Une allègre Fille du régiment réinventée par Shirley et Dino…

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Gilles et Corinne Benizio ou…Shirley et Dino selon les circonstances, en presque quatre décennies, vous avez conquis un très large public d’ici et d’ailleurs et on a envie de vous demander ce que vous êtes tentés d’explorer encore dans le monde du spectacle tant vos « emplois » y sont déjà nombreux ! (Humoristes, comédiens, acteurs, chanteurs, scénographes, costumiers, metteurs en scène…)

 Gilles : Disons que nous nous laissons porter par l’Aventure ! Les projets naissent au gré des rencontres et se forment lorsque nous sommes assez séduits pour cela. Naturellement, nous avons également nos propres aspirations comme le dernier spectacle où nous avions cette envie de faire danser les gens, nous avons donc créé Le Bal (Création en 2018) avec cinq musiciens. Nous jouons là des chansons du répertoire français dont les musiques invitent à la danse. Une forme de spectacle qui nous divertit et qui répond tout à fait à l’esprit festif qui est le nôtre.

 Si le rire est le propre de l’homme selon Rabelais, il est surtout celui de votre duo tant vous en utilisez tous les ressorts : comique, ironie, satire, moquerie, humour, autodérision et toutes ses formes aussi bien verbales, gestuelles, de situation, de caractère etc. Une volonté de dépasser notre « misérable » condition humaine ?

 Gilles : C’est juste… C’est tout ?!! (Rires partagés !) Gilles : La réponse est dans la question en fait !

J’ai l’impression qu’il n’y a pas eu le choix d’un genre comique défini mais une libre promenade parmi toutes ses formes.

Corinne : alors là, ce n’est pas ma faute !  C’est sa faute à lui parce que moi je voulais jouer Shakespeare, Molière, Marivaux, Tchekhov et lui, il n’y avait que le désir de faire rire les gens qui l’intéressait et vu que je ne voulais ni le quitter ni qu’une autre prenne ma place, j’ai été obligée de… ! (Rires)

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 Le rire a une utilité sociale, le voyez-vous de fait comme un moyen de communication ?

 Gilles : non, pas vraiment, c’est tissé d’une trame plus complexe et plus simple à la fois. Faire rire les gens a toujours été une source de plaisir. J’ai l’impression d’ailleurs que ça a toujours été naturel avec cette envie de faire rire d’abord les copains puis que l’on prenne du plaisir d’être avec moi qui en avais également à faire des blagues, des surprises. J’ai l’impression que ce n’est pas vraiment réfléchi mais de l’ordre du spontané plutôt. Comme un état d’être en fait.

 Rien, absolument rien ne semble vous avoir ni arrêtés ni découragés au début d’une carrière que vous avez menée avec un dynamisme et une foi à toute épreuve semble-t-il.

 Gilles puisqu’on voulait en faire notre métier, on a persévéré et bien entendu, ça n’a pas toujours été facile mais autant faire ce que l’on aime et se donner les moyens d’atteindre cet objectif. Pour nous, aucune référence pour savoir si c’était facile ou pas puisque nous n’avions aucun exemple dans nos familles respectives qui auraient fait partie des métiers du spectacle, elles étaient issues d’un milieu d’ouvriers. Donc sans savoir si nous étions sur la bonne voie ou pas, on a continué tout en en retirant une grande satisfaction et on avançait en s’amusant et en jouant nos spectacles de divertissements.

 Votre humour conserve une certaine poésie, sans doute en ce qu’il évite l’ironie mordante ou les traits d’esprit au profit d’une caricature sans cynisme, davantage proche d’un joyeux comique en somme. C’est ainsi que vous l’avez décidé dès le départ de cette double aventure ?

 Corinne : ça, c’est grâce à moi la poésie ! (rires)

Gilles : Oui, nous aimons tous les deux le monde des clowns, pétri de cette naïveté et de cette poésie en effet, nous sommes bien éloignés de l’acidité et de la moquerie pour elle-même, c’est nous que nous tournons en dérision et non les autres donc le public y trouve une humanité certaine et finit par s’y reconnaître.

