Ludivine Gombert

« La vie rêvée » d’une soprano, rencontre avec Ludivine Gombert…

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Ludivine Gombert, si nous repartions au début de votre vie de chanteuse afin d’en connaître les premières motivations ?

 Le désir de chanter est ancré solidement du plus loin que je me souvienne, non seulement de chanter mais également de m’imaginer sur une scène, je me revois ainsi dans ma chambre d’enfant dans laquelle il y avait un gros coffre en bois dont le plateau me servait de scène ! Alors que j’avais six ans, une chaine Hifi m’a été offerte et avec elle, la liberté d’écouter ce que je voulais dans mon espace, disques et cassettes filaient les chansons de variétés sur lesquelles je chantais. Le chant était alors un moyen de rejoindre ce père guitariste de jazz que je ne voyais que rarement. Les disques qu’enregistrait mon père et qu’il me donnait par la suite demeuraient le fil ténu de notre accord fille-père. J’écrivais également des textes sur sa musique pour communiquer avec lui, je les chantais, les paroles de la petite fille que j’étais alors étaient réduites au cri d’un cœur qui appelle l’absent, le chant et la musique bâtissant ce pont que je franchissais mentalement pour le rejoindre. L’avenir finirait par montrer que la musique serait, comme elle l’est aujourd’hui, le moyen de nous rapprocher et d’avoir cet échange à travers elle.

Donc, j’ai commencé très tôt de cette façon et, comme beaucoup d’enfants, nous montions des spectacles avec mes cousins pour nous produire dans la sphère familiale, notamment devant ma grand-mère qui s’occupait beaucoup de moi, la scène m’attirait déjà fortement !

Je crois savoir que vos aptitudes musicales ont été remarquées alors que vous commenciez à peine vos études au collège ?

Oui, c’est mon professeur de musique au collège qui fut sans doute sensible à mon univers particulier qui dénotait avec l’ensemble de la classe, elle avait une certaine rigueur qui me convenait tout à fait, et c’est à l’occasion d’un chant, lors d’une évaluation en sixième, qu’elle a repéré ce qui était très certainement chez moi une faim d’apprendre et de me nourrir par le chant. Elle proposait des cours en dehors de l’éducation nationale et pendant des années nous avons travaillé ensemble. Le monde lyrique s’ouvrait devant moi et bien que ma mère ne fût pas enthousiaste sur la question de chanter puisque mon père avait favorisé son amour de la musique au détriment d’une vie de couple et de père, elle ne m’en a pas moins toujours soutenue. Je devais cependant choisir entre la danse que je faisais depuis l’âge de cinq ans ou le chant, la danse avait également des atouts certains mais je lui ai préféré le chant. Les arts plastiques m’attiraient également, cependant au niveau du lycée, j’ai compris que je ferais du chant mon métier. C’est juste après l’obtention du baccalauréat que j’ai répondu à une demande d’audition de l’Opéra Théâtre d’Avignon qui se passait à Paris. L’audition m’était assez impressionnante, je n’avais aucune expérience en la matière, Raymond Duffaut faisait également partie du jury, néanmoins c’est à l’issue de celle-ci que j’ai pu entrer dans les chœurs d’Avignon et y rester finalement pendant six ans.

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La Bohème de Giacomo Puccini, un rêve à plusieurs voix…

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« Pour ce qui est des rêves, des chimères et des châteaux en Espagne, j’ai une âme de millionnaire. », (acte I, air de Rodololfo « Che gelida manina »)

 Des scènes charmantes de Henri Mürger à La Bohème de Puccini, l’essentiel est conservé avec l’évocation d’une jeunesse estudiantine nichant dans une mansarde du quartier latin et remettant au lendemain les espoirs déçus du jour. L’argent s’y fait rare, le froid et la faim mordent les corps mais les âmes d’artistes restent légères pour nos quatre joyeux drilles ; un peintre, un musicien, un écrivain et un philosophe. Un propriétaire éconduit faute d’argent, un réveillon au café de Momus où grisettes et artistes se retrouvent, une rencontre entre le poète Rodolfo et sa jolie voisine Mimi, la petite brodeuse phtisique, une chandelle qui s’éteint et le couple principal se forme. En contrepoint, Marcello le peintre et Musetta la volage forment un couple plus volcanique. Le bonheur est là, fragile, fugace, menaçant de s’éteindre à chaque moment. C’est un Paris du XIXème siècle épris de poésie et de passion, un lyrisme musical débordant à chaque mesure, un pathos final qui nous étreint encore et toujours au fil des productions.

Cette fois, c’est à Samuel Jean, premier Chef invité de l’Orchestre régional d’Avignon-Provence, qu’il revient de diriger la fosse des musiciens, il s’y livre avec la belle énergie qui est la sienne, soulignant puissamment ou plus tendrement la musique de Puccini selon les émotions des personnages.

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Giacomo Puccini, entre réalisme et romantisme, une intensité dramatique…

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Le musicien précoce

Giacomo Puccini est donné pour l’un des plus grands compositeurs de la seconde partie de ce XIXème siècle foisonnant d’arts et de sciences. Qui évoque Puccini songe sans doute simultanément à La Bohème, Tosca, Madame Butterfly, trois opéras à la tonalité dramatique pour ne pas dire tragique qui permettent, à l’opéra italien, après Verdi, de connaître à nouveau les feux éclatants de la gloire.

Mais reprenons quelques années plus tôt, c’est le 22 décembre 1858 en Toscane que naît le petit Giacomo, sixième enfant et seul garçon après cinq filles, un septième enfant, un garçon, verra le jour cinq ans plus tard et mourra à l’âge d’un an. Giacomo reste le seul « homme » de la famille puisque son père est également mort depuis quelques mois. Avant lui ce sont déjà trois générations de compositeurs d’église qui prédisposent sans doute aux aptitudes musicales le dernier rejeton Puccini. Si la pression familiale se fait sentir, Giacomo de son côté est un brin cossard et les plaisirs font plutôt le bonheur de ses jours ! Pourtant, bon sang ni talent ne sauraient mentir et c’est dans l’écoute de l’Aïdade Verdi, en 1876, que le jeune musicien, il a alors à peine 18 ans, décide de devenir compositeur. A 22 ans, fort d’une bourse, il entre au conservatoire de Milan où il se montre un élève des plus remarquables, un rien irrégulier mais véritablement brillant. La vie de bohème, il la connaîtra à l’italienne avec « La Scapigliatura » ; un mouvement littéraire et artistique aux formes diverses où on y rejette les principes bourgeois auxquels l’on préfère une création artistique libre. Giacomo rencontre à cette époque le compositeur Arrigo Boito, de 16 ans son aîné, et qui a déjà à son effectif une belle production artistique nourrie de poésies, de pièces de théâtre, de nouvelles et bien sûr d’opéras tel Mefistofele créé en 1868 à la Scala pour n’en citer qu’un. C’est ce nouvel ami qui va le soutenir dans la création de son premier opéra en 1884 à Milan ; Le Villi, dont le sujet fantastique et riche d’allusions magiques correspond bien au mouvement de la « Scapigliatura ». C’est dans cette même année que sa mère meurt laissant le compositeur très affecté, il n’a que 26 ans.

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