Spectacles à venir

Eric Pérez, chanteur, comédien et metteur en scène, un artiste aussi passionné que passionnant !

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Comédien et chanteur puis metteur en scène ; vous êtes également, Eric Perez, l’un des conseillers du Festival de Saint-Céré dans le lot, un festival créé par Olivier Desbordes.

 Egalement de la Compagnie Opéra Eclaté dont je suis l’un des directeurs artistiques (La Compagnie Opéra Éclaté a été créée en 1986, suite à un appel de la région Midi-Pyrénées, avec pour mission d’amener le grand répertoire d’opéra en milieu rural et de s’adresser à un public peu familier de la forme lyrique (…) Olivier Desbordes, qui a volontairement ancré Opéra Eclaté en milieu rural à Saint-Céré, symbole de son attention à tous les publics, a fait appel à Éric Perez, comédien- chanteur et metteur en scène et à Gaspard Brécourt, chef d’orchestre, pour poursuivre l’aventure d’Opéra Eclaté.)

Pour en revenir aux origines de ma carrière, il y a ce désir de chanter et de jouer qui me pousse vers le Conservatoire de Toulouse dans lequel je ne suis resté que très peu au fond puisqu’il ne correspondait pas à ce que j’attendais, de même pour celui de Cergy Pontoise lorsque je suis monté à Paris tout en faisant de la musique contemporaine, puis je suis arrivé assez rapidement dans la Compagnie de l’Opéra Eclaté où j’ai véritablement appris mon métier de chanteur et de comédien. Ensuite, c’est très vite l’orientation vers des rôles comiques de comédien-chanteur en dépit d’une formation initialement lyrique mais l’aptitude à faire faire rire, un talent je me suis découvert en montant sur scène, m’a amené vers ce registre comique dans les opéras ou dans les opérettes. Après cela, je me suis dirigé vers le théâtre musical en interprétant Mackie dans L’Opéra de Quat’sous ou Séverin dans Le Lac d’argent de Georg Kaiser et, de façon moins ambitieuse sans doute, je me suis dirigé vers les chansons du répertoire français, notamment avec les poètes repris dans le champ musical, ce qui est toujours d’actualité du reste puisque je continue d’interpréter ces chansons.

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Cavalleria Rusticana et Pagliacci, deux oeuvres distinctes, un sentiment unique, celui du « vrai »…

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Un mouvement tout italien aux ascendances françaises.

Aux origines du Vérisme (verismo en Italie, 1877 « vero : vrai »), il y a ce refus de l’idéalisation au profit d’une réalité tangible, celle notamment des plus pauvres dans les provinces et les villages italiens au sortir des luttes vers l’unification du pays. C’est cependant en France qu’il faut revenir plus avant, à la suite de Balzac qui observe, au milieu de ce XIXème siècle La Comédie humaine, avec un regard nouveau, sans complaisance, embrassant tout à la fois, et de manière dite objective, les bourgeois comme les plus démunis. Les « bohèmes » ne sont pas loin bien entendu, avec ce petit peuple estudiantin du Quartier Latin parisien peint par Murger dans ses Scènes de la vie de Bohème (cf : article en lien : https://parolesdopera.com/2019/01/03/giacomo-puccini-entre-realisme-et-romantisme-une-intensite-dramatique/) qui marquent le point final aux illusions romantiques. Le recueil de nouvelles traduit plus tard en Italie vient faire écho à la Scapigliatura, un mouvement artistique qui s’est développé dans la partie nord du pays et qui rejette, dans une rébellion commune à plusieurs jeunes artistes, le conformisme bourgeois.

Mais c’est avec le Naturalisme que «Le romancier est fait d’un observateur et d’un expérimentateur» écrit Emile Zola en 1880 dans Le Roman expérimental.