Corinne : mais cela est dû  aux origines italiennes de Gilles parce que l’essence même de la comédie, telle que nous l’aimons, est celle de l’Italie avec la commedia dell’arte. Gilles ne s’en rend pas vraiment compte car il est né dans une famille italienne avec des voisins italiens, des vacances en Italie, il y a chez lui une pureté de l’humour, une joie de vivre, des blagues que l’on enchaine pour s’amuser sans jamais se moquer de qui que ce soit. La raillerie est plutôt une des caractéristiques du Français alors qu’en Italie il s’agit de la farce qui ne cible pas une personne mais plutôt un type de situation ou qui va utiliser l’autodérision.

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 Du Off d’Avignon en 1988 aux plateaux de télévision, en passant par les planches de grands théâtres parisiens, les plateaux de cinéma également sans oublier la radio et les tournées loin de la capitale, vous menez une carrière extrêmement riche avec une belle régularité, quelle est donc votre « recette », car s’il n’est pas si simple de durer, ce peut l’être encore moins dans le « format couple » !

 Corinne : là, j’avoue que l’on n’a pas de recette, on sait pas ! Rien n’est calculé, on n’a pas réfléchi, tout est allé de soi en quelque sorte ! Seule l’envie d’être sur scène nous a poussés avec le désir de donner à un public de quoi se divertir et d’avoir des émotions et, bien sûr, pour nous, la possibilité d’en vivre, une condition sine qua non pour maintenir notre place dans le monde du spectacle.

Gilles : Nous ne regardons guère vers ce qui est passé, un peu du côté de l’avenir et du présent mais sans y mettre une attention prononcée non plus. On vit, voilà tout !

 En 2006, Frank Margerin, le dessinateur de vos affiches, va se saisir de vos personnages Shirley et Dino pour en faire une bande dessinée, une sorte de consécration de la veine comique cette fois encore ?

 Gilles : c’était formidable en effet, cela relevait aussi du fait de la médiatisation qui faisait que nous étions un peu partout jusqu’à devenir les héros d’une bande dessinée, celle de Margerin que nous aimons beaucoup. On ressemblait à ses personnages et l’idée d’en devenir dans une BD autour de nos aventures nous est venue ensemble. Nous lui racontions très souvent ce que nous vivions dans les théâtres où nous nous produisions, les rencontres que nous faisions et nous en riions ensemble et lui en a vu évidemment des sujets de BD.

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 Et puis, vous arrivez là où on ne vous attendait pas forcément, c’est-à-dire dans la mise en scène d’opéras, d’abord avec King Arthur de Purcell en 2008 au Festival Radio France de Montpellier, La belle Hélène d’Offenbach, un Don Quichotte et maintenant La Fille du régiment de Donizetti !

 Gilles : encore une fois, ce sont des circonstances inattendues qui nous ont amenés à mettre en scène des opéras. Hervé Niquet, chef d’orchestre, avait l’idée de monter King Arthur, or il se trouvait dans la salle d’un spectacle que nous jouions à Paris en 2007 ; Les Caméléons où nous nous amusions des différents styles de jeux dramatiques avec des tableaux retraçant les grands genres, dont le théâtre de Shakespeare par exemple. Hervé Niquet nous a alors proposé de mettre en scène son projet de manière humoristique, ce que nous avons accepté avec joie, nous allions ainsi découvrir le travail avec des choristes, un chef d’orchestre, des solistes etc. On partait un peu à l’aventure ! King Arthur a ainsi été créé l’année suivante !

Comment passer de deux à, nécessairement, un nombre élevé d’artistes ?

