Théâtre

Le scénographe, ou le créateur d’univers scéniques…Rencontre avec Hervé Cherblanc.

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Hervé Cherblanc, qu’est-ce qu’un scénographe ? Est-il si différent du décorateur dont le terme peut paraître plus familier au grand public ?

 Il y a plusieurs appellations qui se rapportent au scénographe, celui d’exposition, de bâtiment et de spectacle. Le terme de décorateur de théâtre a glissé vers celui plus moderne de scénographe qui tend à signifier un peu la même chose. Cependant, la scénographie est employée car elle correspond davantage aux techniques relatives à la graphie de la scène, qui peut comprendre la vidéo, l’ambiance, l’univers du spectacle. On a là une idée d’espace plus que décor. Le mot est utilisé depuis peu dans le métier en fait et a remplacé en effet celui plus ancien de décorateur, ce qui marque bien l’évolution de la gestion de l’espace sur une scène au fond. Le scénographe peut néanmoins ne travailler uniquement sur le décor. Donc scénographie littéralement comme graphie de la scène.

 Comment devenir scénographe ?

 Aujourd’hui, il y a des écoles spécialisées qui préparent au métier de scénographe, en ce qui me concerne, je suis ingénieur de mécanique de formation et, si j’ai commencé la scénographie, c’est à l’occasion d’une rencontre avec une compagnie théâtrale qui a suscité chez moi une passion pour le théâtre, j’ai donc commencé à réaliser des décors, je faisais par ailleurs déjà de la peinture et des illustrations. Peu à peu, j’ai travaillé de plus en plus pour des compagnies et des grandes maisons. Le « coup de crayon » me semble indispensable bien que de très bons scénographes aujourd’hui travaillent uniquement sur l’espace numérique, toutefois avec un dessin, on peut davantage et rapidement exprimer une idée. Certains, également, ne passent pas par la maquette en carton, ce que je trouve regrettable, j’ai l’impression que parfois ces maquettes numériques très séduisantes trichent avec la réalité.

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Trois hommes et une cellule…Acting…

ACTING

Un huis clos parfait pour l’intrigue, celle-ci place en effet trois hommes dans une même cellule avec pour seule perspective…du temps ! L’idée est intéressante et Xavier Durringer s’y entend pour mener à bien l’histoire d’une rencontre improbable entre un pauvre bougre échoué là pour escroquerie, Gepetto, interprété par Kad Merad, et un metteur en scène condamné pour meurtre, Robert, saisi par Niels Arestrup. Avec eux, Patrick Bosso campe le personnage énigmatique d’Horace, le tueur marseillais enfermé dans un mutisme tenace, tout à la fois observateur, arbitre, conciliateur, toujours complice. Loin de l’enfer sartrien, les compères réinventent l’espace et leur quotidien. Gepetto rêve d’être acteur, Robert, d’abord réticent devant l’incongruité d’une telle demande, finit par tenir le pari, Horace suit avec intérêt la formation théâtrale de son compagnon d’infortune.

ACTING

Si les ingrédients sont solides, avec notamment une critique acerbe des programmes ineptes du petit écran auxquels Robert va opposer le texte shakespearien et également cette mise en abyme du travail de l’acteur, le service reste modeste cependant. La leçon de théâtre semble manquer de rythme et Kad Merad se montre peu audible par endroit, est-ce dû à sa plus grande familiarité avec la caméra ? toujours est-il qu’on le sent en sous régime vocal bien que sa métamorphose permette de bons moments franchement drôles. Niels Arestrup, moins magnétique qu’habituellement, marque néanmoins les différentes humeurs du rôle, il évolue ainsi assez aisément entre comédie et tragédie, impatient et tendre, doux et rude, il emmène de sa voix profonde son apprenti comédien jusqu’aux accents dramatiques souhaités.

