Les Saltimbanques de Mireille Larroche, une ode au spectacle vivant !

IMG_1691

Au commencement, il y avait des échafaudages sur fond d’immeubles HLM, et la musique de Ganne.

Le quartier de Nanterre était « informe et vide, il y avait » les railleries lancées vers les sales saltimbanques arrivés dans une antique camionnette.

Mireille dit : que le spectacle soit ! Et le spectacle fut.

Le public vit que la parade était bonne et les comédiens séparèrent le spectacle de l’obscurantisme.

Ainsi, il y eut une féérie qui prit vie, « ainsi il y eut un soir », ce fut le premier à nous émouvoir !

IMG_1689

Nul doute que toutes celles et tous ceux qui ont assisté ce week-end aux Saltimbanques de Louis Ganne, opérette mise en scène par Mireille Larroche, assistée en cela par Francesca Bonato et Jean-Philippe Corre, n’aient été conquis voire envoûtés par l’extraordinaire poésie de ce spectacle, si les muses peuvent transformer le monde d’une manière générale, elles ont ce soir-là mué une réalité des plus difficiles en une grâce certaine. Véritable alchimiste de la scène, Mireille Larroche revisite l’œuvre de Ganne, réécrit le livret de Maurice Ordonneau, pour l’ancrer dans une contemporanéité familière, elle y matérialise la condition précaire des intermittents dont elle défend non seulement le statut mais encore l’indispensable place au sein de la Cité. Artistes de cirque exploités, animateurs commerciaux pour galeries marchandes, figurants de série TV, tout y passe pour traduire l’errance entre deux cachets. Et le théâtre dans tout cela ? La question est posée, la réponse avancée ; les écrans de tout genre éloignent les spectateurs des théâtres nous dit-on. Cependant, c’est bien du spectacle vivant dont il s’agit ici et la fête est complète, les baladins de tout crin s’y côtoient pour offrir un tableau absolument étourdissant d’acrobates, de jongleurs, de danseurs et de chanteurs, de clowns et de ballerines au jupon scintillant, de musiciens et de comédiens, quelque soixante « saltimbanques » illustrent ainsi l’art de la scène et la nécessaire complicité d’un public. Mais d’où viennent-ils en si grand nombre ?!! Mais de partout ! Le chœur de l’Opéra Grand Avignon dirigé par Aurore Marchand est là, quelques choristes deviennent solistes ou comédiens pour l’occasion, d’habituels figurants prennent la parole, ainsi Laurent Dallias interprète un bougon Monsieur Bernardin, les danseuses et danseurs de l’Opéra Grand Avignon révèlent une fois de plus tout leur talent et celui non moindre de leur chorégraphe Eric Belaud. Les frontières entre les genres et les métiers sont ouvertes largement, on reconnaît sur scène la perruquière Sandrine Degioanni, la maquilleuse Camille Bonardi, l’habilleuse Liliane Tomeï de l’Opéra Grand Avignon ! La fête du théâtre c’est cela aussi, tous ses acteurs sont présents et répondent à l’appel des grands questionnements ; qu’est-ce qu’un.e saltimbanque ? Quelle est son utilité ? Que fait-il.elle ?

IMG_1688

De fait « C’est l’Amour » qui vient unir l’œuvre incarnée dans la chair même des comédiens et les spectateurs venus au rendez-vous des réjouissances théâtrales, amour de la farce, de la comédie, de la tragédie, de la danse, du chant, du cirque, qu’importe ! Le théâtre est partout et doit être, c’est tout !

Le public a suivi la progression d’un spectacle étourdissant, depuis la nudité d’un quartier de banlieue jusqu’au démontage du plateau à vue en passant par l’éblouissant foisonnement des lumières de Arthur Michel, des images de Gabriele Alessandrini, des décors et des costumes de Camille Vallat et de Catherine Lourioux. Au plus fort de la pièce, pas un recoin du plateau qui ne soit exploité, les saltimbanques sont là par dizaines dans leurs numéros divers, mêlés, ondoyants vers un ensemble des plus harmonieux ! Les voix sont délicates ou éclatantes, puissantes ou plus chétives mais toutes soulignent l’humeur à suivre avec une belle émotion sur les charmantes musiques de Ganne ou autres arrangements musicaux.

IMG_1693

Au pupitre, Alexandre Piquion emmène ses musiciens avec une belle sensibilité tout en nuances, laissant parfois s’exprimer sur la scène une contrebasse et un accordéon qui donnent alors au plateau une intimité soudaine, d’autres musiciens arrivent sur les planches suivis d’un défilé de soldats jouant ceux du débarquement dans un petit village de Normandie dans lequel on tourne une série sur l’évènement ; et c’est la ronde des caméraman (Alian Rastoin), directeur de la chaîne (Saeid-Alkouri), directeur des programmes (Julien Desplantes), réalisateur TV (Pascal Joumier), assistant (Martin Loizillon, Antoine du Village français) et autre qui vient bousculer ce petit monde théâtreux qui a besoin de jouer mais est-il à sa place devant l’œil de la caméra. Que souhaite le saltimbanque ?

