Julien Lubek et Cécile Roussat sur un air de Flûte enchantée !

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Julien Lubek ; comédien et metteur en scène, néanmoins la palette d’activités semble bien plus colorée ! Ajoutons, selon les besoins, les fonctions de professeur de mime, de directeur artistique, d’auteur, de costumier et j’en passe !

 En effet ! Cependant pour envisager tout cela, c’est à quatre bras qu’il faut le comprendre ! Nous menons tout de front avec Cécile Roussat, elle est ma compagne, mon double depuis vingt ans. Nous travaillons ensemble dans chacun de nos projets, qu’ils s’inscrivent dans notre compagnie de théâtre visuel ou à l’Opéra. Notre formation initiale est l’art du mime. C’est auprès de Marcel Marceau, avec lequel nous étudiions le mime, que nous nous sommes rencontrés. Il s’agit d’un art sans répertoire puisque sans texte et c’est sans doute cet aspect artistique particulier qui nous a poussés à devenir rapidement des créateurs. C’est ainsi que peu à peu nous avons ressenti le besoin d’avoir une vision plus globale pour aller vers la cohérence de toute démarche artistique. Nous avons donc tenté de travailler avec différents collaborateurs dont les maitrises des costumes, des lumières, de la scénographie et autre sont plus solides. Néanmoins, tout cela exige nombreuses discussions, une énergie également démultipliée et peut-être un temps précieux quelque peu perdu dans diverses négociations afin de rapprocher des univers artistiques éloignés, ce qui nous a amenés peu à peu à nous intéresser à tout cela. Il en va différemment bien sûr dans les maisons d’Opéras où les compétences en ces matières sont assises et où nous avons la possibilité de voir réaliser nos maquettes et notre scénographie.

 Comment passer de Sciences Po à l’Ecole internationale du Mime Marceau, poursuivre avec l’Ecole d’art Dramatique et celle du Cirque quand ce n’est pas quelques écoles de magie ou de danse ?!!

 J’avais d’abord suivi une voie qui n’était pas la mienne, influencé en cela par mon milieu socio-culturel, il était plus simple alors d’emboiter le pas familial avec HEC et Sciences Po, cependant j’ai assez rapidement senti un profond malaise, ce que je faisais ne me correspondait en aucune manière et je m’étiolais littéralement dans des études en contradiction avec mon moi profond. J’avais, un peu par hasard, rencontré l’art du mime dans un cours de quartier et dont l’animateur, assez âgé du reste, se trouvait être un ami d’enfance du Mime Marceau. C’est donc lui qui m’a indiqué que Marcel Marceau tenait un cours à Paris dans lequel on se formait à l’acrobatie, la danse classique et l’art du mime bien entendu. En 1999, je décidai d’y entrer. Marcel Marceau était, il est vrai, un grand maitre mais peu pédagogue, il nous montrait davantage ce qu’il faisait plutôt que ce que nous aurions pu faire ! Malgré tout, c’était très généreux à lui de nous enseigner son savoir-faire et dans cette école, d’autres professeurs analysaient avec précision son art qu’ils nous transmettaient fidèlement tout en laissant une large part à nos propres créations dans différents ateliers pour ce faire. Je pense en particulier à Emmanuel Vacca, professeur, mais également très grand interprète dont nombre de ses spectacles ont été donnés des centaines de fois dans le cadre du Festival d’Avignon par exemple. Il avait cette capacité de nous amener vers nos propres créations.

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 Votre nom parait indissociable de celui de Cécile Roussat, comment vivre à deux une même passion et avoir ce double regard sur la mise en scène d’un spectacle ?

