Donizetti, un compositeur sensible et prolifique…

xl_avatar

Domenico Gaetano Maria Donizetti naît un 29 novembre 1797 à Bergame, ville située au nord-est de Milan, dans la belle région de la Lombardie. Imaginons un instant la « Città Alta », sa grande porte vénitienne de San Giacomo, ses superbes remparts d’où les levers et les couchers de soleil deviennent le spectacle le plus fabuleux qui soit et suivons un moment la course heureuse de l’enfant Donizetti qui vient ici prendre de la hauteur. Cette ville, Donizetti la connait dans ses moindres recoins, il y vit entouré des siens, cinquième enfant des six de la famille. Les parents, de condition modeste, sont néanmoins très attentifs au devenir de chacun, ainsi on rêve déjà d’une carrière d’avocat pour le jeune Gaetano qui pour l’heure, tout à sa songerie matinale et passionné de dessin s’imagine devenir architecte. Des ambitions paternelles et personnelles qui sont sans compter le talent musical que le petit Donizetti révèle très tôt. Son frère Giuseppe, de neuf ans son aîné sera directeur de musique militaire à la cour du sultan de Constantinople, voilà deux frères dans un monde musical qui n’appartient qu’à eux puisque les parents n’en font pas partie.

Ainsi, âgé d’une douzaine d’années, c’est par l’entremise du maître de chapelle de la Basilique Santa Maria Maggiore de la ville ; Simone Mayr, qu’il va entrer à l’école de musique de Bergame. Arrêtons-nous un instant sur cet homme qui va rester jusqu’à sa mort dans les lieux, rejetant ainsi toutes les propositions d’emplois les plus remarquables à Vienne, Saint-Pétersbourg, Londres, Paris pour ne citer que ces destinations prestigieuses entre autres qui le sont tout autant. Cet attachement à sa ville va permettre d’y faire connaître la musique de quelques grands compositeurs dont Mozart ou Beethoven par exemple et d’y fonder en 1805 les « Leçons charitables de musique » lesquelles avaient pour vocation de former une douzaine de jeunes gens de condition sociale modeste, c’est de cette façon que Gaetano va pouvoir exploiter ses talents musicaux, il conservera ainsi, pour son premier maître, une fidélité et une reconnaissance ad vitam et aeternam.

Six ans plus tard, en 1815, le jeune Donizetti est envoyé à Bologne pour étudier le contrepoint et la fugue auprès du professeur reconnu comme le maître en la matière de l’époque ; Stanislao Mattei qui fut également celui de Rossini âgé alors lui-même de 23 ans et qui, cette année-là, compose son Barbiere di Siviglia dont la Première reste assez épique !

Pour en revenir à notre Donizetti, c’est à cette époque et tout en composant des pièces religieuses sous la direction de Mattéi, qu’il entre dans l’univers opératique et qu’il écrit, en 1816 son tout premier opéra ; Le Pygmalion inspiré d’une pièce de Jean-Jacques Rousseau, opéra en un seul acte d’une demi-heure et centré sur les deux rôles de Pygmalion et de Galatée. L’ouvrage, qui est plutôt un essai d’étudiant, ne sera pas donné sur scène avant 1960 et c’est avec son Enrico di Borgogna, composé en 1818, que le jeune compositeur fait montre d’une créativité et d’une rapidité d’exécution incroyables. A partir de là et pendant une dizaine d’années, Donizetti va composer presqu’une vingtaine d’opéras dont certains vont remporter un franc succès, pensons à Zoraïde di Grenata créé en 1822 avec l’aide de Mayr, ici on peut découvrir sa formidable rapidité dans la création qui va caractériser le musicien puisqu’il doit, en quelques jours à peine, et suite au décès soudain de l’une des chanteuses, réécrire une large partie de la partition avant la Première ! Retenons sur ces dix années quelques triomphes du compositeur ; Elvira, Alfredo le Grande, Olivo e Pasquale, Alahor in Granata, Chiara e Serafino, etc.

                    portrait-of-virginia-vasselli-donizetti_u-l-pplt6q0

En 1928, il se marie avec Virginia Vasselli, la fille d’un juriste romain et s’installe à Naples où il va connaître une gloire certaine à Rome avec L’Esule di Roma, un mélodrame héroïque inspiré de la veine romaine antique où les amours impossibles de la belle Argelia fille de sénateur et du tribun Settimio vont donner lieu à des passages de tension dramatique et de folie que l’on retrouvera dans d’autres œuvres du compositeur.

