Théâtre

Du 6 octobre 1669 à celui de 2019, un Monsieur de Pourceaugnac qui prolonge le rire et le charme d’une farce féroce pour le plus grand plaisir du public.

 

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Dans le vaste répertoire des œuvres de Molière, Monsieur de Pourceaugnac est sans doute l’une des moins jouées, il faut dire que pour réussir pleinement en la matière, la comédie-ballet convoque non seulement des comédiens qui jouent le masque, ce qui en soi n’est déjà pas une mince affaire, mais encore il y faut de la musique, des chants et de la danse pour que le divertissement réponde au mieux aux exigences du genre. Une palette artistique avec laquelle la troupe du Théâtre de l’Eventail et l’ensemble musical baroque La Rêveuse retouche avec un grand talent une œuvre que nous redécouvrons avec bonheur. Pièce haute en couleurs, dans laquelle comédiens, musiciens et chanteurs s’harmonisent dans la farce cruelle faite au provincial fraîchement débarqué de son Limoge natal.

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Molière, du saltimbanque au « fou » du Roi, une même passion du théâtre, une oeuvre cyclopéenne…

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Tout comme son contemporain Jean de La Fontaine, Molière est certainement le nom le plus familier pour toute personne ayant passé sa première dizaine d’années de vie ! Jean-Baptiste Poquelin, de son véritable patronyme, va très vite choisir un pseudonyme qui lui siéra à merveille, Molière ou, de manière imagée, le Mot comme du Lierre qui ne cessera de s’enrouler au fil des siècles dans l’histoire de la langue française en général et dans celle du théâtre en particulier.

Né en 1622, Molière, c’est l’homme de son temps, lequel parviendra néanmoins à être celui de toutes les époques qui vont lui succéder car « Il a vu la nature humaine » nous rappelle Sainte-Beuve.

Témoin en effet de son temps comme a pu l’être Pascal, Molière n’hésite pas à en pénétrer la forteresse religieuse pour en livrer aux rires les déviances comme il le fait des hypocrisies de tout poil. Il n’épargne ni les titrés, pas davantage les fats bourgeois en mal de condition supérieure, il souligne férocement l’inégalité conjugale et caricature le saugrenu barbon qu’il dote des vices de l’avarice, du despotisme, de la stupidité et de l’ignorance quand il ne fait pas de lui un galant ridicule, des tares qu’il conjugue dans la même personne selon le genre de l’ouvrage. A l’inverse, il campe une jeunesse triomphante, servie au mieux par des serviteurs et des servantes partenaires de tous les complots. A ces jeunes gens, Molière offre tous les succès, les mariages ne peuvent répondre qu’à un amour partagé, les pères n’ont plus qu’à ranger la férule tyrannique car Molière n’a rien de celui qui place les femmes dans « Cette indigne classe où (les) rangent les hommes ». Il fait au contraire résonner très haut la voix des femmes, Macha Makeïeff (directrice du Théâtre de la Criée) nous dit avec raison que « Molière a toujours été du côté de la modernité ».

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L’Opéra de quat’sous, ou la création d’un « genre nouveau »de Weill à Lacornerie…

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L’Opéra de quat’sous ; voilà un oxymore qui laisse supposer quelque décalage avec le genre noble de l’opéra et c’est bien ce qu’il faut y voir en effet puisque d’opéra il n’en a que le nom pour mieux en parodier le contenu traditionnellement attendu. Attaché particulièrement au théâtre musical, Jean lacornerie reprend la version originale de 1928, celle, née de l’étroite collaboration entre Bertolt Brecht et le compositeur Kurt Weill.

