Spectacles à venir

Eric Chevalier et l’opéra, un accord continu des plus harmonieux…

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Éric Chevalier, on ne saurait vous enfermer dans une activité professionnelle unique car vous en avez très tôt élargi la palette. A tout juste vingt ans c’est par l’étude de la scénographie à Londres que vous entrez dans l’univers du spectacle je crois ?

Disons que l’histoire commence dès ma naissance ! En effet mes parents étaient dans le métier du spectacle et plus précisément dans le théâtre lyrique, c’est à l’Opéra de Nantes qu’ils se sont rencontrés, mon père était chanteur, ma mère danseuse. Ils sont d’ailleurs partis très peu de temps après pour l’Opéra de Dijon pour venir ensuite dans celui d’Avignon en 1963. J’ai ainsi vécu ici pendant quelques années, le temps d’y faire mes années scolaires de la maternelle à celles du collège. C’est à partir de 1974 que mes parents sont partis pour la Belgique dans le même milieu professionnel, je les ai naturellement suivis et quatre plus tard je suis allé en Angleterre pour y poursuivre mes études et me diriger vers la scénographie, une activité à laquelle j’ai ajouté celle de la mise scène puis l’étude des éclairages

Les projections vidéo sont de plus en plus présentes sur la scène des théâtres et des Opéras, si l’on prend pour exemple votre Elixir d’Amour, créé à l’Opéra de Nice en fin 2017, on comprend à quel point vous avez suivi, avec beaucoup de dynamisme je dirais, l’évolution et les dispositifs modernes de la scénographie, ainsi le décor d’un village italien rendu par des projections vidéo, pourquoi ce désir d’unir la scène et l’image ?

 Lorsque j’étais enfant, j’avais un projecteur de diapositives et dans un petit castelet que je partageais avec mon frère, je projetais une image sur un drap que nous avions placé au fond du petit théâtre, les jeux et les rêves d’enfance sont agrandis aujourd’hui aux dimensions de la réalité en quelque sorte ! Ceci dit, il faut, selon moi, garder une certaine prudence avec la vidéo qui, tout comme le décor, ne doit pas prendre une importance trop grande par rapport à l’acteur ou au chanteur, l’image mobile est captivante et l’on pourrait avoir tendance à la regarder davantage, la vidéo doit servir l’acteur, accompagner l’action et ne pas raconter une histoire parallèle à celle du jeu. Concernant La Périchole, donnée prochainement sur la scène de l’Opéra Grand Avignon, les projections ne sont pas aussi affûtées qu’elles pouvaient l’être dans L’Elixir d’Amour où par exemple l’image se déformait alors que le personnage s’enivrait mais elles sont tout autant exigeantes puisqu’il s’agit d’images projetées, en apparence fixes, avec néanmoins une certaine complexité qu’apportent la mobilité des cinq écrans.

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De Micaela Villegas à La Périchole de Jacques Offenbach…

Quelques éléments pour une brève biographie de Jacques Offenbach ont déjà été publiés lors de la création d’Orphée aux Enfers en fin décembre 2018 à l’Opéra Grand Avignon. la mise en scène était assurée par Nadine Duffaut, les décors par Eric Chevalier qui signe ici la mise en scène, les décors et les lumières de La Périchole. 

https://parolesdopera.com/2018/12/09/jacques-offenbach-du-musicien-au-compositeur-de-lopera-bouffe-francais/

La Périchole.          images     Le personnage historique.

Micaela Villegas : une femme d’exception dont un vice-roi du Pérou va tomber éperdument amoureux. Fille d’un modeste musicien, la jeune femme captive par sa beauté et son charisme, le personnage haut en couleurs va inspirer tour à tour Mérimée, Offenbach et Jean Renoir pour ne citer qu’eux. Plus proche de nous, c’est son descendant, le journaliste Bertrand Villegas qui retrace le destin peu ordinaire de cette aïeule faite de contrastes étonnants dans un roman publié aux éditions Lattès en 1995 sous le simple titre de La Périchole. Mais qu’a donc cette femme pour drainer après soi tant d’intérêt ?

