La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart, du conte particulier au charme universel…

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Quelques éléments pour une brève biographie de Wolfgang Amadeus Mozart ont déjà été publiés lors des représentations de L’Enlèvement au sérail à l’Opéra Grand Avignon en février 2018. la mise en scène était assurée par Emmanuelle Cordoliani.

https://parolesdopera.com/2018/02/02/lenlevement-au-serail-lopera-du-jeune-mozart-dans-toute-sa-force-dramatique/#more-571

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Inspiré de quelques contes allemands, La Flûte enchantée, du titre original de Die Zauberflöte, est un opéra en deux actes, créé le 30 septembre 1791 à Vienne, au théâtre de Schikaneder où se presse un public plutôt populaire mais que ne boude pas l’empereur lui-même. En cet automne 1791, nous sommes quelque deux mois avant que Mozart ne quitte définitivement la scène d’un monde peu favorable à l’artiste fragilisé par des soucis financiers depuis l’échec de son dernier opéra un an plus tôt : Cosi fan tutte. Joseph II est mort et, avec lui, la protection essentielle au compositeur a disparu également et ce n’est pas Léopold II, qui n’apprécie guère sa musique, qui va pouvoir lui apporter le soutien dont il a cruellement besoin.

C’est au printemps 1791, qu’Emanuel Schikaneder, directeur alors du Theater auf der Wiedenet « frère maçon » de Mozart, lui passe commande d’un opéra dont il a écrit le livret, se réservant pour lui-même le rôle de l’homme-oiseau Papageno, Mozart prend une part active également dans la rédaction de l’intrigue. Le compositeur est ravi, il rêvait d’un grand opéra allemand après la série de ceux composés en italien, il sent qu’il va pouvoir s’exprimer pleinement dans ce nouvel ouvrage. Pendant la composition de cette œuvre, Mozart recevra de même la commande d’une Messe des Morts dont le commanditaire gardera l’anonymat, dernière musique composée et inachevée par le  musicien mourant, le Requiem suscite depuis, nombreuses légendes quant à l’identité de son financeur et à la part qu’y prit réellement Mozart puisque sa femme Constance en demanda la suite et l’achèvement à trois autres musiciens.

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Pour en revenir à La Flûte enchantée, on pourrait y voir, dans une première approche assez naïve, un opéra allégé de toute profondeur et dont la veine féérique suffirait à en faire un bel ornement dans l’ample répertoire lyrique. Une entrée plus expérimentée vient naturellement corriger l’erreur d’un premier jugement pour le moins trop hâtif !

En effet, s’il est un opéra qui marqua durablement les esprits de tout âge et de tout lieu, pour peu que ces mêmes esprits aient souhaité l’écouter, le voir, ou même le lire, c’est bien La Flûte enchantée qui semble tenir une place à part dans le champ opératique. Disons-le sans détour, cette œuvre charme au sens littéral du terme, chargée de symboles et de rituels, l’ouvrage semble pénétrer les mystères de la vie. Philosophique, elle est cette recherche de la Vérité et de la Connaissance de soi, voyage initiatique chargé d’épreuves, spiritualité d’un récit ésotérique, quête du Graal amoureux, contraste entre l’ombre et la lumière, l’œuvre touche d’abord, interroge ensuite dans un inépuisable retour vers elle tant la variété artistique y est prononcée.

Pour l’histoire, dans une Egypte légendaire, le prince Tamino se fait attaquer par un monstrueux serpent au cours d’un voyage. Trois dames, suivantes de la Reine de la nuit, viennent à son secours pour le sauver puis repartent. Tamino s’éveille, découvre le serpent mort et voit arriver Papageno, étrange personnage homme-oiseau. Parce qu’il a fait croire croire que c’était lui qui avait tué le serpent, les trois dames, en réalité magiques, arrivent et, pour le punir, lui cadenassent la bouche. Elles disent la vérité à Tamino, lui indiquent qu’elles sont au service de la Reine de la nuit et lui montrent un portrait de sa fille Pamina dont le prince tombe immédiatement amoureux. Les trois dames lui révèlent qu’elle a été enlevée par le prêtre Sarastro. Dans un bruit de tonnerre, la Reine arrive et lui demande d’aller délivrer sa fille. Le héros peut commencer sa quête, aidé en cela de Papageno et de deux instruments magiques dont une flûte. Les péripéties s’enchaînent, la princesse est délivrée, ici le conte pourrait s’arrêter mais les épreuves commencent seulement jusqu’à une situation finale des plus éclairantes !

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Contes pour enfant ou conte philosophique ? Les hésitations sont légitimes malgré un siècle habitué au genre qui transmet, sous couvert d’apologues, des idées allégoriques et argumentatives. Pourtant, serpent terrifiant, homme-oiseau, instruments magiques, reine de la nuit etc ; autant d’éléments qui pourraient écarter les sens dissimulés d’une œuvre qu’il nous appartient de déchiffrer. Et l’homme initié, selon Baudelaire quelques décennies plus tard, « y passe à travers une forêt de symbole / Qui l’observent avec des regards familiers », il est vrai que la « Nature est un temple »…On l’aura compris, léger en apparence, le dernier opéra de Mozart est une véritable œuvre des Lumières qui force la réflexion philosophique. Il y tisse de même la symbolique franc-maçonne ; ce sont ainsi le contraste du jour et de la nuit que représentent Sarastro et la Reine de la Nuit, la répétition du chiffre (pardon ! nombre bien sûr ! symbolique oblige !) trois à différents niveaux et de manière quasi obsessionnelle, leitmotiv des rites de la franç-maçonnerie et, bien entendu, les épreuves que doivent subir les deux couples, celle du silence imposé évoquant immédiatement celui de la progression initiatique maçonnique entre autre. Rien d’étonnant dans ces « sympathies » Franc-Maçonnes que réprouve Léopold II, Mozart appartient à la loge de Vienne, La Bienfaisance, depuis quelques années déjà mais, là encore, on ne saurait réduire son opéra à cette seule position de musicien compagnon, Mozart fait de son ouvrage l’ambassadeur des valeurs de liberté, de tolérance et de justice propres à ce siècle des Lumières fondé sur le désir de faire progresser l’homme vers la connaissance et le bonheur.

