois-spectateurs. Saltare in banco : sauter sur le banc : le saltimbanque est né, et avec lui le théâtre au moment-même où le cercle des villageois s’écarte et que l’on déplace le banc vers le fond pour la toute première scène que les villageois peuvent voir de face dès le début du VIème siècle avant notre ère bien sûr !

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Si l’étymologie du mot nous rend le personnage du saltimbanque tout à fait sympathique, les périodes qui suivirent vont le dévaloriser et faire de lui un être plutôt peu recommandable, au Moyen Age, le voilà dans les foires à faire des acrobaties, à user de boniments pour vendre ses drogues, plus tard il devient ce bouffon aux gestes exagérés et aux plaisanteries douteuses, les connotations péjoratives ne manquent pas à son propos, on lui prête l’instabilité et la malhonnêteté qu’il traine dans sa roulotte de ville en ville. C’est plus sûrement un artiste du spectacle de rue qui conserve le lien ténu mais solide de l’art de la fête primitive, il est jongleur, acrobate, comédien, et tant d’autres artistes à la fois…en marge de la société, nécessairement bohème, « il joue pendant que les autres travaillent » !

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Hommage de la profession aux baladins

 Mauvais sujet ou pas pour la société, le saltimbanque en est un très apprécié par les artistes, de Starobinski qui en saisit les caractéristiques aux peintres tels que Gustave Doré, Picasso qui en déclinera le thème dans sa période rose jusqu’à offrir ses traits au visage d’Arlequin, sans oublier Degas, Toulouse-Lautrec, Seurat, Leger, Miro, Raffaëlli ou Chagall fascinés par ces baladins en passant par Les Saltimbanques d’Apollinaire repris en chanson par Yves Montand ou Le Vieux saltimbanque de Baudelaire :

« Partout s’étalait, se répandait, s’ébaudissait le peuple en vacances. C’était une de ces solennités sur lesquelles, pendant un long temps, comptent les saltimbanques, les faiseurs de tours, les montreurs d’animaux et les boutiquiers ambulants, pour compenser les mauvais temps de l’année.

En ces jours-là il me semble que le peuple oublie tout, la douceur et le travail ; il devient pareil aux enfants. Pour les petits c’est un jour de congé, c’est l’horreur de l’école renvoyée à vingt quatre heures. Pour les grands c’est un armistice conclu avec les puissances malfaisantes de la vie, un répit dans la contention et la lutte universelles. »                           Le Spleen de Paris.

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Les Saltimbanques du compositeur

Louis Ganne, lui, installe ses saltimbanques au titre éponyme dans un opéra-comique de trois actes et quatre tableaux. L’ouvrage est créé en 1899 au théâtre de la Gaîté à Paris comme dit plus haut. Le triomphe est immédiat et la centième rapidement atteinte.

Pour l’intrigue, Suzanne, enfant trouvée, a été élevée par Malicorne, le directeur d’un cirque ambulant. Suzanne devient en grandissant un membre de la troupe d’artistes dont certains ne sont pas indifférents à son charme mais la belle ne tarde pas à tomber amoureuse du beau lieutenant André de Langeac. Après une violente altercation et ses suites avec le directeur, Suzanne, la danseuse de corde, s’enfuit avec quelques compagnons qui forment une nouvelle troupe les emmenant jusqu’en Normandie où le comte des Etiquettes les prend sous sa protection. Le coup de théâtre n’est pas loin pour donner à la charmante Suzanne l’assurance d’un avenir radieux car au fond « C’est l’amour qui flotte dans l’air à la ronde. C’est l’amour qui console le pauvre monde. C’est l’amour qui rend chaque jour la gaîté. C’est l’amour qui nous rendra la liberté ! »

 

Marianne M.

Illustrations dans l’ordre donné : 

Histoire du théâtre dessinée d’André Degaine.

La Famille de saltimbanques, Les deux saltimbanques, Au Lapin Agile : Pablo Picasso (1901 à 1905)

L’orchestre des saltimbanques, Jean-François Raffaëlli



 

Les saltimbanques

  • DATES

Samedi 27 avril 2019 à 20h30
Dimanche 28 avril 2019 à 14h30
A l’Opéra Confluence – Avignon

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : A partir de 13 euros
  • Durée : 2h55

Opéra comique en trois actes
de Louis Ganne
Livret de Maurice Ordonneau
Nouvelle adaptation et réécriture
de Mireille Larroche
Direction musicale Alexandre Piquion
Mise en scène Mireille Larroche
Scénographie Camille Vallat
Lumières Arthur Michel

Suzanne Dima Bawab
Marion Ségolène Bolard
Madame Malicorne, directrice du cirque Malicorne Raphaële Andrieu
Madame Bernardin, la secrétaire de production Julie Mauchamp
Une journaliste Marie Simoneau
Pinsonnet Manon Poirier
Une habilleuse Liliane Tomeï
La maquilleuse Laurence Labrousse
La perruquière Sandrine Degioanni

Grand Pingouin Frédéric Cornille
Paillasse Cyril Héritier
André, comédien journaliste : Jean-François Baron
Monsieur Malicorne, directeur du cirque Malicorne : Alain Itlis
Le Comte de l’Etiquette, producteur : Nicolas Rigas
Le patron de l’hôtel, responsable du catering : Jean-Baptiste Saunier
Rigodin, réalisateur de TV : Pascal Joumier
Coradet, Bertillard, ingénieur du son puis assistant : Martin Loizillon
Monsieur Bernardin : Laurent Dallias
Caméraman : Alain Rastoin
Le directeur de la chaîne : Saeid Alkhouri
Les directeur des programmes : Julien Desplantes
Un brigadier : Xavier Seince
Les circassiens : Romane Chandelier, Jean-Baptiste Diot, Christelle Ibanez, Twiggy Mauduit, Victor Szczachor

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur et Ballet de l’Opéra Grand Avignon
Acrobates, jongleurs et circassiens

Tout en gardant la dimension festive de l’ouvrage, nous en avons fait une relecture et une transposition contemporaines. Ces Saltimbanques nous permettent d’interroger le statut du spectacle vivant et la place du comédien dans nos sociétés. Tantôt « saltimbanque » « fainéant », « assisté », rejeté aux bancs de la société, tantôt « adulé » « vénéré » jusqu’à l’hystérie, « hyper marchandisé », et intégré dans le système économique et politique dominant, l’artiste de spectacle vivant peut-il survivre aujourd’hui ? Sa pratique a-t-elle encore un sens ?
Le malaise dont souffrent les « saltimbanques » témoigne à sa manière du malaise de notre société. C’est aussi une réflexion sur la fragile frontière qui existe entre la fiction et la réalité. Où commence la représentation ? Où s’achève le réel ? Peut-on faire confiance à un théâtre réaliste ?

Mireille Larroche

Nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 2h55

Tarif à partir de 13 euros

 

 

 

 

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