opéra baroque

Il Mondo alla roversa, un bijou d’orfèvres dans un écrin !

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Il Mondo alla roversa a été donné ce week-end pour la première fois en France, depuis sa création en 1750 au Teatro San Cassiano de Venise, et c’est la scène d’Avignon qui a reçu ce trésor baroque sur un livret en trois actes de Carlo Goldoni porté par la musique du compositeur Baldassare Galuppi. Une perle dénichée par Françoise Lasserre qui dirige son orchestre Akadêmia et que le metteur en scène Vincent Tavernier va placer dans un écrin tout à l’italienne.

Pour la fable, elle installe son drame burlesque dans une « île des Antipodes », le lieu évoquant d’emblée la contradiction d’un monde renversé, les femmes en effet y dominent des hommes alanguis et obéissants. Trois d’entre elles incarnant des caractères naturellement opposés ; Tullia la raisonnable, Cintia l’ambitieuse et Aurora l’amoureuse, c’est assez pour développer une compétition vers le pouvoir absolu. Les amants respectifs des trois furies ; Rinaldino, Giacinto et Graziozinio conduisent comme ils le peuvent et leurs amours et leurs intérêts. Enfin, le débarquement inopiné de marins sur l’île, Ferramonte à leur tête, farouche gardien de la liberté, conduira le conflit des trois femmes jusqu’à sa résolution « Les femmes qui commandent, c’est un monde à l’envers, qui ne durera jamais » conclut l’ouvrage.

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Vincent Tavernier, à la recherche des oeuvres « perdues » jusqu’au « tempo retrouvé » !

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Vincent Tavernier, vous êtes metteur en scène, récitant, directeur d’une compagnie depuis près de trente ans, librettiste…

 Je ne me considère pas vraiment comme librettiste, l’écriture est venue en réponse à des commandes je dirais, elle ne fait pas partie de mes « combats » puisqu’en premier lieu, mon travail est celui de metteur en scène et directeur de compagnie, la même depuis trente ans. Pour les autres emplois, je les envisage davantage comme un présent !

 De nombreuses productions, plus d’une centaine, qui embrassent tout à la fois l’opéra, le théâtre et les comédies-ballets; un désir de vous confronter à tous les genres de la scène ? La comédie-ballet permet cet éventail artistique ?

 Ce n’est pas tant la convocation de plusieurs arts sur la scène qui l’emporte puisque l’opéra le fait par définition, sans inclure le théâtre, bien qu’il y ait une théâtralisation musicale mais sans avoir de comédiens en jeu, ce sont des chanteurs qui jouent. Bien sûr, sans aucune nuance péjorative j’entends. La comédie-ballet me semble avoir un charme particulier en ce sens qu’elle associe des danseurs, des chanteurs, des comédiens, des instrumentistes, chacun d’entre eux allant jusqu’au bout de son art. Il s’agit d’un genre qui ne s’est pas développé, on n’écrit plus de comédie-ballet, qui n’est pas à confondre du reste avec la comédie musicale qui met en scène de bons chanteurs qui dansent et jouent la comédie tout à la fois, la discipline n’en est pas moins exigeante d’ailleurs mais elle ne s’apparente pas à la nature même de la comédie-ballet. Il faut penser la comédie-ballet comme un « passage de relais » entre les arts, de fait la musique inaugure puis passe le relais aux comédiens qui le passent à leur tour aux danseurs qui vont encore le passer et ainsi de suite. La difficulté ici est celle de l’unité de style car ce n’est pas une juxtaposition mais une progression. La danse, par exemple, va alors amplifier le propos, le théâtre va le récupérer et de façon différente que précédemment et ainsi de suite. Il s’agit là d’une construction somme toute très sophistiquée que je trouve véritablement intéressante, c’est l’enjeu même de la forme de la comédie-ballet que seul Molière a parfaitement maîtrisée selon moi. Mais que ce soit l’opéra, le théâtre ou la comédie-ballet, ce sont des mondes qui se correspondent bien et qui forcent la réflexion afin de les restituer au mieux.

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Goldoni et Galuppi…pour le meilleur et pour le rire…

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Carlo Goldoni, le « Molière italien »

 « On ne peut nier que je sois né sous l’influence d’une étoile comique, puisque ma vie même a été une comédie » Mémoires de M. Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre.1787

 Quelle aventure en effet que celle de la vie de Carlo Goldoni ; trépidante à souhait, mouvementée de voyages incessants, tiraillée entre l’avocat et le dramaturge, agitée entre les cours de Louis XV puis de Louis XVI, l’homme n’a de cesse de courir les théâtres, les salons de musique ou de littérature. Il observe, écoute, prend ici et là la matière de ses tableaux qu’il arrange avec finesse et drôlerie dans une œuvre théâtrale foisonnante. Exilé dans la maturité en France, il écrira, dans la langue de Molière qu’il admire tant, ses Mémoires qui relatent une enfance et une jeunesse bien animées ! De nature essentiellement optimiste, c’est dans la Venise éclairée de tous les arts de ce début du XVIIIème siècle que le petit Carlo Goldoni grandit entre un grand-père qui fait donner les spectacles d’opéra à la maison et un père qui le distrait avec un petit théâtre de marionnettes. Dans ces conditions, comment ne pas entendre l’irrésistible appel des Muses ? Il écrit donc sa première pièce à neuf ans et malgré des efforts répétés pour suivre les directives familiales puisqu’il devient tout de même juriste, (à noter également qu’il est tenté à un moment de l’adolescence par les ordres !) son amour du théâtre et de la vie le pousse à abandonner la carrière d’avocat pour lui préférer celle de dramaturge.

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