Auteur : parolesdopera

Frédéric Roels, un passeur d’émotions…

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Metteur en scène, directeur d’opéra, notamment celui de Rouen de 2009 à 2017, actuellement directeur des opérations artistiques à l’Opéra Royal de Mascate à Oman, créateur de lumières, auteur à vos heures, dramaturge, notamment lorsque vous étiez à l’opéra de Liège, Frédéric Roels a-t-il cette nécessité de toucher un peu à tout pour comprendre au mieux l’univers lyrique dans ses multiples facettes ?

 En effet, il est une constante depuis l’enfance, à savoir une double passion pour la musique et pour le texte qui expriment et racontent un contenu, une émotion. Ce qui est sublime dans l’opéra, c’est bien la rencontre des deux qui interagissent, la musique apporte ses qualités narratives et émotionnelles, le livret en procure tout autant, parfois en allant dans un sens semblable, d’autres fois en se complétant voire en se contredisant. C’est dans l’observation de ces deux langages et de leurs interférences que je trouve un intérêt certain aussi bien dans mon travail de metteur en scène que dans celui de programmateur. C’est essentiel, selon moi, que les œuvres fassent sens et qu’elles engendrent une particularité qui résultent de l’alchimie entre le livret et la musique. Programmer une œuvre dont la portée ne serait que musicale ou inversement ne me séduirait pas car j’ai besoin de raconter une histoire, ainsi pendant les huit années passées à l’Opéra de Rouen, j’ai tenté que chacune des saisons raconte quelque chose, souvent conduites en cela par le fil conducteur d’une thématique choisie. Donc le désir de raconter avec la musique, le texte mais aussi, naturellement, avec le jeu des d’acteurs, la lumière, la représentation scénique, le mouvement. Quant à la lumière, c’est un langage qui m’a intéressé depuis mes études de théâtre et que j’ai pu créer dans des spectacles où les moyens financiers étaient moindres, quelques rares expériences d’éclairagistes sur demande également ont conclu cette approche que je n’ai pas poursuivie, Cosi Fan Tutte, en 2016, est le dernier opéra dont j’ai fait les éclairages.

Côté écriture, c’est une occupation plus intime puisque faite dans la solitude à contrario de la mise en scène qui est un travail collectif avec les chanteurs, le scénographe, le costumier, l’éclairagiste, l’assistant, l’orchestre, le chef d’orchestre etc., donc toute une équipe qui collabore pour la création d’une œuvre alors que l’écriture me permet, de temps en temps, de travailler dans la solitude quelques heures par jour comme j’aime à le faire parfois.

J’ai pu ainsi écrire nombreux articles dans une démarche explicative pour l’Opéra de Bruxelles ou le Palais des beaux-arts (BOZAR) ou, de manière plus imaginative, deux livrets d’opéra, une comédie musicale et, de façon plus souterraine pour l’instant, deux romans encore à l’ébauche.

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Giacomo Puccini, entre réalisme et romantisme, une intensité dramatique…

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Le musicien précoce

Giacomo Puccini est donné pour l’un des plus grands compositeurs de la seconde partie de ce XIXème siècle foisonnant d’arts et de sciences. Qui évoque Puccini songe sans doute simultanément à La Bohème, Tosca, Madame Butterfly, trois opéras à la tonalité dramatique pour ne pas dire tragique qui permettent, à l’opéra italien, après Verdi, de connaître à nouveau les feux éclatants de la gloire.

