De Micaela Villegas à La Périchole de Jacques Offenbach…

Quelques éléments pour une brève biographie de Jacques Offenbach ont déjà été publiés lors de la création d’Orphée aux Enfers en fin décembre 2018 à l’Opéra Grand Avignon. la mise en scène était assurée par Nadine Duffaut, les décors par Eric Chevalier qui signe ici la mise en scène, les décors et les lumières de La Périchole. 

https://parolesdopera.com/2018/12/09/jacques-offenbach-du-musicien-au-compositeur-de-lopera-bouffe-francais/

La Périchole.          images     Le personnage historique.

Micaela Villegas : une femme d’exception dont un vice-roi du Pérou va tomber éperdument amoureux. Fille d’un modeste musicien, la jeune femme captive par sa beauté et son charisme, le personnage haut en couleurs va inspirer tour à tour Mérimée, Offenbach et Jean Renoir pour ne citer qu’eux. Plus proche de nous, c’est son descendant, le journaliste Bertrand Villegas qui retrace le destin peu ordinaire de cette aïeule faite de contrastes étonnants dans un roman publié aux éditions Lattès en 1995 sous le simple titre de La Périchole. Mais qu’a donc cette femme pour drainer après soi tant d’intérêt ?

Tout d’abord, de Micaela à la Périchole, une injure : « Perra chola » chienne d’indigène ou de métisse selon les traductions, un surnom peu flatteur en vérité que lui donne dans un accès de colère, selon la légende, le vice-roi du Pérou épris de la belle capricieuse nous dit-on.

Pour l’histoire, Micaela serait vraisemblablement née en 1748, à Lima, capitale du Pérou, rien n’est moins sûr mais les mythes s’attachent aux êtres atypiques. Les ingrédients nécessaires à la narration d’un destin peu commun sont là ; une enfance modeste sur laquelle il s’agira de prendre une revanche, la jeune fille est curieuse, apprend l’écriture et la lecture dans une époque peu propice pour ce faire lorsque l’on est une femme. Micaela se passionne pour les livres, le chant et la danse et faisant fi des opinions négatives sur le métier de comédienne, c’est très tôt qu’elle trouve sur les planches de quoi satisfaire un désir de liberté que seul l’art peut alors lui apporter. Micaela appartient à ce type de femme qui attire immédiatement par son talent et sa beauté auxquels s’ajoute un caractère bien trempé, il n’en faut pas davantage à Don Manuel Amat, alors vice-roi du Pérou et garant de la fidélité de ce pays à la couronne d’Espagne, pour se passionner de cette jeune actrice.

Entre amours tumultueuses et scandales à la cour, cadeaux somptueux (dont le fameux carrosse à l’occasion des fêtes de la Pontioncule) et construction d’édifices remarquables, c’est une liaison entre le sexagénaire et la jeune femme qui durera quelque quatorze années au début desquelles un fils leur naîtra. En 1776, lorsque Manuel Amat rentre en Espagne, Micaela est fortunée certes mais en butte aux attaques incessantes de ses ennemis, elle poursuit néanmoins sa carrière d’actrice jusqu’en 1788 et achète le Colisée Royal de la Comédie avec celui qui deviendra son mari. Treize ans plus tard, la voilà veuve et désormais dévouée à la prière, elle porte l’habit de carmélite et mène des actions de charité jusqu’à sa mort, en 1819, à l’âge de 71 ans.

Dès lors, la légende est en marche, Micaela appartient aux grandes figures féminines qui ont renversé les conventions et secoué les chaines de l’esclavage féminin dans une société d’hommes tout-puissants.

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A peine onze années plus tard, Prosper Mérimée s’inspire de la célèbre comédienne péruvienne pour écrire une petite pièce qu’il intègre à son Théâtre de Clara Gazul. Il faut dire que le Pérou est à la mode dans ce second Empire et Mérimée donne à son personnage un physique irrésistible auquel s’ajoute une vivacité non moins ensorcelante. Dans la pièce en un acte, le vice-roi, tout à sa passion pour la belle, cède au caprice d’un carrosse d’or aux armes du roi d’Espagne que la Périchole exige pour se rendre à une cérémonie religieuse : « Une actrice en un carrosse doré, tandis que tant de marquises et tant de comtesses sont trop heureuses d’aller en litière !… », se plaint le vice-roi qui ne peut cependant rien lui refuser. Après avoir traversé insolemment les rues de Lima et au grand dam des femmes de la cour, la jeune femme offre à l’évêque de Lima le carrosse, Mérimée donne au chanoine les mots de la fin : » Mademoiselle, ce carrosse sera pour vous le chariot d’Elie ; il vous mènera droit au ciel. »  Si l’auteur dresse ici la satire d’une Amérique espagnole fantasque, il fait également, de façon implicite, celle du gouvernement de Louis XVIII.

