Amoureux de la commedia dell’arte et des masques, Raphaël de Angelis se livre à découvert !

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Raphaël de Angelis, vous créez une troupe au sortir du Conservatoire en 2006 avec cette volonté de tourner dans différents villages et pour seul salaire le fruit du chapeau, et puis, rapidement, la création d’un théâtre, celui de l’Eventail et la formation à la commedia dell’arte, un parcours qui ressemble en partie à celui de Molière ?

 Ce doit être de manière inconsciente j’imagine, l’idée était de jouer dans des villages à destination de celles et ceux qui ne se rendent pas au théâtre, de donner à voir des farces de Molière car elles restent accessibles au plus grand nombre. Par ailleurs, c’était un moyen de consolider notre expérience en multipliant les représentations car lorsque l’on commence dans le métier, on va jouer quatre fois le même spectacle dans le réseau habituel alors que l’on a pu donner jusqu’à deux cents représentations d’une pièce en nous déplaçant, ce qui apporte une pratique bien plus affermie du métier. Notre souhait initial était donc bien de créer des spectacles qui allaient se jouer, nous avons ainsi fait de nombreuses tournées dans des établissements scolaires, des rencontres avec les élèves.

Au XVIIème siècle, il est vrai que les comédiens avaient cette même nécessité de jouer et Molière commence par des tragédies qu’il a dans son répertoire, celles de Corneille par exemple et également des farces de la commedia dell’arte qu’il retranscrit en français. Pour jouer le plus possible, il faut donc se déplacer, ce qui pour moi est toujours valable aujourd’hui.

 Dès le départ, vous semblez attiré par des farces de Molière, La jalousie du Barbouillé, Le Médecin volant notamment, un format propice à une réception immédiate avec le public ?

 Oui, en effet, d’une part parce que techniquement c’est plus léger, d’autre part ce type de spectacle peut être joué aussi bien en plein air qu’en salle. Dans notre parcours, c’est par ces deux farces que nous avons commencé, avant de poursuivre avec Le Médecin malgré lui, une pièce en trois actes pour créer ensuite Monsieur de Pourceaugnac, une comédie-ballet. Une évolution due à l’expérience acquise au fur et à mesure des représentations données lors de nos nombreuses tournées.

  Le travail de masques, entre l’Europe et l’Asie, une irrésistible attirance qui vous a amené pendant plusieurs années à vous former au théâtre de Nô au Japon ?

 J’ai étudié le théâtre Nô en restant tout d’abord pendant un an au Japon avant d’y faire ensuite des séjours réguliers pendant plusieurs années durant. Dans le théâtre Nô, il y a des drames et des farces, lesquelles sont très proches de celles médiévales françaises mais aussi de celles de la commedia dell’arte. Dans ce théâtre, on utilise aussi des masques dont le jeu en représentation nécessite un apprentissage qui dure toute une vie ! Ainsi, dans les familles d’acteurs, on commence l’exercice dès l’âge de trois ans et ce n’est qu’après dix années de pratique que l’on peut jouer une pièce avec un masque. Je n’ai donc pas joué au Japon avec un masque mais l’on apprend comme si l’on en portait un. J’ai également appris les ressorts de la commedia dell’arte auprès de comédiens Italiens, notamment avec Ferruccio Soleri, l’Arlequin (Arlequin serviteur de deux maîtres) de Giorgio Strehler, j’ai pu perfectionner ainsi cette technique avant même de monter les pièces que notre troupe créerait par la suite.

  Comédien, créateur de décors, fondateur et directeur de théâtre, metteur en scène, qu’est- ce qui pousse Raphaël de Angelis à multiplier les activités ? Une manière inconsciente là encore de suivre les pas de Molière ?

 Je ne suis pas vraiment scénographe, disons que je pense un décor inspiré du théâtre de Nô et de la commedia dell’arte puis j’en parle à celui qui dessine pour que le décor soit enfin réalisé. Quant à s’attacher aux pas de Molière, la nuance est de taille car je n’écris pas à la différence du grand écrivain qu’il fut ! La fonction relativement récente de metteur en scène écarte le plus souvent maintenant ce dernier du jeu, j’y vois à l’inverse un lien direct entre les deux. Ensuite, il me semble important d’être là aussi pour les autres fonctions inhérentes au monde du théâtre, la création d’un spectacle exigeant le concours de différents corps de métier, c’est davantage mon propre regard ou mes volontés de metteur en scène que je transmets aux personnes expérimentées à traduire en lumières, son, décors et autre ce que j’imagine tout d’abord, on est ainsi dans une étroite collaboration où chacun apporte ses compétences au service d’une même finalité qu’est la pièce à donner au public.

