Sandra Pocceschi et Giacomo Strada à propos de leur Idomeneo de Mozart, prochainement sur la scène d’Avignon.

Sandra Pocceschi, metteuse en scène, formée à la danse contemporaine parallèlement à des études de philosophie, je vais naturellement vous demander quel est le fil conducteur qui vous a guidée à travers ces différentes voies.

La philosophie conduit à réfléchir à la dramaturgie, quant à la danse elle m’invite à penser les mouvements et les appuis des chanteurs, il y a cet équilibre par rapport au sol même de la scène que le danseur connait bien, sans oublier cette colonne d’air nécessaire au chant. Les deux formes servent au mieux à la mise en scène d’opéras.

Nous signons, Giacomo Strada et moi, la mise en scène, les costumes et les décors puisque, au moment de la conception d’un spectacle, selon nous, tout cela s’articule de manière très étroite. Je n’ai pas en la matière de scénographie de compétences techniques mais plutôt des notions d’ordre conceptuel, il en est de même pour les costumes en fait. Giacomo a ces compétences techniques qui permettent de réaliser les décors. Nous sommes ainsi naturellement complémentaires; scénographie et dramaturgie sont intimement entremêlées.

Vos travaux en tant qu’assistante vous ont amenée à travailler avec le plasticien italien, auteur, metteur en scène, scénographe également créateur d’éclairage, de son et costumes ; Romeo Castellucci, ce qui n’est pas négligeable dans une carrière !

Oui, complètement. Nous nous sommes rencontrés avec Giacomo d’ailleurs parce qu’il travaillait depuis quelques années avec Roméo Castellucci en collaborant à ses décors et parce que j’ai également commencé à travailler avec Romeo Castellucci alors qu’il montait son premier opéra en 2010 ; Parsifal, « qui recrée en trois actes le parcours initiatique de l’antihéros wagnérien, de la bestialité à la conscience » (Marie-Aude Roux.) Je collabore depuis longtemps également avec Mariame Clément, et pour nous qui montons pour la première fois, avec Idomeneo, un opéra de cette forme, l’avoir assistée sur des œuvres musicales approchant ce type de forme avec des airs da capo et des récitatifs est un bon apport. Je pense aussi à d’autres artistes avec lesquels j’ai travaillé dans une approche davantage psychologique pour mener la direction d’acteurs. Un artiste se nourrit de ses rencontres artistiques, du travail qu’il observe pour créer à son tour de manière originale.

Aussi bien danseuse interprète que chorégraphe, comment passer de l’une à l’autre ?

J’ai très peu travaillé en tant que chorégraphe et exclusivement pour l’Opéra donc toujours au service d’un metteur en scène. Diriger des danseurs dans un opéra est différent, souvent du reste en vue d’organiser le mouvement du chœur, pour insérer des foules, des danseurs à l’intérieur d’un plateau tenu par d’autres dynamiques autres que celles de la danse, les chanteurs sont également à diriger dans leurs mouvements.

Depuis un peu plus de dix maintenant, date de votre rencontre, avec Giacomo Strada également artiste protéiforme, vous travaillez davantage la mise en scène pour l’Opéra, est-ce cette association qui vous a poussée à cibler cette forme artistique plutôt qu’une autre ?

Giacomo a une formation de sculpteur et il a beaucoup travaillé pour le théâtre, à l’inverse ma carrière de danseuse a été très brève pour se réorienter rapidement vers l’opéra, j’y trouve tout ce dont j’ai besoin. Ainsi toutes mes aspirations tendaient exclusivement vers la mise en scène d’opéras, c’est plutôt moi qui ai amené Giocomo vers cette forme artistique sans que pour autant qu’il ne renonce au théâtre ou autres projets qui lui tiendraient à cœur de réaliser bien sûr !

Pour la première fois, l’Opéra Grand Avignon accueille des artistes en résidence, une aventure que vous avez déjà vécue ?

(Une résidence est un lieu qui accueille un ou plusieurs artistes pour que celui-ci ou ceux-ci effectuent un travail de recherche ou de création.)

Non, c’est une première pour nous aussi, ça n’est pas fréquent d’avoir des metteurs en scène en résidence. Cela nous permet de découvrir ce que nous ne connaissions pas encore en quittant un peu nos habitudes liées aux répétitions d’opéra pour proposer d’autres choses parallèles qui entreront en résonance avec l’opéra d’une façon ou d’une autre. C’est à cela que nous attellerons après Idomeneo.