Deux ans plus tard, à Milan, c’est un autre succès retentissant avec Anna Bolena qui traduit la terrible disgrâce de la deuxième épouse de Henri VIII. « Tous disent qu’ils ne se souviennent pas avoir été présents à un triomphe aussi éclatant. J’étais si heureux que j’avais envie de pleurer. » confie Gaetano Donizetti à sa femme quant à l’accueil fait à son vingt-neuvième opéra composé en moins d’un mois ! Un ouvrage qui sera repris sur les scènes européennes très rapidement. Plus d’un siècle après, alors que les œuvres de Donizetti étaient quelque peu tombées dans l’oubli, Maria Callas triomphera à la Scala de Milan dans le rôle-titre, ce qui ne manquera pas d’ailleurs de remettre le compositeur à l’honneur dans plusieurs maisons d’opéras. Pour l’instant, nous sommes le 12 mai 1832 et c’est avec L’Elisir d’amore, représenté au Teatro della Canobbiana de Milan qu’il triomphe encore.

Trois ans plus tard, et sur l’invitation de Rossini, Donizetti se rend à Paris pour y faire jouer Marin Faliero au théâtre italien, une tragédie lyrique en trois actes dont l’action est placée dans la Venise du milieu du XIVème siècle, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur par le roi Louis-Philippe cette même année et c’est à son retour à Naples qu’il va connaître un succès éclatant avec son ouvrage le plus fameux ; Lucia di Lammermoor, parangon de l’opéra romantique, lequel est composé en six semaines seulement ! C’est néanmoins également à ce moment-là que sa femme meurt le laissant en proie au plus sombre des désespoirs.

              Gaetano_Donizetti_(portrait_by_Giuseppe_Rillosi)

En 1840, Donizetti, désirant s’éloigner de Naples, revient à Paris pour y écrire une série d’opéras qui seront reconnus sur la scène internationale par la suite, citons-en quelques-uns comme Les Martyrs ou Poliuto (1840) issu du Polyeucte de Corneille, La Fille du régiment (1840), La Favorite (1840).

En 1842, après être revenu en Italie, Donizetti repart pour Vienne où il compose La Linda di Chamouni qui connaît un tel succès qu’il est nommé maître de la chapelle de la cour impériale. De retour à Paris dès 1843, il compose l’opéra Don Pasquale en huit jours à peine ! Pour l’anecdote, il rappelle avec humour que Rossini avait composé Il Barbiere di Siviglia en quinze jours et ajoute : « Cela ne m’étonne pas, il est si paresseux ! » (sic !). En deux mois, il va ensuite s’atteler à l’immense partition de Dom Sébastien, roi du Portugal dont il dira à un ami : Je me sens bien mal, Dom Sébastien me tue ».

De retour à Vienne pour y retrouver ses fonctions de maître de chapelle de la cour, il donne bientôt des signes évidents de folie qui va le conduire à fréquenter plusieurs maisons de santé en France, en Belgique et en Italie pour finalement mourir le 8 avril 1848 d’une dernière attaque de paralysie dans sa Bergame natale dont tous les habitants suivront avec un réel chagrin ses funérailles.

Fait des plus étonnant s’il en est, celui de « la calotte crânienne » du compositeur évoqué dans une des « dix choses à savoir sur Gaetano Donizetti » sur le site de France Musique !

« Gaetano Donizetti s’éteint le 8 avril 1848 à Bergame, sa ville natale. Mais son histoire ne s’arrête pas là… Enterré dans un premier temps dans le cimetière de la ville, sa dépouille est exhumée en 1875 pour être transférée dans l’église Santa Maria Maggiore. Or, au cours de cette macabre opération, on constate que la calotte crânienne du compositeur a disparu.L’enquête est menée et le bout de crâne découvert dans une charcuterie. Histoire étonnante : le médecin légiste chargé de l’autopsie avait en fait conservé la calotte crânienne du musicien pour des études. Après son décès, ses affaires furent mises en vente et c’est un charcutier qui prit possession du crâne. Il s’en servit pour ranger ses pièces de monnaie, sans savoir qu’il possédait là un tout petit bout du célèbre Donizetti ! »

Lorsque l’on pense à Donizetti, il faut songer à ses 71 opéras, ses hymnes, ses oratorios, ses cantates, ses symphonies, les quatuors et les opus de musique d’église dont deux requiem (dont l’un avait été composé à la hâte suite au décès de son ami-rival Bellini mort à l’âge de 33 ans), tout cela composé en moins de trente ans, c’est un artiste passionné, à l’écriture rapide et féconde. Un grand de l’opéra comme le furent Rossini et Verdi avec cet élan vers le bel canto, pressentant que la musique doit souligner fortement le drame, révélant ici sa vision romantique de la vie.

Et comme dans cet espace romantique qui lui est si cher, Donizetti en aura vécu lui-même les touches dramatiques, ainsi son épouse aimée meurt du choléra en 1835, soir sept ans après leur union, un malheur auquel il faut ajouter la perte de leurs deux enfants morts en bas âge. C’est dans le frère de la défunte que le compositeur placera toute son affection, traitant son beau-frère comme son propre fils.