Ainsi, vérisme et naturalisme peuvent sembler assez proches mais ce sont également des mouvements volontiers contestés en leur temps, au reproche fait à ce dernier de «coller» à la réalité une littérature pleine de « curiosités médicales », on aura bien entendu les critiques italiennes adressées au grand Zola dont c’est là ignorer l’immense poète, il suffit de relire quelques pages des inimitables descriptions dans n’importe lequel des volumes des Rougon Macquart pour s’en convaincre par exemple. Le naturalisme glisserait ainsi son écriture vers la science pendant qu’en Italie, les tenants du vérisme ne sont guère mieux accueillis, sachant également qu’en dehors du pays qui l’a vu naître, le mouvement reste quasiment inconnu, exception faite pour l’initiateur du mouvement, Giorvanni Verga (1840-1922), considéré comme l’un des plus grands romanciers italiens du XIXème siècle. Zola lui doit d’ailleurs d’être lu dans les milieux de la gauche italienne, Verga qui a découvert en même temps Flaubert, apprécie cet écrivain français qui traduit les luttes sociales de son temps car lui-même pense à une écriture au service des classes sociales en souffrance. C’est en 1878 qu’il commence sa fresque romanesque : I Vinti qui met en avant les plus humbles et le courage qui est le leur pour surmonter les obstacles de la vie. Mais si Zola a la certitude que l’écrivain contribue à faire progresser la société en en dénonçant les travers, Verga, à l’inverse ne pense pas qu’elle puisse changer, pour lui, l’écrivain ne peut qu’en montrer la réalité et c’est sans doute la profonde différence entre les deux mouvements qui s’opposent entre optimisme constant et pessimisme profond.

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De la littérature à la musique…

Cavalleria Rusticana, que l’on peut traduire en français par la chevalerie campagnarde, c’est d’abord une nouvelle parmi celles publiées en 1880 dans un recueil titré Vita dei campi (Vie des champs). Une nouvelle que l’auteur adaptera, quatre ans plus tard, pour la scène théâtrale. C’est en 1890, que le jeune compositeur Pietro Mascagni et ses amis librettistes Guido Menasci et le poète Giovanni Targioni-Tozzetti choisissent cette pièce au succès retentissant pour l’adapter à la scène lyrique. Mascagni veut participer au concours d’opéras en un acte que l’éditeur Sanzogno a institué en 1883 afin de trouver de jeunes talents. Cavalleria rusticana est composé en un temps record de trois semaines, non seulement l’ouvrage remporte le premier prix sur plus de soixante-dix concurrents mais encore, cet opéra d’un acte créé le 17 mai 1890 au Théâtre de Costanzi à Rome connaît un accueil triomphal, le vérisme musical est né et l’œuvre va bientôt être reprise en Europe comme en Amérique trois ans plus tard, le succès est total.

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Une allègre Fille du régiment réinventée par Shirley et Dino…

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Gilles et Corinne Benizio ou…Shirley et Dino selon les circonstances, en presque quatre décennies, vous avez conquis un très large public d’ici et d’ailleurs et on a envie de vous demander ce que vous êtes tentés d’explorer encore dans le monde du spectacle tant vos « emplois » y sont déjà nombreux ! (Humoristes, comédiens, acteurs, chanteurs, scénographes, costumiers, metteurs en scène…)

 Gilles : Disons que nous nous laissons porter par l’Aventure ! Les projets naissent au gré des rencontres et se forment lorsque nous sommes assez séduits pour cela. Naturellement, nous avons également nos propres aspirations comme le dernier spectacle où nous avions cette envie de faire danser les gens, nous avons donc créé Le Bal (Création en 2018) avec cinq musiciens. Nous jouons là des chansons du répertoire français dont les musiques invitent à la danse. Une forme de spectacle qui nous divertit et qui répond tout à fait à l’esprit festif qui est le nôtre.

 Si le rire est le propre de l’homme selon Rabelais, il est surtout celui de votre duo tant vous en utilisez tous les ressorts : comique, ironie, satire, moquerie, humour, autodérision et toutes ses formes aussi bien verbales, gestuelles, de situation, de caractère etc. Une volonté de dépasser notre « misérable » condition humaine ?

 Gilles : C’est juste… C’est tout ?!! (Rires partagés !) Gilles : La réponse est dans la question en fait !

J’ai l’impression qu’il n’y a pas eu le choix d’un genre comique défini mais une libre promenade parmi toutes ses formes.