MonsieurDePourceaugnac©LudovicLetot-12

 Reprendre quelques pièces du grand auteur que fut Molière est assez courant, cependant il semble que vous vous attardiez particulièrement sur l’œuvre du grand homme, un désir « d’asseoir » des bases éventuellement ?

 C’est tout à fait cela, d’une part je considère qu’il s’agit bien sûr d’un immense auteur, d’autre part, malgré le fait qu’il y ait de nombreuses écritures contemporaines que j’aime beaucoup, j’ai appris très jeune au Japon que le passé va nourrir le présent et surtout le futur, selon cette idée, il nous appartient donc d’aller chercher dans le passé les fondations d’une théâtralité présente. Enfin Molière, c’est également celui qui est connu de tous, il me permet donc de jouer, non pas quatre ou cinq fois mais deux cents fois le même spectacle, et nous avons ce besoin de donner des représentations. Si je prends l’exemple du Médecin malgré lui pour ne citer que cet ouvrage, nous avons pu le jouer presque quatre cents fois dans les établissements scolaires. Toutes ces représentations amènent une expérience non négligeable avec cette progression qui va de la farce à la comédie-ballet. Par la suite, dans la création d’autres pièce, cette pratique nous aura immanquablement servi.

  Votre théâtre semble accessible au plus grand nombre jusqu’à emmener le public vers le genre de la comédie-ballet pourtant peu revisité aujourd’hui, à quoi attribuez-vous ce succès ?

 Le genre de la comédie-ballet, créé par Molière et Lully, est à mon sens très réussi car y sont mêlés la danse et le théâtre avec des intermèdes musicaux chantés et dansés, une belle alternance entre plusieurs arts de fait. Par ailleurs, en ce qui concerne de Monsieur de Pourceaugnac, les intermèdes sont parfaitement en lien avec l’action théâtrale, ce qui n’est pas toujours le cas, c’est ce qui apporte au public la sensation d’assister à une comédie musicale en quelque sorte. Le thème de cette comédie est assez rude puisqu’il s’agit d’un homme qui arrive à Paris et que tout le monde va s’évertuer à chasser, un motif assez violent somme toute mais traité de façon burlesque, ce qui est assez jubilatoire pour le spectateur, lui qui a déjà un temps d’avance puisqu’il sait ce qu’il va se passer à l’inverse de Monsieur de Pourceaugnac qui l’ignore tout à fait. Le rire provient de cet écart.

Mr_Pourceaugnac_61

 Lorsque le 9 juillet 2016, vous créez le spectacle de Monsieur de Pourceaugnac au château de Chambord, au lieu même où Molière le fit quelque trois siècles et demi auparavant, qu’avez-vous alors ressenti ?

 Au début, nous devions créer le spectacle à Orléans puisque nous collaborions avec La Rêveuse, un ensemble de musique baroque vraiment brillant, néanmoins le temps étant défavorable et attendu qu’il était prévu de jouer en plein air, nous avons été amenés à donner la représentation au château de Chambord, dans les lieux où en effet Molière avait produit pour la première fois cette pièce, donc oui, l’émotion était au rendez-vous ! Et dans la gamme affective, dimanche prochain 6 octobre 2019, cela fera exactement 350 ans que cette comédie-ballet aura été créée par Molière et Lully au château de Chambord, soit le 6 octobre 1669 !

 Pour cette comédie-ballet, vous vous êtes associé à l’ensemble de musique ancienne La Rêveuse, fondé en 2004 par Benjamin Perrot et Florence Bolton, une collaboration qui va presque de soi si l’on songe à l’importance de la musique dans cet ouvrage ?

 Oui, c’est une association qui fonctionne très bien d’autant plus que Florence Bolton et Benjamin Perrot, les deux directeurs musicaux, ont repensé la partition de Lully, laquelle à l’origine était composée pour un orchestre de vingt-cinq cinq musiciens, en la transposant pour cinq instruments. Une adaptation qui m’a permis d’intégrer les musiciens dans la mise en scène, ils deviennent donc partie intégrante du spectacle en étant complices des adversaires de Monsieur de Pourceaugnac, c’est ce qui m’a semblé intéressant, de les intégrer au dispositif scénique plutôt que de les isoler dans une fosse de musiciens.

 Monsieur de Pourceaugnac ; quelles sont les raisons de ce choix ? La volonté de revenir sur la farce pure mais peut-être de façon plus approfondie ?