Tout d’abord, de Micaela à la Périchole, une injure : « Perra chola » chienne d’indigène ou de métisse selon les traductions, un surnom peu flatteur en vérité que lui donne dans un accès de colère, selon la légende, le vice-roi du Pérou épris de la belle capricieuse nous dit-on.

Pour l’histoire, Micaela serait vraisemblablement née en 1748, à Lima, capitale du Pérou, rien n’est moins sûr mais les mythes s’attachent aux êtres atypiques. Les ingrédients nécessaires à la narration d’un destin peu commun sont là ; une enfance modeste sur laquelle il s’agira de prendre une revanche, la jeune fille est curieuse, apprend l’écriture et la lecture dans une époque peu propice pour ce faire lorsque l’on est une femme. Micaela se passionne pour les livres, le chant et la danse et faisant fi des opinions négatives sur le métier de comédienne, c’est très tôt qu’elle trouve sur les planches de quoi satisfaire un désir de liberté que seul l’art peut alors lui apporter. Micaela appartient à ce type de femme qui attire immédiatement par son talent et sa beauté auxquels s’ajoute un caractère bien trempé, il n’en faut pas davantage à Don Manuel Amat, alors vice-roi du Pérou et garant de la fidélité de ce pays à la couronne d’Espagne, pour se passionner de cette jeune actrice.

Entre amours tumultueuses et scandales à la cour, cadeaux somptueux (dont le fameux carrosse à l’occasion des fêtes de la Pontioncule) et construction d’édifices remarquables, c’est une liaison entre le sexagénaire et la jeune femme qui durera quelque quatorze années au début desquelles un fils leur naîtra. En 1776, lorsque Manuel Amat rentre en Espagne, Micaela est fortunée certes mais en butte aux attaques incessantes de ses ennemis, elle poursuit néanmoins sa carrière d’actrice jusqu’en 1788 et achète le Colisée Royal de la Comédie avec celui qui deviendra son mari. Treize ans plus tard, la voilà veuve et désormais dévouée à la prière, elle porte l’habit de carmélite et mène des actions de charité jusqu’à sa mort, en 1819, à l’âge de 71 ans.

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Dominique Lièvre, Ada Bonora, une même lutte artistique contre l’inhumanité…

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 Dominique Lièvre, pouvez-vous nous donner un aperçu de votre parcours professionnel depuis la sortie du Conservatoire de Lyon ?

J’ai d’abord étudié le violon avant de faire les classes d’écriture sous la direction de Antoine Duhamel (fils de l’écrivain Georges Duhamel, Antoine Duhamel est décédé en 2014) grand compositeur de musiques de films pour Godard, Truffaut, Tavernier pour ne citer que ces trois-là. Ensuite, j’ai également travaillé sur la composition avec Olivier Messiaen dans le cadre de master class et de rendez-vous chez lui, dans sa petite maison de Saint-Théoffrey, après cela j’ai commencé mes premières créations vers l’âge de dix-sept ans et suis venu en Provence et depuis lors je mène une carrière de composition qui se partage entre la musique « pure », de la musique pour le théâtre et pour la danse. Une musique qui va donc de celle de chambre jusqu’à celle de l’opéra, j’en ai d’ailleurs écrit un en 2000 sur un livret d’Hubert Nyssen (opéra buffa, représenté en création mondiale les 26 e 28 novembre 2000 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon dans le cadre de l’opération Avignon, Ville européenne de la culture, dans une mise en scène de Lionel Parlier et sous la direction musicale de François-Xavier Bilger.)

Outre de nombreuses œuvres, je retiens par exemple celle de Marche, en 2015 de Christian Petr, décédé un an plus tard. Quels étaient vos liens avec le doyen de l’Université d’Avignon ?  

 Je connaissais très bien Christian Petr pour lequel j’ai écrit la musique de deux de ses spectacles, une pièce qui avait pour titre Voleurs de vie et Marche effectivement dont la problématique était celle des SDF, ces personnes invisibles autour desquelles il a fait un très beau texte. Nous étions par ailleurs liés par une amitié certaine. (Christian Petr, écrivain et professeur de littérature générale et comparée à l’université d’Avignon, spécialiste de l’Inde, président de l’association des Amis de Roger-Vaillant jusqu’à son décès en 2016).