Corinne : alors là, ce n’est pas ma faute !  C’est sa faute à lui parce que moi je voulais jouer Shakespeare, Molière, Marivaux, Tchekhov et lui, il n’y avait que le désir de faire rire les gens qui l’intéressait et vu que je ne voulais ni le quitter ni qu’une autre prenne ma place, j’ai été obligée de… ! (Rires)

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 Le rire a une utilité sociale, le voyez-vous de fait comme un moyen de communication ?

 Gilles : non, pas vraiment, c’est tissé d’une trame plus complexe et plus simple à la fois. Faire rire les gens a toujours été une source de plaisir. J’ai l’impression d’ailleurs que ça a toujours été naturel avec cette envie de faire rire d’abord les copains puis que l’on prenne du plaisir d’être avec moi qui en avais également à faire des blagues, des surprises. J’ai l’impression que ce n’est pas vraiment réfléchi mais de l’ordre du spontané plutôt. Comme un état d’être en fait.

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La Fille du régiment, du pas militaire aux accords les plus tendres, une œuvre follement gaie…

Quelques éléments pour une brève biographie de Gaetano Donizetti ont déjà été publiés lors des représentations de L’Elisir d’amore en mai 2019 à L’Opéra Grand Avignon, la mise en scène en était assurée par Fanny Gloria, la direction musicale par Samuel Jean.

https://parolesdopera.com/2019/05/05/donizetti-un-compositeur-sensible-et-prolifique/

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C’est sur le livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et de Jean-François-Alfred Bayard que Gaetano Donizetti compose la musique de La Fille du régiment, un opéra comique de deux actes en français et pour la scène parisienne tout d’abord. Nous sommes en 1840, le compositeur a vécu peu d’années auparavant la tragédie de perdre sa femme et sa fille, toutes deux emportées par le choléra. Quitter Naples un moment lui parait salutaire. Paris semble tout indiqué, d’autant plus que Donizetti y a connu cinq ans plus tôt un succès certain auquel se sont ajoutés une distinction remise par le roi Louis-Philippe lui-même et un public conquis. Par ailleurs, la mort brutale du jeune Vincenzo Bellini en 1835 (il n’avait que 33 ans) et le retrait de Rossini depuis 1830, laissent un large espace aux créations lyriques du compositeur sur la scène parisienne. A cette époque, sa renommée est grande et la musique italienne a bonne presse depuis le début du XIXème siècle dans la capitale sensible à l’activité lyrique et à ses compositeurs italiens dont les noms de Rossini, Bellini et Donizetti vont rythmer la vie musicale dans les Maisons d’Opéra de Paris mais également dans d’autres villes comme celle de Rouen par exemple où son Théâtre des Arts sera composé pour moitié d’opéras italiens.

C’est donc auréolé du succès extraordinaire de sa Lucie di Lammermoor, opéra donné un an plus tôt au Théâtre de la Renaissance à Paris, que Donizetti va créer La Fille du régiment à l’Opéra-Comique le 11 février 1840, opéra qui sera traduit ensuite en italien sous le nom de La Figlia del reggimento. La Fille du régiment ouvre la composition de cinq opéras écrits en français par Donizetti.

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Julien Lubek et Cécile Roussat sur un air de Flûte enchantée !

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Julien Lubek ; comédien et metteur en scène, néanmoins la palette d’activités semble bien plus colorée ! Ajoutons, selon les besoins, les fonctions de professeur de mime, de directeur artistique, d’auteur, de costumier et j’en passe !

 En effet ! Cependant pour envisager tout cela, c’est à quatre bras qu’il faut le comprendre ! Nous menons tout de front avec Cécile Roussat, elle est ma compagne, mon double depuis vingt ans. Nous travaillons ensemble dans chacun de nos projets, qu’ils s’inscrivent dans notre compagnie de théâtre visuel ou à l’Opéra. Notre formation initiale est l’art du mime. C’est auprès de Marcel Marceau, avec lequel nous étudiions le mime, que nous nous sommes rencontrés. Il s’agit d’un art sans répertoire puisque sans texte et c’est sans doute cet aspect artistique particulier qui nous a poussés à devenir rapidement des créateurs. C’est ainsi que peu à peu nous avons ressenti le besoin d’avoir une vision plus globale pour aller vers la cohérence de toute démarche artistique. Nous avons donc tenté de travailler avec différents collaborateurs dont les maitrises des costumes, des lumières, de la scénographie et autre sont plus solides. Néanmoins, tout cela exige nombreuses discussions, une énergie également démultipliée et peut-être un temps précieux quelque peu perdu dans diverses négociations afin de rapprocher des univers artistiques éloignés, ce qui nous a amenés peu à peu à nous intéresser à tout cela. Il en va différemment bien sûr dans les maisons d’Opéras où les compétences en ces matières sont assises et où nous avons la possibilité de voir réaliser nos maquettes et notre scénographie.

