Opéra

L’Elisir d’amore de Fanny Gioria, tous les ingrédients d’un philtre réussi !

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La saison « Egalité » de l’Opéra grand Avignon s’achève dans une remarquable production de la maison en ce mois de mai 2019 ! Un élixir qui étourdit la salle au comble de l’allégresse !

L’Elisir d’amore s’inscrit dans un des « opere buffe » dans lesquels Donizetti se montre aussi brillant qu’il peut l’être dans ses œuvres plus dramatiques. L’histoire dit que cet opéra est composé en deux semaines seulement, un record d’exécution qui n’ôte rien à l’éclat de l’ouvrage, cependant ce n’est pas dans le texte qu’il faut aller chercher sa force mais bien dans cette alliage si particulier d’un romantisme exacerbé et d’une dramatique renouvelée que souligne une musique tout aussi variée. Le 12 mai 1832, lors de sa création au Teatro della Canobbiana, l’Elisir d’amore est un véritable triomphe, le livret de Felice Romani, librettiste mais également poète et critique musical, s’appuie sur Le Philtre de Scribe. L’intrigue sentimentale reprend de façon burlesque le mythe de Tristan et Yseut et le précieux breuvage n’est autre qu’un vin vendu par le bonimenteur Dulcamara au naïf Nemorino amoureux de la riche et fière Adina. Le picrate fait bientôt son œuvre, l’amoureux pique la belle de son indifférence alors qu’elle accepte des épousailles avec l’arrogant sergent Belcore. Désargenté et croyant fermement aux vertus du nectar, Némorino s’engage dans le régiment de son rival afin d’en acheter encore. Un héritage soudain, des jeunes filles amourachées du nouveau riche, voilà de quoi donner à l’indifférence d’Adina une attention nouvelle pour un heureux Némorino bientôt marié à l’élue de son cœur ! Très éloigné du futur opéra Wagnérien, ces Tristan et Iseut inédits évoluent habilement entre le rire et l’émotion.

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Laissons Fanny Gioria nous étourdir avec son Elisir d’amore !

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Fanny Giorgia, la dernière fois que nous nous sommes vues, le 20 novembre 2017, vous prépariez Orphée de Gluck dans sa version remaniée par Berlioz pour l’ouverture de l’Opéra éphémère, il s’agissait d’une création de l’Opéra Grand Avignon, ce qui est encore le cas cette fois-ci et, côté décors et lumières, vous retrouvez Hervé Cherblanc, une complicité retrouvée ?

 Oui, c’est agréable de travailler avec quelqu’un qui a une sensibilité égale à la mienne tout en s’éloignant de l’esthétique qui était la nôtre dans Orphée puisqu’il s’agit avec L’Elisir d’amore d’un univers qui diffère totalement, donc la question est de savoir comment avec nos sensibilités communes, lesquelles se rejoignent assez dans l’espace visuel, nous pourrons aller dans cet ailleurs à découvrir ensemble. C’est en cela que l’on s’aperçoit vraiment que le voyage dans la mise en scène d’opéras est un travail d’équipe avec le scénographe, le créateur de lumières, la costumière etc. Depuis Orphée, il y a eu plus d’une année écoulée, cependant le projet de L’Elisir d’amore existait déjà puisque, naturellement, la programmation est faite deux à trois années en amont des représentations. De fait, les projets sont menés simultanément, s’imbriquant et se nourrissant les uns les autres nécessairement, ce qui en fait tout l’intérêt à mon sens. Orphée avec son univers particulier, plus sombre, avec sa part de souffrance et de recherche intérieure alors qu’ici on est dans une dimension beaucoup plus légère et pourtant chaque mise en scène nourrit la suivante. Avec le même scénographe, je dirais que l’on part dans l’aventure avec un même langage, c’est de fait un gain de temps également. Le scénographe arrive avec ses nombreuses idées, ses schémas, Hervé Cherblanc a ainsi réalisé la maquette du décor en reconstituant l’intérieur de l’Opéra éphémère. Si on l’examine de près, on y retrouve le travail sur la lumière, sur la transparence, ce qui n’exclut pas le travail informatique mais la maquette me semble tellement plus vivante, elle me parle davantage !