Suzon merveilleusement interprétée par Dima Bawab veut nous répondre : « Je veux changer le monde » dit la petite comédienne qui désire rester avec ses « compagnons d’infortune » malgré les paillettes offertes sur plateau TV ! Mireille Larroche suit cette assertion jusqu’au bout puisque la petite Suzon partira avec son Paillasse auquel Cyril Héritier, ici soliste, offre une remarquable expressivité et un timbre des plus chaleureux. Près d’eux, Grand Pingouin et Marion, respectivement figurés par Frédéric Cornille et Ségolène Bolard complètent parfaitement le petit groupe de baladins. Au fond le saltimbanque n’est-il pas celui qui veut changer le monde et qui ne sait, pour notre plus grand bonheur, « faire que cela » ?

fullsizeoutput_1319

On ne peut que regretter que cette nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon ne vive que l’espace d’un week-end, éphémère au fond comme l’est l’opéra dans laquelle elle a été créée, mais n’est-ce pas le propre du spectacle vivant ? Il reste la petite veilleuse après le spectacle, « servante » du théâtre et gage du retour des feux de la rampe pour très bientôt. Un très joli final a cappella que nos amis saltimbanques nous ont offert auprès du fragile éclairage sur pied : « Adieu mes amis (…) on va souffler les chandelles. »

                                                                                              Marianne Millet

Photographies : Cédric Delestrade/ACM-STUDIO



Les saltimbanques

  • DATES

Samedi 27 avril 2019 à 20h30
Dimanche 28 avril 2019 à 14h30
A l’Opéra Confluence – Avignon

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : A partir de 13 euros
  • Durée : 2h55

Opéra comique en trois actes
de Louis Ganne
Livret de Maurice Ordonneau
Nouvelle adaptation et réécriture
de Mireille Larroche
Direction musicale Alexandre Piquion
Mise en scène Mireille Larroche
Scénographie Camille Vallat
Lumières Arthur Michel

Suzanne Dima Bawab
Marion Ségolène Bolard
Madame Malicorne, directrice du cirque Malicorne Raphaële Andrieu
Madame Bernardin, la secrétaire de production Julie Mauchamp
Une journaliste Marie Simoneau
Pinsonnet Manon Poirier
Une habilleuse Liliane Tomeï
La maquilleuse Laurence Labrousse
La perruquière Sandrine Degioanni

Grand Pingouin Frédéric Cornille
Paillasse Cyril Héritier
André, comédien journaliste : Jean-François Baron
Monsieur Malicorne, directeur du cirque Malicorne : Alain Itlis
Le Comte de l’Etiquette, producteur : Nicolas Rigas
Le patron de l’hôtel, responsable du catering : Jean-Baptiste Saunier
Rigodin, réalisateur de TV : Pascal Joumier
Coradet, Bertillard, ingénieur du son puis assistant : Martin Loizillon
Monsieur Bernardin : Laurent Dallias
Caméraman : Alain Rastoin
Le directeur de la chaîne : Saeid Alkhouri
Les directeur des programmes : Julien Desplantes
Un brigadier : Xavier Seince
Les circassiens : Romane Chandelier, Jean-Baptiste Diot, Christelle Ibanez, Twiggy Mauduit, Victor Szczachor

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur et Ballet de l’Opéra Grand Avignon
Acrobates, jongleurs et circassiens

Tout en gardant la dimension festive de l’ouvrage, nous en avons fait une relecture et une transposition contemporaines. Ces Saltimbanques nous permettent d’interroger le statut du spectacle vivant et la place du comédien dans nos sociétés. Tantôt « saltimbanque » « fainéant », « assisté », rejeté aux bancs de la société, tantôt « adulé » « vénéré » jusqu’à l’hystérie, « hyper marchandisé », et intégré dans le système économique et politique dominant, l’artiste de spectacle vivant peut-il survivre aujourd’hui ? Sa pratique a-t-elle encore un sens ?
Le malaise dont souffrent les « saltimbanques » témoigne à sa manière du malaise de notre société. C’est aussi une réflexion sur la fragile frontière qui existe entre la fiction et la réalité. Où commence la représentation ? Où s’achève le réel ? Peut-on faire confiance à un théâtre réaliste ?

Mireille Larroche

Nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 2h55

Tarif à partir de 13 euros

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s