Pour l’histoire, dans le cloaque londonien, où « la bouffe passe la morale », nécessité et argent font loi. Flics corrompus, prostituées, voleurs et mendiants forment une société à l’image d’une humanité impitoyable. Nouvelle espèce d’esclavagiste, Monsieur Peachum règne d’une main de fer sur les mendiants de la ville, cependant que sa fille Polly vient d’épouser le brigand Macheath, chef d’une bande de malfrats. Il s’agit pour Peachum de récupérer au plus vite sa fille unique, et pour cela, faire arrêter Macheath, ce qui n’est pas compliqué; les putains du truand se chargeront de le trahir pour quelques billets. Après quelques péripéties sans surprise, distanciation brechtienne à l’oeuvre, la pendaison est prévue mais retournement brechtien oblige, la grâce et l’anoblissement de la canaille sont annoncés dans un dénouement qui rompt totalement avec les codes de l’opéra.

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Jean Lacornerie, directeur de théâtre, metteur en scène, et…guide vers l’art du théâtre musical …

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Jean Lacornerie, si l’on examine votre parcours, il semble que celui-ci ait connu une ascension rapide et solide puisque très jeune encore, vous êtes nommé Secrétaire général de la Comédie-Française.

 Il est vrai que j’ai eu beaucoup de chance et, notamment, celle de travailler avec Jacques Lassalle alors directeur du théâtre national de Strasbourg. Je suis ainsi devenu son assistant à la mise en scène, ensuite, lorsqu’il a été nommé administrateur général de la Comédie-Française, il m’a proposé de le suivre avec un changement de poste pour celui de secrétaire général de la Comédie-Française. Naturellement porté vers la direction de théâtre, bien que le plateau m’intéresse en premier lieu, j’aime comprendre le fonctionnement, la gestion et la programmation d’un théâtre. La Comédie-Française étant cependant une grande institution, elle ne permet pas une fantaisie des plus étendues donc je suis parti tracer mon chemin de metteur en scène et fonder mon propre théâtre à Lyon. J’ai dirigé de ce fait plusieurs théâtres et depuis 2010, celui de la Croix-Rousse à Lyon. La ville est riche de lieux de spectacles du reste, il y a également l’Opéra de Lyon avec de nombreux projets.

 Jacques Lasalle disparu en janvier dernier, homme de théâtre et d’écriture, directeur du TNS et administrateur général de la Comédie-Française, a été votre mentor en quelque sorte, que vous laisse-t-il en héritage encore aujourd’hui ?

 Absolument. En effet Jacques Lassalle m’a tout appris, non seulement tout ce qui concerne l’organisation et la bonne marche d’un théâtre mais également, et c’est sans doute cela que je retiendrais davantage, la direction d’acteurs. Il avait cette attitude de pousser le plus loin possible ses interprètes en ayant toujours à l’esprit l’idée que le théâtre passe par les acteurs et pas seulement par l’espace, la lumière et autre. C’est à mon sens une vision importante qui a tendance à se perdre un peu.

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Bertolt Brecht, du théâtre épique au théâtre dialectique…

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Bertolt Brecht       « La provocation est une façon de remettre la réalité sur pied » 

Bertolt Brecht est né à Augsbourg en 1898, donc il a 16 ans quand la Première Guerre mondiale éclate, mobilisé en 1918 il est aide-soignant dans un hôpital d’Augsbourg. Obligé de quitter l’Allemagne hitlérienne en 1933 où ses écrits sont brûlés devant l’opéra de Berlin, il émigre au Danemark puis en Finlande et finit par se fixer jusqu’en 1947 aux Etats-Unis. Victime des désordres de la république de Weimar, de l’ascension du fascisme (illustré dans La résistible ascension d’Arturo Ui), l’œuvre de Brecht devient le champ d’expériences pour une nouvelle conception du théâtre avant tout politique.

Bertolt Brecht avait débuté comme assistant metteur en scène au Deutsches Theater de Berlin en 1923. Exilé aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, il revient en Allemagne en 1948 pour fonder, avec son épouse la grande actrice Hélène Weigel, la troupe du Berliner Ensemble dont il va assurer la direction jusqu’à sa mort en 1956. Il est le théoricien d’un théâtre didactique ayant pour but la prise de conscience et l’action du spectateur. Il essaie pour cela de créer une distanciation entre spectateurs et personnages, afin d’empêcher l’identification.

