La Traviata, une force qui va…

images     600x337_traviata_mea_site_02

Œuvre parmi les plus grandes de ce monde, La Traviata ne saurait lasser un public aussi bien initié que novice. Le sujet, plus que scandaleux en 1853, franchit avec force et brio les portes du succès que le temps consolidera sans faille. Non seulement l’amour en est la force vive mais encore sa dimension tragique en donne assurément toute l’intensité attendue dans un opéra. Femme légère et profonde tout à la fois, la Traviata semble l’absolu même qui conduit jusqu’au dernier souffle le cœur de l’amante sacrifiée sur l’autel de la morale bourgeoise. 

La traviata ou la femme perdue ou encore dévoyée, donne au paysage lyrique un sujet nouveau et parfaitement scandaleux en cette année 1853. Que Giuseppe Verdi se soit inspiré de La Dame aux Camélias ou plus directement de sa liaison avec la cantatrice Giuseppina, peu importe, l’oeuvre devient, dès sa deuxième année, une de ces oeuvres majeures et reconnue dans le monde entier.

 La traviata c’est Violetta, étourdie de fêtes et de galants, c’est la jeune courtisane qui évolue dans la légèreté des jours qu’elle partage entre son protecteur et amant, le baron Douphol, et le poids de la phtisie qui la ronge. Au coeur volage, les liens de l’amour sincère pourtant, sous les traits du jeune Alfredo Germont ; « aimer et être aimée »… Après trois mois d’un bonheur sans mélange loin de l’agitation parisienne et pendant lesquels Violetta dilapide ses biens pour celui de son ménage c’est l’heure des comptes; Alfredo parti sauver la fortune de son aimée, intervient le père du jeune homme; Violetta doit renoncer à l’amour au nom d’une morale bourgeoise implacable…C’est au bras du baron qu’elle apparaît au bal, et c’est par le geste désespéré d’Alfredo qu’elle subit l’affront public que tous réprouvent jusqu’au père du jeune homme coupable. Un dernier acte qui révèle en sept scènes la lente agonie de Violetta, les aveux d’un père repenti et les ultimes retrouvailles de deux amants que rien ne peut séparer, rien, outre la mort qui saisit alors la jeune femme des bras mêmes d’Alfredo.

(suite…)

Vanda, d’après Le testament de Vanda de Jean-Pierre Siméon ou l’ultime verbe dans un souffle…de vent.

Lionel Opeěra Reims9_mini(ŠJimmyVallentin)

Pure merveille que cette perle rare, trop rare du reste, dans un écrin d’éternité ; Le testament de Vanda version opéra dans l’ancien réfectoire des Chartreux à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon.

La poésie pour dénoncer l’insoutenable lourdeur de l’être…

 Comment ne pas être captivé, une fois de plus, par le poème de Jean-Pierre Siméon. Écrit sans ponctuation, comme dans un unique et dernier souffle d’agonie, le poème déroule la parole de Vanda, femme sans doute originaire des Balkans, femme immigrée, femme seule avec son bébé « Belette », dans un centre de rétention, en France. À sa « Belette », elle ne laissera pas de nom, perte d’identité nécessaire pour se « fondre dans la masse d’ici », Vanda livre ses souvenirs à l’enfant endormie, la tragédie d’une jeune vie que les hommes seuls savent salir. Et c’est le cri prolongé de la Mater Stabat Furiosa (du même auteur) qui « se tient debout et ne veut pas comprendre » la violence des hommes, leur soif de guerre, leur intolérance infinie. C’est le cri Nawal qui livre à ses jumeaux un autre testament dans les Incendies de Wajdi Mouawad (Le Sang des promesses/2).  Des textes pour la scène, parmi tant d’autres aujourd’hui, qui soulèvent les questions d’actualité, celles de la guerre qui anéantit l’individu, de l’identité perdue, de la fuite, de l’impossible intégration, du refus de cette violence faite à celles et à ceux qui n’ont pas choisi de combattre l’Autre.

(suite…)

Ouvreuse, un « petit métier de l’ombre » mis en lumière par Dalila Abdelkrim Daoui…

img_22531-e1521983321157.jpg  IMG_5255

Dalila Abdelkrim Daoui                                   …en compagnie de Kad Merad

Nous avons tous en mémoire les ouvreuses du cinéma de notre jeunesse, lampe de poche en main et panière en osier chargée d’eskimos, celles des théâtres, aussi modestes soient-ils, qui nous guidaient gentiment jusqu’au bon rang. Métier en voie de disparition, celui de l’ouvreuse se maintient pourtant dans les grands théâtres où, avec une discrétion efficace, elles vont dans un ballet incessant au rythme des entrées, placer la « cliente » ou le « client » jusqu’au fauteuil qui est le sien le temps d’une soirée.

