Opéra Grand Avignon

Enfantés par l’oubli, un concert entre la grâce des arts et la disgrâce des hommes.

Maintenant le soleil Brillera...

C’est hier soir, jeudi 17 octobre, que le spectacle de Dominique Lièvre s’est donné sur la scène de l’Opéra Confluence. Sur un plateau épuré, l’orchestre à cordes et harpe de l’Orchestre Régional Avignon-Provence est dirigé avec une belle sensibilité par Eric Breton. En avant-scène, la mezzo-soprano Coline Dutilleul, prête une voix chaude et pénétrante aux accents malhlériens et à ceux non moins prégnants des poèmes d’Ada Bonora qui tient ici le rôle de récitante dans un timbre clair et profond. Toutes deux vont faire entendre l’expression d’une enfance bafouée dans la fièvre belliqueuse des hommes, dans leur aberration et leur aveuglement et dans la douleur commune de l’exclusion et de l’exil.

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L’Elisir d’amore de Fanny Gioria, tous les ingrédients d’un philtre réussi !

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La saison « Egalité » de l’Opéra grand Avignon s’achève dans une remarquable production de la maison en ce mois de mai 2019 ! Un élixir qui étourdit la salle au comble de l’allégresse !

L’Elisir d’amore s’inscrit dans un des « opere buffe » dans lesquels Donizetti se montre aussi brillant qu’il peut l’être dans ses œuvres plus dramatiques. L’histoire dit que cet opéra est composé en deux semaines seulement, un record d’exécution qui n’ôte rien à l’éclat de l’ouvrage, cependant ce n’est pas dans le texte qu’il faut aller chercher sa force mais bien dans cette alliage si particulier d’un romantisme exacerbé et d’une dramatique renouvelée que souligne une musique tout aussi variée. Le 12 mai 1832, lors de sa création au Teatro della Canobbiana, l’Elisir d’amore est un véritable triomphe, le livret de Felice Romani, librettiste mais également poète et critique musical, s’appuie sur Le Philtre de Scribe. L’intrigue sentimentale reprend de façon burlesque le mythe de Tristan et Yseut et le précieux breuvage n’est autre qu’un vin vendu par le bonimenteur Dulcamara au naïf Nemorino amoureux de la riche et fière Adina. Le picrate fait bientôt son œuvre, l’amoureux pique la belle de son indifférence alors qu’elle accepte des épousailles avec l’arrogant sergent Belcore. Désargenté et croyant fermement aux vertus du nectar, Némorino s’engage dans le régiment de son rival afin d’en acheter encore. Un héritage soudain, des jeunes filles amourachées du nouveau riche, voilà de quoi donner à l’indifférence d’Adina une attention nouvelle pour un heureux Némorino bientôt marié à l’élue de son cœur ! Très éloigné du futur opéra Wagnérien, ces Tristan et Iseut inédits évoluent habilement entre le rire et l’émotion.

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Une question d’Art…et d’Amitié.

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Créée le 28 octobre 1994 à la Comédie des Champs-Elysées, la pièce Art emmène aussitôt son auteure Yasmina Reza vers les sommets du succès, la pièce est alors traduite dans pas moins de trente-cinq langues et reprise jusqu’à Brodway. Aujourd’hui encore, quelque vingt-cinq ans plus tard, l’effet sur le lecteur et le public est intact. On sort bien souvent du théâtre avec le désir de retrouver au plus vite le texte d’un peu plus d’une cinquantaine de pages que l’on redécouvre avec un plaisir toujours renouvelé. Art fait partie de ces oeuvres intemporelles parce qu’elle y livre une réflexion sur un thème non moins éternel qui est celui de l’amitié.

Ils sont trois ; Serge le dermatologue amateur d’art, un tantinet affété, Marc l’ingénieur rationnel, volontiers tyrannique et terriblement anxieux, Yvan enfin, plus plébéien, pusillanime et qui vit dans l’ombre de ses deux amis. Le comique de caractère est déjà en place dans cette improbable amitié qui les lie pourtant depuis « longtemps ».

La crise est admirablement amenée par l’acquisition d’une grande toile d’art contemporain parfaitement blanche à quelques liserés transversaux près, également blancs, signée Antrios et dont Serge devient le propriétaire pour la somme de « deux cents mille », réadaptés à présent en trente mille euros ! Marc est renversé, méprisant, le tableau ne représente rien à ses yeux et plus dangereux, il l’a remplacé auprès de Serge qui paraît prendre ici son indépendance, de fait sa peur de l’abandon est manifeste et bascule le personnage entre le rire et l’émotion. Serge, l’offensé, durcit sa position d’esthète renvoyant Marc à son inaptitude à saisir la forme artistique. Au milieu des deux antagonistes, Yvan qui n’a aucune opinion quant au tableau mais que l’approche de son prochain mariage rend particulièrement nerveux. Catalyseurs d’une confrontation entre les trois acolytes, le tableau en particulier et l’art en général ne sont qu’un prétexte à sonder les profondeurs de l’amitié tapissées des meilleures intentions comme des pires.

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Goldoni et Galuppi…pour le meilleur et pour le rire…

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Carlo Goldoni, le « Molière italien »

 « On ne peut nier que je sois né sous l’influence d’une étoile comique, puisque ma vie même a été une comédie » Mémoires de M. Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre.1787

 Quelle aventure en effet que celle de la vie de Carlo Goldoni ; trépidante à souhait, mouvementée de voyages incessants, tiraillée entre l’avocat et le dramaturge, agitée entre les cours de Louis XV puis de Louis XVI, l’homme n’a de cesse de courir les théâtres, les salons de musique ou de littérature. Il observe, écoute, prend ici et là la matière de ses tableaux qu’il arrange avec finesse et drôlerie dans une œuvre théâtrale foisonnante. Exilé dans la maturité en France, il écrira, dans la langue de Molière qu’il admire tant, ses Mémoires qui relatent une enfance et une jeunesse bien animées ! De nature essentiellement optimiste, c’est dans la Venise éclairée de tous les arts de ce début du XVIIIème siècle que le petit Carlo Goldoni grandit entre un grand-père qui fait donner les spectacles d’opéra à la maison et un père qui le distrait avec un petit théâtre de marionnettes. Dans ces conditions, comment ne pas entendre l’irrésistible appel des Muses ? Il écrit donc sa première pièce à neuf ans et malgré des efforts répétés pour suivre les directives familiales puisqu’il devient tout de même juriste, (à noter également qu’il est tenté à un moment de l’adolescence par les ordres !) son amour du théâtre et de la vie le pousse à abandonner la carrière d’avocat pour lui préférer celle de dramaturge.

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