Les décors sont suggérés et non réalistes, les éclairages sont francs, des panneaux viennent commenter des scènes, tout participe à l’anti-illusionnisme et amène le lecteur à sa lecture de la fable.

Admirateur de poètes tels que Villon, Rimbaud entre autres, Brecht écrit d’abord des poèmes dont on ne retient guère que Les Sermons domestiques, recueil publié en 1927, c’est naturellement son théâtre qui marquera profondément l’histoire du théâtre européen.

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La Perruche d’Audrey Schebat… à l’heure de l’envol….

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L’heure des comptes où on ne se la conte plus…

Un décor réduit aux seuls contours d’un dîner entre amis ; table, chaises, canapé et table basse suffiront donc à souligner l’essentiel de ce qui aurait dû être un moment de convivialité à partager entre deux couples mais voilà, David et Catherine ne viendront pas ce soir ! Cambriolage ou autre, peu importe, leur absence amène notre couple d’hôtes à se retrouver dans un face à face assujetti de commentaires plus ou moins acerbes.

Quelle mouche pique cette bourgeoise quadragénaire ? Il suffit de taire cette fois encore la voix qui veut se faire entendre pour aller se coucher comme le propose le mari plutôt exaspéré mais c’était sans compter, cette fois, le couperet fatidique de ce genre de liaisons ici dangereuses ! Car enfin, que peut-on espérer après vingt années passées ensemble ?

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Le scénographe, ou le créateur d’univers scéniques…Rencontre avec Hervé Cherblanc.

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Hervé Cherblanc, qu’est-ce qu’un scénographe ? Est-il si différent du décorateur dont le terme peut paraître plus familier au grand public ?

 Il y a plusieurs appellations qui se rapportent au scénographe, celui d’exposition, de bâtiment et de spectacle. Le terme de décorateur de théâtre a glissé vers celui plus moderne de scénographe qui tend à signifier un peu la même chose. Cependant, la scénographie est employée car elle correspond davantage aux techniques relatives à la graphie de la scène, qui peut comprendre la vidéo, l’ambiance, l’univers du spectacle. On a là une idée d’espace plus que décor. Le mot est utilisé depuis peu dans le métier en fait et a remplacé en effet celui plus ancien de décorateur, ce qui marque bien l’évolution de la gestion de l’espace sur une scène au fond. Le scénographe peut néanmoins ne travailler uniquement sur le décor. Donc scénographie littéralement comme graphie de la scène.

 Comment devenir scénographe ?

 Aujourd’hui, il y a des écoles spécialisées qui préparent au métier de scénographe, en ce qui me concerne, je suis ingénieur de mécanique de formation et, si j’ai commencé la scénographie, c’est à l’occasion d’une rencontre avec une compagnie théâtrale qui a suscité chez moi une passion pour le théâtre, j’ai donc commencé à réaliser des décors, je faisais par ailleurs déjà de la peinture et des illustrations. Peu à peu, j’ai travaillé de plus en plus pour des compagnies et des grandes maisons. Le « coup de crayon » me semble indispensable bien que de très bons scénographes aujourd’hui travaillent uniquement sur l’espace numérique, toutefois avec un dessin, on peut davantage et rapidement exprimer une idée. Certains, également, ne passent pas par la maquette en carton, ce que je trouve regrettable, j’ai l’impression que parfois ces maquettes numériques très séduisantes trichent avec la réalité.