220px-L'elisir_d'amore_poster               260px-Giuseppe_Frezzolini_in_Donizetti's_L'elisir_d'amore

L’Elisir d’Amore

Composé en deux semaines, cet « Elixir d’Amour » sur un livret de Felice Romani d’après « le philtre » d’Eugène Scribe, appartient à la partie comique de l’œuvre de Donizetti, une veine plus réduite parmi ses opéras plutôt sérieux. L’œuvre est créée à Milan en 1832, il s’agit donc d’un ouvrage de jeunesse avant que les années et le poids de malheurs successifs ne le poussent à composer des œuvres plus dramatiques. Naturellement dans L’Elisir d’Amore, l’essence en est l’amour ! Toutefois, si le sujet rappelle le philtre des amours tragiques de Tristan et Iseut, cet élixir se colore d’une tonalité pathétique mais également de celle d’une pure comédie et le dénouement réunit les amants dans un espace bucolique des plus charmants.

Pour l’intrigue, elle ressemble fort à celle d’une comédie latine ; le jeune homme amouraché et naïf, la jeune campagnarde appétissante comme une caille, un soldat bellâtre et le charlatan qui vend ses philtres à qui veut bien les acheter. Philtres de toute sorte, le jeune Nemorino n’en veut qu’un, celui d’amour comme il l’a entendu d’après la légende médiévale et qui lui permettra d’obtenir les faveurs de la belle Adina riche et fière. Le philtre n’a de saveur et d’odeur que le vin qui enivre assez le jeune homme pour lui donner la hardiesse nécessaire à éveiller les sentiments de la belle qui va pourtant épouser le sergent Belcore. Devant tant d’adversité, Nemorino s’engage dans l’armée pour obtenir le prix d’une autre bouteille du précieux élixir mais un héritage opportun vient donner une résolution des plus sentimentales à l’histoire, on reconnaît l’air ici d’« Una furtiva lacrima » sur la joue d’Adina. Devenu riche, Nemorino peut épouser sa belle, le charlatan Dulcamara, dont la fortune est faite, clame les vertus de son merveilleux élixir ! « E finita la commedia ! »

L’Elisir d’amore est certainement l’un des « opera buffa » les plus brillants dans lequel la musique épouse dans un parfait équilibre le registre comique du livret. C’est tout le lyrisme romantique que Donizetti exprime ici à travers ses deux personnages, Nemorino et Adina.



L’elisir d’amore

  • DATES

Dimanche 19 mai 2019 à 14h30
Mardi 21 mai 2019 à 20h30
A l’Opéra Confluence – Avignon

  • INFOS PRATIQUES
  • Tarifs : A partir de 15 euros
  • Durée : 2h10

    CONFÉRENCE
    « L’élixir d’amour »
    par Simon Calamel
    > Samedi 18 mai à 17h
    Maison Jean Vilar

Melodramma giocoso en deux actes
de Gaetano Donizetti
Livret de Felice Romani
d’après Eugène Scribe pour Le Philtre d’Auber
Direction musicale Samuel Jean
Mise en scène Fanny Gioria
Décors et lumières Hervé Cherblanc
Costumière Irène Bernaud

Adina Maria Mudryak
Giannetta Pauline Rouillard

Nemorino Sahy Ratia
Belcore Philippe-Nicolas Martin
Dulcamara Sébastien Parotte

Orchestre Régional Avignon-Provence
Chœur de l’Opéra Grand Avignon

Cet opéra, écrit en un temps record, est l’un des plus célèbres du 19e siècle. La légende veut que Donizetti l’ait composé en tout juste deux semaines. Depuis sa création en 1832, cet ouvrage connaît une perpétuelle « bonne aventure » sur les scènes du monde entier grâce à une intrigue de caractère. Le jeune et naïf Nemorino souhaite conquérir la belle et capricieuse Adina, promise au fringuant sergent Berlcore. Dulcamara, un charlantan ambulant vante alors à Némorino un élixir d’amour qui pourrait l’aider… l’occasion est trop belle !
Cette comédie « douce-amère » enchaine péripéties, rebondissements et situations cocasses. Les thèmes de la manipulation et de l’escroquerie, mais également de la crédulité, du désir et de l’amour désespéré, offrent un regard ironique et toujours actuel sur les travers des Hommes.
Fanny Gioria

Nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon



Réservations sur le site internet de l’Opéra Grand Avignon  http://www.operagrandavignon.fr

ou par téléphone :  contactez la Billetterie de l’Opéra Grand Avignon
au 04 90 14 26 40

Durée : 2h55

Tarif à partir de 15 euros