 

Dalila Abdelkrim Daoui, en quoi consiste votre fonction à l’opéra et est-ce votre unique activité ?

Je suis d’abord employée de mairie, plus précisément agent d’accueil de l’urbanisme, pour l’instruction des autorisations de l’urbanisme.

Donc, j’étais employée en temps supplémentaire par la mairie pour faire ces quelques heures à l’opéra, lorsque la bascule s’est faite pour le Grand Avignon, j’ai changé d’employeur, ce n’est plus la mairie mais le Grand Avignon qui l’est devenu, tout cela restant dans la fonction publique, j’ai pu conserver les deux fonctions.

Depuis combien de temps êtes-vous liée à l’Opéra Grand Avignon et comment y êtes-vous venue ?

J’ai fait une demande auprès de la direction de l’Opéra d’Avignon en 1998 je crois pour être ouvreuse, ce que l’on nomme plus volontiers aujourd’hui sous la dénomination d’agent de salle et contrôleurs pour les hommes mais nous gardons entre nous le terme d’ouvreuses pour les femmes. Les contrôleurs déchirent les billets et indiquent les directions à prendre mais ils ne placent pas, c’est aux ouvreuses que revient cette activité.

Avez-vous senti une évolution de ce rôle depuis les quelques vingt années que vous le remplissez ?

 Lorsque je suis entrée, je n’étais que remplaçante à côté d’agents titulaires et comme les ouvreuses débutantes, j’ai fait tous les étages. D’abord le quatrième avec les loges. Il n’y a plus de clé comme on pouvait en avoir au XIXème siècle mais nous accompagnons les personnes jusqu’à leur loge.

(suite…)

Le pays du sourire de Franz Lehár sous le regard éclairé de Pierre-Emmanuel Rousseau.

2014-09-16 22.14.13

Pierre-Emmanuel Rousseau, après de solides études universitaires, vous avez rapidement assuré la mise en scène d’ouvrages lyriques, vous étiez un très jeune homme lorsque vous avez assuré celle de l’Amant jaloux de Gretry, avec succès du reste.

 D’une formation de musicien, j’ai en effet commencé très jeune en assistant, parallèlement à une préparation de maîtrise de théâtre à Paris III, Jérôme Deschamps ainsi que Macha Makeieff avec lesquels j’ai eu un compagnonnage assez long, notamment avec Jérôme Deschamps qui m’a proposé alors de faire l’ouverture de l’Opéra Royal de Versailles avec l’Amant jaloux de Gretry dès qu’il a pris la direction de l’Opéra-Comique.

Vous avez assisté de même, à l’époque, Stéphane Braunschweig, actuel directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, n’avez-vous pas été tenté également par la mise en scène d’une pièce de théâtre ?

 Si, je l’ai été, cependant je suis d’abord musicien et du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu mettre en scène des ouvrages lyriques que je vais voir depuis l’âge de cinq ans. Avec des parents très mélomanes, j’ai pu découvrir nombre de festivals et d’opéras, donc très vite ce désir de mettre en scène des opéras a fixé mon devenir en quelque sorte. Toutefois, le théâtre a été présent puisque Stéphane Braunschweig m’a offert de collaborer avec lui au Théâtre de Strasbourg dont il avait alors la direction. Ensuite, je dirais qu’il s’agit d’un autre métier, la dimension musicale me manquait, cependant je serais assez tenté à présent d’y revenir avec des textes qui ont d’ailleurs un rapport étroit avec la musique.

(suite…)

Opérette romantique en trois actes, « Le pays du sourire » de Franz Lehár.

lehar-4   arbeit-an-giuditta-1934

Le musicien, l’époux, l’ami fidèle…

 Franz Lehár est né le 30 avril 1870 en Hongrie, il commence très tôt la musique, étudiant d’abord le piano et composant sa première chanson à dix ans. Entré au conservatoire de Prague, il apprend le violon, étudie la théorie musicale et la composition. Progressivement, chef d’orchestre militaire puis compositeur à Vienne qui devient sa patrie d’adoption, il est rapidement considéré comme le maestro de l’opérette, le succès mondial que rencontre La veuve joyeuse en 1905 le confirmera.

Avec le régime nazi, les rapports sont plutôt difficiles, Lehár fait appel à des librettistes juifs et, bien que catholique, il épouse Sophie Paschkis d’origine juive qui se convertira finalement au catholicisme avant leur mariage. Mais Hitler lui-même apprécie sa musique (sic !), laquelle est utilisée à des fins de propagande. Une protection qui ne s’étend hélas pas jusqu’à l’un de ses librettistes ; Fritz Löhner-Beda déporté et assassiné avec sa femme à Auschwitz. Lehár part en Suisse en 1943. Après la fin de la guerre, il désavoue tout rapport avec le régime nazi.