 Comment passer de Sciences Po à l’Ecole internationale du Mime Marceau, poursuivre avec l’Ecole d’art Dramatique et celle du Cirque quand ce n’est pas quelques écoles de magie ou de danse ?!!

 J’avais d’abord suivi une voie qui n’était pas la mienne, influencé en cela par mon milieu socio-culturel, il était plus simple alors d’emboiter le pas familial avec HEC et Sciences Po, cependant j’ai assez rapidement senti un profond malaise, ce que je faisais ne me correspondait en aucune manière et je m’étiolais littéralement dans des études en contradiction avec mon moi profond. J’avais, un peu par hasard, rencontré l’art du mime dans un cours de quartier et dont l’animateur, assez âgé du reste, se trouvait être un ami d’enfance du Mime Marceau. C’est donc lui qui m’a indiqué que Marcel Marceau tenait un cours à Paris dans lequel on se formait à l’acrobatie, la danse classique et l’art du mime bien entendu. En 1999, je décidai d’y entrer. Marcel Marceau était, il est vrai, un grand maitre mais peu pédagogue, il nous montrait davantage ce qu’il faisait plutôt que ce que nous aurions pu faire ! Malgré tout, c’était très généreux à lui de nous enseigner son savoir-faire et dans cette école, d’autres professeurs analysaient avec précision son art qu’ils nous transmettaient fidèlement tout en laissant une large part à nos propres créations dans différents ateliers pour ce faire. Je pense en particulier à Emmanuel Vacca, professeur, mais également très grand interprète dont nombre de ses spectacles ont été donnés des centaines de fois dans le cadre du Festival d’Avignon par exemple. Il avait cette capacité de nous amener vers nos propres créations.

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La Flûte enchantée de Wolfgang Amadeus Mozart, du conte particulier au charme universel…

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Quelques éléments pour une brève biographie de Wolfgang Amadeus Mozart ont déjà été publiés lors des représentations de L’Enlèvement au sérail à l’Opéra Grand Avignon en février 2018. la mise en scène était assurée par Emmanuelle Cordoliani.

https://parolesdopera.com/2018/02/02/lenlevement-au-serail-lopera-du-jeune-mozart-dans-toute-sa-force-dramatique/#more-571

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Inspiré de quelques contes allemands, La Flûte enchantée, du titre original de Die Zauberflöte, est un opéra en deux actes, créé le 30 septembre 1791 à Vienne, au théâtre de Schikaneder où se presse un public plutôt populaire mais que ne boude pas l’empereur lui-même. En cet automne 1791, nous sommes quelque deux mois avant que Mozart ne quitte définitivement la scène d’un monde peu favorable à l’artiste fragilisé par des soucis financiers depuis l’échec de son dernier opéra un an plus tôt : Cosi fan tutte. Joseph II est mort et, avec lui, la protection essentielle au compositeur a disparu également et ce n’est pas Léopold II, qui n’apprécie guère sa musique, qui va pouvoir lui apporter le soutien dont il a cruellement besoin.