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Des sept pièces du recueil jugé décevant, seule la dernière, Le Carrosse du Saint-Sacrement paraîtra digne d’intérêt au point d’en voir son prolongement dans un opéra bouffe de Jacques Offenbach dans un premier temps puis dans une version cinématographique avec Le Carrosse d’or de Jean Renoir qui accepte, en 1951 de reprendre à son compte Le Carrosse d’abord destiné à Visconti. C’est l’occasion pour le cinéaste de quitter Hollywood où il travaille depuis dix ans et où il connait alors un certain flottement dans sa carrière. De fait, ce projet en Europe semble une chance qu’il saisit et, outre les difficultés de tout ordre, notamment celles d’un tournage en technicolor et la direction d’Anna Magnani réputée peu souple, des problèmes liés à une longue réécriture de la courte pièce, il va pourtant réussir superbement un film empreint d’une profonde humanité et dans lequel le théâtre devient le seul espace de l’expression du bonheur.

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Pour en revenir à Offenbach, né quasiment au même moment où Micaela Villegas s’éteint au printemps 1819, c’est en 1868, qu’il présente pour la première fois au Théâtre des Variétés, à Paris, sa Périchole. Il s’agit d’une première version en deux actes sur le livret de Henri Meilhac et de Ludovic Halély qui est directement inspirée du Carrosse du Saint-Sacrement de Mérimée. La pièce sera remaniée en trois actes et quatre tableaux en 1874, cette seconde version créée cette fois encore au Théâtre des Variétés conquiert le public parisien.

Le sujet de l’opéra déroule la rencontre du vice-roi et de la Périchole qui chante dans les rues avec son fiancé Piquillo, les trois actes vont narrer les amours contrariées des jeunes amants et la jalousie du palatin qui finira par se laisser attendrir dans le chant émouvant des deux tourtereaux. On est de fait assez éloigné, non seulement du personnage historique, mais encore de celui de la pièce de Mérimée, néanmoins, il demeure dans ce personnage attachant une soif d’aimer et d’être aimé en retour qu’épanche une volonté de vivre et de jouer.

Traversant différentes formes artistiques, peinte plus ou moins fidèlement selon l’époque ou le genre, la Périchole nous semble pourtant incroyablement vivante, sans doute parce qu’elle symbolise, en quelque sorte, la formidable vitalité qui anime toutes les artistes qui ont soif de liberté, d’amour et de lumière.

 

Marianne Millet



La Périchole

  • DATES

Vendredi 8 novembre à 20h30
Dimanche 10 novembre à 14h30

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : À partir de 13 euros
  • Opéra Confluence
    Durée 3h

Opéra-bouffe en trois actes de Jacques Offenbach
Livret de Henri Meilhac et Ludovic Halévy
D’après la pièce de Prosper Mérimée Le Carrosse du Saint-Sacrement

Direction musicale Samuel Jean
Mise en scène, décors et lumières Eric Chevalier
Chorégraphe Eric Belaud
Costumes Opéra Grand Avignon

Périchole Marie Karall
1ère cousine Ludivine Gombert
2ème cousine Roxane Chalard
3ème cousine + dame de la cour Christine Craipeau
Piquillo Pierre Derhet
Vice-roi du Pérou Philippe Ermelier
Don Miguel de Panatellas Enguerrand de Hys
Don Pedro de Hinoyosa Ugo Rabec
Le marquis de Tarapote Alain Iltis
1er notaire Olivier Montmory
2ème notaire Pierre-Antoine Chaumien
Le vieux prisonnier Jean-Claude Calon

Chœur et Ballet de l’Opéra Grand Avignon
Orchestre Régional Avignon-Provence

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur de l’Opéra Grand Avignon

Pendant le Second Empire, le trio composé d’Offenbach, Meilhac et Halévy a toujours fait œuvre de « poil à gratter » du pouvoir. Les opéras-bouffe La Belle Hélène ou Barbe-Bleue en sont le témoignage flagrant. En 1868, La Périchole, sous des dehors plus littéraires (c’est Mérimée, l’inspirateur de Carmen et l’ami du pouvoir qui, le premier, a donné vie à la protagoniste en la portant sur scène en 1829 avec Le carrosse du Saint-Sacrement), conte l’histoire d’une chanteuse des rues qui accepte de devenir la maîtresse d’un puissant pour sortir de la misère et de la faim. Sombre image de la condition des artistes d’alors. Cependant, la satire n’est jamais loin et les serviles courtisans du Vice-roi sont montrés sous leur aspect le plus ridicule. Périchole, envers et contre tous, saura défendre sa liberté de femme et d’artiste !
Le personnage de Périchole est inspirée de l’actrice péruvienne Micaela Villegas (1748-1819). Maîtresse pendant quatorze ans du Vice-roi du Pérou, elle fut surnommée « perra chola » (chienne de métisse). Fin morale : pendant les dernières années de sa vie, elle se consacra à la prière et à la charité sous l’habit des carmélites. Eric Chevalier

Nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 3h00

Tarif à partir de 13 euros

 

2 commentaires

  1. J’ai lu cette présentation de la Périchole avec intérêt et plaisir, en particulier par le rappel de son origine littéraire et de son adaptation cinématographique. Mettre ainsi en valeur les contextes artistiques, politiques et sociétaux d’une œuvre lyrique en accroît l’importance et l’intérêt.

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