Sophie Lehár, meurt en 1947, Franz Lehár, très affecté, rentre en Autriche l’année suivante où il est déclaré citoyen d’honneur, il s’éteint quelques mois après son retour à l’âge de 78 ans. Il avait « donné son cœur » à la musique d’abord, à sa chère Sophie ensuite et à ses amis enfin, ainsi repose-t-il près de ceux qu’il aimait et non loin de son ténor favori ; Richard Tauber et d’Oscar Strauss, le compositeur de Rêve de valses.

(suite…)

L’Enlèvement au Sérail ou Mozart au cabaret !

SERAIL-163

Mozart jeune et amoureux veut épouser sa Constance, il n’a que vingt-cinq ans, quelle meilleure façon que de créer cet opéra contre l’opposition des deux familles ? L’Enlèvement au Sérail y répond au mieux et d’une Constance à l’autre, la symbolique est claire, l’occasion également de mettre en avant les idées toute féministes du jeune compositeur que reprend avec bonheur Emmanuelle Cordoliani. Blonde, entraîneuse alerte, rappelle ainsi avec force à Osmin que Pedrillo ne l’emmène pas, c’est elle « qui part » ! La nuance est subtile mais le sens assuré, les femmes ne sont plus ces petits êtres éternellement mineurs et fragiles sous la tutelle d’un homme, et l’italienne Elisa Cenni qui incarne avec force et sensualité une Blonde des plus déterminées le rappelle dans des vocales amples et vibrantes.

En quittant ici une Turquie imaginée par le tout jeune musicien, nous nous installons tout naturellement sur les terrasses d’un cabaret viennois de la fin des années vingt. Emmanuelle Cordoliani place ainsi tout son petit monde dans une de ces soirées très privées du « Sérail Cabaret » où l’on vient s’encanailler à loisir.

(suite…)

Emmanuelle Cordoliani nous raconte son Enlèvement au sérail…

26685388_1717312318321463_8347673960521028116_o

Emmanuelle Cordoliani, vous avez l’expérience du théâtre et celle de l’opéra également, est-ce un atout pour diriger solistes et chœur d’un opéra ?

 Il me semble que c’en est un en effet car au théâtre il n’y a pas l’idée de groupe avec lequel travailler mais plutôt celle de l’individualité que je transpose à l’opéra où le chœur devient donc une personne à laquelle s’en ajoute une autre et ainsi de suite. De plus, dans ce projet où il y a un acteur sur scène, la théâtralité s’invite plus fortement, il faut donc trouver un jeu entre cet acteur et les chanteurs. Cependant, à la différence de la liberté d’expression au théâtre où l’on peut couper les textes, les monter, les agencer selon l’intention de mise en scène, le conservatisme est plus marqué à l’opéra, non seulement par l’érudition mais encore par la tradition, ainsi ce qui est intéressant, c’est d’évoluer dans ce milieu avec ce que l’on peut apporter du monde du théâtre. Depuis 2002, je monte des opéras en gardant à l’esprit que je le fais pour aujourd’hui et non pour rendre compte de ce qu’ils pouvaient être hier. Je sais également que les deux genres diffèrent, les relais de l’émotion, par exemple, sont plus nombreux à l’opéra ; un sentiment pourra ainsi être pris en charge par l’orchestre ou par le chœur, il est impératif d’être attentif à ces variations par rapport au théâtre. Enfin, le chanteur a davantage de fragilité que l’acteur, sans une voix préservée, il ne peut jouer alors que dans une situation analogue, le comédien pourra compenser malgré tout. Donc, il y a un va et vient entre théâtre et opéra qui permet, pour ce dernier, la rencontre de la parole, du chant, de la musique, de ses histoires, et c’est bien cela qui m’intéresse.

(suite…)

L’enlèvement au sérail, l’opéra du jeune Mozart, dans toute sa force dramatique…

images

Johannes Chrysostomus Wolfgangus Theophilus Mozart…

Mozart ! Que ce nom paraît familier à tout un chacun ! Tant d’images sont attachées au compositeur prodige que l’on en retient au moins une, pour certains il demeure cet ange blond béni des dieux, séduisant d’une cour à l’autre de nobles oreilles, pour d’autres, il restera ce démon aux plaisanteries scatologiques doublé d’un joueur invétéré.