C’est au printemps 1791, qu’Emanuel Schikaneder, directeur alors du Theater auf der Wiedenet « frère maçon » de Mozart, lui passe commande d’un opéra dont il a écrit le livret, se réservant pour lui-même le rôle de l’homme-oiseau Papageno, Mozart prend une part active également dans la rédaction de l’intrigue. Le compositeur est ravi, il rêvait d’un grand opéra allemand après la série de ceux composés en italien, il sent qu’il va pouvoir s’exprimer pleinement dans ce nouvel ouvrage. Pendant la composition de cette œuvre, Mozart recevra de même la commande d’une Messe des Morts dont le commanditaire gardera l’anonymat, dernière musique composée et inachevée par le  musicien mourant, le Requiem suscite depuis, nombreuses légendes quant à l’identité de son financeur et à la part qu’y prit réellement Mozart puisque sa femme Constance en demanda la suite et l’achèvement à trois autres musiciens.

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« La vie rêvée » d’une soprano, rencontre avec Ludivine Gombert…

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Ludivine Gombert, si nous repartions au début de votre vie de chanteuse afin d’en connaître les premières motivations ?

 Le désir de chanter est ancré solidement du plus loin que je me souvienne, non seulement de chanter mais également de m’imaginer sur une scène, je me revois ainsi dans ma chambre d’enfant dans laquelle il y avait un gros coffre en bois dont le plateau me servait de scène ! Alors que j’avais six ans, une chaine Hifi m’a été offerte et avec elle, la liberté d’écouter ce que je voulais dans mon espace, disques et cassettes filaient les chansons de variétés sur lesquelles je chantais. Le chant était alors un moyen de rejoindre ce père guitariste de jazz que je ne voyais que rarement. Les disques qu’enregistrait mon père et qu’il me donnait par la suite demeuraient le fil ténu de notre accord fille-père. J’écrivais également des textes sur sa musique pour communiquer avec lui, je les chantais, les paroles de la petite fille que j’étais alors étaient réduites au cri d’un cœur qui appelle l’absent, le chant et la musique bâtissant ce pont que je franchissais mentalement pour le rejoindre. L’avenir finirait par montrer que la musique serait, comme elle l’est aujourd’hui, le moyen de nous rapprocher et d’avoir cet échange à travers elle.

Donc, j’ai commencé très tôt de cette façon et, comme beaucoup d’enfants, nous montions des spectacles avec mes cousins pour nous produire dans la sphère familiale, notamment devant ma grand-mère qui s’occupait beaucoup de moi, la scène m’attirait déjà fortement !

Je crois savoir que vos aptitudes musicales ont été remarquées alors que vous commenciez à peine vos études au collège ?

Oui, c’est mon professeur de musique au collège qui fut sans doute sensible à mon univers particulier qui dénotait avec l’ensemble de la classe, elle avait une certaine rigueur qui me convenait tout à fait, et c’est à l’occasion d’un chant, lors d’une évaluation en sixième, qu’elle a repéré ce qui était très certainement chez moi une faim d’apprendre et de me nourrir par le chant. Elle proposait des cours en dehors de l’éducation nationale et pendant des années nous avons travaillé ensemble. Le monde lyrique s’ouvrait devant moi et bien que ma mère ne fût pas enthousiaste sur la question de chanter puisque mon père avait favorisé son amour de la musique au détriment d’une vie de couple et de père, elle ne m’en a pas moins toujours soutenue. Je devais cependant choisir entre la danse que je faisais depuis l’âge de cinq ans ou le chant, la danse avait également des atouts certains mais je lui ai préféré le chant. Les arts plastiques m’attiraient également, cependant au niveau du lycée, j’ai compris que je ferais du chant mon métier. C’est juste après l’obtention du baccalauréat que j’ai répondu à une demande d’audition de l’Opéra Théâtre d’Avignon qui se passait à Paris. L’audition m’était assez impressionnante, je n’avais aucune expérience en la matière, Raymond Duffaut faisait également partie du jury, néanmoins c’est à l’issue de celle-ci que j’ai pu entrer dans les chœurs d’Avignon et y rester finalement pendant six ans.

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Eric Chevalier et l’opéra, un accord continu des plus harmonieux…

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Éric Chevalier, on ne saurait vous enfermer dans une activité professionnelle unique car vous en avez très tôt élargi la palette. A tout juste vingt ans c’est par l’étude de la scénographie à Londres que vous entrez dans l’univers du spectacle je crois ?

