metteur en scène

Laissons Fanny Gioria nous étourdir avec son Elisir d’amore !

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Fanny Giorgia, la dernière fois que nous nous sommes vues, le 20 novembre 2017, vous prépariez Orphée de Gluck dans sa version remaniée par Berlioz pour l’ouverture de l’Opéra éphémère, il s’agissait d’une création de l’Opéra Grand Avignon, ce qui est encore le cas cette fois-ci et, côté décors et lumières, vous retrouvez Hervé Cherblanc, une complicité retrouvée ?

 Oui, c’est agréable de travailler avec quelqu’un qui a une sensibilité égale à la mienne tout en s’éloignant de l’esthétique qui était la nôtre dans Orphée puisqu’il s’agit avec L’Elisir d’amore d’un univers qui diffère totalement, donc la question est de savoir comment avec nos sensibilités communes, lesquelles se rejoignent assez dans l’espace visuel, nous pourrons aller dans cet ailleurs à découvrir ensemble. C’est en cela que l’on s’aperçoit vraiment que le voyage dans la mise en scène d’opéras est un travail d’équipe avec le scénographe, le créateur de lumières, la costumière etc. Depuis Orphée, il y a eu plus d’une année écoulée, cependant le projet de L’Elisir d’amore existait déjà puisque, naturellement, la programmation est faite deux à trois années en amont des représentations. De fait, les projets sont menés simultanément, s’imbriquant et se nourrissant les uns les autres nécessairement, ce qui en fait tout l’intérêt à mon sens. Orphée avec son univers particulier, plus sombre, avec sa part de souffrance et de recherche intérieure alors qu’ici on est dans une dimension beaucoup plus légère et pourtant chaque mise en scène nourrit la suivante. Avec le même scénographe, je dirais que l’on part dans l’aventure avec un même langage, c’est de fait un gain de temps également. Le scénographe arrive avec ses nombreuses idées, ses schémas, Hervé Cherblanc a ainsi réalisé la maquette du décor en reconstituant l’intérieur de l’Opéra éphémère. Si on l’examine de près, on y retrouve le travail sur la lumière, sur la transparence, ce qui n’exclut pas le travail informatique mais la maquette me semble tellement plus vivante, elle me parle davantage !

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Frédéric Roels, un passeur d’émotions…

2011 frédéric roels 2©david-morganti

Metteur en scène, directeur d’opéra, notamment celui de Rouen de 2009 à 2017, actuellement directeur des opérations artistiques à l’Opéra Royal de Mascate à Oman, créateur de lumières, auteur à vos heures, dramaturge, notamment lorsque vous étiez à l’opéra de Liège, Frédéric Roels a-t-il cette nécessité de toucher un peu à tout pour comprendre au mieux l’univers lyrique dans ses multiples facettes ?

 En effet, il est une constante depuis l’enfance, à savoir une double passion pour la musique et pour le texte qui expriment et racontent un contenu, une émotion. Ce qui est sublime dans l’opéra, c’est bien la rencontre des deux qui interagissent, la musique apporte ses qualités narratives et émotionnelles, le livret en procure tout autant, parfois en allant dans un sens semblable, d’autres fois en se complétant voire en se contredisant. C’est dans l’observation de ces deux langages et de leurs interférences que je trouve un intérêt certain aussi bien dans mon travail de metteur en scène que dans celui de programmateur. C’est essentiel, selon moi, que les œuvres fassent sens et qu’elles engendrent une particularité qui résultent de l’alchimie entre le livret et la musique. Programmer une œuvre dont la portée ne serait que musicale ou inversement ne me séduirait pas car j’ai besoin de raconter une histoire, ainsi pendant les huit années passées à l’Opéra de Rouen, j’ai tenté que chacune des saisons raconte quelque chose, souvent conduites en cela par le fil conducteur d’une thématique choisie. Donc le désir de raconter avec la musique, le texte mais aussi, naturellement, avec le jeu des d’acteurs, la lumière, la représentation scénique, le mouvement. Quant à la lumière, c’est un langage qui m’a intéressé depuis mes études de théâtre et que j’ai pu créer dans des spectacles où les moyens financiers étaient moindres, quelques rares expériences d’éclairagistes sur demande également ont conclu cette approche que je n’ai pas poursuivie, Cosi Fan Tutte, en 2016, est le dernier opéra dont j’ai fait les éclairages.

Côté écriture, c’est une occupation plus intime puisque faite dans la solitude à contrario de la mise en scène qui est un travail collectif avec les chanteurs, le scénographe, le costumier, l’éclairagiste, l’assistant, l’orchestre, le chef d’orchestre etc., donc toute une équipe qui collabore pour la création d’une œuvre alors que l’écriture me permet, de temps en temps, de travailler dans la solitude quelques heures par jour comme j’aime à le faire parfois.

J’ai pu ainsi écrire nombreux articles dans une démarche explicative pour l’Opéra de Bruxelles ou le Palais des beaux-arts (BOZAR) ou, de manière plus imaginative, deux livrets d’opéra, une comédie musicale et, de façon plus souterraine pour l’instant, deux romans encore à l’ébauche.

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Jacques Weber raconte…La dernière bande…

Jacques Weber, vous êtes un familier du seul-en-scène, qu’il s’agisse de raconter Monsieur Molière, de mêler des textes classiques et contemporains avec une certaine gourmandise (d’ailleurs bien goûtée par le public !), d’interpréter un truculent Gustave Flaubert, je pense aux lectures sur scène également. Autant de moments que vous partagez avec un public complice sur lequel vous pouvez vous appuyer, vous êtes alors, en quelque sorte, porté par ses rires, par son émotion voire son approbation mais ici, avec le personnage de Krapp qui incarne la solitude, le rapport au public est tout autre. Comment percevez-vous cette nouvelle approche ?

En effet, dans les pièces précédentes, bien que seul en scène ou presque avec Gustave, le rapport avec le public est direct. Ici, il s’agit d’une incarnation, je dirais même d’une pièce de composition car lorsque j’arrive sur scène, on ne me reconnaît pas, je suis ce vieux clown et ce qui caractérise Beckett, c’est bien que tout commence dans un registre burlesque puis, peu à peu, l’homme se dévoile et la pièce bascule d’un mouvement identique jusqu’à la tragédie. Il y a un paradoxe chez Beckett, celui de conjuguer la renommée et la peur tout à la fois, pourtant, Molière et Tchekhov peuvent être tout autant tragiques parfois.

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