Mais reprenons quelques années plus tôt, c’est le 22 décembre 1858 en Toscane que naît le petit Giacomo, sixième enfant et seul garçon après cinq filles, un septième enfant, un garçon, verra le jour cinq ans plus tard et mourra à l’âge d’un an. Giacomo reste le seul « homme » de la famille puisque son père est également mort depuis quelques mois. Avant lui ce sont déjà trois générations de compositeurs d’église qui prédisposent sans doute aux aptitudes musicales le dernier rejeton Puccini. Si la pression familiale se fait sentir, Giacomo de son côté est un brin cossard et les plaisirs font plutôt le bonheur de ses jours ! Pourtant, bon sang ni talent ne sauraient mentir et c’est dans l’écoute de l’Aïdade Verdi, en 1876, que le jeune musicien, il a alors à peine 18 ans, décide de devenir compositeur. A 22 ans, fort d’une bourse, il entre au conservatoire de Milan où il se montre un élève des plus remarquables, un rien irrégulier mais véritablement brillant. La vie de bohème, il la connaîtra à l’italienne avec « La Scapigliatura » ; un mouvement littéraire et artistique aux formes diverses où on y rejette les principes bourgeois auxquels l’on préfère une création artistique libre. Giacomo rencontre à cette époque le compositeur Arrigo Boito, de 16 ans son aîné, et qui a déjà à son effectif une belle production artistique nourrie de poésies, de pièces de théâtre, de nouvelles et bien sûr d’opéras tel Mefistofele créé en 1868 à la Scala pour n’en citer qu’un. C’est ce nouvel ami qui va le soutenir dans la création de son premier opéra en 1884 à Milan ; Le Villi, dont le sujet fantastique et riche d’allusions magiques correspond bien au mouvement de la « Scapigliatura ». C’est dans cette même année que sa mère meurt laissant le compositeur très affecté, il n’a que 26 ans.

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Orphée aux Enfers, le public au paradis…

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Descendons joyeusement aux Enfers avec Orphée dans une musique allègre dirigée par la main de maître de Dominique Trottein ! En cette fin d’année 2018, tout concourt à donner la primeur à la légèreté, du moins dans la sphère chaleureuse de l’Opéra-Confluence (sic !). L’ouvrage d’Offenbach y est défendu par une Nadine Duffaut tour à tour espiègle et éclairée si ce n’est éclairante pour ceux qui auront suivi les nombreux signes liés à notre actualité, ou plus largement, à des réalités permanentes !

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Musicienne et metteure en scène; Nadine Duffaut, une artiste merveilleusement subordonnée à son art !

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Nadine Duffaut : musicienne avant tout, très jeune chef de chant à l’Opéra de Rennes, chef des Chœurs à Avignon, la création d’une école d’art lyrique vocal puis une première mise en scène d’opérette, un déclencheur semble-t-il dans votre carrière ? La mise en scène comme une évidence à ce moment-là ?

 Le déclencheur vient en fait des personnes que j’ai fait travailler, me considérant d’abord comme musicienne, l’école était un moyen de mettre en œuvre un enseignement accessible, c’est-à-dire sans considération financière outre celle de l’assurance obligatoire puisqu’il n’y avait pas de salaire, ni pour moi ni pour les autres. Si l’on prend l’exemple du conservatoire d’Avignon pour ceux qui n’étaient pas d’Avignon, le prix en était à l’époque assez dissuasif pour les bourses les plus modestes. J’ai le souvenir d’une amie mère de quatre enfants qui avait dû faire un emprunt pour y inscrire ses enfants ! J’ai connu moi-même une époque bienheureuse où le conservatoire était gratuit, dans lequel une bibliothèque était à portée de tous pour le prêt de partitions, des instruments étaient également prêtés à ceux qui ne pouvaient pas en acheter.

Donc, dans cette école j’ai commencé à monter musicalement les rôles puis, peu à peu, les gens m’ont demandé de faire une mise en espace des concerts que l’on faisait, ce à quoi je leur répondais que ce n’était pas mon métier mais j’ai fini par me prendre au jeu et on a monté des spectacles avec cette école. Cependant, je n’avais le prêt d’une salle à Villeneuve qu’une fois par semaine, l’argent manquait et les répétitions se faisaient dans mon salon ! C’était Orphée aux Enfers justement, monté avec des élèves, des amateurs et des semi-professionnels, donc 45 dans mon salon avec les accessoires en supplément, ça commençait à faire beaucoup ! Avec l’argent des spectacles, on arrivait tout juste à louer la salle pour se produire, donc le matin on faisait les éclairages, l’après-midi la générale et le soir la première !

Je savais qu’on ne pouvait guère progresser de cette façon, l’argent restant malgré tout un atout essentiel, j’ai donc arrêté l’école dont beaucoup d’élèves néanmoins ont pu par la suite gagner leur vie en chantant, ce qui est une satisfaction en somme.