Peut-être faut-il chercher cette fois une leçon de théâtre du côté d’Horace, personnage muet auquel Patrick Bosso donne ici une présence prodigieuse, car il n’a pas son pareil pour exprimer d’un regard, d’un mouvement, parfois quasi imperceptible, les sentiments et les émotions qui l’agitent. Et malgré le double enfermement d’Horace, Patrick Bosso, qui l’incarne avec une puissance certaine, parvient finalement à nous communiquer cette idée de liberté offerte par les voies du théâtre.

                                                                                                    Marianne M.

Photographies Pascale Gely

Opéra Grand Avignon. La dernière bande. Vu à l’Autre-Scène à Vedène le 11.11.2017.

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Les limites d’un monde languissant…

Sur un bureau, dans l’immobilité du sommeil, au milieu d’une sphère blanche qui délimite ainsi le monde rétréci de la fin d’une vie, Krapp est déjà là lorsque nous nous installons dans nos fauteuils confortables. Sur le plateau, un éclairage vertical blanc bleuté ; une douche froide dont nous n’allons pas tarder à en ressentir les effets ! Très vite, la salle est suspendue au souffle même du vieux Krapp qui va s’animer progressivement. Il a le geste lent du poids des ans et d’une solitude écrasante le clown triste et échevelé. Il a vite fait le tour de sa piste sans étoile dont il bat difficilement le sol au rythme de ses chaussures démesurément grandes.

Image du cercle sur terre qui traduit si justement un enfermement définitif auquel le vieil homme ne peut plus échapper ou encore, celle du circuit des bandes du vieux magnétophone qui convient le passé comme elles tentent de capter le présent.

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La dernière bande de Samuel Beckett.

 Samedi 11 novembre 2017 à 20h30 à l’Autre Scène – Vedène avec Jacques Weber.

Un grand moment de théâtre à vivre absolument !

Quelques mots sur l’auteur

Auteur irlandais d’expression française (1906-1989), Beckett ignore les frontières, celles de la langue d’abord, maniant ainsi le verbe allemand, anglais et français mais également celles des genres, passant ainsi de la poésie au roman, du théâtre aux grands et petits écrans avec cette relation très forte à la peinture, certains tableaux seront d’ailleurs souvent à l’origine de ses œuvres. Le psychanalyste Didier Anzieu écrit à ce sujet : « Le lecteur reçoit les textes de Beckett de la manière dont le visiteur reçoit les toiles de Francis Bacon (…) : comme un coup porté au creux de son âme. » (Didier Anzieu, Beckett, Folio, Essais, 1998.)

À propos de la pièce

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Jacques Weber raconte…La dernière bande…

Jacques Weber, vous êtes un familier du seul-en-scène, qu’il s’agisse de raconter Monsieur Molière, de mêler des textes classiques et contemporains avec une certaine gourmandise (d’ailleurs bien goûtée par le public !), d’interpréter un truculent Gustave Flaubert, je pense aux lectures sur scène également. Autant de moments que vous partagez avec un public complice sur lequel vous pouvez vous appuyer, vous êtes alors, en quelque sorte, porté par ses rires, par son émotion voire son approbation mais ici, avec le personnage de Krapp qui incarne la solitude, le rapport au public est tout autre. Comment percevez-vous cette nouvelle approche ?

En effet, dans les pièces précédentes, bien que seul en scène ou presque avec Gustave, le rapport avec le public est direct. Ici, il s’agit d’une incarnation, je dirais même d’une pièce de composition car lorsque j’arrive sur scène, on ne me reconnaît pas, je suis ce vieux clown et ce qui caractérise Beckett, c’est bien que tout commence dans un registre burlesque puis, peu à peu, l’homme se dévoile et la pièce bascule d’un mouvement identique jusqu’à la tragédie. Il y a un paradoxe chez Beckett, celui de conjuguer la renommée et la peur tout à la fois, pourtant, Molière et Tchekhov peuvent être tout autant tragiques parfois.

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