Eric Chevalier

La Périchole ouvre la saison lyrique sur la scène de l’Opéra Grand Avignon

75513379_3169148269825447_8657773505951039488_n

La Périchole, une muse pour les artistes…

Initialement, une femme de caractère qui subjugue assez le vice-roi du Pérou pour entretenir les feux de la passion pendant quelque quatorze années. La femme est belle, actrice et chanteuse de son état dans un dix-huitième siècle peu enclin à favoriser le sort des femmes en général et celui des artistes en particulier, qui de plus, dans un Pérou colonisé. Les scandales de cour sont légion tant la complaisance du vice-roi envers celle qu’il nommera La Périchole, après un accès de colère, est grande (Perra chola : chienne de métisse). De leur relation détonante, Prosper Mérimée fera une petite pièce autour d’un évènement qui aura mis en émoi la cour de Lima : le don d’un carrosse doré aux armes du roi d’Espagne. Belle revanche pour celle qui n’était qu’une chanteuse des rues, chiquenaude marquée à tous les titrés de la cour ! Jean Renoir s’emparera du sujet en s’attardant davantage sur la réalité des comédiens aux prises avec le pouvoir et aux difficultés à faire vivre le théâtre.

Entre les deux créateurs, Jacques Offenbach, assez séduit par Le Carrosse du Saint-Sacrement de Mérimée (1828), va composer La Périchole (1868). Un opéra bouffe qui réduit considérablement l’intrigue de la pièce pour ne s’intéresser qu’à la rencontre de la Périchole et du vice-roi. Les deux librettistes du compositeur, Henri Meilhac et Ludovic Halévy, vont en effet situer le coup de foudre du vice-roi pour la jeune femme dans les rues où, celle-ci, après avoir chanté, crie famine pendant que son amant, Piquillo, tente de trouver un peu plus loin de quoi les nourrir à grands renforts de ritournelles. La Périchole, tout à sa misère, accepte de suivre le vice-roi éperdu dans son palais, non sans avoir auparavant laissé une lettre à Piquillo. Trois actes traduiront les péripéties de l’étrange triangle amoureux jusqu’à la capitulation d’un vice-roi devant le triomphe de l’amour des jeunes gens.

(suite…)

Eric Chevalier et l’opéra, un accord continu des plus harmonieux…

DSC05946

Éric Chevalier, on ne saurait vous enfermer dans une activité professionnelle unique car vous en avez très tôt élargi la palette. A tout juste vingt ans c’est par l’étude de la scénographie à Londres que vous entrez dans l’univers du spectacle je crois ?

Disons que l’histoire commence dès ma naissance ! En effet mes parents étaient dans le métier du spectacle et plus précisément dans le théâtre lyrique, c’est à l’Opéra de Nantes qu’ils se sont rencontrés, mon père était chanteur, ma mère danseuse. Ils sont d’ailleurs partis très peu de temps après pour l’Opéra de Dijon pour venir ensuite dans celui d’Avignon en 1963. J’ai ainsi vécu ici pendant quelques années, le temps d’y faire mes années scolaires de la maternelle à celles du collège. C’est à partir de 1974 que mes parents sont partis pour la Belgique dans le même milieu professionnel, je les ai naturellement suivis et quatre plus tard je suis allé en Angleterre pour y poursuivre mes études et me diriger vers la scénographie, une activité à laquelle j’ai ajouté celle de la mise scène puis l’étude des éclairages

Les projections vidéo sont de plus en plus présentes sur la scène des théâtres et des Opéras, si l’on prend pour exemple votre Elixir d’Amour, créé à l’Opéra de Nice en fin 2017, on comprend à quel point vous avez suivi, avec beaucoup de dynamisme je dirais, l’évolution et les dispositifs modernes de la scénographie, ainsi le décor d’un village italien rendu par des projections vidéo, pourquoi ce désir d’unir la scène et l’image ?

 Lorsque j’étais enfant, j’avais un projecteur de diapositives et dans un petit castelet que je partageais avec mon frère, je projetais une image sur un drap que nous avions placé au fond du petit théâtre, les jeux et les rêves d’enfance sont agrandis aujourd’hui aux dimensions de la réalité en quelque sorte ! Ceci dit, il faut, selon moi, garder une certaine prudence avec la vidéo qui, tout comme le décor, ne doit pas prendre une importance trop grande par rapport à l’acteur ou au chanteur, l’image mobile est captivante et l’on pourrait avoir tendance à la regarder davantage, la vidéo doit servir l’acteur, accompagner l’action et ne pas raconter une histoire parallèle à celle du jeu. Concernant La Périchole, donnée prochainement sur la scène de l’Opéra Grand Avignon, les projections ne sont pas aussi affûtées qu’elles pouvaient l’être dans L’Elixir d’Amour où par exemple l’image se déformait alors que le personnage s’enivrait mais elles sont tout autant exigeantes puisqu’il s’agit d’images projetées, en apparence fixes, avec néanmoins une certaine complexité qu’apportent la mobilité des cinq écrans.

(suite…)