Un papillon se pose sur la scène d’Avignon… Emouvante Madama Butterfly de Giacomo Puccini

Concernant le compositeur Giacomo Puccini, des pages ont été publiées lors des représentations de La Bohème les 18 et 20 janvier 2019 à L’Opéra Grand Avignon, la mise en scène était assurée par Frédéric Roels et Claire Gervais, la direction musicale par Samuel Jean. lien ci-dessous :

https://parolesdopera.com/2019/01/03/giacomo-puccini-entre-realisme-et-romantisme-une-intensite-dramatique/

Les diverses filiations de l’oeuvre

Véritables poupées russes (et non pas japonaises ici !) les origines de ce drame lyrique se révèlent les unes après les autres. La pièce de théâtre au titre éponyme de David Belasco, dramaturge et directeur de théâtre américain, qui retiendra toute l’attention et l’émotion de Puccini au point de désirer ardemment en faire un opéra, est elle-même issue de la nouvelle de Luther Long écrite en 1898. Récit qui trouve à son tour sa source dans Madame Chrysanthème de Pierre Loti publié une décennie auparavant.

Les « contrats de mariage » entre des jeunes femmes « exotiques » et des occidentaux de passage deviennent un leitmotif dans une littérature influencée par des lois japonaises sur le mariage et le divorce étrangement souples et favorables uniquement à la gente masculine. Les récits des amours baroques qui en découlent deviennent une ressource certaine dans le champ opératique. Devant la pièce de Belasco, dont il ne comprend cependant pas les dialogues anglais, Giacomo Puccini est ému par ce qu’il perçoit des souffrances de la jeune geisha qu’il associe étroitement à sa Mimi dans La Bohème composée quelques années plus tôt, en 1896. Nous sommes en 1900, Puccini est à Londres pour y créer Tosca, il est reconnu comme le maître de l’opéra italien, et surtout il est à la recherche d’un nouveau sujet pour composer un nouvel ouvrage. C’est à l’issue de la représentation de Madame Butterfly qu’il convainc le dramaturge Belasco de le laisser faire de cette œuvre un opéra dont il pressent déjà toute la force musicale qu’il entend lui donner.

De Madame Chrysanthème à Madame Butterfly

Pour en revenir à la genèse de l’œuvre musicale puccinienne, il s’agit tout d’abord d’une écriture diaristique, celle du romancier Pierre Loti qui fixe, en 1887, dans Madame Chrysanthème, une expérience personnelle sur le mariage à la japonaise dont il a connu les saveurs douces-amères lors de son séjour à Nagasaki en 1885. Roman dont André Messager composera une opérette en 1893.

Si Pierre Loti a déserté quelque peu les études littéraires actuelles dans les collèges comme dans les lycées, il n’en demeure pas moins cet écrivain atypique qui nourrit la majeure partie de son œuvre de ses voyages, non seulement de différentes contrées du monde mais encore de certaines régions de France, on pense à la Bretagne par exemple qui inspirera Pêcheurs d’Islande en 1886 ou bien encore au Pays basque dont il livrera Ramuntcho en 1897, deux romans qui ont fait des succès d’édition répétés jusqu’à la fin du XXème siècle.

L’écrivain, qui sera élu à l’Académie française en 1891, de son véritable nom Julien Viaud, c’est tout d’abord l’officier de marine né à Rochefort dont le centre historique abrite actuellement dans le musée Hèbre une partie des collections de la maison de Pierre Loti (la maison restaurée rouvrira ses portes au public en 2023). Pressenti d’abord à faire Polytechnique, les revers de fortune de ses parents le poussent vers l’Ecole navale et, par la force des choses, vers les voyages pendant lesquels il saisit aussi bien ses crayons afin de croquer ce qu’il observe que ses plumes pour fixer ses souvenirs. C’est à Tahiti, en 1872 qu’il reçoit le nom de Loti, nom d’une fleur tropicale, par la vieille reine Pomaré, et c’est ce même nom qu’il utilisera pour signer ses ouvrages à partir de 1876.

De ce séjour à Tahiti, il écrit Le Mariage de Loti publié en 1880, roman qui le rendra célèbre et dont les amours impossibles entre un officier de marine et une jeune polynésienne inspireront l’opéra Lakmé à Délibes et l’Île du rêve à Reynaldo Hahn qui signe ainsi, en 1898, sa première composition musicale, le musicien n’a que 17 ans.

Les « contrats de mariage » entre des jeunes femmes « exotiques » et des occidentaux de passage deviennent un leitmotif dans l’écriture lotienne et une ressource certaine dans le champ opératique, et si quelques années plus tard Giacomo Puccini traite de même ce thème, il écarte en revanche résolument la femme intéressée et matérialiste de Loti ou celle déterminée de Luther Long préférant la version théâtrale plus dramatique de Belasco.

