L’opéra livré

Vanda, d’après Le testament de Vanda de Jean-Pierre Siméon ou l’ultime verbe dans un souffle…de vent.

Lionel Opeěra Reims9_mini(ŠJimmyVallentin)

Pure merveille que cette perle rare, trop rare du reste, dans un écrin d’éternité ; Le testament de Vanda version opéra dans l’ancien réfectoire des Chartreux à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon.

La poésie pour dénoncer l’insoutenable lourdeur de l’être…

 Comment ne pas être captivé, une fois de plus, par le poème de Jean-Pierre Siméon. Écrit sans ponctuation, comme dans un unique et dernier souffle d’agonie, le poème déroule la parole de Vanda, femme sans doute originaire des Balkans, femme immigrée, femme seule avec son bébé « Belette », dans un centre de rétention, en France. À sa « Belette », elle ne laissera pas de nom, perte d’identité nécessaire pour se « fondre dans la masse d’ici », Vanda livre ses souvenirs à l’enfant endormie, la tragédie d’une jeune vie que les hommes seuls savent salir. Et c’est le cri prolongé de la Mater Stabat Furiosa (du même auteur) qui « se tient debout et ne veut pas comprendre » la violence des hommes, leur soif de guerre, leur intolérance infinie. C’est le cri Nawal qui livre à ses jumeaux un autre testament dans les Incendies de Wajdi Mouawad (Le Sang des promesses/2).  Des textes pour la scène, parmi tant d’autres aujourd’hui, qui soulèvent les questions d’actualité, celles de la guerre qui anéantit l’individu, de l’identité perdue, de la fuite, de l’impossible intégration, du refus de cette violence faite à celles et à ceux qui n’ont pas choisi de combattre l’Autre.

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L’Enlèvement au Sérail ou Mozart au cabaret !

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Mozart jeune et amoureux veut épouser sa Constance, il n’a que vingt-cinq ans, quelle meilleure façon que de créer cet opéra contre l’opposition des deux familles ? L’Enlèvement au Sérail y répond au mieux et d’une Constance à l’autre, la symbolique est claire, l’occasion également de mettre en avant les idées toute féministes du jeune compositeur que reprend avec bonheur Emmanuelle Cordoliani. Blonde, entraîneuse alerte, rappelle ainsi avec force à Osmin que Pedrillo ne l’emmène pas, c’est elle « qui part » ! La nuance est subtile mais le sens assuré, les femmes ne sont plus ces petits êtres éternellement mineurs et fragiles sous la tutelle d’un homme, et l’italienne Elisa Cenni qui incarne avec force et sensualité une Blonde des plus déterminées le rappelle dans des vocales amples et vibrantes.

En quittant ici une Turquie imaginée par le tout jeune musicien, nous nous installons tout naturellement sur les terrasses d’un cabaret viennois de la fin des années vingt. Emmanuelle Cordoliani place ainsi tout son petit monde dans une de ces soirées très privées du « Sérail Cabaret » où l’on vient s’encanailler à loisir.

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Dialogues des Carmélites, une histoire d’amour entre Dieu et les âmes…

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Dans le rêve de Blanche

C’est un public subjugué qui a suivi la première des Dialogues des Carmélites sur la scène d’Avignon ce dimanche 28 janvier. En effet, Alain Timàr, directeur du théâtre des Halles, nous offre dans cette nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon une version épurée et sublimée de cette pièce déjà si forte en émotions. Une mise en scène au service exclusif de l’œuvre semble-t-il, tout geste paraît traduire le sentiment de chacun des personnages, l’aspect matériel a disparu au profit du drame qui progresse avec intensité jusqu’à la tragédie finale. Sur scène, les trois murs sont des écrans blancs où sont projetées des couleurs et des formes propres au « rêve » de Blanche de la Force, et l’alternance du bien et du mal s’y donne dans une esthétique saisissante. Pour seul mobilier, un fauteuil qui grandit à vue, se métamorphose en lit mortuaire puis bientôt en tombeau. Le travail d’Alain Timàr est précis et extrêmement symbolique, on retrouve l’homme de théâtre auquel rien n’échappe, il n’est pas un seul déplacement ni aucun regard inutiles, la fluidité traverse comme une évidence la pièce d’un bout à l’autre de son avancée. On peut évoquer l’aspect très contemporain de cette mise en scène mais difficilement celui d’une transposition car Alain Timàr semble plutôt donner un caractère intemporel à l’histoire de ces carmélites martyres et les costumes d’Elza Briand portent avec justesse ce point de vue.

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Les Mousquetaires au couvent, une opérette pétillante à souhait en ces fêtes de fin d’année !

 

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Encore une fois, c’est d’une main de maître que Dominique Trottein emmène tout son petit monde orchestral vers la bonne humeur et un entrain des plus communicatifs. En effet, dès l’ouverture, le ton d’une soirée festive est donné, soutenu d’emblée en cela par le non moins sémillant ballet de l’Opéra Grand Avignon dirigé par Eric Belaud.

Mise en scène par Valérie Marestin, l’œuvre est convertie à une époque plus proche de la nôtre dans des décors simples et naïfs conçus par Hervé Cherblanc tout comme l’est ce petit peuple de pensionnaires joyeuses et espiègles d’un pensionnat. Ici, le noviciat est réformé dans la contrainte d’un mariage arrangé et les mousquetaires mutent en chasseurs alpins. Et si moines, abbé et religieuses restent vêtus de costumes plus représentatifs des exigences d’une époque reculée, ils n’en ont pas moins la vivacité et la drôlerie propres au genre léger de l’opérette.

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Orphée mis en scène par Fanny Gioria ouvre la saison lyrique avec une virtuosité artistique manifeste !

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Orphée à « l’obscure clarté des étoiles » de Fanny Gioria

 Si Berlioz dépoussière subtilement la partition de Gluck, Fanny Gioria n’est pas en reste pour faire le ménage (osons la métaphore quelque peu triviale) nécessaire dans une mise en scène débarrassée ainsi des encombrants que seraient des décors chargés et des costumes plus ou moins symboliques d’une époque propre à une transposition souhaitée.

De fait, Fanny Gioria place idéalement son Orphée dans une intemporalité qui sied parfaitement à l’œuvre elle-même, car de quoi parlons-nous exactement, si ce n’est de l’expression de la sensibilité qui emmène le public vers « une tragédie en musique écoutée d’un bout à l’autre avec une attention continue et un intérêt toujours croissant, faisant verser des larmes jusque dans les coulisses, et excitant dans toute la salle des cris d’admiration » ! (Revue de Paris, 1836)

Sobriété de circonstance ici car, s’agite-t-on dans la souffrance, qui plus est lorsque l’on est dans les Enfers ?!

Côté jardin, une structure métallique sur laquelle Amour semble se livrer à un jeu machiavélique. Interprété finement par Dima Bawad, Amour guide les jeunes amants pour les perdre davantage entre son chant et sa perfidie semble-t-il, manipulation, jeu de dupes et de miroirs auquel ne peuvent échapper les deux amoureux.

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