A la direction du service de communication, Arnaud Lanez, l’un des contreforts de l’Opéra Grand Avignon !

Bonjour Arnaud Lanez, vous êtes le directeur de communication de l’Opéra Grand Avignon, j’aimerais en définir les différentes facettes avec vous car je crois que la fonction est à géométrie variable !

En effet, avec cette première mission du service communication de l’Opéra, ce sont déjà plusieurs pôles à gérer ; celui des éditions, de la billetterie, l’axe médiation-culturelle, également celui de la presse et enfin, il s’agit de veiller à la gestion de la salle.

Outre ces différents points, la question du développement a toute son importance, j’ai également la responsabilité du mécénat à l’Opéra tout en étant dans la recherche de fonds privés pour la création artistique, sans oublier d’autres projets plus particuliers comme ceux qui ont concerné l’action « Un Fauteuil à l’Opéra ». Une action placée sous le signe de la réussite avec 155 mécènes et près de 300 fauteuils financés.

Pour en revenir à la mission du service communication, il faut y voir plusieurs destinations, en premier lieu il s’agit naturellement de promouvoir les spectacles de l’Opéra, partie majeure de mon travail je dirais, puisqu’il s’agit d’amener le public vers le spectacle en développant une communication plurielle avec des moyens différents qui vont des supports virtuels jusqu’à la rencontre avec les metteurs en scène en amont du spectacle, mais également avec des chefs d’orchestre et des artistes à l’affiche.

Quelles sont, d’après vous, les qualités nécessaires pour tenir la direction du service de communication d’une maison d’Opéra ?

La question n’est pas si simple ! Je dirais tout d’abord qu’il faut se montrer réactif, il faut ajouter une solide connaissance de ce que l’on défend. Diriger la communication d’un institut de service culturel exige des savoirs aussi bien musicaux que littéraires puisque l’on entend faire valoir un ouvrage. Il me semble qu’il faut tout à la fois un esprit critique et éclairé en quelque sorte. Et comme dans tous métiers, maîtriser son sujet est indispensable, au-delà des connaissances directes avec le contenu des œuvres, il y a des aspects plus techniques qui déterminent les stratégies de communication. Un accord entre les connaissances des formes et contenus me paraît, de ce fait, impératif, d’où cette idée de réactivité pour évoluer constamment entre ces différentes activités.

Actuellement, la formation de directeur de communication exige un minimum de cinq années d’études après l’obtention du baccalauréat, pensez-vous que les diplômes peuvent suffire ? 

On ne peut nier l’importance des diplômes, néanmoins si je dois évoquer mon parcours personnel il est d’abord artistique, je ne suis donc pas le produit d’une école de communication à proprement parler et lorsque j’ai repris mes études universitaires pour me former à la conception et à la mise en oeuvre de projets culturels qui me manquait, malgré tout, dans ce parcours de l’univers musical que je suivais depuis l’âge de six ans. Des études entreprises parce que je voulais m’orienter vers d’autres possibles, vers d’autres défis. Ainsi, pour prétendre à d’autres fonctions que celles réservées aux artistes tout en restant dans ce domaine, la formation qui environne cet espace culturel, aussi bien juridique qu’administratif qu’y m’invitait tout naturellement. Pour ce faire, l’expérience artistique est un atout sérieux qui me permet de savoir quoi, quand communiquer et à qui, cela ajoute une certaine sensibilité au monde artistique qui me sert beaucoup dans mes différentes fonctions de directeur de communication. 

En effet, vous avez été chanteur, que gardez-vous de cette époque ?

J’en garde une passion inaltérable en fait. D’abord chanteur au sein du Choeur de l’Armée française puis dans différentes maisons d’Opéra, tantôt dans les chœurs, tantôt soliste, à Montpellier, Lyon, Avignon ou au Châtelet à Paris. J’aimais être dans le processus de création, entrer dans l’ouvrage et participer à cette vie qu’on lui donne. Néanmoins, j’avais le sentiment d’être parvenu au bout de l’aventure, peut-être n’avais-je plus cette flamme nécessaire à l’artiste pour continuer à chanter et l’opportunité de travailler dans une maison d’Opéra pour une tout autre fonction a été une chance de rester dans cet univers qui avait été le mien pendant de nombreuses années. Je connais ainsi aujourd’hui le fonctionnement psychologique de l’artiste et de ce qu’il entend défendre, ce qui est bien utile dans ma fonction actuelle.

Si je vous demandais de me donner l’aspect, voire les aspects les plus passionnants de ce métier, que me répondriez-vous ?

Il y a une citation de Malraux dans son « Hommage à la Grèce » que je donne souvent et que j’aime assez : « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert ». Je trouve que cette phrase résume bien des choses, et dans mon métier, l’un des principaux objectifs est de convaincre ceux qui ne sont pas convaincus par la chose culturelle en général et par l’Opéra en particulier. Dans cette situation, on doit se doter de tous les outils possibles pour sensibiliser les publics, les amener vers leur patrimoine culturel, il s’agit, non pas de notre Opéra mais du leur dont ils doivent s’emparer. Le genre lyrique n’est pas forcément accessible à tous et mon rôle est d’aller les chercher pour les y amener, vers l’art lyrique comme vers les autres genres que sont les ballets, les pièces de théâtre etc. C’est un challenge excitant ! Nous avons la chance d’avoir une maison d’Opéra à Avignon en ordre de marche avec des forces vives qu’on se doit de mettre aussi en lumière, qu’il s’agisse de ses créations-maison aussi bien artistiques que techniques ou de ses productions.