Disons que l’histoire commence dès ma naissance ! En effet mes parents étaient dans le métier du spectacle et plus précisément dans le théâtre lyrique, c’est à l’Opéra de Nantes qu’ils se sont rencontrés, mon père était chanteur, ma mère danseuse. Ils sont d’ailleurs partis très peu de temps après pour l’Opéra de Dijon pour venir ensuite dans celui d’Avignon en 1963. J’ai ainsi vécu ici pendant quelques années, le temps d’y faire mes années scolaires de la maternelle à celles du collège. C’est à partir de 1974 que mes parents sont partis pour la Belgique dans le même milieu professionnel, je les ai naturellement suivis et quatre plus tard je suis allé en Angleterre pour y poursuivre mes études et me diriger vers la scénographie, une activité à laquelle j’ai ajouté celle de la mise scène puis l’étude des éclairages

Les projections vidéo sont de plus en plus présentes sur la scène des théâtres et des Opéras, si l’on prend pour exemple votre Elixir d’Amour, créé à l’Opéra de Nice en fin 2017, on comprend à quel point vous avez suivi, avec beaucoup de dynamisme je dirais, l’évolution et les dispositifs modernes de la scénographie, ainsi le décor d’un village italien rendu par des projections vidéo, pourquoi ce désir d’unir la scène et l’image ?

 Lorsque j’étais enfant, j’avais un projecteur de diapositives et dans un petit castelet que je partageais avec mon frère, je projetais une image sur un drap que nous avions placé au fond du petit théâtre, les jeux et les rêves d’enfance sont agrandis aujourd’hui aux dimensions de la réalité en quelque sorte ! Ceci dit, il faut, selon moi, garder une certaine prudence avec la vidéo qui, tout comme le décor, ne doit pas prendre une importance trop grande par rapport à l’acteur ou au chanteur, l’image mobile est captivante et l’on pourrait avoir tendance à la regarder davantage, la vidéo doit servir l’acteur, accompagner l’action et ne pas raconter une histoire parallèle à celle du jeu. Concernant La Périchole, donnée prochainement sur la scène de l’Opéra Grand Avignon, les projections ne sont pas aussi affûtées qu’elles pouvaient l’être dans L’Elixir d’Amour où par exemple l’image se déformait alors que le personnage s’enivrait mais elles sont tout autant exigeantes puisqu’il s’agit d’images projetées, en apparence fixes, avec néanmoins une certaine complexité qu’apportent la mobilité des cinq écrans.

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De Micaela Villegas à La Périchole de Jacques Offenbach…

Quelques éléments pour une brève biographie de Jacques Offenbach ont déjà été publiés lors de la création d’Orphée aux Enfers en fin décembre 2018 à l’Opéra Grand Avignon. la mise en scène était assurée par Nadine Duffaut, les décors par Eric Chevalier qui signe ici la mise en scène, les décors et les lumières de La Périchole. 

https://parolesdopera.com/2018/12/09/jacques-offenbach-du-musicien-au-compositeur-de-lopera-bouffe-francais/

La Périchole.          images     Le personnage historique.

Micaela Villegas : une femme d’exception dont un vice-roi du Pérou va tomber éperdument amoureux. Fille d’un modeste musicien, la jeune femme captive par sa beauté et son charisme, le personnage haut en couleurs va inspirer tour à tour Mérimée, Offenbach et Jean Renoir pour ne citer qu’eux. Plus proche de nous, c’est son descendant, le journaliste Bertrand Villegas qui retrace le destin peu ordinaire de cette aïeule faite de contrastes étonnants dans un roman publié aux éditions Lattès en 1995 sous le simple titre de La Périchole. Mais qu’a donc cette femme pour drainer après soi tant d’intérêt ?

Tout d’abord, de Micaela à la Périchole, une injure : « Perra chola » chienne d’indigène ou de métisse selon les traductions, un surnom peu flatteur en vérité que lui donne dans un accès de colère, selon la légende, le vice-roi du Pérou épris de la belle capricieuse nous dit-on.