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Donizetti, un compositeur sensible et prolifique…

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Domenico Gaetano Maria Donizetti naît un 29 novembre 1797 à Bergame, ville située au nord-est de Milan, dans la belle région de la Lombardie. Imaginons un instant la « Città Alta », sa grande porte vénitienne de San Giacomo, ses superbes remparts d’où les levers et les couchers de soleil deviennent le spectacle le plus fabuleux qui soit et suivons un moment la course heureuse de l’enfant Donizetti qui vient ici prendre de la hauteur. Cette ville, Donizetti la connait dans ses moindres recoins, il y vit entouré des siens, cinquième enfant des six de la famille. Les parents, de condition modeste, sont néanmoins très attentifs au devenir de chacun, ainsi on rêve déjà d’une carrière d’avocat pour le jeune Gaetano qui pour l’heure, tout à sa songerie matinale et passionné de dessin s’imagine devenir architecte. Des ambitions paternelles et personnelles qui sont sans compter le talent musical que le petit Donizetti révèle très tôt. Son frère Giuseppe, de neuf ans son aîné, sera directeur de musique militaire à la cour du sultan de Constantinople, voilà deux frères dans un monde musical qui n’appartient qu’à eux puisque les parents n’en font pas partie.

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Les Saltimbanques de Mireille Larroche, une ode au spectacle vivant !

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Au commencement, il y avait des échafaudages sur fond d’immeubles HLM, et la musique de Ganne.

Le quartier de Nanterre était « informe et vide, il y avait » les railleries lancées vers les sales saltimbanques arrivés dans une antique camionnette.

Mireille dit : que le spectacle soit ! Et le spectacle fut.

Le public vit que la parade était bonne et les comédiens séparèrent le spectacle de l’obscurantisme.

Ainsi, il y eut une féérie qui prit vie, « ainsi il y eut un soir », ce fut le premier à nous émouvoir !

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Nul doute que toutes celles et tous ceux qui ont assisté ce week-end aux Saltimbanques de Louis Ganne, opérette mise en scène par Mireille Larroche, assistée en cela par Francesca Bonato et Jean-Philippe Corre, n’aient été conquis voire envoûtés par l’extraordinaire poésie de ce spectacle, si les muses peuvent transformer le monde d’une manière générale, elles ont ce soir-là mué une réalité des plus difficiles en une grâce certaine. Véritable alchimiste de la scène, Mireille Larroche revisite l’œuvre de Ganne, réécrit le livret de Maurice Ordonneau, pour l’ancrer dans une contemporanéité familière, elle y matérialise la condition précaire des intermittents dont elle défend non seulement le statut mais encore l’indispensable place au sein de la Cité. Artistes de cirque exploités, animateurs commerciaux pour galeries marchandes, figurants de série TV, tout y passe pour traduire l’errance entre deux cachets. Et le théâtre dans tout cela ? La question est posée, la réponse avancée ; les écrans de tout genre éloignent les spectateurs des théâtres nous dit-on. Cependant, c’est bien du spectacle vivant dont il s’agit ici et la fête est complète, les baladins de tout crin s’y côtoient pour offrir un tableau absolument étourdissant d’acrobates, de jongleurs, de danseurs et de chanteurs, de clowns et de ballerines au jupon scintillant, de musiciens et de comédiens, quelque soixante « saltimbanques » illustrent ainsi l’art de la scène et la nécessaire complicité d’un public. Mais d’où viennent-ils en si grand nombre ?!! Mais de partout ! Le chœur de l’Opéra Grand Avignon dirigé par Aurore Marchand est là, quelques choristes deviennent solistes ou comédiens pour l’occasion, d’habituels figurants prennent la parole, ainsi Laurent Dallias interprète un bougon Monsieur Bernardin, les danseuses et danseurs de l’Opéra Grand Avignon révèlent une fois de plus tout leur talent et celui non moindre de leur chorégraphe Eric Belaud. Les frontières entre les genres et les métiers sont ouvertes largement, on reconnaît sur scène la perruquière Sandrine Degioanni, la maquilleuse Camille Bonardi, l’habilleuse Liliane Tomeï de l’Opéra Grand Avignon ! La fête du théâtre c’est cela aussi, tous ses acteurs sont présents et répondent à l’appel des grands questionnements ; qu’est-ce qu’un.e saltimbanque ? Quelle est son utilité ? Que fait-il.elle ?