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Jacques Offenbach, du musicien au compositeur de l’opéra-bouffe français…

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Compositeur et violoncelliste français d’origine allemande, c’est à Cologne, en 1819, que naît Jakob Offenbach, il est le septième enfant des dix que comptera cette famille de musiciens. Le père, Isaac Eberst, originaire d’Offenbach-sur-le-Main, a pris bien avant la naissance de ce deuxième fils, le nom de ce premier lieu. Jakob, lui, préfèrera plus tard, une fois arrivé à Paris, le prénom de Jacques. Enfant, il se révèle exceptionnellement doué pour la musique qu’il travaille sur « toutes sortes d’instruments, un peu, du violoncelle beaucoup » confie-t-il à un journaliste en 1864. Conscient des capacités peu communes de son fils, Isaac Offenbach l’emmène avec son frère à Paris où le jeune musicien alors âgé de treize ans entre au Conservatoire, il n’y restera guère qu’une année, ses maître l’ennuient et il lui est difficile de répondre au mieux à leur autorité, indiscipliné qu’il est ! D’abord violoncelliste à l’Ambigu-Théâtre, ensuite à l’Opéra-Comique de Paris, Offenbach rêve de composer des opéras. Esprit libre et farceur, il ne se plie guère davantage à la discipline de l’Opéra-Comique.

Amoureux mais peu fortuné encore pour prétendre au mariage, il fait une tournée en France et en Allemagne qui assoit sa renommée et remplit sa bourse. Converti au catholicisme, il peut enfin épouser à l’âge de 25 ans Hérminie D’Alcain, compagne de toute une vie et soutien indéfectible du compositeur.

Les premières compositions d’Offenbach ne remportent pas le franc succès escompté, personne ne veut monter ses opéras. Chef d’orchestre de la Comédie française entre 1850 et 1855, Offenbach nourrit le projet de monter ses pièces dans son propre théâtre en abandonnant définitivement l’idée de se voir jouer à l’Opéra-Comique.

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L’Opéra de quat’sous, ou la création d’un « genre nouveau »de Weill à Lacornerie…

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L’Opéra de quat’sous ; voilà un oxymore qui laisse supposer quelque décalage avec le genre noble de l’opéra et c’est bien ce qu’il faut y voir en effet puisque d’opéra il n’en a que le nom pour mieux en parodier le contenu traditionnellement attendu. Attaché particulièrement au théâtre musical, Jean lacornerie reprend la version originale de 1928, celle, née de l’étroite collaboration entre Bertolt Brecht et le compositeur Kurt Weill.

Pour l’histoire, dans le cloaque londonien, où « la bouffe passe la morale », nécessité et argent font loi. Flics corrompus, prostituées, voleurs et mendiants forment une société à l’image d’une humanité impitoyable. Nouvelle espèce d’esclavagiste, Monsieur Peachum règne d’une main de fer sur les mendiants de la ville, cependant que sa fille Polly vient d’épouser le brigand Macheath, chef d’une bande de malfrats. Il s’agit pour Peachum de récupérer au plus vite sa fille unique, et pour cela, faire arrêter Macheath, ce qui n’est pas compliqué; les putains du truand se chargeront de le trahir pour quelques billets. Après quelques péripéties sans surprise, distanciation brechtienne à l’oeuvre, la pendaison est prévue mais retournement brechtien oblige, la grâce et l’anoblissement de la canaille sont annoncés dans un dénouement qui rompt totalement avec les codes de l’opéra.

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Jean Lacornerie, directeur de théâtre, metteur en scène, et…guide vers l’art du théâtre musical …

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Jean Lacornerie, si l’on examine votre parcours, il semble que celui-ci ait connu une ascension rapide et solide puisque très jeune encore, vous êtes nommé Secrétaire général de la Comédie-Française.

 Il est vrai que j’ai eu beaucoup de chance et, notamment, celle de travailler avec Jacques Lassalle alors directeur du théâtre national de Strasbourg. Je suis ainsi devenu son assistant à la mise en scène, ensuite, lorsqu’il a été nommé administrateur général de la Comédie-Française, il m’a proposé de le suivre avec un changement de poste pour celui de secrétaire général de la Comédie-Française. Naturellement porté vers la direction de théâtre, bien que le plateau m’intéresse en premier lieu, j’aime comprendre le fonctionnement, la gestion et la programmation d’un théâtre. La Comédie-Française étant cependant une grande institution, elle ne permet pas une fantaisie des plus étendues donc je suis parti tracer mon chemin de metteur en scène et fonder mon propre théâtre à Lyon. J’ai dirigé de ce fait plusieurs théâtres et depuis 2010, celui de la Croix-Rousse à Lyon. La ville est riche de lieux de spectacles du reste, il y a également l’Opéra de Lyon avec de nombreux projets.