 La genèse de notre « association » prend effet il y a quelque vingt ans sous la photographie du Monsieur Marceau dans l’école de danse du Mimodrame à Paris, coup de cœur réciproque ! Nous avons, sans même nous en apercevoir au départ, créé un univers particulier issu de nos influences mutuelles. Nous sommes en 2000, et pour Cécile, la danse baroque, qu’elle pratiquait depuis l’enfance, avait une place importante, avec cette idée que les arts se mêlent de façon harmonieuse, dans les ballets de cour du XVIIème siècle par exemple et c’est ce qui l’avait amenée vers la pantomime. Quant à moi, j’étais nourri des spectacles auxquels j’avais assisté, mes parents m’ayant emmené très souvent au théâtre ou vers des spectacles d’artistes toujours en activité comme ceux du marionnettiste Philippe Genty et de bien d’autres, autant d’artistes qui m’ont donné le goût du théâtre avec ce désir, chez moi, de développer cet art dans une dimension plus physique et corporelle. C’est ainsi que j’ai pu me construire vraiment, loin de Sciences Po où je languissais peu à peu. C’est bien la rencontre de nos deux univers parallèles qui nous ont permis d’en imaginer un à travers, tout d’abord, des spectacles musicaux, ainsi en 2004, à l’Opéra d’Avignon, nous avions réalisé les chorégraphies d’un Bourgeois gentilhomme, mis en scène par Benjamin Lazar. Il avait monté la pièce selon l’époque de Molière, avec la gestuelle baroque, le parler propre au XVII ainsi que l’éclairage à la bougie, c’est là que nous avons eu l’idée d’effacer le plus possible les frontières entre les différentes disciplines et de mettre en place un vocabulaire qui tienne à la fois de la danse, de la pantomime, de l’art du clown et de l’acrobatie. Un art quasi total qui emmène le spectateur vers une émotion plurielle, ce qui répond tout à fait à notre désir de concevoir nos spectacles plutôt que de privilégier une technique particulière ou d’isoler un art par rapport à un autre.

De fait, la mise en scène à deux me parait évidente, ne serait-ce que pour avoir constamment le regard de l’autre, Cécile et moi devenons ainsi l’assistant de l’autre. En outre, la gestion d’une équipe artistique sur le plateau exige beaucoup de diplomatie, d’explications et lorsque l’un s’épuise, l’autre prend le relais. Enfin ce regard masculin et féminin est intéressant pour mener à bien les projets artistiques.

 On qualifie volontiers les spectacles que vous donnez avec Cécile Roussat de poétiques et de magiques tout en apportant une fantaisie et une sincérité indéniables à votre jeu, quelles sont vos sources d’inspiration pour parvenir à créer ces effets sur le public ?

 Je crois que ce qui fait notre lien particulier avec un certain public, c’est une forme de simplicité et de contact permanent avec l’enfance. Nous puisons notre inspiration dans plusieurs domaines que sont les bandes dessinées, les œuvres picturales, les paysages et, sans doute, de façon plus prononcée, il y a ce rapport à l’enfance, à la naïveté, à cette innocence que nous perdons un peu dans notre société où les enfants sont souvent considérés comme des adultes. Nous revenons donc aux belles histoires, aux couleurs et dans cet état d’esprit, nous évitons le plus possible de recourir à la technologie, ignorant l’utilisation de la vidéo par exemple, les changements de décors et les manipulations se font à vue. Nous sommes plutôt dans une forme d’artisanat et de naïveté assumée qui peut toucher celles et ceux qui ont gardé ou veulent retrouver une âme d’enfant, la capacité à s’émerveiller, de croire. La magie fait partie de ce que l’on veut transmettre, l’illusion qui est propre au théâtre finalement mais dont nous élargissons davantage le champ.

 C’est en 2010 que vous montez votre premier opéra avec Cécile Roussat, il s’agit de La Flûte enchantée, une évidence de mettre en scène cette œuvre quand on a exploré tant d’univers et notamment ceux du conte et de la poésie ?

 Oui, cet opéra est effectivement lié au conte et Cécile l’écoute depuis sa petite enfance. C’est une histoire qui utilise cette magie du parcours initiatique, donc du passage de l’enfance à l’âge adulte et qui nous raconte une synthèse de ce qui fait un homme accompli. Mozart met dans cet opéra la sincérité, l’humour et la naïveté à travers ses différents personnages. Le message de cet ouvrage pour nous, est que l’homme parfait recherché dans cette quête fusionne tous les personnages de La Flûte enchantée. Une première lecture du livret nous donne à voir un conte fantastique mais nous avons le désir d’être dans la féérie et dans le fantastique qui part du quotidien qui fait surgir le merveilleux, donc partir du réel pour en tirer le fil de l’imaginaire. Comprenons alors que la magie puisse se trouver dans la vie de tous les jours que l’on peut embellir et pas seulement dans un espace réservé et décalé. C’est la raison pour laquelle on a conçu cette Flûte enchantée comme le rêve de Tamino qui est un jeune homme, voire un tout petit enfant, qui s’imagine devenir adulte et envisage les épreuves qu’il faut traverser pour cela.