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Mireille Larroche, femme engagée, femme artistiquement sincère, femme de la Cité au sens le plus noble du terme…

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Mireille Larroche, l’éventail de votre formation première est assez large ; des études de philosophie de lettres et de théâtre en en explorant, pour ces dernières, bien des aspects. Est-ce cette diversité initiale qui vous a poussée vers le genre opératique qui convoque lui-même plusieurs formes artistiques ?

 Cette venue dans l’opéra est guidée quasiment par le hasard au départ, j’ajouterai à votre juste vision des choses, un engagement politique au vrai sens du terme comme l’étaient également mes parents sans appartenir cependant à un quelconque parti politique (la politique commeune vision de la cité d’après la conception aristotélicienne et non celle d’un programme électoral). Donc mon désir de faire du théâtre s’est complètement lié à cet engagement, avec la question de savoir quoi faire dans la cité, dans la société, comment m’y engager véritablement avec cette idée qu’il fallait également dépasser la ville de Paris que j’aime et dans laquelle je vis. Ainsi, monter une compagnie et faire des tournées est devenu une évidence, avoir son outil de travail et qu’il soit de même itinérant, voilà ce qui a amené à la création de la péniche théâtre de 1975 à 1982 avec de nombreuses musiques puisqu’il y avait Jean-Paul Faré. Ensuite, nous avons eu envie de monter des œuvres d’auteurs contemporains, on nous a donc guidés vers le théâtre musical à Avignon où nous sommes venus dans le cadre du Festival IN et où nous avons rencontré tous les grands compositeurs du théâtre musical qui étaient intéressés également par la dramaturgie. Je suis ainsi venue à l’opéra dans la perspective de monter un ouvrage contemporain qui passait par le théâtre et la musique, de là, ce sont des opéras-comiques, de la musique ancienne, enfin tout ce qui lie à la fois le théâtre et la musique, tous ces répertoires de musique où le théâtre et la musique sont liés bien plus que dans le grand opéra du XIXème siècle dans lequel il y a une sorte de séparation due à la technique bien que j’y sois venue pendant que nous étions en résidence, par exemple à l’Opéra-Comique de Paris pendant neuf ans et quelque sept années à l’Opéra de Toulon entre autre. Sans compter les mises en scène qui m’étaient commandées et pour lesquelles j’arrivais avec mon équipe artistique et qui n’étaient pas vraiment une coproduction de la Péniche-Opéra. Dans ces grandes maisons, si l’on ne choisit pas ses interprètes, on peut retenir son équipe artistique ; scénographe, costumier, éclairagiste, chorégraphe… La vocation de la Péniche n’était pas de faire du grand répertoire ou alors il s’agissait d’œuvres atypiques ; L’Oie du Caire de Mozart par exemple qui est un opéra-bouffe peu connu, voire inconnu ou bien Ubu, opéra et bien d’autres.

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Il Mondo alla roversa, un bijou d’orfèvres dans un écrin !

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Il Mondo alla roversa a été donné ce week-end pour la première fois en France, depuis sa création en 1750 au Teatro San Cassiano de Venise, et c’est la scène d’Avignon qui a reçu ce trésor baroque sur un livret en trois actes de Carlo Goldoni porté par la musique du compositeur Baldassare Galuppi. Une perle dénichée par Françoise Lasserre qui dirige son orchestre Akadêmia et que le metteur en scène Vincent Tavernier va placer dans un écrin tout à l’italienne.

Pour la fable, elle installe son drame burlesque dans une « île des Antipodes », le lieu évoquant d’emblée la contradiction d’un monde renversé, les femmes en effet y dominent des hommes alanguis et obéissants. Trois d’entre elles incarnant des caractères naturellement opposés ; Tullia la raisonnable, Cintia l’ambitieuse et Aurora l’amoureuse, c’est assez pour développer une compétition vers le pouvoir absolu. Les amants respectifs des trois furies ; Rinaldino, Giacinto et Graziozinio conduisent comme ils le peuvent et leurs amours et leurs intérêts. Enfin, le débarquement inopiné de marins sur l’île, Ferramonte à leur tête, farouche gardien de la liberté, conduira le conflit des trois femmes jusqu’à sa résolution « Les femmes qui commandent, c’est un monde à l’envers, qui ne durera jamais » conclut l’ouvrage.

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Vincent Tavernier, à la recherche des oeuvres « perdues » jusqu’au « tempo retrouvé » !