 La même année, c’est La Confession d’un Colibri, un spectacle que vous avez composé et qui est lié au parcours de Pierre Rabhi.

Oui, c’est une fable opératique que j’avais écrite la même année à partir de l’ouvrage autobiographique de Pierre Rabhi titré Du Sahara aux Cévennes, dont nous avons fait l’adaptation avec l’auteur et Ada Bonora, laquelle avait du reste mis en scène le spectacle.

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Amoureux de la commedia dell’arte et des masques, Raphaël de Angelis se livre à découvert !

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Raphaël de Angelis, vous créez une troupe au sortir du Conservatoire en 2006 avec cette volonté de tourner dans différents villages et pour seul salaire le fruit du chapeau, et puis, rapidement, la création d’un théâtre, celui de l’Eventail et la formation à la commedia dell’arte, un parcours qui ressemble en partie à celui de Molière ?

 Ce doit être de manière inconsciente j’imagine, l’idée était de jouer dans des villages à destination de celles et ceux qui ne se rendent pas au théâtre, de donner à voir des farces de Molière car elles restent accessibles au plus grand nombre. Par ailleurs, c’était un moyen de consolider notre expérience en multipliant les représentations car lorsque l’on commence dans le métier, on va jouer quatre fois le même spectacle dans le réseau habituel alors que l’on a pu donner jusqu’à deux cents représentations d’une pièce en nous déplaçant, ce qui apporte une pratique bien plus affermie du métier. Notre souhait initial était donc bien de créer des spectacles qui allaient se jouer, nous avons ainsi fait de nombreuses tournées dans des établissements scolaires, des rencontres avec les élèves.

Au XVIIème siècle, il est vrai que les comédiens avaient cette même nécessité de jouer et Molière commence par des tragédies qu’il a dans son répertoire, celles de Corneille par exemple et également des farces de la commedia dell’arte qu’il retranscrit en français. Pour jouer le plus possible, il faut donc se déplacer, ce qui pour moi est toujours valable aujourd’hui.

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Molière, du saltimbanque au « fou » du Roi, une même passion du théâtre, une oeuvre cyclopéenne…

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Tout comme son contemporain Jean de La Fontaine, Molière est certainement le nom le plus familier pour toute personne ayant passé sa première dizaine d’années de vie ! Jean-Baptiste Poquelin, de son véritable patronyme, va très vite choisir un pseudonyme qui lui siéra à merveille, Molière ou, de manière imagée, le Mot comme du Lierre qui ne cessera de s’enrouler au fil des siècles dans l’histoire de la langue française en général et dans celle du théâtre en particulier.

Né en 1622, Molière, c’est l’homme de son temps, lequel parviendra néanmoins à être celui de toutes les époques qui vont lui succéder car « Il a vu la nature humaine » nous rappelle Sainte-Beuve.

Témoin en effet de son temps comme a pu l’être Pascal, Molière n’hésite pas à en pénétrer la forteresse religieuse pour en livrer aux rires les déviances comme il le fait des hypocrisies de tout poil. Il n’épargne ni les titrés, pas davantage les fats bourgeois en mal de condition supérieure, il souligne férocement l’inégalité conjugale et caricature le saugrenu barbon qu’il dote des vices de l’avarice, du despotisme, de la stupidité et de l’ignorance quand il ne fait pas de lui un galant ridicule, des tares qu’il conjugue dans la même personne selon le genre de l’ouvrage. A l’inverse, il campe une jeunesse triomphante, servie au mieux par des serviteurs et des servantes partenaires de tous les complots. A ces jeunes gens, Molière offre tous les succès, les mariages ne peuvent répondre qu’à un amour partagé, les pères n’ont plus qu’à ranger la férule tyrannique car Molière n’a rien de celui qui place les femmes dans « Cette indigne classe où (les) rangent les hommes ». Il fait au contraire résonner très haut la voix des femmes, Macha Makeïeff (directrice du Théâtre de la Criée) nous dit avec raison que « Molière a toujours été du côté de la modernité ».