 Pour moi, c’était assez naturel d’aller vers cette pièce parce que c’est un canevas de la commedia dell’arte, un genre que l’on travaille avec une évolution qui passe d’une pièce en un acte puis en trois. Donc Monsieur de Pourceaugnac est selon moi une suite logique à cela et par rapport au travail de masques que nous menons, c’est une pièce qui est faite pour être jouée masquée, donc c’est devenu pour moi une évidence. Les différents types de comiques de cette comédie se prêtent idéalement à ce que nous élaborons.

  Vous intégrez les marionnettes dans la mise en scène de la pièce, un lien avec le théâtre de foire sur tréteaux, de celui des bonimenteurs qu’aimait Molière enfant ?

 Ici, on est plutôt du côté des surprises que la pièce réserve ! l’emploi des marionnettes n’est pas forcément le fruit d’une recherche intellectualisée mais plutôt la conséquence d’une pensée spontanée, souvent au réveil du matin ! Elles seront ensuite symboles pluriels selon l’approche personnelle que le spectateur en fera, chacun ressentant la chose à sa façon. Il est vrai que le lien avec le théâtre de foire est là mais également celui avec les marionnettes napolitaines, le personnage de Sbrigani est Napolitain, c’est celui qui conçoit tous les stratagèmes mais les marionnettes n’ont pas une fonction réaliste, elles participent plutôt à la folie dans laquelle le spectateur est entrainé.

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Avez-vous le temps de vous rendre au spectacle ? Quels sont les auteurs contemporains qui vous touchent aujourd’hui ?

 Oui, bien sûr, je suis allé dernièrement voir celui de Valère Novarina, L’animal imaginaire, au théâtre de la Colline que j’ai vraiment apprécié. Je vais souvent à l’Opéra, j’ai vu par exemple Manon de Jules Massenet, mis en scène par Olivier Py à l’Opéra-Comique et bien d’autres sur Paris.

                                      Propos recueillis par Marianne Millet le 29.09.2019

Chaleureux remerciement à Raphaël de Angelis pour cet entretien au sortir duquel le désir de courir voir son spectacle se fait plus vif ! Une voix hésitante, des mots qui prennent leur temps à venir , comme pour traduire plus fidèlement une pensée déterminée à rendre au mieux une passion du beau théâtre qu’il défend de belle manière !



Monsieur de Pourceaugnac

  • DATES

Dimanche 6 octobre à 14h30

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : À partir de 7 euros
  • Opéra Confluence
    Durée 2h15

Comédie-ballet de Molière et Lully
Direction musicale Benjamin Perrot, Florence Bolton
Mise en scène Raphaël de Angelis
Assistant à la mise en scène Christian Dupont
Chorégraphie Namkyung Kim
Scénographie Raphaël de Angelis et Brice Cousin

avec
Masques Den, Alaric Chagnard, Candice Moïse
Marionnettes à gaine Irene Vecchia et Selvaggia Filippini
Marionnette géante Yves Coumans et la compagnie Les Passeurs de Rêves
Régie générale et sonorisation Emmanuel Clémenceau
Mise en lumières et régie Jean Broda, Etienne Morel
Costumes Lucile Charvet, Jessica Geraci, L’Atelier 360, avec l’aide de Cécile Messineo et Paula Dartigues
Décor Luc Rousseau et l’équipe des ateliers de construction de l’Agglomération Montargoise et Rives du Loing
Extension du décor d’origine Stéphane Liger, Les mécanos de la générale
Accessoires Stéphane Liger, Brice Cousin

Sophie Landy soprano
Raphaël Brémard ténor
Lucas Bacro basse
Vladimir Barbera, Kim Biscaïno, Brice Cousin, Raphaël de Angelis, Paula Dartigues, Cécile Messineo comédiens

Stephan Dudermel et Ajay Ranganathan violons
Florence Bolton viole de gambe
Benjamin Perrot théorbe
Jean-Miguel Aristizabal clavecin

Eraste est amoureux de Julie, mais son père, Oronte, souhaite la donner en mariage à un gentilhomme limousin, Monsieur de Pourceaugnac. Grâce à Nérine, une femme d’intrigues et le napolitain Sbrigani, les deux amoureux vont tout mettre en œuvre pour faire échouer ce mariage.
Monsieur de Pourceaugnac opère une véritable fusion des genres entre musique et action : on passe très naturellement dans certaines scènes du texte à la musique et de la musique au texte, du langage parlé au chant. Molière et Lully parviennent à tirer des effets hilarants en utilisant notamment la musique dans les scènes burlesques et on atteint, dans cette pièce, un niveau exceptionnel de comique musical.

Production du Théâtre de l’Eventail, en collaboration avec l’Ensemble La Rêveuse



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 2h15

Tarif à partir de 7 euros

 

 

 

 

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