Ruggero Leoncavallo

Cavalleria Rusticana et Pagliacci, deux oeuvres distinctes, un sentiment unique, celui du « vrai »…

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Un mouvement tout italien aux ascendances françaises.

Aux origines du Vérisme (verismo en Italie, 1877 « vero : vrai »), il y a ce refus de l’idéalisation au profit d’une réalité tangible, celle notamment des plus pauvres dans les provinces et les villages italiens au sortir des luttes vers l’unification du pays. C’est cependant en France qu’il faut revenir plus avant, à la suite de Balzac qui observe, au milieu de ce XIXème siècle La Comédie humaine, avec un regard nouveau, sans complaisance, embrassant tout à la fois, et de manière dite objective, les bourgeois comme les plus démunis. Les « bohèmes » ne sont pas loin bien entendu, avec ce petit peuple estudiantin du Quartier Latin parisien peint par Murger dans ses Scènes de la vie de Bohème (cf : article en lien : https://parolesdopera.com/2019/01/03/giacomo-puccini-entre-realisme-et-romantisme-une-intensite-dramatique/) qui marquent le point final aux illusions romantiques. Le recueil de nouvelles traduit plus tard en Italie vient faire écho à la Scapigliatura, un mouvement artistique qui s’est développé dans la partie nord du pays et qui rejette, dans une rébellion commune à plusieurs jeunes artistes, le conformisme bourgeois.

Mais c’est avec le Naturalisme que «Le romancier est fait d’un observateur et d’un expérimentateur» écrit Emile Zola en 1880 dans Le Roman expérimental.

Ainsi, vérisme et naturalisme peuvent sembler assez proches mais ce sont également des mouvements volontiers contestés en leur temps, au reproche fait à ce dernier de «coller» à la réalité une littérature pleine de « curiosités médicales », on aura bien entendu les critiques italiennes adressées au grand Zola dont c’est là ignorer l’immense poète, il suffit de relire quelques pages des inimitables descriptions dans n’importe lequel des volumes des Rougon Macquart pour s’en convaincre par exemple. Le naturalisme glisserait ainsi son écriture vers la science pendant qu’en Italie, les tenants du vérisme ne sont guère mieux accueillis, sachant également qu’en dehors du pays qui l’a vu naître, le mouvement reste quasiment inconnu, exception faite pour l’initiateur du mouvement, Giorvanni Verga (1840-1922), considéré comme l’un des plus grands romanciers italiens du XIXème siècle. Zola lui doit d’ailleurs d’être lu dans les milieux de la gauche italienne, Verga qui a découvert en même temps Flaubert, apprécie cet écrivain français qui traduit les luttes sociales de son temps car lui-même pense à une écriture au service des classes sociales en souffrance. C’est en 1878 qu’il commence sa fresque romanesque : I Vinti qui met en avant les plus humbles et le courage qui est le leur pour surmonter les obstacles de la vie. Mais si Zola a la certitude que l’écrivain contribue à faire progresser la société en en dénonçant les travers, Verga, à l’inverse ne pense pas qu’elle puisse changer, pour lui, l’écrivain ne peut qu’en montrer la réalité et c’est sans doute la profonde différence entre les deux mouvements qui s’opposent entre optimisme constant et pessimisme profond.

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De la littérature à la musique…

Cavalleria Rusticana, que l’on peut traduire en français par la chevalerie campagnarde, c’est d’abord une nouvelle parmi celles publiées en 1880 dans un recueil titré Vita dei campi (Vie des champs). Une nouvelle que l’auteur adaptera, quatre ans plus tard, pour la scène théâtrale. C’est en 1890, que le jeune compositeur Pietro Mascagni et ses amis librettistes Guido Menasci et le poète Giovanni Targioni-Tozzetti choisissent cette pièce au succès retentissant pour l’adapter à la scène lyrique. Mascagni veut participer au concours d’opéras en un acte que l’éditeur Sanzogno a institué en 1883 afin de trouver de jeunes talents. Cavalleria rusticana est composé en un temps record de trois semaines, non seulement l’ouvrage remporte le premier prix sur plus de soixante-dix concurrents mais encore, cet opéra d’un acte créé le 17 mai 1890 au Théâtre de Costanzi à Rome connaît un accueil triomphal, le vérisme musical est né et l’œuvre va bientôt être reprise en Europe comme en Amérique trois ans plus tard, le succès est total.

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