Et si, dès les premières représentations, le succès est total, c’est bien que Mozart a su donner à son opéra toutes les lectures possibles aux initiés comme aux novices, La Flûte enchante véritablement son public, non seulement par son côté merveilleux mais encore par ce langage universel qui est le sien puisque l’histoire y est intemporelle, liée à aucun lieu bien défini mais ancrée dans la Lumière et la Connaissance philosophique et maçonnique. Les interprétations de La Flûte enchantée sont multiples et propres à d’interminables analyses, il n’en demeure pas moins une vérité intangible, celle d’une œuvre sublimée par sa musique et l’amour de celle-ci…

« La Flûte enchantée est une saga poétique, un rêve. Ce n’est pas non plus une simple comédie, car la pièce possède une morale. Il y est dit que l’amour allège les tourments et se multiplie dans le temps. La Flûte enchantée est le message d’un homme qui n’avait plus que quelques mois à vivre et qui transmet sa foi en l’amour et en la musique. »

Ingmar Bergman (1918-2007)

 

« Le sujet de La Flûte enchantée donne l’occasion à Mozart de récapituler à la fin de sa vie la raison d’être de toute son existence. »

Jean-Victor Hocquard (1910-1995)

 

« La Flûte enchantée est une des pièces capables aussi bien de charmer l’enfant que d’émouvoir jusqu’aux larmes l’homme le mieux trempé ou d’exalter le sage. »

Alfred Einstein (1880-1952)

« La Flûte enchantée devient, chez Mozart, la plus haute leçon de dignité humaine qui ait jamais été formulée sur scène. »

Marcel Brion (1895-1984)

 

Marianne Millet

 

Photographies : La Flûte enchantée à l’Opéra Royal de Wallonie (Liège). Mise en scène Cécile Roussat et Julien Lubek. Scénographie : Elodie Monet. 2010



La Flûte Enchantée

  • DATES

Vendredi 27 décembre 20h30
Dimanche 29 décembre 14h30
Mardi 31 décembre 20h30

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : À partir de 15 euros
  • Opéra Confluence
    Durée 3h

Opéra en deux actes
de Wolfgang Amadeus Mozart
Livret de Johann Emmanuel Schikaneder
Version intégralement française
(Traduction française par Françoise Ferlan
© L’Avant-Scène Opéra, Premières Loges
Paris 2000)

Direction musicale Hervé Niquet
Mise en scène, scénographie et lumières
Cécile Roussat et Julien Lubek
Costumes Sylvie Skinazi
Assitante décors Elodie Monet
Assistants lumières Marc Gingold

Pamina Florie Valiquette
La Reine de la Nuit Chantal Santon-Jeffery
Papagena Pauline Feracci
Première Dame Suzanne Jerosme
Deuxième Dame Marie Gautrot
Troisième Dame Mélodie Ruvio
Tamino Mathias Vidal
Papageno Marc Scoffoni
Sarastro Tomislav Lavoie
Monostatos Olivier Trommenschlager
L’Orateur Matthieu Lécroart
Premier Prêtre, Homme en armure Matthieu Chapuis
Deuxième Prêtre, Homme en armure Jean-Christophe Lanièce

Chœur de l’Opéra Grand Avignon
Orchestre Régional Avignon-Provence

En 1791 au Theater auf der Wieden, Mozart donne la première de son Singspiel Die Zauberflöte. Grâce aux qualités dramatiques et oniriques de l’œuvre, et à la géniale musique de Mozart, elle dépasse cent représentations en un an, et son succès est allé croissant jusqu’à nos jours.Mais pour passionner petits et grands, mélomanes et public novice, l’atout de Mozart et Schikaneder était de parler aux spectateurs dans leur propre langue. C’est ce que propose cette nouvelle production, dans une version intégralement française, mise en scène par Cécile Roussat et Julien Lubeck et dirigée par Hervé Niquet avec une équipe de solistes pleinement investis dans leurs rôles de chanteurs-comédiens : et flûte alors, pour donner encore plus de force au chef d’œuvre de Mozart, voici La Flûte en français !

Production Opéra Royal de Wallonie – Liège
En coréalisation avec l’Opéra Royal de Versailles



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 3h00

Tarif à partir de 15 euros

2 commentaires

  1. Et à cette petite litanie de citations, retenons celle-ci, très belle :
    « Philosophique, elle est cette recherche de la Vérité et de la Connaissance de soi, voyage initiatique chargé d’épreuves, spiritualité d’un récit ésotérique, quête du Graal amoureux, contraste entre l’ombre et la lumière, l’œuvre touche d’abord, interroge ensuite dans un inépuisable retour vers elle tant la variété artistique y est prononcée.«  Marianne Millet

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