Mois: octobre 2019

De Micaela Villegas à La Périchole de Jacques Offenbach…

Quelques éléments pour une brève biographie de Jacques Offenbach ont déjà été publiés lors de la création d’Orphée aux Enfers en fin décembre 2018 à l’Opéra Grand Avignon. la mise en scène était assurée par Nadine Duffaut, les décors par Eric Chevalier qui signe ici la mise en scène, les décors et les lumières de La Périchole. 

https://parolesdopera.com/2018/12/09/jacques-offenbach-du-musicien-au-compositeur-de-lopera-bouffe-francais/

La Périchole.          images     Le personnage historique.

Micaela Villegas : une femme d’exception dont un vice-roi du Pérou va tomber éperdument amoureux. Fille d’un modeste musicien, la jeune femme captive par sa beauté et son charisme, le personnage haut en couleurs va inspirer tour à tour Mérimée, Offenbach et Jean Renoir pour ne citer qu’eux. Plus proche de nous, c’est son descendant, le journaliste Bertrand Villegas qui retrace le destin peu ordinaire de cette aïeule faite de contrastes étonnants dans un roman publié aux éditions Lattès en 1995 sous le simple titre de La Périchole. Mais qu’a donc cette femme pour drainer après soi tant d’intérêt ?

Tout d’abord, de Micaela à la Périchole, une injure : « Perra chola » chienne d’indigène ou de métisse selon les traductions, un surnom peu flatteur en vérité que lui donne dans un accès de colère, selon la légende, le vice-roi du Pérou épris de la belle capricieuse nous dit-on.

Pour l’histoire, Micaela serait vraisemblablement née en 1748, à Lima, capitale du Pérou, rien n’est moins sûr mais les mythes s’attachent aux êtres atypiques. Les ingrédients nécessaires à la narration d’un destin peu commun sont là ; une enfance modeste sur laquelle il s’agira de prendre une revanche, la jeune fille est curieuse, apprend l’écriture et la lecture dans une époque peu propice pour ce faire lorsque l’on est une femme. Micaela se passionne pour les livres, le chant et la danse et faisant fi des opinions négatives sur le métier de comédienne, c’est très tôt qu’elle trouve sur les planches de quoi satisfaire un désir de liberté que seul l’art peut alors lui apporter. Micaela appartient à ce type de femme qui attire immédiatement par son talent et sa beauté auxquels s’ajoute un caractère bien trempé, il n’en faut pas davantage à Don Manuel Amat, alors vice-roi du Pérou et garant de la fidélité de ce pays à la couronne d’Espagne, pour se passionner de cette jeune actrice.

Entre amours tumultueuses et scandales à la cour, cadeaux somptueux (dont le fameux carrosse à l’occasion des fêtes de la Pontioncule) et construction d’édifices remarquables, c’est une liaison entre le sexagénaire et la jeune femme qui durera quelque quatorze années au début desquelles un fils leur naîtra. En 1776, lorsque Manuel Amat rentre en Espagne, Micaela est fortunée certes mais en butte aux attaques incessantes de ses ennemis, elle poursuit néanmoins sa carrière d’actrice jusqu’en 1788 et achète le Colisée Royal de la Comédie avec celui qui deviendra son mari. Treize ans plus tard, la voilà veuve et désormais dévouée à la prière, elle porte l’habit de carmélite et mène des actions de charité jusqu’à sa mort, en 1819, à l’âge de 71 ans.

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Enfantés par l’oubli, un concert entre la grâce des arts et la disgrâce des hommes.

Maintenant le soleil Brillera...

C’est hier soir, jeudi 17 octobre, que le spectacle de Dominique Lièvre s’est donné sur la scène de l’Opéra Confluence. Sur un plateau épuré, l’orchestre à cordes et harpe de l’Orchestre Régional Avignon-Provence est dirigé avec une belle sensibilité par Eric Breton. En avant-scène, la mezzo-soprano Coline Dutilleul, prête une voix chaude et pénétrante aux accents malhlériens et à ceux non moins prégnants des poèmes d’Ada Bonora qui tient ici le rôle de récitante dans un timbre clair et profond. Toutes deux vont faire entendre l’expression d’une enfance bafouée dans la fièvre belliqueuse des hommes, dans leur aberration et leur aveuglement et dans la douleur commune de l’exclusion et de l’exil.

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Dominique Lièvre, Ada Bonora, une même lutte artistique contre l’inhumanité…

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 Dominique Lièvre, pouvez-vous nous donner un aperçu de votre parcours professionnel depuis la sortie du Conservatoire de Lyon ?