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Jean-Claude Casadesus, chef d’orchestre, peintre des couleurs sonores de l’âme…

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Après une « première vie » de quelque dix ans en tant que musicien d’orchestre, percussionniste et batteur avec, parallèlement, de nombreux enregistrements pour Brel, Aznavour, Piaf, vient l’étude de l’écriture et de la direction d’un orchestre, la nomination à la tête du théâtre du Châtelet, celle au pupitre de l’Opéra de Paris et de l’Opéra Comique, l’association à l’orchestre des Pays de la Loire avec Pierre Dervaux, une direction de l’Orchestre de Nantes pour choisir, en 1976, de fonder et de faire vivre à L’Orchestre National de Lille. Une entreprise qui ressemble à un défi, est-ce de cette façon que vous l’avez alors envisagé ?

 Mon désir depuis longtemps était de contredire cette affirmation selon laquelle la « Grande Musique » n’était pas pour cette région de France, ce qui m’a naturellement décidé à faire tout pour qu’elle le devienne ! J’ai ensuite pris le parti, une fois mes quatre-vingt ans atteints, de transmettre mes responsabilités, j’ai donc choisi un nouveau directeur général et l’on a engagé un directeur musical.  Jusqu’à là, j’ai mis en place une entreprise laquelle, outre les trente-trois pays que nous avons visités, s’est inscrite dans le milieu socio-économique populaire, urbain et régional. J’ai pu mettre ainsi sur pied des rencontres avec près de quinze mille enfants par an alors que nous étions jumelés avec des écoles et notamment l’une d’entre elles qui devait fermer ses portes en 1991 pour cause de délinquance. Ainsi, la « Grande Musique » a été transmise à plus de deux cent cinquante villes ou villages de la région du Nord-Pas-de-Calais qui est la région la plus jeune de France et qui est également celle qui a le plus souffert des différentes invasions et du chômage, aujourd’hui on peut la considérer comme l’une des plus culturelles de France au vu du nombre de ses musées, de ses théâtres.  L’Opéra de Lille  est absolument magnifique et bien entendu l’Orchestre National de Lille est devenue  une formidable entreprise.

 C’est à l’opéra que vous faites vos débuts pour lui préférer, semble-t-il, l’orchestre symphonique. Une volonté personnelle ou des propositions qui vont vous éloigner de la direction d’un opéra ?

 J’ai commencé par l’opéra que j’ai toujours aimé du reste, j’ai une fille qui est elle-même chanteuse (Caroline Casadesus), néanmoins la construction d’un orchestre symphonique, telle que je l’ai réalisée, sachant qu’il ne restait, en 1976 que très peu de musiciens et qui allaient être licenciés, a pris quelque vingt années, ce qui est tout à fait attendu en la circonstance puisqu’il faut seulement quelques mois pour défaire et vingt ans  environ pour reconstruire ! J’ai donc renoncé à la direction de l’Opéra de Lille que l’on m’avait proposée afin de ne pas avoir à favoriser l’une plutôt que l’autre et pouvoir élaborer « une machine musicale » génératrice d’émotions, laquelle a fait le tour du monde, quatre continents, tout en étant parfaitement inscrite dans sa propre région en ayant très fortement ce désir de transmission vers les jeunes. Mais pour en revenir à l’Opéra, j’en ai dirigé un certain nombre et toujours avec un grand bonheur, soit ceux de Mozart, je pense à Don Giovanni par exemple, les Contes d’Hoffmann, Pelléas et Mélisande, Carmen, Le Dialogue des Carmélites et tant d’autres ainsi que des opérettes mais il est certain que mon activité a été davantage symphonique, une des raisons pour laquelle j’ai été moins convié à diriger un opéra par la suite puisqu’il est difficile de conjuguer les tournées de son orchestre et de suivre les répétitions d’un opéra simultanément, donc pas vraiment un choix mais plutôt une nécessité.

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Rencontre avec Aurore Marchand, cheffe des choeurs de l’Opéra Grand Avignon…

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Aurore Marchand, vous êtes cheffe de chœur à l’Opéra Grand Avignon, une charge des plus importante puisqu’il vous revient d’harmoniser différentes tessitures de voix au service d’un ouvrage lyrique.