Après La Flûte enchantée, il n’a plus été possible de faire cohabiter musique sérieuse et musique légère » nous dit Théodor Adorno (1903-1969), que pensez-vous d’une telle assertion ?

 C’est en effet la spécificité de cet opéra, on connait surtout cette oeuvre pour réunir tous les ingrédients qui font que l’on s’éloigne de trop de sérieux qui peut être la marque de la plupart des opéras en général. Papageno ose des phrases que l’on voit peu dans un genre plus solennel, ce qui n’empêche pourtant pas dans cet ouvrage de trouver des moments nobles et spirituels dans les chœurs de Sarastro par exemple, sans ces moments intenses, il manquerait une émotion nécessaire qui permet ici de passer du rire aux larmes.

 La Flûte enchantée que vous proposez est totalement en français, ne craignez-vous pas d’avoir perdu les accents propres à la langue allemande auxquels tenait Mozart au profit d’une version moins forte ?

 Initialement, cette idée du texte en français n’était pas la nôtre mais nous nous y sommes vite associés. Mozart a composé cet opéra en allemand car il était destiné à être compris immédiatement de tous, contrairement à ceux composés en italien comme La Clémence de Titus, opéra créé à la même époque pour la cour. Pour lui, le but était de s’adresser à un public relativement populaire, l’ouvrage volontairement joyeux et comique pouvait ainsi élever l’âme de chacun car compris d’emblée par tous et non seulement accessible au monarque et à sa suite. Il est certain que l’on perd la richesse des accents toniques inhérents à la langue initiale de cet opéra, sa magie sonore, d’autant plus que l’œuvre est très connue et que la langue allemande reste dans les esprits même sans la connaître, cependant réentendre cet opéra avec un accès immédiat au sens est intéressant, on gagne cette entrée différente dans une oeuvre qui a eu tellement de versions au fond que c’est assez captivant d’en faire une approche très différente.

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Suivront Didon et Enée de Purcell et La Cenerentola de Rossini, le premier à l’Opéra de Rouen et celui de Versailles, le second de nouveau à l’Opéra royal de Wallonie à Liège où vous aviez créé La Flûte enchantée, une approche plus fine du genre opératique ?

 Nous avons monté trois autres opéras supplémentaires la saison dernière ; Barbe bleue de André Grétry, La Clémence de Titus de Mozart et Les Pêcheurs de perles de Bizet en octobre dernier et également Le Mariage secret de Domenico Cimarosa monté au CNSM avec la Philharmonie de Paris. Nous choisissons, Cécile et moi, uniquement des oeuvres dont la musique nous touche et nous avons vu dans ce genre artistique le moyen de créer un spectacle total dans une atmosphère où sont mêlés au sonore, les univers très visuels que sont les danses, l’acrobatie, les jeux corporels.  On a donc monté ces opéras dans une conception qui nous est tout à fait personnelle, Avec Didon et Enée de Purcell, on a imaginé un univers marin, la sorcière devenant une pieuvre avec ses tentacules qu’animent des danseuses marionnettistes, certaines acrobaties dans ce spectacle étaient très spectaculaires et sans effets techniques ajoutés, tout étant à vue. Mais nous voyons des limites au genre opératique, selon bien entendu les objectifs qui sont les nôtres. Nous ne choisissons pas nos interprètes, ce qui vient bousculer nos principes de cohérence, ainsi certaines rencontres sont accortes, d’autres le sont moins, des chanteurs peuvent avoir une vision totalement opposée à ce que l’on souhaite mettre en place. Enfin, une partie du public vient à l’Opéra pour entendre des voix, faisant fi de la mise en scène ou ayant du mal à en accepter d’innovantes, c’est un des écueils que l’on peut rencontrer.

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J’imagine sans peine que les projets ne manquent pas pour Cécile et vous-même ?