J’ai d’abord étudié le violon avant de faire les classes d’écriture sous la direction de Antoine Duhamel (fils de l’écrivain Georges Duhamel, Antoine Duhamel est décédé en 2014) grand compositeur de musiques de films pour Godard, Truffaut, Tavernier pour ne citer que ces trois-là. Ensuite, j’ai également travaillé sur la composition avec Olivier Messiaen dans le cadre de master class et de rendez-vous chez lui, dans sa petite maison de Saint-Théoffrey, après cela j’ai commencé mes premières créations vers l’âge de dix-sept ans et suis venu en Provence et depuis lors je mène une carrière de composition qui se partage entre la musique « pure », de la musique pour le théâtre et pour la danse. Une musique qui va donc de celle de chambre jusqu’à celle de l’opéra, j’en ai d’ailleurs écrit un en 2000 sur un livret d’Hubert Nyssen (opéra buffa, représenté en création mondiale les 26 e 28 novembre 2000 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon dans le cadre de l’opération Avignon, Ville européenne de la culture, dans une mise en scène de Lionel Parlier et sous la direction musicale de François-Xavier Bilger.)

Outre de nombreuses œuvres, je retiens par exemple celle de Marche, en 2015 de Christian Petr, décédé un an plus tard. Quels étaient vos liens avec le doyen de l’Université d’Avignon ?  

 Je connaissais très bien Christian Petr pour lequel j’ai écrit la musique de deux de ses spectacles, une pièce qui avait pour titre Voleurs de vie et Marche effectivement dont la problématique était celle des SDF, ces personnes invisibles autour desquelles il a fait un très beau texte. Nous étions par ailleurs liés par une amitié certaine. (Christian Petr, écrivain et professeur de littérature générale et comparée à l’université d’Avignon, spécialiste de l’Inde, président de l’association des Amis de Roger-Vaillant jusqu’à son décès en 2016).

 La même année, c’est La Confession d’un Colibri, un spectacle que vous avez composé et qui est lié au parcours de Pierre Rabhi.

Oui, c’est une fable opératique que j’avais écrite la même année à partir de l’ouvrage autobiographique de Pierre Rabhi titré Du Sahara aux Cévennes, dont nous avons fait l’adaptation avec l’auteur et Ada Bonora, laquelle avait du reste mis en scène le spectacle.

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Du 6 octobre 1669 à celui de 2019, un Monsieur de Pourceaugnac qui prolonge le rire et le charme d’une farce féroce pour le plus grand plaisir du public.

 

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Dans le vaste répertoire des œuvres de Molière, Monsieur de Pourceaugnac est sans doute l’une des moins jouées, il faut dire que pour réussir pleinement en la matière, la comédie-ballet convoque non seulement des comédiens qui jouent le masque, ce qui en soi n’est déjà pas une mince affaire, mais encore il y faut de la musique, des chants et de la danse pour que le divertissement réponde au mieux aux exigences du genre. Une palette artistique avec laquelle la troupe du Théâtre de l’Eventail et l’ensemble musical baroque La Rêveuse retouche avec un grand talent une œuvre que nous redécouvrons avec bonheur. Pièce haute en couleurs, dans laquelle comédiens, musiciens et chanteurs s’harmonisent dans la farce cruelle faite au provincial fraîchement débarqué de son Limoge natal.

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Amoureux de la commedia dell’arte et des masques, Raphaël de Angelis se livre à découvert !

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Raphaël de Angelis, vous créez une troupe au sortir du Conservatoire en 2006 avec cette volonté de tourner dans différents villages et pour seul salaire le fruit du chapeau, et puis, rapidement, la création d’un théâtre, celui de l’Eventail et la formation à la commedia dell’arte, un parcours qui ressemble en partie à celui de Molière ?

 Ce doit être de manière inconsciente j’imagine, l’idée était de jouer dans des villages à destination de celles et ceux qui ne se rendent pas au théâtre, de donner à voir des farces de Molière car elles restent accessibles au plus grand nombre. Par ailleurs, c’était un moyen de consolider notre expérience en multipliant les représentations car lorsque l’on commence dans le métier, on va jouer quatre fois le même spectacle dans le réseau habituel alors que l’on a pu donner jusqu’à deux cents représentations d’une pièce en nous déplaçant, ce qui apporte une pratique bien plus affermie du métier. Notre souhait initial était donc bien de créer des spectacles qui allaient se jouer, nous avons ainsi fait de nombreuses tournées dans des établissements scolaires, des rencontres avec les élèves.

Au XVIIème siècle, il est vrai que les comédiens avaient cette même nécessité de jouer et Molière commence par des tragédies qu’il a dans son répertoire, celles de Corneille par exemple et également des farces de la commedia dell’arte qu’il retranscrit en français. Pour jouer le plus possible, il faut donc se déplacer, ce qui pour moi est toujours valable aujourd’hui.

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