 Jacques Lasalle disparu en janvier dernier, homme de théâtre et d’écriture, directeur du TNS et administrateur général de la Comédie-Française, a été votre mentor en quelque sorte, que vous laisse-t-il en héritage encore aujourd’hui ?

 Absolument. En effet Jacques Lassalle m’a tout appris, non seulement tout ce qui concerne l’organisation et la bonne marche d’un théâtre mais également, et c’est sans doute cela que je retiendrais davantage, la direction d’acteurs. Il avait cette attitude de pousser le plus loin possible ses interprètes en ayant toujours à l’esprit l’idée que le théâtre passe par les acteurs et pas seulement par l’espace, la lumière et autre. C’est à mon sens une vision importante qui a tendance à se perdre un peu.

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Bertolt Brecht, du théâtre épique au théâtre dialectique…

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Bertolt Brecht       « La provocation est une façon de remettre la réalité sur pied » 

Bertolt Brecht est né à Augsbourg en 1898, donc il a 16 ans quand la Première Guerre mondiale éclate, mobilisé en 1918 il est aide-soignant dans un hôpital d’Augsbourg. Obligé de quitter l’Allemagne hitlérienne en 1933 où ses écrits sont brûlés devant l’opéra de Berlin, il émigre au Danemark puis en Finlande et finit par se fixer jusqu’en 1947 aux Etats-Unis. Victime des désordres de la république de Weimar, de l’ascension du fascisme (illustré dans La résistible ascension d’Arturo Ui), l’œuvre de Brecht devient le champ d’expériences pour une nouvelle conception du théâtre avant tout politique.

Bertolt Brecht avait débuté comme assistant metteur en scène au Deutsches Theater de Berlin en 1923. Exilé aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, il revient en Allemagne en 1948 pour fonder, avec son épouse la grande actrice Hélène Weigel, la troupe du Berliner Ensemble dont il va assurer la direction jusqu’à sa mort en 1956. Il est le théoricien d’un théâtre didactique ayant pour but la prise de conscience et l’action du spectateur. Il essaie pour cela de créer une distanciation entre spectateurs et personnages, afin d’empêcher l’identification.

Les décors sont suggérés et non réalistes, les éclairages sont francs, des panneaux viennent commenter des scènes, tout participe à l’anti-illusionnisme et amène le lecteur à sa lecture de la fable.

Admirateur de poètes tels que Villon, Rimbaud entre autres, Brecht écrit d’abord des poèmes dont on ne retient guère que Les Sermons domestiques, recueil publié en 1927, c’est naturellement son théâtre qui marquera profondément l’histoire du théâtre européen.

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Le Nozze Di Figaro ouvrent la saison lyrique de l’Opéra Grand Avignon dans une allégresse partagée…

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Une agitation de circonstance…

C’est bien d’une folle journée dont il s’agit au château du comte Almaviva, les noces de Figaro et de Suzanne doivent y être données mais c’est sans compter la double lutte des classes et des sexes qui va ajouter à la préparation du mariage un rythme trépidant et ponctué d’un brouillamini incessant dans les jeux de l’amour et des tentations à la débauche. Figaro, figure centrale, a la gaité constante de l’homme heureux : « J’aime ta joie parce qu’elle est folle, elle annonce que tu es heureux » lui dit sa malicieuse promise. Le bonheur chez un valet est-il possible en ce XVIII siècle marqué bientôt par la Révolution ? En aura-t-on bientôt fini avec ces Don Juan abusifs, forts de leur titre nobiliaire ? Sur les traces de Beaumarchais, Da Ponte et Mozart apportent quelques éléments de réponse en donnant une intelligence assez vive aux domestiques pour tourner en ridicule le séducteur, tout noble qu’il est. Et c’est bien la musique de Mozart qui nous fait entendre que rien n’est perdu mais qu’au contraire, tout est à atteindre.