Aria, mis en scène par Sandra Pocceschi et Giacomo Strada, samedi 23 avril à 20H30 et dimanche 24 avril à 16h00 à l’Autre Scène, Vedène, durée 1heure.

Répétitions d’Idomeneo crédit OGA/AM

Mettre en scène un spectacle à deux ne va pas forcément de soi, comment vivez-vous cette entreprise ?

Il y a une sérieuse préparation en amont qui permet d’arriver dès les premières répétitions en sachant parfaitement ce que nous avons à faire. Nous nous distribuons d’emblée les rôles, Giacomo développe un imaginaire fait d’images et d’espaces alors que de mon côté je m’attarde sur la musique et le livret et les enjeux dramaturgiques puis nous mettons cela en commun de manière très imbriquée. Nous tentons d’impliquer chaque élément du décor dans le jeu des chanteurs, le décor n’est pas un arrière-plan mais nécessaire à l’articulation des scènes au même titre que peuvent l’être tous les accessoires et les costumes.

Parlez-nous un peu du parcours de Giacomo Strada.

Giacomo a une formation beaux-arts en spécialité sculpture sur tous types de supports, plus précisément on peut dire qu’il a cette formation de plasticien puisqu’il faut ajouter le dessin et la peinture. En outre, il avait une compagnie de théâtre en Italie, ce qui l’a amené à faire nombreuses performances, de réalisations théâtrales avant de travailler avec Romeo Castellucci. Le point assez présent dans notre travail demeure dans les différents éléments du décor extrêmement symboliques.

Pour le moment, il s’agit de mettre en scène une oeuvre de Mozart que le public connait sans doute un peu moins, Idomeneo dont la source mythologique est évidente, pourquoi ce choix ?

C’est une proposition de mise en scène que nous a faite la direction de l’Opéra Grand Avignon dans le cadre de sa thématique de saison « Contre vents et marées » et que nous avons acceptée avec plaisir. A mon sens, que l’on se sente proche ou éloigné de l’ouvrage en question, c’est toujours très stimulant pour nous deux. Se confronter à tous les ouvrages possibles que nous pouvons rencontrer est une évidence pour nous.

Pour Idomeneo par exemple, l’enjeu était la confrontation avec les airs da capo et les récitatifs qui restent une belle découverte d’une œuvre magnifique, l’histoire en n’est pas simple avec ce thème de l’infanticide, les correspondances n’en sont pas vraiment immédiates et la question de leur traitement actuel se pose.

Répétitions d’Idomeneo crédit OGA/AM

De la guerre de Troie à celle d’aujourd’hui que nous vivons par écran interposé, nous ne pouvons qu’être davantage sensibles au spectacle que vous préparez. Les évènements ont-ils influencé le regard que vous portez sur votre travail de mise en scène, notamment lorsque l’on découvre l’image d’un canon que vous placez sur scène ?

Si le concept a été préparé et finalisé bien avant les évènements actuels, nous avons cependant une approche assez sombre d’Idomeneo, laquelle va donc entrer en résonance avec l’actualité. Cette oeuvre, qui a été écrite pendant la période des Lumières, célèbre la paix au bout d’une quinzaine de minutes, néanmoins le personnage d’Idomeneo, donné tour à tour pour mort puis vivant etc. revient et remet en jeu cette paix et les valeurs des Lumières qui y sont attachées en quelque sorte. Le retour d’Idomeneo marque un retour de l’archaïque qui doit être conjuré à nouveau.

Nous tentons de désamorcer le deus ex machina propre au seria qui vient résoudre tous les problèmes pour mettre en avant les questions de la violence et de la responsabilité qui fragilisent la paix. Un écart de ce fait par rapport à ce qui est attendu mais qui fait écho à ce qui est vécu aujourd’hui.

Dans Idomeneo, la recherche d’un coupable est visible, la faute est rejetée sur les dieux. Notre traitement de l’œuvre oppose les générations, l’ancienne avec Idomeneo violente, avec les nouvelles qui incarnent les valeurs de la paix et du pardon. Elettra qui appartient à la nouvelle génération continue néanmoins à vouloir la guerre, elle ne peut et ne sait pardonner car elle est celle qui n’oublie rien, elle est le moteur de cette violence qui se remet en marche. D’où cette idée d’une paix fragile et d’une violence qui n’appartient pas au passé. Elettra n’a pas cette résilience qui lui permettrait de dépasser le tragique, seule dynamique archaïque qu’elle connait et qu’elle réactive dans le présent.

J’imagine que vous ne manquez pas de projets ?

