théâtre musical

Dominique Lièvre, Ada Bonora, une même lutte artistique contre l’inhumanité…

Yeux Dominique Lievre Compositeur

 Dominique Lièvre, pouvez-vous nous donner un aperçu de votre parcours professionnel depuis la sortie du Conservatoire de Lyon ?

J’ai d’abord étudié le violon avant de faire les classes d’écriture sous la direction de Antoine Duhamel (fils de l’écrivain Georges Duhamel, Antoine Duhamel est décédé en 2014) grand compositeur de musiques de films pour Godard, Truffaut, Tavernier pour ne citer que ces trois-là. Ensuite, j’ai également travaillé sur la composition avec Olivier Messiaen dans le cadre de master class et de rendez-vous chez lui, dans sa petite maison de Saint-Théoffrey, après cela j’ai commencé mes premières créations vers l’âge de dix-sept ans et suis venu en Provence et depuis lors je mène une carrière de composition qui se partage entre la musique « pure », de la musique pour le théâtre et pour la danse. Une musique qui va donc de celle de chambre jusqu’à celle de l’opéra, j’en ai d’ailleurs écrit un en 2000 sur un livret d’Hubert Nyssen (opéra buffa, représenté en création mondiale les 26 e 28 novembre 2000 à l’Opéra-Théâtre d’Avignon dans le cadre de l’opération Avignon, Ville européenne de la culture, dans une mise en scène de Lionel Parlier et sous la direction musicale de François-Xavier Bilger.)

Outre de nombreuses œuvres, je retiens par exemple celle de Marche, en 2015 de Christian Petr, décédé un an plus tard. Quels étaient vos liens avec le doyen de l’Université d’Avignon ?  

 Je connaissais très bien Christian Petr pour lequel j’ai écrit la musique de deux de ses spectacles, une pièce qui avait pour titre Voleurs de vie et Marche effectivement dont la problématique était celle des SDF, ces personnes invisibles autour desquelles il a fait un très beau texte. Nous étions par ailleurs liés par une amitié certaine. (Christian Petr, écrivain et professeur de littérature générale et comparée à l’université d’Avignon, spécialiste de l’Inde, président de l’association des Amis de Roger-Vaillant jusqu’à son décès en 2016).

 La même année, c’est La Confession d’un Colibri, un spectacle que vous avez composé et qui est lié au parcours de Pierre Rabhi.

Oui, c’est une fable opératique que j’avais écrite la même année à partir de l’ouvrage autobiographique de Pierre Rabhi titré Du Sahara aux Cévennes, dont nous avons fait l’adaptation avec l’auteur et Ada Bonora, laquelle avait du reste mis en scène le spectacle.

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L’Opéra de quat’sous, ou la création d’un « genre nouveau »de Weill à Lacornerie…

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L’Opéra de quat’sous ; voilà un oxymore qui laisse supposer quelque décalage avec le genre noble de l’opéra et c’est bien ce qu’il faut y voir en effet puisque d’opéra il n’en a que le nom pour mieux en parodier le contenu traditionnellement attendu. Attaché particulièrement au théâtre musical, Jean lacornerie reprend la version originale de 1928, celle, née de l’étroite collaboration entre Bertolt Brecht et le compositeur Kurt Weill.

Pour l’histoire, dans le cloaque londonien, où « la bouffe passe la morale », nécessité et argent font loi. Flics corrompus, prostituées, voleurs et mendiants forment une société à l’image d’une humanité impitoyable. Nouvelle espèce d’esclavagiste, Monsieur Peachum règne d’une main de fer sur les mendiants de la ville, cependant que sa fille Polly vient d’épouser le brigand Macheath, chef d’une bande de malfrats. Il s’agit pour Peachum de récupérer au plus vite sa fille unique, et pour cela, faire arrêter Macheath, ce qui n’est pas compliqué; les putains du truand se chargeront de le trahir pour quelques billets. Après quelques péripéties sans surprise, distanciation brechtienne à l’oeuvre, la pendaison est prévue mais retournement brechtien oblige, la grâce et l’anoblissement de la canaille sont annoncés dans un dénouement qui rompt totalement avec les codes de l’opéra.

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Jean Lacornerie, directeur de théâtre, metteur en scène, et…guide vers l’art du théâtre musical …

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Jean Lacornerie, si l’on examine votre parcours, il semble que celui-ci ait connu une ascension rapide et solide puisque très jeune encore, vous êtes nommé Secrétaire général de la Comédie-Française.

 Il est vrai que j’ai eu beaucoup de chance et, notamment, celle de travailler avec Jacques Lassalle alors directeur du théâtre national de Strasbourg. Je suis ainsi devenu son assistant à la mise en scène, ensuite, lorsqu’il a été nommé administrateur général de la Comédie-Française, il m’a proposé de le suivre avec un changement de poste pour celui de secrétaire général de la Comédie-Française. Naturellement porté vers la direction de théâtre, bien que le plateau m’intéresse en premier lieu, j’aime comprendre le fonctionnement, la gestion et la programmation d’un théâtre. La Comédie-Française étant cependant une grande institution, elle ne permet pas une fantaisie des plus étendues donc je suis parti tracer mon chemin de metteur en scène et fonder mon propre théâtre à Lyon. J’ai dirigé de ce fait plusieurs théâtres et depuis 2010, celui de la Croix-Rousse à Lyon. La ville est riche de lieux de spectacles du reste, il y a également l’Opéra de Lyon avec de nombreux projets.

 Jacques Lasalle disparu en janvier dernier, homme de théâtre et d’écriture, directeur du TNS et administrateur général de la Comédie-Française, a été votre mentor en quelque sorte, que vous laisse-t-il en héritage encore aujourd’hui ?

 Absolument. En effet Jacques Lassalle m’a tout appris, non seulement tout ce qui concerne l’organisation et la bonne marche d’un théâtre mais également, et c’est sans doute cela que je retiendrais davantage, la direction d’acteurs. Il avait cette attitude de pousser le plus loin possible ses interprètes en ayant toujours à l’esprit l’idée que le théâtre passe par les acteurs et pas seulement par l’espace, la lumière et autre. C’est à mon sens une vision importante qui a tendance à se perdre un peu.

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