 Tout est travaillé de manière identique dès le début des répétitions, la difficulté est de faire chanter tout le groupe vers une unité vocale en respectant néanmoins chaque identité de voix puisque chacun a travaillé de façon différente et certaines voix sont plus puissantes ou plus claires, plus sombres etc. Donc il faut arriver à se servir de ces différentes voix qui vont tendre vers une expression sonore harmonieuse sans que qui que ce soit ne ressente de frustration puisqu’en même temps, aucune voix ne doit ressortir davantage par rapport aux autres.

 La formation du chef de chœur est une notion assez récente alors que celle du chef d’orchestre est reconnue depuis des siècles, disons qu’elle existe depuis la fin des années soixante-dix, avez-vous donc préparé ce diplôme dans un conservatoire ?

Non, mon parcours est plus atypique. Il y a plusieurs manières d’obtenir ce poste de chef de chœur comme on peut le faire également pour celui de maître de ballet, soit l’on entreprend une formation classique de chef de chœur par les conservatoires supérieurs, incluant des stages avec des grands chefs de chœur et d’orchestre, soit, comme beaucoup d’entre nous au final, on est déjà dans le métier par une autre entrée, nombreux ainsi ont eu cette opportunité dans la maison d’opéra dans laquelle ils sont. Je fais partie de ces personnes dans la mesure où j’étais à l’Opéra de Tours dans lequel je suis entrée à l’âge de vingt ans en tant qu’artiste des chœurs, un métier que j’ai mené pendant vingt-deux ans, j’étais alors soprano léger. Avant cela, j’avais à mon effectif un cursus de conservatoire puisque j’étais violoncelliste, donc j’ai étudié la musique depuis l’âge de dix ans en passant toutes les étapes diplômantes du conservatoire. Ensuite, intéressée par la direction, j’ai pu m’y atteler avec quelques chefs de chœur en parallèle avec mon métier d’artiste de chœur. Il s’est trouvé par la suite, lors d’une rentrée de saison, que notre chef de chœur nous a annoncé qu’il partait, nous avions un ouvrage à préparer donc mon directeur de l’époque ; Jean-Yves Ossonce, m’a demandé de prendre en charge la direction du chœur pour cette œuvre qui allait être donnée peu de temps après. Me voilà donc lancée, tout d’abord pour pallier le manque de chef de chœur, nous sommes alors en 2002. J’avais vingt années de scène et d’observation mais, naturellement réservée, je ne pensais pas pouvoir diriger un ensemble professionnel, cependant l’expérience aidant et la connaissance des difficultés internes au chœur, j’ai finalement accepté cette proposition qui s’est muée ensuite en un poste permanent. Plus tard, Avignon a recruté un chef de chœur sur concours auquel je me suis présentée et j’ai ainsi été retenue en septembre 2007.

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L’Elisir d’amore de Fanny Gioria, tous les ingrédients d’un philtre réussi !

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La saison « Egalité » de l’Opéra grand Avignon s’achève dans une remarquable production de la maison en ce mois de mai 2019 ! Un élixir qui étourdit la salle au comble de l’allégresse !

L’Elisir d’amore s’inscrit dans un des « opere buffe » dans lesquels Donizetti se montre aussi brillant qu’il peut l’être dans ses œuvres plus dramatiques. L’histoire dit que cet opéra est composé en deux semaines seulement, un record d’exécution qui n’ôte rien à l’éclat de l’ouvrage, cependant ce n’est pas dans le texte qu’il faut aller chercher sa force mais bien dans cette alliage si particulier d’un romantisme exacerbé et d’une dramatique renouvelée que souligne une musique tout aussi variée. Le 12 mai 1832, lors de sa création au Teatro della Canobbiana, l’Elisir d’amore est un véritable triomphe, le livret de Felice Romani, librettiste mais également poète et critique musical, s’appuie sur Le Philtre de Scribe. L’intrigue sentimentale reprend de façon burlesque le mythe de Tristan et Yseut et le précieux breuvage n’est autre qu’un vin vendu par le bonimenteur Dulcamara au naïf Nemorino amoureux de la riche et fière Adina. Le picrate fait bientôt son œuvre, l’amoureux pique la belle de son indifférence alors qu’elle accepte des épousailles avec l’arrogant sergent Belcore. Désargenté et croyant fermement aux vertus du nectar, Némorino s’engage dans le régiment de son rival afin d’en acheter encore. Un héritage soudain, des jeunes filles amourachées du nouveau riche, voilà de quoi donner à l’indifférence d’Adina une attention nouvelle pour un heureux Némorino bientôt marié à l’élue de son cœur ! Très éloigné du futur opéra Wagnérien, ces Tristan et Iseut inédits évoluent habilement entre le rire et l’émotion.