Pour l’histoire, Micaela serait vraisemblablement née en 1748, à Lima, capitale du Pérou, rien n’est moins sûr mais les mythes s’attachent aux êtres atypiques. Les ingrédients nécessaires à la narration d’un destin peu commun sont là ; une enfance modeste sur laquelle il s’agira de prendre une revanche, la jeune fille est curieuse, apprend l’écriture et la lecture dans une époque peu propice pour ce faire lorsque l’on est une femme. Micaela se passionne pour les livres, le chant et la danse et faisant fi des opinions négatives sur le métier de comédienne, c’est très tôt qu’elle trouve sur les planches de quoi satisfaire un désir de liberté que seul l’art peut alors lui apporter. Micaela appartient à ce type de femme qui attire immédiatement par son talent et sa beauté auxquels s’ajoute un caractère bien trempé, il n’en faut pas davantage à Don Manuel Amat, alors vice-roi du Pérou et garant de la fidélité de ce pays à la couronne d’Espagne, pour se passionner de cette jeune actrice.

Entre amours tumultueuses et scandales à la cour, cadeaux somptueux (dont le fameux carrosse à l’occasion des fêtes de la Pontioncule) et construction d’édifices remarquables, c’est une liaison entre le sexagénaire et la jeune femme qui durera quelque quatorze années au début desquelles un fils leur naîtra. En 1776, lorsque Manuel Amat rentre en Espagne, Micaela est fortunée certes mais en butte aux attaques incessantes de ses ennemis, elle poursuit néanmoins sa carrière d’actrice jusqu’en 1788 et achète le Colisée Royal de la Comédie avec celui qui deviendra son mari. Treize ans plus tard, la voilà veuve et désormais dévouée à la prière, elle porte l’habit de carmélite et mène des actions de charité jusqu’à sa mort, en 1819, à l’âge de 71 ans.

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Dominique Lièvre, Ada Bonora, une même lutte artistique contre l’inhumanité…

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 Dominique Lièvre, pouvez-vous nous donner un aperçu de votre parcours professionnel depuis la sortie du Conservatoire de Lyon ?

J’ai d’abord étudié le violon avant de faire les classes d’écriture sous la direction de Antoine Duhamel (fils de l’écrivain Georges Duhamel, Antoine Duhamel est décédé en 2014) grand compositeur de musiques de films pour Godard, Truffaut, Tavernier pour ne citer que ces trois-là. Ensuite, j’ai également travaillé sur la composition avec Olivier Messiaen dans le cadre de master class et de rendez-vous chez lui, dans sa petite maison de Saint-Théoffrey, après cela j’ai commencé mes premières créations vers l’âge de dix-sept ans et suis venu en Provence et depuis lors je mène une carrière de composition qui se partage entre la musique « pure », de la musique pour le théâtre et pour la danse. Une musique qui va donc de celle de chambre jusqu’à celle de l’opéra, j’en ai d’ailleurs écrit un en 2000 sur un livret d’Hubert Nyssen (opéra buffa, représenté en création mondiale les 26 e 28 novembre 2000 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon dans le cadre de l’opération Avignon, Ville européenne de la culture, dans une mise en scène de Lionel Parlier et sous la direction musicale de François-Xavier Bilger.)

Outre de nombreuses œuvres, je retiens par exemple celle de Marche, en 2015 de Christian Petr, décédé un an plus tard. Quels étaient vos liens avec le doyen de l’Université d’Avignon ?  

 Je connaissais très bien Christian Petr pour lequel j’ai écrit la musique de deux de ses spectacles, une pièce qui avait pour titre Voleurs de vie et Marche effectivement dont la problématique était celle des SDF, ces personnes invisibles autour desquelles il a fait un très beau texte. Nous étions par ailleurs liés par une amitié certaine. (Christian Petr, écrivain et professeur de littérature générale et comparée à l’université d’Avignon, spécialiste de l’Inde, président de l’association des Amis de Roger-Vaillant jusqu’à son décès en 2016).

 La même année, c’est La Confession d’un Colibri, un spectacle que vous avez composé et qui est lié au parcours de Pierre Rabhi.

Oui, c’est une fable opératique que j’avais écrite la même année à partir de l’ouvrage autobiographique de Pierre Rabhi titré Du Sahara aux Cévennes, dont nous avons fait l’adaptation avec l’auteur et Ada Bonora, laquelle avait du reste mis en scène le spectacle.

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