Depuis le haut à gauche : avec Julie Depardieu, Ambroisine Bré, Julie Fuchs, Pierre Rochefort, Sabine Devieilhe, Violette Polchi.

J’utilise le terme de directeur plutôt que celui de directrice car c’est à vous que je m’adresse mais naturellement le poste est également celui des femmes, peut-on parler ici de parité, une notion délicate dans le monde culturel semble-t-il mais qui semble progresser dans le bon sens ?

Oui, bon nombre de mes homologues sont des femmes, elles me paraissent d’ailleurs plus nombreuses sur le poste de direction de communication à l’heure où le milieu culturel est encore un peu trop masculin en effet. Depuis quelques années, tout cela bouge, ce qui est vraiment bien venu ! j’en veux pour preuve notamment une excellente génération de cheffes d’orchestre  ; Lucie Leguay qui sera invitée pour le prochain concours des Jeunes Espoirs de l’Opéra, on est heureux de rencontrer ces femmes qui portent le flambeau de la culture française, évidemment, on parle beaucoup également de Debora Waldman, cheffe permanente de l’Orchestre Régional Avignon-Provence mais je pense aussi à Zahia Ziouani et son Orchestre Divertimento qui est dans la région parisienne, Ariane Matiakh et d’autres qui méritent amplement leur place car ce sont des femmes qui ont à dire ! Pour en revenir à la parité dans la communication, je pense que les femmes sont présentes et davantage d’ailleurs que les hommes sur le poste de direction dans les maisons d’Opéra.

Votre épouse est également chanteuse lyrique, autant dire que vous baignez constamment dans l’univers opératique.

Effectivement, c’est un bonheur que d’avoir une artiste à la maison avec laquelle je partage ce que je vis au quotidien, Ludivine (Gombert) étant soliste de carrière m’amène à de nombreux échanges, surtout en ce moment avec toutes ces interrogations liées à la place de l’artiste au sein de la société et celles qui concernent l’impact de cette épidémie sur nos activités.

Ce qui m’amène à vous demander ce que tous deux pensez des mesures gouvernementales prises au sujet du monde du spectacle.

Nous différons un peu en la matière, sachant, pour ma part, que j’ai le souci de rendre visible les activités de l’Opéra en dépit de la pandémie, ce qui exige, depuis un an, une adaptation constante suivant ce que l’on fait d’abord pour le défaire ensuite, la communication même subit des allers et retours au rythme de ce qui est possible dans un premier temps puis infaisable par la suite. Il s’agit de faire vivre malgré tout notre maison d’Opéra qui ne compte pas moins de 125 salariés permanents.  En outre, j’ai aussi la perception du point de vue de mon épouse, partageant sa frustration que je comprends sans pour autant la vivre de l’intérieur comme elle la supporte, il faut bien saisir la déception qui est la sienne comme celle de tellement d’artistes qui travaillent pendant des mois voire des années, car un rôle d’un ouvrage lyrique ne se prépare pas en quelques semaines bien entendu, et arriver au moment des répétitions pour devoir tout cesser en raison d’une interdiction à recevoir du publics véritablement une épreuve. Au sentiment de frustration, s’ajoute celui de l’isolement. De fait, depuis quelques mois, l’artiste est en berne et avec lui, c’est tout ce qu’il peut apporter au public qui disparait. Bien sûr, des solutions ont été mises en place, captations et autres moyens, mais l’écran n’est pas un théâtre !

De même, pour les artistes qui vont au bout de la répétition jusqu’à la captation, l’absence de public renvoie à l’absence d’émotion du spectateur qui porte si bien l’artiste quand il est sur scène, cette double respiration, ces temps suspendus vécus dans un partage essentiel ne sont plus et c’est bien ce qui manque à l’artiste. Le choc est rude à la fin du spectacle lorsque le silence remplace les applaudissements du public, il manque cette nécessaire chaleur qui porte les chanteurs en fait.

De gauche à droite : avec Alain Timar, Catherine Hunold, Ludivine Gombert, Blandine Folio, Rémy Mathieu (Dialogues des Carmélites).

Depuis votre prise de fonction, trois directeurs se sont succédé ; Raymond Duffaut jusqu’en 2017, Pierre Guiral et, depuis septembre 2020, Frédéric Roels, un temps assez court en fait pour s’adapter à de nouvelles directives, à des projets différents, parvenez-vous à suivre sans peine le mouvement ?