Ainsi, en quatre actes, cet opéra bouffe, inspiré de la comédie de Beaumarchais et revisité par le librettiste Lorenzo da Ponte et par l’étourdissante musique de Mozart nous emmène dans un tourbillon d’intrigues amoureuses aux enchevêtrement inextricables, jeux de dupes s’il en est ; les femmes s’allient pour ranger le volage à ses devoirs de mari et le valet, hissé au rang du rival, intrigue plutôt que de servir. Les relations entre serviteurs et maîtres évoluent, les premiers veulent être reconnus et s’insurgent contre l’autorité des seconds. Cette confrontation entre les deux classes sociales, ces amours jalousement conquises ou convoitées, ce petit peuple d’agités, c’est sur la scène de l’Opéra du Grand Avignon que l’on pouvait en découvrir les résonnances lors de l’ouverture de sa saison lyrique, dimanche 21 octobre, un moment de pur bonheur reconduit le mardi 23 octobre à 20h30.

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Les Noces de Figaro par Stephan Grögler, un metteur en scène éclairé et éclairant…

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Vous avez des approches artistiques très différentes, comment définiriez-vous votre travail de metteur en scène ?

 Au départ, c’était plutôt un hasard que d’avoir des propositions de mise en scène d’opéras très différents, lesquels allaient du baroque au contemporain, ce qui a correspondu très vite à une volonté personnelle car j’y voyais un enrichissement certain. En effet, il s’agissait d’un véritable voyage dans plusieurs univers jusqu’à mettre en scène des évènements pour Cartier ou Van Cleef. Imaginez des ventes de bijoux avec des éléphants et des chevaux, des chanteurs, dans un cadre féérique par exemple, ce qui ne manquait pas d’attirer la surprise voire la réprobation de certains de mes amis qui ne comprenaient pas les raisons de mon investissement dans ce genre de manifestation mais, là encore, je trouvais un moyen d’examiner le fonctionnement d’autres mondes que le mien qui pouvaient éventuellement être intégrés par la suite dans mon travail de metteur en scène. De fait, passer par des espaces artistiques très pointus, puis davantage populaires, voire commerciaux à certains moments, fertilise les créations à venir en quelque sorte. Donc tout est propice à l’enrichissement à mon sens

Vous êtes à l’origine de la fondation en 2010 de OperAct, pouvez-vous m’en parler ?

 Oui, cette fondation est à Paris et elle a répondu à un besoin de m’échapper un peu de ce que j’appellerais une tour d’ivoire, je me sentais en effet un peu trop éloigné du public ne serait-ce que par l’architecture même du théâtre avec sa fosse d’orchestre qui le met à distance du plateau. Donc j’essaie, avec ma propre compagnie, de trouver d’autres approches sans pour autant révolutionner le monde de l’opéra car je me sentirais incapable de reprendre, par exemple, Les Noces de Figaroque d’autres font très bien avec toute la structure nécessaire qui lui est liée. Mais nous tentons d’autres formes, comme le mélange des arts de la sculpture, de la vidéo, du numérique ou autre qui drainent ainsi des idées différentes, des chemins encore inexplorés. C’est dans cette collaboration avec des artistes qui viennent d’univers variés que nous trouvons une manière autre et parfois inhabituelle de créer car si nous sommes parfois enfermés dans des accoutumances artistiques, le public finit par l’être également. Par exemple, nous avons mené un projet avec Julia Migenes (La Carmen face à Placido Domingo dans le film de Rosi), laquelle m’avait demandé de monterPierrot Lunaired’Arnold Schöenberg, bien entendu cette œuvre écrite à Berlin dans les années trente était difficile d’accès pour le public, j’ai donc choisi d’y intégrer du Spoliansky, du Holländer etc. avec des mélodies comme L’Ange bleu qui le mettait d’emblée dans l’histoire pour aller vers Schöenberg ensuite. Ce sont ces allers retours, dans une installation spécifique sur scène qui donnait la configuration d’un cabaret, où les spectateurs se faisaient face dans une ambiance de cabaret réinventé, avec des lumières d’intensité variable, qui offraient au public un spectacle inédit et captivant.  Donc OperAct, c’est ce désir de décloisonner les genres au profit d’un spectacle moins attendu au fond.

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