Les douleurs de l’enfantement… 

Comme l’avait senti si fortement Giacomo Puccini, Madama Butterfly allait devenir son opéra favori, du reste, l’œuvre ravit toujours autant son public sur toutes les scènes du monde bien qu’il n’en fût pas de même à sa création à la Scala. En effet, les critiques se montrèrent plutôt féroces après la première en février 1904, tout y passa, du manque d’inspiration au « plagiat » de ses propres œuvres précédentes !

Qu’à cela ne tienne, Puccini s’est brûlé les ailes aux lumières de critiques acerbes soit, mais il retouche la pièce, ajoute un entracte et quelques mois plus tard, au Teatro grande de Brescia, Madama Butterfly remporte le succès tant espéré. Le compositeur n’en continue pas moins à remanier son œuvre jusqu’à sa cinquième version retenue à présent comme celle faisant référence en la matière.

Quand on n’a que l’amour… 

« Le plus sincère et le plus expressif » dit le compositeur enthousiaste à propos de la facture même de son œuvre pour laquelle il n’hésite pas à écouter et à étudier les caractéristiques de la musique japonaise, il invente des airs qui « sonneraient » japonais, emprunte à la chanson folklorique japonaise et met au centre de sa musique la tragique histoire de cette jeune geisha à peine sortie de l’enfance qui s’éprend du beau lieutenant de Marine. Cio-Cio-San signifie papillon, emblème de la femme au Japon, un nom dont le symbole rend grâce à la délicatesse de la jeune fille qui n’en vient pas moins se brûler les ailes aux flammes de la passion. Épousée, selon une coutume pour le moins étrange et déconcertante, afin de tromper l’ennui du séjour prolongé d’un jeune officier, Butterfly glisse dans un bonheur sans mélange jusqu’à renier la religion de ses ancêtres pour embrasser celle du christianisme.

Et ce qui n’est qu’un jeu pour le jeune homme, séduit par la poupée « figurine de paravent », devient l’acte de foi de la jeune femme. L’époux reparti, l’attente et l’enfant issu de la brève union entre les deux jeunes gens sont les uniques raisons de vivre de Cio-Cio-San. Mais le fatum est en marche ; reniée par sa famille, rejetée par son beau lieutenant qui épouse « pour de vrai » une jeune Américaine et qui vient lui prendre son enfant, le papillon voit ses ailes brisées « une fureur de le poursuivre m’assaille, quand bien même je devrais lui briser les ailes » chantait le lieutenant Pinkerton au moment des premières amours. Et dans le sillage des grandes héroïnes de l’opéra romantique, la jeune geisha met un terme à sa vie, papillon éphémère, elle rejoint ainsi les grandes amoureuses éprises d’absolu qui fascinent tant les artistes : « Que meure avec honneur celui qui ne peut vivre dans le déshonneur ».

Marianne Millet


MADAMA BUTTERFLY (Puccini)

  • DATES

Vendredi 12 novembre 20h30

Dimanche 14 novembre 14h30

Mardi 16 novembre 20h30

  1. INFOS PRATIQUES
  2. Tarifs : À partir de 10€
  3. Opéra Grand Avignon
  4. Durée : 3h

Opéra en trois actes

Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après John Luther Long et David Belasco

Direction musicale Samuel Jean

Mise en scène et lumières Daniel Benoin

Décors Jean-Pierre Laporte

Costumes Nathalie Berard-Benoin et Françoise Raybaud

Vidéaste Paolo Corrla

Cio-Cio-San (Madama Butterfly) Noriko Urata Suzuki Marion Lebègue

B.F Pinkerton Avi Klemberg

Sharpless Christian Federici

Goro Pierre-Antoine Chaumien

Yamadori/ Commissario imperiale Matthieu Justine

Kate Pinkerton Pascale Sicaud-Beauchesnais

Lo Zio Bonzo Jean-Marie Delpas

Yakuside Virgile Frannais

Orchestre National Avignon-Provence

Chœur de l’Opéra Grand Avignon

Opéra préféré de Puccini, Madama Butterfly associe une atmosphère exotique magnifiquement évoquée avec un bouleversant portrait de femme. La jeune geisha Cio-Cio-San, s’apparente à Mimi et à Liu, autres héroïnes pucciniennes : fragiles et pleines d’abnégation mais possédées par leurs sentiments amoureux. Le parcours de Butterfly a été superbement traité par le compositeur de l’insouciance du début de l’ouvrage jusqu’à l’implacable tragédie finale.

Pour sa mise en scène, Daniel Benoin a choisi de situer l’action de ce drame dans le Nagasaki de 1945, décuplant ainsi la force dramatique de l’ouvrage.

Production de l’Opéra de Nice Côte d’Azur

SAMEDI 13 NOVEMBRE : Après-midi japonais

14h-15h présentation d’une cérémonie du thé – Entrée libre sur réservation

Contact : emmanuelle.thalmann@grandavignon.fr (limité à 30 personnes)

15h15-16h30 atelier découverte de l’ikebana – Entrée libre sur réservation

Contact : emmanuelle.thalmann@grandavignon.fr (limité à 15 personnes)


Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 3h00

Tarif à partir de 10 euros

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