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Laissons Fanny Gioria nous étourdir avec son Elisir d’amore !

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Fanny Giorgia, la dernière fois que nous nous sommes vues, le 20 novembre 2017, vous prépariez Orphée de Gluck dans sa version remaniée par Berlioz pour l’ouverture de l’Opéra éphémère, il s’agissait d’une création de l’Opéra Grand Avignon, ce qui est encore le cas cette fois-ci et, côté décors et lumières, vous retrouvez Hervé Cherblanc, une complicité retrouvée ?

 Oui, c’est agréable de travailler avec quelqu’un qui a une sensibilité égale à la mienne tout en s’éloignant de l’esthétique qui était la nôtre dans Orphée puisqu’il s’agit avec L’Elisir d’amore d’un univers qui diffère totalement, donc la question est de savoir comment avec nos sensibilités communes, lesquelles se rejoignent assez dans l’espace visuel, nous pourrons aller dans cet ailleurs à découvrir ensemble. C’est en cela que l’on s’aperçoit vraiment que le voyage dans la mise en scène d’opéras est un travail d’équipe avec le scénographe, le créateur de lumières, la costumière etc. Depuis Orphée, il y a eu plus d’une année écoulée, cependant le projet de L’Elisir d’amore existait déjà puisque, naturellement, la programmation est faite deux à trois années en amont des représentations. De fait, les projets sont menés simultanément, s’imbriquant et se nourrissant les uns les autres nécessairement, ce qui en fait tout l’intérêt à mon sens. Orphée avec son univers particulier, plus sombre, avec sa part de souffrance et de recherche intérieure alors qu’ici on est dans une dimension beaucoup plus légère et pourtant chaque mise en scène nourrit la suivante. Avec le même scénographe, je dirais que l’on part dans l’aventure avec un même langage, c’est de fait un gain de temps également. Le scénographe arrive avec ses nombreuses idées, ses schémas, Hervé Cherblanc a ainsi réalisé la maquette du décor en reconstituant l’intérieur de l’Opéra éphémère. Si on l’examine de près, on y retrouve le travail sur la lumière, sur la transparence, ce qui n’exclut pas le travail informatique mais la maquette me semble tellement plus vivante, elle me parle davantage !

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Donizetti, un compositeur sensible et prolifique…

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Domenico Gaetano Maria Donizetti naît un 29 novembre 1797 à Bergame, ville située au nord-est de Milan, dans la belle région de la Lombardie. Imaginons un instant la « Città Alta », sa grande porte vénitienne de San Giacomo, ses superbes remparts d’où les levers et les couchers de soleil deviennent le spectacle le plus fabuleux qui soit et suivons un moment la course heureuse de l’enfant Donizetti qui vient ici prendre de la hauteur. Cette ville, Donizetti la connait dans ses moindres recoins, il y vit entouré des siens, cinquième enfant des six de la famille. Les parents, de condition modeste, sont néanmoins très attentifs au devenir de chacun, ainsi on rêve déjà d’une carrière d’avocat pour le jeune Gaetano qui pour l’heure, tout à sa songerie matinale et passionné de dessin s’imagine devenir architecte. Des ambitions paternelles et personnelles qui sont sans compter le talent musical que le petit Donizetti révèle très tôt. Son frère Giuseppe, de neuf ans son aîné, sera directeur de musique militaire à la cour du sultan de Constantinople, voilà deux frères dans un monde musical qui n’appartient qu’à eux puisque les parents n’en font pas partie.

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