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Vincent Tavernier, vous êtes metteur en scène, récitant, directeur d’une compagnie depuis près de trente ans, librettiste…

 Je ne me considère pas vraiment comme librettiste, l’écriture est venue en réponse à des commandes je dirais, elle ne fait pas partie de mes « combats » puisqu’en premier lieu, mon travail est celui de metteur en scène et directeur de compagnie, la même depuis trente ans. Pour les autres emplois, je les envisage davantage comme un présent !

 De nombreuses productions, plus d’une centaine, qui embrassent tout à la fois l’opéra, le théâtre et les comédies-ballets; un désir de vous confronter à tous les genres de la scène ? La comédie-ballet permet cet éventail artistique ?

 Ce n’est pas tant la convocation de plusieurs arts sur la scène qui l’emporte puisque l’opéra le fait par définition, sans inclure le théâtre, bien qu’il y ait une théâtralisation musicale mais sans avoir de comédiens en jeu, ce sont des chanteurs qui jouent. Bien sûr, sans aucune nuance péjorative j’entends. La comédie-ballet me semble avoir un charme particulier en ce sens qu’elle associe des danseurs, des chanteurs, des comédiens, des instrumentistes, chacun d’entre eux allant jusqu’au bout de son art. Il s’agit d’un genre qui ne s’est pas développé, on n’écrit plus de comédie-ballet, qui n’est pas à confondre du reste avec la comédie musicale qui met en scène de bons chanteurs qui dansent et jouent la comédie tout à la fois, la discipline n’en est pas moins exigeante d’ailleurs mais elle ne s’apparente pas à la nature même de la comédie-ballet. Il faut penser la comédie-ballet comme un « passage de relais » entre les arts, de fait la musique inaugure puis passe le relais aux comédiens qui le passent à leur tour aux danseurs qui vont encore le passer et ainsi de suite. La difficulté ici est celle de l’unité de style car ce n’est pas une juxtaposition mais une progression. La danse, par exemple, va alors amplifier le propos, le théâtre va le récupérer et de façon différente que précédemment et ainsi de suite. Il s’agit là d’une construction somme toute très sophistiquée que je trouve véritablement intéressante, c’est l’enjeu même de la forme de la comédie-ballet que seul Molière a parfaitement maîtrisée selon moi. Mais que ce soit l’opéra, le théâtre ou la comédie-ballet, ce sont des mondes qui se correspondent bien et qui forcent la réflexion afin de les restituer au mieux.

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Goldoni et Galuppi…pour le meilleur et pour le rire…

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Carlo Goldoni, le « Molière italien »

 « On ne peut nier que je sois né sous l’influence d’une étoile comique, puisque ma vie même a été une comédie » Mémoires de M. Goldoni pour servir à l’histoire de sa vie et à celle de son théâtre.1787

 Quelle aventure en effet que celle de la vie de Carlo Goldoni ; trépidante à souhait, mouvementée de voyages incessants, tiraillée entre l’avocat et le dramaturge, agitée entre les cours de Louis XV puis de Louis XVI, l’homme n’a de cesse de courir les théâtres, les salons de musique ou de littérature. Il observe, écoute, prend ici et là la matière de ses tableaux qu’il arrange avec finesse et drôlerie dans une œuvre théâtrale foisonnante. Exilé dans la maturité en France, il écrira, dans la langue de Molière qu’il admire tant, ses Mémoires qui relatent une enfance et une jeunesse bien animées ! De nature essentiellement optimiste, c’est dans la Venise éclairée de tous les arts de ce début du XVIIIème siècle que le petit Carlo Goldoni grandit entre un grand-père qui fait donner les spectacles d’opéra à la maison et un père qui le distrait avec un petit théâtre de marionnettes. Dans ces conditions, comment ne pas entendre l’irrésistible appel des Muses ? Il écrit donc sa première pièce à neuf ans et malgré des efforts répétés pour suivre les directives familiales puisqu’il devient tout de même juriste, (à noter également qu’il est tenté à un moment de l’adolescence par les ordres !) son amour du théâtre et de la vie le pousse à abandonner la carrière d’avocat pour lui préférer celle de dramaturge.

