Mois: septembre 2019

Molière, du saltimbanque au « fou » du Roi, une même passion du théâtre, une oeuvre cyclopéenne…

742449

Tout comme son contemporain Jean de La Fontaine, Molière est certainement le nom le plus familier pour toute personne ayant passé sa première dizaine d’années de vie ! Jean-Baptiste Poquelin, de son véritable patronyme, va très vite choisir un pseudonyme qui lui siéra à merveille, Molière ou, de manière imagée, le Mot comme du Lierre qui ne cessera de s’enrouler au fil des siècles dans l’histoire de la langue française en général et dans celle du théâtre en particulier.

Né en 1622, Molière, c’est l’homme de son temps, lequel parviendra néanmoins à être celui de toutes les époques qui vont lui succéder car « Il a vu la nature humaine » nous rappelle Sainte-Beuve.

Témoin en effet de son temps comme a pu l’être Pascal, Molière n’hésite pas à en pénétrer la forteresse religieuse pour en livrer aux rires les déviances comme il le fait des hypocrisies de tout poil. Il n’épargne ni les titrés, pas davantage les fats bourgeois en mal de condition supérieure, il souligne férocement l’inégalité conjugale et caricature le saugrenu barbon qu’il dote des vices de l’avarice, du despotisme, de la stupidité et de l’ignorance quand il ne fait pas de lui un galant ridicule, des tares qu’il conjugue dans la même personne selon le genre de l’ouvrage. A l’inverse, il campe une jeunesse triomphante, servie au mieux par des serviteurs et des servantes partenaires de tous les complots. A ces jeunes gens, Molière offre tous les succès, les mariages ne peuvent répondre qu’à un amour partagé, les pères n’ont plus qu’à ranger la férule tyrannique car Molière n’a rien de celui qui place les femmes dans « Cette indigne classe où (les) rangent les hommes ». Il fait au contraire résonner très haut la voix des femmes, Macha Makeïeff (directrice du Théâtre de la Criée) nous dit avec raison que « Molière a toujours été du côté de la modernité ».

(suite…)

Jean-Claude Casadesus, chef d’orchestre, peintre des couleurs sonores de l’âme…

38503921460_cfb9bd10d4_o

Après une « première vie » de quelque dix ans en tant que musicien d’orchestre, percussionniste et batteur avec, parallèlement, de nombreux enregistrements pour Brel, Aznavour, Piaf, vient l’étude de l’écriture et de la direction d’un orchestre, la nomination à la tête du théâtre du Châtelet, celle au pupitre de l’Opéra de Paris et de l’Opéra Comique, l’association à l’orchestre des Pays de la Loire avec Pierre Dervaux, une direction de l’Orchestre de Nantes pour choisir, en 1976, de fonder et de faire vivre à L’Orchestre National de Lille. Une entreprise qui ressemble à un défi, est-ce de cette façon que vous l’avez alors envisagé ?

 Mon désir depuis longtemps était de contredire cette affirmation selon laquelle la « Grande Musique » n’était pas pour cette région de France, ce qui m’a naturellement décidé à faire tout pour qu’elle le devienne ! J’ai ensuite pris le parti, une fois mes quatre-vingt ans atteints, de transmettre mes responsabilités, j’ai donc choisi un nouveau directeur général et l’on a engagé un directeur musical.  Jusqu’à là, j’ai mis en place une entreprise laquelle, outre les trente-trois pays que nous avons visités, s’est inscrite dans le milieu socio-économique populaire, urbain et régional. J’ai pu mettre ainsi sur pied des rencontres avec près de quinze mille enfants par an alors que nous étions jumelés avec des écoles et notamment l’une d’entre elles qui devait fermer ses portes en 1991 pour cause de délinquance. Ainsi, la « Grande Musique » a été transmise à plus de deux cent cinquante villes ou villages de la région du Nord-Pas-de-Calais qui est la région la plus jeune de France et qui est également celle qui a le plus souffert des différentes invasions et du chômage, aujourd’hui on peut la considérer comme l’une des plus culturelles de France au vu du nombre de ses musées, de ses théâtres.  L’Opéra de Lille  est absolument magnifique et bien entendu l’Orchestre National de Lille est devenue  une formidable entreprise.

 C’est à l’opéra que vous faites vos débuts pour lui préférer, semble-t-il, l’orchestre symphonique. Une volonté personnelle ou des propositions qui vont vous éloigner de la direction d’un opéra ?

 J’ai commencé par l’opéra que j’ai toujours aimé du reste, j’ai une fille qui est elle-même chanteuse (Caroline Casadesus), néanmoins la construction d’un orchestre symphonique, telle que je l’ai réalisée, sachant qu’il ne restait, en 1976 que très peu de musiciens et qui allaient être licenciés, a pris quelque vingt années, ce qui est tout à fait attendu en la circonstance puisqu’il faut seulement quelques mois pour défaire et vingt ans  environ pour reconstruire ! J’ai donc renoncé à la direction de l’Opéra de Lille que l’on m’avait proposée afin de ne pas avoir à favoriser l’une plutôt que l’autre et pouvoir élaborer « une machine musicale » génératrice d’émotions, laquelle a fait le tour du monde, quatre continents, tout en étant parfaitement inscrite dans sa propre région en ayant très fortement ce désir de transmission vers les jeunes. Mais pour en revenir à l’Opéra, j’en ai dirigé un certain nombre et toujours avec un grand bonheur, soit ceux de Mozart, je pense à Don Giovanni par exemple, les Contes d’Hoffmann, Pelléas et Mélisande, Carmen, Le Dialogue des Carmélites et tant d’autres ainsi que des opérettes mais il est certain que mon activité a été davantage symphonique, une des raisons pour laquelle j’ai été moins convié à diriger un opéra par la suite puisqu’il est difficile de conjuguer les tournées de son orchestre et de suivre les répétitions d’un opéra simultanément, donc pas vraiment un choix mais plutôt une nécessité.

(suite…)