 Gilles : nous en avions déjà l’expérience avec trois musiciens et six comédiens. En fait, la mise en scène est moins compliquée à faire que de lui ajouter notre jeu sur scène et c’est bien sûr ce que nous faisons à chaque fois, nous augmentions le travail de mise en scène de nos rôles d’acteurs mais rien ne nous semblait inquiétant ! Nous avons, à chaque fois, écouté l’œuvre qui nous a paru porteuse pour nous investir ensuite dans sa création. Notre force est aussi d’être deux et donc dans l’échange permanent, nous partons sans idée préconçue du résultat, ce qui n’exclut pas des envies mais sans avoir, dès le début, la finalité déjà établie de notre réalisation.

Corinne : c’est cependant beaucoup de travail en amont, quelque dix-huit mois à deux ans avant de commencer la première répétition. On écoute et réécoute l’œuvre, on réécrit certains textes, on laisse courir l’imagination et autre. Ce n’est bien sûr pas possible d’envisager de mettre en scène un opéra sans y travailler très sérieusement à l’avance et pendant un certain temps.

Gilles : nous allons monter à présent Platée de Rameau au Capitole de Toulouse, toujours avec le Concert Spirituel de Hervé Niquet qui sera bien sûr au pupitre et avec des artistes formidables !

Pour La Fille du régiment, on fait les « utilitaires » ! On bouche les trous pendant les changements de décors !

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Qu’avez-vous envie de raconter dans la mise en scène d’un opéra que vous ne sauriez dire dans votre duo ?

 Corinne : on n’a rien à raconter ! Pas de message à faire passer en fait, on écoute l’œuvre et l’on voit ce que l’on pourrait faire à tel ou tel moment sans se préoccuper de nos propres idées, c’est de l’ordre de l’instinctif et de l’intuitif, au fil de l’œuvre.

Gilles : c’est une simple manière de raconter qui on est et ce que l’on aime, sans doute peut-on y voir une poésie qui est la nôtre mais on ne cherche pas à intellectualiser quoi que ce soit. On donne à voir et à rire et chacun repart avec ce qu’il a envie d’emporter selon sa propre sensibilité. Le fond reste de la comédie.

 A l’Opéra, on imagine sans peine que vous apportez une touche de théâtralité plus grande aux chanteurs, vous suivent-ils de bon cœur dans ce qui peut en déconcerter certains ?

 Corinne : Ils en redemandent !!! Faire rire à l’Opéra peut être déroutant pour les chanteurs dans un premier temps mais ils adorent ça ! qui n’aime pas aller vers ce qui est joyeux ?!!

Gilles : pour La belle Hélène, nous avions Stéphanie d’Oustrac dans le rôle de la belle Hélène et lors d’une interview, elle avait avoué aller aux répétitions « en courant » ! Ce qui nous avait fait extrêmement plaisir ! On la faisait travailler d’une nouvelle façon qu’elle ne connaissait pas jusqu’à là, au fond l’humour est un peu comme une partition, si l’on donne une réplique ou un effet trop tôt ou trop tard, ça ne fonctionne pas de la même façon, donc il y faut une rigueur semblable à la partition du chant ou de la musique.

 La Fille du régiment de Donizetti vous a suffisamment plu pour que vous en acceptiez la mise en scène, est-ce le fait que cet opéra puisse se prêter aisément à la veine comique que l’on peut étirer à l’envi ?

 Gilles : honnêtement, si la musique de cet opéra est très belle, le livret en revanche est un peu désuet ! On a donc réécrit les scènes de comédie dans le fil conducteur de l’histoire naturellement. On a ainsi pensé des scènes plus adéquates à notre époque et davantage issues de la comédie italienne selon les situations etc.

Corinne : ce n’est pas Donizetti qui a écrit le texte mais un Français, donc la comédie n’a pas cet élan italien qui en fait toute la saveur. Le président des Folies Lyriques, qui nous a commandé la mise en scène de cet opéra, nous a indiqué à quel point les scènes de comédie manquaient d’éclat, la bonne aubaine pour nous qui allions tout changer et faire quelque chose qui nous convenait mieux !