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La Bohème de Giacomo Puccini, un rêve à plusieurs voix…

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« Pour ce qui est des rêves, des chimères et des châteaux en Espagne, j’ai une âme de millionnaire. », (acte I, air de Rodololfo « Che gelida manina »)

 Des scènes charmantes de Henri Mürger à La Bohème de Puccini, l’essentiel est conservé avec l’évocation d’une jeunesse estudiantine nichant dans une mansarde du quartier latin et remettant au lendemain les espoirs déçus du jour. L’argent s’y fait rare, le froid et la faim mordent les corps mais les âmes d’artistes restent légères pour nos quatre joyeux drilles ; un peintre, un musicien, un écrivain et un philosophe. Un propriétaire éconduit faute d’argent, un réveillon au café de Momus où grisettes et artistes se retrouvent, une rencontre entre le poète Rodolfo et sa jolie voisine Mimi, la petite brodeuse phtisique, une chandelle qui s’éteint et le couple principal se forme. En contrepoint, Marcello le peintre et Musetta la volage forment un couple plus volcanique. Le bonheur est là, fragile, fugace, menaçant de s’éteindre à chaque moment. C’est un Paris du XIXème siècle épris de poésie et de passion, un lyrisme musical débordant à chaque mesure, un pathos final qui nous étreint encore et toujours au fil des productions.

Cette fois, c’est à Samuel Jean, premier Chef invité de l’Orchestre régional d’Avignon-Provence, qu’il revient de diriger la fosse des musiciens, il s’y livre avec la belle énergie qui est la sienne, soulignant puissamment ou plus tendrement la musique de Puccini selon les émotions des personnages.

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Frédéric Roels, un passeur d’émotions…

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Metteur en scène, directeur d’opéra, notamment celui de Rouen de 2009 à 2017, actuellement directeur des opérations artistiques à l’Opéra Royal de Mascate à Oman, créateur de lumières, auteur à vos heures, dramaturge, notamment lorsque vous étiez à l’opéra de Liège, Frédéric Roels a-t-il cette nécessité de toucher un peu à tout pour comprendre au mieux l’univers lyrique dans ses multiples facettes ?

 En effet, il est une constante depuis l’enfance, à savoir une double passion pour la musique et pour le texte qui expriment et racontent un contenu, une émotion. Ce qui est sublime dans l’opéra, c’est bien la rencontre des deux qui interagissent, la musique apporte ses qualités narratives et émotionnelles, le livret en procure tout autant, parfois en allant dans un sens semblable, d’autres fois en se complétant voire en se contredisant. C’est dans l’observation de ces deux langages et de leurs interférences que je trouve un intérêt certain aussi bien dans mon travail de metteur en scène que dans celui de programmateur. C’est essentiel, selon moi, que les œuvres fassent sens et qu’elles engendrent une particularité qui résultent de l’alchimie entre le livret et la musique. Programmer une œuvre dont la portée ne serait que musicale ou inversement ne me séduirait pas car j’ai besoin de raconter une histoire, ainsi pendant les huit années passées à l’Opéra de Rouen, j’ai tenté que chacune des saisons raconte quelque chose, souvent conduites en cela par le fil conducteur d’une thématique choisie. Donc le désir de raconter avec la musique, le texte mais aussi, naturellement, avec le jeu des d’acteurs, la lumière, la représentation scénique, le mouvement. Quant à la lumière, c’est un langage qui m’a intéressé depuis mes études de théâtre et que j’ai pu créer dans des spectacles où les moyens financiers étaient moindres, quelques rares expériences d’éclairagistes sur demande également ont conclu cette approche que je n’ai pas poursuivie, Cosi Fan Tutte, en 2016, est le dernier opéra dont j’ai fait les éclairages.

Côté écriture, c’est une occupation plus intime puisque faite dans la solitude à contrario de la mise en scène qui est un travail collectif avec les chanteurs, le scénographe, le costumier, l’éclairagiste, l’assistant, l’orchestre, le chef d’orchestre etc., donc toute une équipe qui collabore pour la création d’une œuvre alors que l’écriture me permet, de temps en temps, de travailler dans la solitude quelques heures par jour comme j’aime à le faire parfois.

J’ai pu ainsi écrire nombreux articles dans une démarche explicative pour l’Opéra de Bruxelles ou le Palais des beaux-arts (BOZAR) ou, de manière plus imaginative, deux livrets d’opéra, une comédie musicale et, de façon plus souterraine pour l’instant, deux romans encore à l’ébauche.

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