En effet ! Nous nous réservons une petite pause dans la mise en scène des opéras tout en continuant à en écouter naturellement. Trois spectacles sont actuellement en préparation dont l’un en lien avec l’opéra puisque Rolando Villazón nous a contactés, non pas pour une mise en scène, mais en tant que clowns et mimes car lui-même, grand ténor international qu’il est, est épris de ces arts du « pitre » et du mime, il fait d’ailleurs lui-même le clown dans un hôpital en Allemagne, un investissement qui force l’admiration pour les personnes de son niveau qui n’hésitent pourtant pas à mettre leur talent dans les situations les plus humbles comme celles d’amuser les personnes souffrantes dans un hôpital ! Par ailleurs, il anime chaque année, au mois de janvier, la Mozarteum (semaine Mozart) à Salzbourg, et cette fois, Rolando Villazón nous a demandé un spectacle fantaisiste autour de Mozart et sur une musique enregistrée, un projet qui nous tient vraiment à cœur et que nous monterons donc dans un peu plus d’un an à Salzbourg.

Auparavant, le 31 décembre 2020, au théâtre de Neuchâtel, nous créerons le troisième opus de notre duo Les Âmes Nocturnes, avec nos deux personnages qui errent dans un quotidien « réenchanté » et enfin, nous avons un projet plus musical cette fois avec Damien Guillon (contre-ténor en résidence à l’Opéra de Rennes) et l’ensemble Le Banquet Céleste, qui est un ensemble de musique baroque du XVII essentiellement. Avec Damien et ses musiciens, nous allons créer un spectacle autour de Henry Purcell et de John Dowland qui mêlera danse, illusion et la voix de Damien avec seulement trois instrumentistes sur scène. Une volonté de d’illustrer ces chants nostalgiques, si purs et si simples qui nous touchent.

                                                  Propos recueillis par Marianne Millet le 11 décembre 2019

 

Deux âmes mêlées dans l’espace poétique et sensible de toute chose, Julien Lubek et Cécile Roussat sont les coloristes d’un monde qu’ils réinventent au fil de spectacles touchants et drôles à la fois, variation de tableaux chamarrés qui nous renvoient vers la part la plus simple de nous-mêmes, celle des jours où s’alternent les rêves et les désillusions et dans laquelle les larmes ne sont jamais très loin d’un rire franc et généreux…



La Flûte Enchantée

  • DATES

Vendredi 27 décembre 20h30.   COMPLET
Dimanche 29 décembre 14h30. COMPLET
Mardi 31 décembre 20h30

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : À partir de 15 euros
  • Opéra Confluence
    Durée 3h

Opéra en deux actes
de Wolfgang Amadeus Mozart
Livret de Johann Emmanuel Schikaneder
Version intégralement française
(Traduction française par Françoise Ferlan
© L’Avant-Scène Opéra, Premières Loges
Paris 2000)

Direction musicale Hervé Niquet
Mise en scène, scénographie et lumières
Cécile Roussat et Julien Lubek
Costumes Sylvie Skinazi
Assitante décors Elodie Monet
Assistants lumières Marc Gingold

Pamina Florie Valiquette
La Reine de la Nuit Chantal Santon-Jeffery
Papagena Pauline Feracci
Première Dame Suzanne Jerosme
Deuxième Dame Marie Gautrot
Troisième Dame Mélodie Ruvio
Tamino Mathias Vidal
Papageno Marc Scoffoni
Sarastro Tomislav Lavoie
Monostatos Olivier Trommenschlager
L’Orateur Matthieu Lécroart
Premier Prêtre, Homme en armure Matthieu Chapuis
Deuxième Prêtre, Homme en armure Jean-Christophe Lanièce

Chœur de l’Opéra Grand Avignon
Orchestre Régional Avignon-Provence

En 1791 au Theater auf der Wieden, Mozart donne la première de son Singspiel Die Zauberflöte. Grâce aux qualités dramatiques et oniriques de l’œuvre, et à la géniale musique de Mozart, elle dépasse cent représentations en un an, et son succès est allé croissant jusqu’à nos jours.Mais pour passionner petits et grands, mélomanes et public novice, l’atout de Mozart et Schikaneder était de parler aux spectateurs dans leur propre langue. C’est ce que propose cette nouvelle production, dans une version intégralement française, mise en scène par Cécile Roussat et Julien Lubeck et dirigée par Hervé Niquet avec une équipe de solistes pleinement investis dans leurs rôles de chanteurs-comédiens : et flûte alors, pour donner encore plus de force au chef d’œuvre de Mozart, voici La Flûte en français !

Production Opéra Royal de Wallonie – Liège
En coréalisation avec l’Opéra Royal de Versailles



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 3h00

Tarif à partir de 15 euros

 

 

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