En fait, j’ai appris auprès de chacun d’eux. Avec Frédéric Roels qui vient d’arriver, nous avons encore à nous découvrir mais je n’ai pas eu véritablement de difficultés d’adaptation avec chacun d’entre eux. C’est plutôt la situation qui a pu être complexe ; avec Raymond Duffaut, on arrivait à la fin de son mandat conjuguée à la préparation des travaux de rénovation et de celle de la première saison « hors les murs ». Pierre Guiral a lui-même été au cœur de ces travaux avec cette problématique d’amener le public, non plus au centre-ville mais à Confluence ce qui, la première année, a été loin d’être simple. Actuellement, la situation ne l’est guère davantage car cela fait deux fois que l’on retarde la date de réouverture de l’Opéra centre-ville en raison des conditions sanitaires qui ajoutent à la complexité. Donc, ce ne sont pas les hommes avec lesquels je travaille qui peuvent présenter une difficulté mais ces questions permanentes qui se posent pour avancer dans la programmation, mettre en avant ce qui peut être positif, penser au remplissage de nos salles et tant d’autres questions dont les réponses doivent permettre de mener à bien de multiples projets nonobstant une situation contraire. 

Quel que soit le métier que l’on fait, pour peu qu’on le fasse par choix voire par passion, nous avons tous des rêves qui viennent en colorer les contours, en changer certains aspects ou à en intégrer d’autres, quels sont les vôtres pour l’Opéra Grand Avignon ?

Pas forcément des rêves mais plutôt des projets, notamment ce que je construis aujourd’hui et qui me tient à coeur est de rebondir sur l’idée du mécénat avec le dessein de fédérer ces 150 mécènes, entreprises et particuliers mêlés, autour d’un club qui sera le leur et qui permettra de faire vivre ce mécénat, le « faire ensemble » de fait qui verra le jour, je pense, à la rentrée prochaine. Par ailleurs, il y a également le projet d’une boutique car il faut bien considérer que l’Opéra Grand Avignon est une marque et qu’il a amplement sa place sur l’échiquier national et européen. J’ai le désir que le public s’approprie davantage si possible cet Opéra en développant une série de produits dérivés tout simplement, un projet qui me tenait à coeur depuis longtemps. Dans tout cela, et sans doute pour une synthèse de ce qui précède, je souhaite prolonger cette collaboration avec la Direction car j’imagine mal le directeur d’un côté et les services de l’autre. On a tous un rôle à jouer, une partition à interpréter ensemble et à oeuvrer pour le meilleur service à destination des publics ! Je dois avouer que je suis très heureux de travailler avec Frédéric Roels qui a également son propre parcours artistique de dramaturge, de metteur en scène etc.

Cependant, si je devais livrer un rêve malgré tout, rêve que j’ai effleuré il y a quelques années en tant que conseiller artistique dans un théâtre d’Avignon, ce serait de pouvoir avoir une responsabilité artistique qui défendrait ma propre vision d’une saison artistique par exemple !

De gauche à droite : avec Monique Albergati, Jean-Claude Casadesus, Debora Waldman, Richard Martet (Jeunes Espoirs 2019).

Avez-vous hâte de retrouver l’Opéra place de l’Horloge ? Beaucoup ont apprécié cet espace « Ephémère » à Courtine, le regretterez-vous vous-même ?

Bien sûr, je suis impatient de retrouver cette maison d’Opéra, d’abord par ce que j’ai un grand attachement à ce bâtiment historique chargé d’Histoire depuis le XIXème siècle, il s’agit de notre patrimoine et ensuite parce que cela permettra de retrouver sur le même lieu les différents services de l’Opéra, en ce moment tout le monde travaille en des endroits différents par la force des choses. Dans quelques semaines, toutes les équipes vont enfin se retrouver à nouveau sous le même toit. 

Regretter Confluence, je ne le crois pas, c’était néanmoins une chance que d’avoir eu cette salle grâce à la volonté politique de l’Agglomération qui a choisi cette construction éphémère pour maintenir et poursuivre l’activité artistique, ce qui n’est pas une évidence partout, donc nous pouvons être heureux d’avoir été soutenus par le Grand Avignon. Mais comme son nom l’indique, il s’agit d’une structure éphémère qui pourra avoir une autre vie ailleurs, aucun regret donc car nous allons retrouver un beau bâtiment modernisé, plus beau qu’auparavant ! Et c’est Don Giovanni de Mozart, au mois d’avrilqui devrait être à l’occasion du premier lever de rideau de l’Opéra du centre-ville.

Propos recueillis par Marianne Millet le 16 janvier 2021

Souriant et bienveillant, diplomate et inventif, industrieux et consciencieux, on pourrait ainsi multiplier les paires d’adjectifs pour qualifier Arnaud Lanez ! Nul n’a son pareil pour accueillir qui franchit les portes de l’Opéra Grand Avignon. Du spectateur à l’artiste en passant par celles et ceux qui oeuvrent à la technique comme à l’administratif, l’écoute est semblable, l’attention est réelle. Sans doute est-ce cette âme d’artiste qui reste au fond de l’homme « multifonction » qui pousse Arnaud Lanez à entendre l’autre quel qu’il soit, avec cette volonté de voir ce qu’ensemble ils pourront construire au service de tous. Véritable factotum de la culture, Arnaud Lanez n’a pas fini de nous surprendre !

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