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Trois hommes et une cellule…Acting…

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Un huis clos parfait pour l’intrigue, celle-ci place en effet trois hommes dans une même cellule avec pour seule perspective…du temps ! L’idée est intéressante et Xavier Durringer s’y entend pour mener à bien l’histoire d’une rencontre improbable entre un pauvre bougre échoué là pour escroquerie, Gepetto, interprété par Kad Merad, et un metteur en scène condamné pour meurtre, Robert, saisi par Niels Arestrup. Avec eux, Patrick Bosso campe le personnage énigmatique d’Horace, le tueur marseillais enfermé dans un mutisme tenace, tout à la fois observateur, arbitre, conciliateur, toujours complice. Loin de l’enfer sartrien, les compères réinventent l’espace et leur quotidien. Gepetto rêve d’être acteur, Robert, d’abord réticent devant l’incongruité d’une telle demande, finit par tenir le pari, Horace suit avec intérêt la formation théâtrale de son compagnon d’infortune.

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Si les ingrédients sont solides, avec notamment une critique acerbe des programmes ineptes du petit écran auxquels Robert va opposer le texte shakespearien et également cette mise en abyme du travail de l’acteur, le service reste modeste cependant. La leçon de théâtre semble manquer de rythme et Kad Merad se montre peu audible par endroit, est-ce dû à sa plus grande familiarité avec la caméra ? toujours est-il qu’on le sent en sous régime vocal bien que sa métamorphose permette de bons moments franchement drôles. Niels Arestrup, moins magnétique qu’habituellement, marque néanmoins les différentes humeurs du rôle, il évolue ainsi assez aisément entre comédie et tragédie, impatient et tendre, doux et rude, il emmène de sa voix profonde son apprenti comédien jusqu’aux accents dramatiques souhaités.

Peut-être faut-il chercher cette fois une leçon de théâtre du côté d’Horace, personnage muet auquel Patrick Bosso donne ici une présence prodigieuse, car il n’a pas son pareil pour exprimer d’un regard, d’un mouvement, parfois quasi imperceptible, les sentiments et les émotions qui l’agitent. Et malgré le double enfermement d’Horace, Patrick Bosso, qui l’incarne avec une puissance certaine, parvient finalement à nous communiquer cette idée de liberté offerte par les voies du théâtre.

                                                                                                    Marianne M.

Photographies Pascale Gely

Opéra Grand Avignon. La dernière bande. Vu à l’Autre-Scène à Vedène le 11.11.2017.

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Les limites d’un monde languissant…

Sur un bureau, dans l’immobilité du sommeil, au milieu d’une sphère blanche qui délimite ainsi le monde rétréci de la fin d’une vie, Krapp est déjà là lorsque nous nous installons dans nos fauteuils confortables. Sur le plateau, un éclairage vertical blanc bleuté ; une douche froide dont nous n’allons pas tarder à en ressentir les effets ! Très vite, la salle est suspendue au souffle même du vieux Krapp qui va s’animer progressivement. Il a le geste lent du poids des ans et d’une solitude écrasante le clown triste et échevelé. Il a vite fait le tour de sa piste sans étoile dont il bat difficilement le sol au rythme de ses chaussures démesurément grandes.

Image du cercle sur terre qui traduit si justement un enfermement définitif auquel le vieil homme ne peut plus échapper ou encore, celle du circuit des bandes du vieux magnétophone qui convient le passé comme elles tentent de capter le présent.

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La dernière bande de Samuel Beckett.

 Samedi 11 novembre 2017 à 20h30 à l’Autre Scène – Vedène avec Jacques Weber.

Un grand moment de théâtre à vivre absolument !

Quelques mots sur l’auteur

Auteur irlandais d’expression française (1906-1989), Beckett ignore les frontières, celles de la langue d’abord, maniant ainsi le verbe allemand, anglais et français mais également celles des genres, passant ainsi de la poésie au roman, du théâtre aux grands et petits écrans avec cette relation très forte à la peinture, certains tableaux seront d’ailleurs souvent à l’origine de ses œuvres. Le psychanalyste Didier Anzieu écrit à ce sujet : « Le lecteur reçoit les textes de Beckett de la manière dont le visiteur reçoit les toiles de Francis Bacon (…) : comme un coup porté au creux de son âme. » (Didier Anzieu, Beckett, Folio, Essais, 1998.)

À propos de la pièce

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