Que n’a-t-on, par ailleurs, écrit sur l’homme, tentant sans doute par là de comprendre cette musique inégalée à ce jour ; dit d’une personnalité trouble, le musicien est confirmé dans une névrose d’angoisse, dominé par un caractère obsessionnel, qualifié d’éternel adolescent narcissique et paranoïaque, et j’en passe…Les études psychiatriques trouvent ici matière à noircir quelques pages qui ne sauraient suffire pourtant à comprendre l’artiste génial qui auraient balayé d’un revers de main ces quelques tentatives psychanalytiques insupportables ! Sans compter nombre de maladies dont la littérature médicale n’a pas manqué de diagnostiquer à titre posthume le malheureux Mozart, lequel aurait de ce fait subi à peu près tout ce qui peut se trouver comme maux et non des moindres, alternant le choléra, la syphilis, l’ulcère, la myopie, la surdité et tant d’autres alterations qu’une seule personne ne pourrait en souffrir ! Quant à sa mort, plus d’une centaine de causes l’expliquerait ! Les plus passionnantes restant bien entendu celles d’un possible empoisonnement et là encore, les auteurs du crime seraient légion !

(suite…)

Dialogues des Carmélites, une histoire d’amour entre Dieu et les âmes…

18S269-0145   18S269-0084

Dans le rêve de Blanche

C’est un public subjugué qui a suivi la première des Dialogues des Carmélites sur la scène d’Avignon ce dimanche 28 janvier. En effet, Alain Timàr, directeur du théâtre des Halles, nous offre dans cette nouvelle production de l’Opéra Grand Avignon une version épurée et sublimée de cette pièce déjà si forte en émotions. Une mise en scène au service exclusif de l’œuvre semble-t-il, tout geste paraît traduire le sentiment de chacun des personnages, l’aspect matériel a disparu au profit du drame qui progresse avec intensité jusqu’à la tragédie finale. Sur scène, les trois murs sont des écrans blancs où sont projetées des couleurs et des formes propres au « rêve » de Blanche de la Force, et l’alternance du bien et du mal s’y donne dans une esthétique saisissante. Pour seul mobilier, un fauteuil qui grandit à vue, se métamorphose en lit mortuaire puis bientôt en tombeau. Le travail d’Alain Timàr est précis et extrêmement symbolique, on retrouve l’homme de théâtre auquel rien n’échappe, il n’est pas un seul déplacement ni aucun regard inutiles, la fluidité traverse comme une évidence la pièce d’un bout à l’autre de son avancée. On peut évoquer l’aspect très contemporain de cette mise en scène mais difficilement celui d’une transposition car Alain Timàr semble plutôt donner un caractère intemporel à l’histoire de ces carmélites martyres et les costumes d’Elza Briand portent avec justesse ce point de vue.

(suite…)

Du dialogue avec Alain Timàr aux Dialogues des Carmélites…

Photo 1 Alain Timár    Photo 2 Alain Timár

Alain Timàr, depuis 1983 vous dirigez le théâtre des Halles à Avignon, n’êtes-vous jamais lassé de ces mêmes lieux ?

 Non, je ne ressens pas de lassitude, car quand je suis à Avignon, j’éprouve souvent le sentiment de vivre un peu sur un bateau, Avignon et le Théâtre des Halles endossant le poste de vaisseau amiral ! Et que connote le bateau si ce n’est l’idée du voyage ! Je suis invité dans de nombreux pays et cela depuis plusieurs années déjà : ainsi La Corée du Sud, Hong Kong, Shanghai, Singapour… J’ai actuellement à nouveau des propositions pour la Chine et la Corée. Convié au Festival de Bucarest récemment, on m’a également sollicité pour une mise en scène en Roumanie. Si j’ajoute les créations réalisées dans la ville papale, la programmation du Théâtre des Halles et mon travail d’atelier en tant que plasticien, pas le temps en effet de s’ennuyer, ni à Avignon, ni ailleurs !

Le théâtre des Halles travaille également avec des établissements scolaires, vous paraissez sensible, semble-t-il, à « l’éducation du jeune spectateur ».

 La position de l’artiste, selon moi, est plurielle : nécessité du recueillement, de la solitude propices à l’inspiration, à l’imagination. Cet isolement, ce retrait volontaires permettent d’être en phase ensuite avec les autres. Vous comprendrez qu’être en permanence à la conquête ou en séduction d’un public potentiel ne me paraît pas essentiel. Cependant, lorsque l’on se trouve en responsabilité d’un théâtre, d’une équipe et d’un public, aller vers l’autre constitue une donnée fondamentale et paradoxalement, doit devenir une quasi tendance naturelle. Dans ce cadre-là, sensibilisation, transmission, élargissement des publics prennent tout leur sens et constituent des temps véritablement très importants dans le parcours d’un artiste. Quand je parle de sensibilisation, c’est dans le sens d’éducation, d’éveil, de curiosité et de découverte.

Dans la solitude des champs de coton de Bernard -Marie Koltès

Dans la solitude des champs de coton  de Bernard-Marie Koltès. Festival d’Avignon, théâtre des Halles, 2017.

(suite…)