En effet, des reprises pour la saison prochaine, dont Les Rêveurs de la lune à Avignon qui est une création mondiale, la première a eu lieu à Strasbourg cette année. Egalement à Strasbourg, une version réduite de la Cenerentolina de Rossini que l’on avait déjà montée au théâtre de Genève. D’autres projets dans plusieurs maisons d’Opéra pour la saison prochaine et la suivante mais là, nous en parlerons le moment venu !

Pour le moment, en avril et à l’occasion de la résidence qui permettra de créer Aria, nous aurons également un workshop avec les élèves du Conservatoire d’art dramatique pour travailler autour du personnage de Pinocchio en concentrant toute son histoire autour de la figure de Gepetto.

Propos recueillis par Marianne Millet le 14 mars 2022

Merci à Sandra qui, en dépit d’un emploi du temps plus que serré, a su réserver avec bienveillance ces quelques minutes pour un entretien des plus sympathiques ! Nous avons hâte de voir le travail de ces deux metteurs en scène, non seulement à propos d’Idomeneo mais encore, à la fin du mois d’avril, de découvrir Aria qui conclura leur travail en résidence à Avignon.


Opéra de Mozart

La guerre est terminée. Laquelle ? La guerre de Troie – toujours elle. Mais les drames appellent les drames, la peur tue. Le roi de Crète Idomeneo a combattu aux côtés des Grecs et navigue victorieux vers son pays. Lorsqu’une tempête effroyable semble ne laisser aucun espoir de survie, Idomeneo, s’accrochant à un ultime recours, invoque Neptune et lui promet le sacrifice de la première personne qu’il croisera, s’il aborde sain et sauf à ses terres. La mer s’apaise soudainement. En posant le pied sur la plage, Idomeneo distingue une silhouette qui s’approche… il n’est pas certain… il plisse les yeux sous le soleil… c’est bien lui… c’est son fils.

Et voilà la machine tragique qui s’emballe à nouveau. Elle emporte avec elle un grand chœur, un monstre marin semeur de terreur et comme une bourrasque soulevée par le dieu des mers, tout le XVIIIe siècle et ses vieilles machines d’opéra. Artifices qui commencent à rouiller, Mozart le voit bien. Le jeune Mozart n’est justement plus si jeune ; nous sommes en 1781, il a vingt-cinq ans et le cœur prêt à oser. Il signe avec ce premier opéra de la maturité une œuvre réflexive, circonspecte et tout à la fois libératoire. Sa mère vient de mourir et son père l’a sommé de rentrer de Paris afin de reprendre son poste à Salzbourg. Le Prince-électeur de Bavière lui commande un opéra seria, genre très codifié, et choisit un sujet hérité de la tragédie lyrique française, puisant dans la mythologie grecque.

L’autorité impose, Mozart dispose. Visionnaire, il modernise la forme en floutant l’alternance de récitatifs et d’airs et en composant des ensembles habituellement réservés au style bouffe : duo, trio et grande nouveauté, quatuor. L’opéra seria respire. On hume les premiers effluves de l’ouragan romantique qui va bientôt chavirer l’Europe.

Sandra Pocceschi et Giacomo Strada offrent un spectacle ténébreux où les voix aiguës des solistes sont les lumières d’un monde sombre et brutal. Nathalie Gendrot

Nouvelle Production

Distribution

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Sandra Pocceschi - Metteur en scène

MISE EN SCÈNE

Sandra Pocceschi – Metteur en scène

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Giacomo Strada - Metteur en scène

MISE EN SCÈNE

Giacomo Strada – Metteur en scène

Direction musicale Debora Waldman
Collaboratrice aux costumes Sofia Vannini
Assistante à la mise en scène Héloïse Sérazin
Lumières Giacomo Gorini

Idomeneo Jonathan Boyd
Idamante Albane Carrère
Ilia Chiara Skerath
Elettra Serenad Uyar
Arbace Antonio Mandrillo
Gran Sacerdote Yoann Le Lan
Voce di Nettuno Wojtek Smilek
Due Cretese Deux Crétoises Ninon Massery / Clelia Moreau 
Due Troiani Deux Troyens Julien Desplantes / Augusto Garcia 

Chœur de l’Opéra Grand Avignon
Orchestre National Avignon-Provence

Nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon 
Edition Neue Mozart-Ausgabe © Bärenreiter-Verlag Kassel · Basel · London · New York · Prag 

IDOMENEO

du 25 au 27/03/2022

  • Opéra Grand Avignon (Grande Salle)Placement numérotévendredi 25/03/202220:30de 10.00 à 75.00 €
  • dimanche 27/03/202214:30
  • de 10.00 à 75.00 €

Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

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