 Gilles, vous êtes vous-même Italien, donc proche du compositeur Donizetti et vous avez eu cette envie d’une toile de fond des années 50/60, est-ce le néo-réalisme du cinéma italien de l’époque qui vous touche, peut-être par cette spontanéité et parfois cette naïveté de certains de ses personnages, chez Vittorio de Sica par exemple ?

 Gilles : ce qui me plait dans le néo-réalisme, c’est que l’on fait rire avec une trame dramatique, on est donc à la fois touché par le pathos et saisi par la force comique qui y est mêlée, un peu comme ces clowns qui surgissent sur la piste après les lanceurs de couteaux, le rire succède à la tension et l’on partage volontiers un rire salvateur.

                                      Propos recueillis par Marianne Millet le 9.01.2020

Couple d’artistes atypique qui va où bon lui semble, ignorant les cadres et les frontières entre les genres, les formes et les lieux, embrassant tout à la fois le monde comme il est et le revisitant avec des couleurs plus vives, l’éclaboussant de joie et d’émotions, Gilles/Dino et Corinne/Shirley dérident le quotidien et, avec eux deux, le rire, toujours, finit par avoir le dernier mot, le dernier mouvement…



La Fille du Régiment

  • DATES

Vendredi 17 janvier 20h30
Dimanche 19 janvier 14h30

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : À partir de 13 euros
  • Opéra Confluence
    Durée 2h10

 

Opéra-comique en deux actes de Gaetano Donizetti
Livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et Jean-François Bayard

Direction musicale Jérôme Pillement
Mise en scène, adaptation, conception scénographique et costumes
Gilles et Corinne Benizio alias SHIRLEY ET DINO
Lumieres Jacques Rouveyrollis
Video ID SCENES
Vidéastes Julien Meyer et Julien Cano

Marie Anaïs Constans
Tonio Julien Dran
Sulpice Marc Labonnette
La marquise de Berkenfield Julie Pasturaud
Hortensius / La duchesse de Crakentorp João Fernandes

Chœur de l’Opéra Grand Avignon
Orchestre Régional Avignon-Provence

A la suite d’une commande de l’Opéra Comique, Donizetti compose La Fille du régiment. Il est question d’armée française qui occupe le Tyrol. Mais Donizetti reste profondément italien. Tout, dans la musique, les dialogues, rappelle la comédie à l’italienne. Pour notre mise en scène, nous nous inspirons de la grande époque du cinéma italien des année 50-60. Celui de Fellini, De Sica, Risi, Monicelli… Notre Marie rappelle la belle colérique Bersalière interprétée par Gina Lolobrigida dans le film Pain, amour et fantaisie réalisé par Comencini, et Tonio le jeune et timide carabinier amoureux. Nous aimons cette période particulièrement riche, où la comédie croise le drame, le mélodrame, la farce. Les faiblesses de chacun, les petits travers, les joies, toutes les émotions sont fouillées et laissent percevoir notre propre humanité. Les thèmes abordés sont profonds, grave, mais le vent de la dérision et l’ironie souffle en rafales.

Faire rire, émouvoir, enthousiasmer reste notre unique désir. A cette fin, notre imaginaire se déploie, les idées affluent, la comédie nous envahit. Il y a les idées qui naissent de l’histoire même, des situations écrites. Et puis les autres, celles qui sortent du contexte ; les plus loufoques, les plus surprenantes et sans doute, les plus drôles. Car pour nous, tout est permis ! A la façon des Marx Brothers, des Monty Python, des Branquignols ! Et pour y réussir, il est nécessaire de respecter l’œuvre. Que les chanteurs soient irréprochables dans l’interprétation vocale et le jeu, que la musique soit superbe, que les costumes et les décors soient beaux.Shirley et Dino

Nouvelle production. En coproduction avec Les Folies Lyriques et l’Opéra Royal de Wallonie-Liège


Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 2h10

Tarif à partir de 13 euros


 

 

 

 

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